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Full text of "Mélanges d'archéologie et d'histoire"

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Mélanges d'archéologie et d'histoire 


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D'ARCHÉOLOGIE ET D'HISTOIRE 


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V° année. — 1885. 


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PARIS 
ERNEST THORIN usraime énrreur, 7, Rue de Médicis 


ROME 
SPITHOVER, Place d'Espagne. 


ROMF, 1885. — Imprimerie do LA PAIX de l'hilippe Cuggiani, Rue de la Pace, 85. 


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ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME, 
RESTAURATION ue 


ee PAS e 


DE LA PALESTRE DES THERMES D'AGREPPA ©. :: - 


Les documents historiques relatifs à la construction du Pan- 
théon et des Thermes d'Agrippa sont fort rares et ne permettent 
pas de préciser à quelle époque fut commencée la grande ro- 
tonde, encore aujourd'hui si merveilleusement conservée. 

Dion Cassius dit: “ Agrippa, pendant ce temps, orna la ville 
(Rome) à ses propres frais. Ici, il bâtit, en mémoire de ses 
victoire sur mer, le portique nommé le Portique de Neptune, et 
le décora d'une peinture représentant les Argonautes; là, il 
construisit l'Étuve Laconienne qu'il appela Gymnase Laconien, 
parce que, à cette époque, c'était surtout les Lacédémoniens qui, 
dans le bain, passaient pour se mettre nus et se frotter d'huile. 
Il acheva aussi le temple nommé le Panthéon. Le nom de ce 
temple vient, peut-être, de ce que, renfermant les statues de 
Mars et de Vénus, il offrait aussi les images de plusieurs Dieux; 
dans mon opinion, il vient de ce que, formant une rotonde, il 
ressemble au ciel. Agrippa voulut également y placer Auguste 
et attacher son nom à cette œuvre; mais Auguste n'ayant accepté 
ni l'un, ni l'autre de ces honneurs, Agrippa érigea dans le temple 
un buste du premier César, avec un à Auguste et un à lui-même 
dans le vestibule , (2). 


(1) À cette intéressante étude et aux plans qui l’accompagnent, 
Mr Blavette, ancien pensionaire de l’Académie de France, a bien voulu 
nous permettre de joindre une photogravure de sa belle restitution de la 
coupe du portique du Panthéon (Planche ITT). 

(2) Dion Cassius, Histoire, Liv. LIII, Chap. 27. Trad. E. Gros. 


»* + 4 (= 
TOGSUY 


4 ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 


L'inscription M : AGRIPPA :. L. F - COS - TERTIVM: 
FECIT, gravée sur la frise du portique, nous fait connaître la 
j'éate de l'igément de ce portique: 727 de Rome, 27 avant J. C. 

L'autre inseription gravée en deux lignes, sur les deux bandes 
rusé de’ l'ichitrave, constate une restauration exécutée 
par les empereurs Septime Sevère et Caracalla. 

Du passage de Dion Cassius, cité plus haut, on peut conclure, 
que le gendre d’Auguste n’a pas jeté les fondement de l'édifice; 
mais qu'il a seulement pourvu à son achèvement. La première 
inscription ne dit pas non plus s’il s'agit du portique, certaine- 
ment ajouté après coup, ou bien de l'édifice entier, compris la 
salle contigüe de l’autre côté. La seconde n'est pas plus expli- 


A 


cite et n'indique d'aucune façon à quelle partie de l'édifice ont 
été faites les restaurations dont elle accuse l'exécution. 

Que pouvaient être les Thermes d'Agrippa au moment où il 
les légua, par testament, au peuple romain avec leurs jardins 
et toutes leurs dépendances ? Le passage de Dion Cassius semble 
les réduire à une seule salle: l'Étuve Laconienne. Cet auteur, qui 
énumère toutes les œuvres et tous les embellissements ordonnés 
eb exécutés par Agrippa, se serait certainement étendu davau- 
tage sur cet immense édifice des Thermes, tel que nous le re- 
présentent Palladio, Canina et d'autres architectes, s’il avait 
existé, au moment où Agrippa faisait abandon au peuple romain 
de toute la partie du Champ-de-Mars qu'il avait transformée. 

Déterminer l'emplacement qu’occupait cette Etuve Laconienne 
et par quelle partie des ruines elle est représentée ne rentre pas 
dans lé sujet de cette étude. Faut-il le voir au Sud et la reconnaître 
dans ce qu'on appelle aujourd'hui l’Arco della Ciambella ou tout 
autre part? Il est difficile d'émettre une opinion à ce sujet. 

Les fouilles qui avaient été faites, jusqu'à présent, avaient 
mis à Jour tout ce qui touchait immédiatement la grande rotonde 
à peu près jusqu'à son axe transversal, de l'est à l'ouest; elles 


ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 5 


avaient permis de constater la hauteur de l’'emmarchement, l'é- 
loignement de la première marche des plinthes des bases des 
colonnes et même les dimensions des dalles de la place située 
en avant. Ou pouvait voir, à gauche du péristyle, l'amorce d'un 
mur orné de niches et passant à peu de distance de la paroi 
extérieure du Panthéon; (voir planche I n° 1) mais, pour la partie 
postérieure, et pour la salle, située au sud, il fallait s’en rap- 
porter à des relevés plus au moins consciencieusement faits au 
milieu des maisons en bordure sur la via della Palombella et à des 
suppositions complétant ce qui, jusqu’à présent, était resté caché. 

Le gouvernement italien ayant fait, au prix de sacrifices con- 
sidérables, déblayer complètement le monument et consolider les 
parties adjacentes menaçant ruine, il est facile aujourd'hui de 
se rendra compte de ce qui appartient à la construction primi- 
tive et de ce qui a été adjoint à diverses époques. Il n’y a pas 
de doute que le grand péristyle corinthien n'ait été ajouté à la 
rotonde après la construction de celle-ci. Aucune de ses lignes 
d'architecture ne se raccorde avec celles du monument circu- 
laire. Les murs, aujourd'hui séparés, par suite d’un tassement 
inégal ou bien par quelques mouvement du sol, laissent, au point 
d’intersection de la partie rectangulaire derrière les colonnes et 
de la paroi cylindrique du mur, un espace suffisant pour bien 
voir la continuation de celui-ci. | 

La grande porte a aussi subi des modifications. Il y a même 
eu, pour la décoration de l'entrée, certaine hésitation: le fronton 
situé en arrière, dont la corniche rampante se accorde avec la 
deuxième corniche circulaire, en est la preuve et laisse penser, 
qu'avant d'imaginer le grand péristyle, on avait cherché un autre 
arrangement moins saillant. À quoi aurait servi ce fronton, dont la 
corniche horizontale est en partie coupée et cachée par la toiture 
du motif le plus saillant et qui, en perspective, devient presque 


complétement invisible ? 


6 ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 


En examinant attentivement toute la partie récemment fouil- 
lée, on peut se convaincre qu'aucune trace d'ouverture n'existe 
dans la grande niche circulaire située à l'extérieur sur l'axe N-$S 
(voir pl. I n° 2). Il y a seulement, à gauche, un arc assez bas 
dont un seul des piédroits a été fait à arête vive et dont l’autre 
avait dû être exécuté avec redants de briques, afin de faciliter le 
raccordement. Le constructeur s'était ménagé là une ouverture 
pour les besoins des travaux. 

En suivant la partie nouvellement excavée, entre le Panthéon 
et la wa della Palombella, on cherche, en vain, des ouvertures 
permettant d'entrer dans la salle rectangulaire. Là où Palladio 
place un grand arc et deux colonnes, on voit se continuer le mur 
qui forme ainsi une grande niche dont la demi-ouverture, me- 
surée par rapport à l'axe de la salle, est juste égale au rayon 
de la niche circulaire du milieu (pl. I n° 3). Une amorce de pié- 
destal, possédant encore un fragment de son revêtement de mar- 
bre, prouve aussi qu'il n’y a jamais eu là de porte et qu'il faut 
y voir un motif de décoration rappelant celui de l'axe N. S$. 

En pénétrant dans les caves des diverses maisons de la via 
della Palombella, de la via della Rotonda et de la piazza della 
Minerva, on peut suivre la direction du mur opposé. On y re- 
trouve les mêmes niches, les mêmes cavités destinées à recevoir 
les colonnes que du côté aujourd’hui découvert. Il y a seulement 
deux niches rectangulaires en plus. L’angle de la porte, très- 
apparent encore, permet de déterminer sa largeur. On peut aussi, 
en certains points, suivre ce mur à l'extérieur et même constater 
une arète vive, à l'angle sud ouest, à l'intersection des deux 
faces externes (pl. I n°5 4, 5, G). 

Examinant ensuite les six travées à deux étages qui se trou- 
vent entre le mur circulaire et la face extérieur de la salle rec- 
tangulaire, il est facile de constater que toute cette construction 
a été ajoutée plus tard. Non seulement aucun des murs ne se 


ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 7 


raccorde soit avec celui du Panthéon, soit avec celui de la salle : 
mais, de plus, la corniche inférieure du Panthéon passe à travers 
ces murs et se retourne vers le milieu sur la partie qui forme 
un redan rectangulaire ayant en largeur un peu plus que la 
grande niche extérieure. L'escalier (pl. I n° 7) servant à accéder 
au premier étage était situé dans l’étroite bande à gauche de la 
salle. 11 est ruiné aujourd'hui; quelques marches et le premier 
palier en attestent l'existence. Il a été remplacé par un escalier 
en bois situé à l’intérieur de l'une des salles. 

Les deux étages des quatre travées du milieu ne recevaient 
le jour que par les portes, les mettant en communication en- 
tr'elles et avec celles des extrémités et par des ouvertures rec- 
tangulaires ménagées au sommet des voûtes. Que ces ouvertures 
aient été, dans l’antiquité, fermées, comme elles le sont aujour- 
d’hui, par des dalles marines ou bien laissées complétement à 
jour, les douze salles n’ont pu servir que de magasins ou de 
dépôts de combustible. Au rez-de-chaussée, un chemin, encore 
dallé grossièrement, traverse toutes les travées et met en com- 
munication les deux côtés en coutournant l'extérieur de la grande 
niche circulaire. 

Malgré la profonde crevasse qui, du haut en bas, divise le 
mur du Panthéon, sur l'axe N.$S., un mur en doublure, de l’épo- 
que des salles irrégulières, empêche de constater s'il y avait une 
porte d'entrée en cet endroit. En tout cas, cette porte eût été 
de dimensions bien restreintes, par rapport à l'immense rotonde, 
puisqu'elle eût du être plus basse que la première corniche ex- 
térieure qui se prolonge partout sur cette face du mur. À l'in- 
térieur du Panthéon , certaines maladresses ou négligences dans 
l'exécution des détails de la niche circulaire du fond, notamment 
au raccord des pilastres de marbre jaune avec leurs chapiteaux 
eb certains détails de ceux-ci indiquent un remaniement. 

Il est difficile d'en déterminer l’époque et, s'il est certain 


8 ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 


qu'il y a eu là une modification de la décoration, il ne s'en suit 
pas qu’il ait du y avoir une porte. 

Ajoutant aux deux considérations énoncées ci-dessus: conti- 
nuité du mur de la grande niche de la salle rectangulaire et 
non-interruption de la petite corniche extérieure, qu'il existe une 
différence de niveau assez sensible, près d’un mètre, entre l’inté- 
rieur du Panthéon et le dallage de la salle, on peut conclure que, 
bien qu'étant contigus, le temple et la salle située derrière n'ava- 
ient pas de communication et ne dépendaient par l’un de l’autre. 

Un seul lien réunissait ces deux parties; il existe jusqu’au 
niveau du premier étage des constructions intermédiaires ajoutées 
plus tard. Au-dessus de ce niveau, son existence est encore claire- 
‘ment indiquée par l’amorce qui se retrouve plus haut que les ter- 
rasses modernes couvrant les six travées. Il suffit d'examiner cette 
partie de la construction et de remarquer que la seconde cor- 
niche se retourne aux deux angles formés par l'avant corps et 
la partie circulaire, pour être convaincu que cette partie en saillie 
n'est pas une addition postérieure, mais, qu'au contraire, elle 
fait partie de la construction primitive. Des fragments de murs, 
d'un poids considérable, sont restés en porte-à-faux et ne se 
maintiennent ainsi que parce qu’ils forment corps avec la masse 
de la rotonde. Des arcs de décharge qui existent dans ces quatre 
murs parallèles au grand axe N.S. déterminent approximative- 
ment la saillie de l’avant-corps. Cette saillie semble bien cor- 
respondre à l’espace compris entre le mur circulaire et le mur 
vertical moutant sur l'arc de tête de la grande niche extérieure. 

Quelle pouvait être la destination de cette salle rectangu- 
laire? Était-elle couverte ou découverte? 

Lorsqu'on supprime toutes les constructions ajoutées: salles 
irrégulières, doublures des niches rectangulaires et circulaires, 
mur décoré de niches, etc,, etc., il ne reste qu'un mur d'assez 
forte épaisseur (1® 80), mais sans aucune des dispositions que 


ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 9 


les architectes romains employaient habituellement pour équili- 
brer Îles voûtes de leurs édifices (pl. 2). La décoration intérieure 
n'a aucune analogie avec celles des salles couvertes des thermes 
encore existants à Rome, où, généralement, les corniches ne se 
continuent pas entre les colonnes et forment seulement des amor- 
tissements entre celles-ci et les retombées des voûtes qu'elles 
supportent. À quoi servirait d'ailleurs cette corniche continue à 
forte saillie à l’intérieur d'une salle couverte? L'exemple des 
corniches continues du Panthéon ne saurait en prouver l'utilité, 
au point de vue de la décoration, dans une salle voûtée. Il y 
a là une différence de forme qui empêche la comparaison; et qui 
sait si primitivement, à l'intérieur de la rotonde, la construction 
n’était pas plus clairement accusée qu'aujourd'hui et si les tym- 
pans des arcs au-dessus des grandes niches, n'étaient pas à jour, 
de manière à laisser facilement comprendre que toute la coupole 
repose seulement sur les huit piliers? La construction et la 
décoration, toutes modernes, des plafonds des niches semblen 
l'indiquer. 

Si la salle rectangulaire a été couverte par des voûtes, comme 
paraissent l'annoncer une naiïssance d'arc au sommet du mur, au- 
dessus de la colonne d'angle à l’est, un fragment de voûte en 
blocage, trouvé dans la fouille et quelques centimètres carrés de 
mosaïque provenant de l'appui d'une fenêtre à l'est du motif 
central; tout porte à croire qu'elle ne l’a été que plus tard, 
après l'exécution des salles irrégulières dont les murs de sépa- 
ration ont alors servi de contreforts aux voûtes et maintenu leur 
poussée. Les murs doublant ceux des grandes niches rectangu- 
laires des extrémités ont du être ajoutés au même moment, quand 
les voûtes ont eu à supporter un poids plus considérable. 

Même après ces modifications, la salle n'a eu qu'une seule 
entrée, dans l'axe du grand côté, ainsi que l'atteste encore la 
continuité du mur sur tout le périmètre. 


10 ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 


Les fouilles n'ont pas permis de reconnaître le sol au-dessous 
du dallage en partie conservé; mais. cette conservation même 
semble indiquer qu’elle ne repose pas sur de légères constructions, 
comme il arrive toutes les fois que les salles sont destinées à 
être chauffées. Il n'y a aucune trace de cheminée ni de ces pe- 
tits canaux en terre cuite appliqués sur les parois des salles 
chaudes des autres thermes. 

Deux canaux ménagés dans l'épaisseur du mur, vers le Pan- 
théon, communiquent avec un égout qui suit la direction du chemin 
traversant les six salles voûtées. Ces canaux servent encore au- 
jourd'hui à évacuer les eaux pluviales. 

On ne peut reconnaître clairement les points de contact des 
murs anciens existant encore dans la cour de l'Académie ecclé- 
siastique avec ceux de la salle rectangulaire; mais leur disposi- 
tion, par rapport à ceux-ci semble indiquer qu'eux aussi sont 
venus s'ajouter plus tard à cette construction. 

Différentes opinions ont été émises relativement à la desti- 
nation de cette salle: Palladio l'appelle le bain des athlètes, Ca- 
nina lui adjoint quelques dépendances; mais il ne lui donne pas 
de nom. Les fouilles récentes et le dégagement complet du Pan- 
théon ont ramené l’attention vers ce monument et plusieurs 
savants ont de nouveau cherché à identifier la partie découverte 
des thermes d’Agrippa qui touche immédiatement la rotonde. Le 
Directeur général des Antiquités et Beaux-Arts d'Italie, M. Fio- 
relli, se fondant sur ce que la salle était primitivement décou- 
verte et située au nord des thermes, y place le Frigidarium. 
Malheureusement ou n’a pas trouvé de bassin destiné à contenir 
l'eau. De plus, il n’existe aucune des dispositions accessoires des 
salles ayant la même destination dans les édifices analogues et l’on 
conçoit difficilement un Frigidarium ouvert par une porte unique 
sur le vestibule et n’ayant que ce moyen de communication avec 
les vestiaires et les autres services composant l’ensemble. 


ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 11 


Ne serait-il pas logique de prendre presque à la lettre le 
passage de Dion Cassius, cité plus haut, et d'imaginer l’ensemble 
des édifices qu'Agrippa légua au peuple romain comme se com- 
posant d’une vaste enceinte comprenant le Panthéon, l'Etuve 
Laconienne; l'Euripe ou canal, le lac sur lequel Néron devait 
plus tard donner un festin, le xyste pour la course et une ou 
plusieurs palestres pour les exercices moins violents et plutôt 
même pour la conversation. Cet ensemble, où auraient été mé- 
nagés de vastes espaces découverts, aurait eu bien plus d'analogie 
avec les gymnases grecs qu'Agrippa s'était proposé d’imiter, 
que les thermes immenses érigés plus tard à Rome. Les vastes 
constractions, dont Palladio et Canina donnent des plans si diffé- 
rents, pourraient être attribuées à Septime Sévère et à Caracalla. 

Il existe une grande ressemblance de plan entre les deux 
palestres des thermes érigés par ce dernier empereur et la salle 
dont je présente un projet de restauration. Elles étaient toutes 
les trois découvertes et la même grande niche circulaire existe 
au milieu. Les palestres des thermes de Caracalla sont toutefois 
bien plus largement ouvertes sur le xyste que celle que je crois 
avoir reconnue. 

La disposition d’ensemble de la décoration de cette palestre 
n'est pas douteuse ; les grandes niches conservent encore les pié- 
destaux des groupes qu’elles abritaient; il existe même quelques 
fragments du revêtement de marbre sur les plinthes et, dans 
certains endroits, des trous de scellements en indiquent la dispo- 
sition. Toutes les petites niches ont été mesurées et des frag- 
ments de leurs chambranles ont été retrouvés. 

Sur la face nord, à droite et à gauche de la grande niche, 
sont deux colonnes de marbre jaune de même nature que celui 
des colonnes intérieures du Panthéon. L'une est presque entière 
et a pu être complétée; un morceau seulement de l'autre a été 
découvert. Les deux colonnes des angles étaient en granit rose 


12 ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 


d'Egypte; deux petits fragments ont été maintenus sur les bases 
par les mortiers assujéttissant les revêtements voisins. Un petit 
morceau de chapiteau corinthien a été trouvé; il donne Îa hau- 
teur du tailloir et une partie de la volute d’angle. L’entable- 
ment est complet, des morceaux de la frise sont si bien conservés 
que, dans mon dessin, je n’ai eu à compléter que quelques pointes 
de feuilles. 

Des trous de scellements très-visibles et disposés régulière- 
ment, sur la partie cylindrique de la grande niche, au-dessus 
de [a plinthe, m'ont fourni deux ou trois dessins entre lesquels 
J'ai eu à choisir. Il ne reste aucun fragment de marbre sur ce 
point. Il n’y a pas de trous de scellements visibles sur la partie 
sphérique très-ruinée et presque totalement reconstruite au, mo- 
ment des fouilles. 

Les différentes lignes d'assises figurées par le revêtement sur 
les parois latérales sont indiquées par des trous de scellements. 
Les divisions verticales de la partie inférieure ont pu même 
être mesurées. Les fonds des petites niches étaient revêtus de 
dalles de marbre dont les points d'attache ne se correspondent 
pas d'une niche à l’autre, ce qui exclut l'idée d'un dessin et ne 
permet de supposer qu’un ton uniforme. 

Des morceaux d’astragale en marbre blanc ont été retrouvés 
et deux lignes de trous indiquent que cette moulure se conti- 
nualt d'une colonne à l’autre. Il n’y a d'incertitude que pour les 
grandes surfaces entourant de chaque côté les trois petites niches. 
Beaucoup de trous de scellements, disposés sans ordre, font penser 
à des réparations ou bien à des modifications du revêtement. On 
distingue cependant les assises horizontales que j'ai figurées dans 
mon dessin. 

Les murs des palestres des Thermes de Caracalla sont fort 
élevés et l'on conçoit facilement dans quel but: pendant l’hiver, 
ils préservaient des vents et, pendant l'été, ils produisaient de 


ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE RME 13 


Pombre sur presque toute la surface du pavement. M’inspirant 
de cette idée, j’ai prolongé les murs jusqu'au niveau de la deu- 
xième corniche du Panthéon qui se retournerait ainsi tout au- 
tour de la palestre et donnerait à l'ensemble des deux édifices 
l'unité qui semble manquer en plan. 

La décoration picturale a été souvent employée dans les grands 
édifices romains et dans les habitations particulières à l'époque 
d'Auguste. Dion Cassius parle du Portique de Neptune qu'Agrippa 
fit décorer d'une composition représentant les Argonautes; la maison 
de Livie sur le Palatin et sa villa sur la via Flaminienne conservent 
de précieux témoignages du talent des peintres à cette époque. 

La frise de dauphins et de tridents, qui se développe tout 
autour de la palestre, me paraît être le complément d'une dé- 
coration dont le sujet eût été plein d'actualité trois ans après 
la bataille d'Actium. La partie que j’ai esquissée représente le 
vainqueur d'Antoine sacrifiant à Neptune. 

Une méduille portant la même inscription que la frise du 
Panthéon: M - AGRIPPA : L:F - COS : III (1), représente, 
sur la face, Agrippa la tête ceinte de la couronne rostrale; sur 
le revers, les lettres S : C et Neptune tenant, de la main droite, 
un dauphin et, de la gauche, le trident sur lequel il s'appuie. 

On cherche vainement, sur la face cylindrique du mur du 
Panthéon, la trace des pilastres qu’indique Palladio dans sa re- 
stauration, et cependant, dans beaucoup d'endroits, des morceaux 
de l’enduit sont restés en place; notamment sous les corniches. 
On se demande, du reste, quel effet les détails relativement petits 
de ces lignes de décoration, auraient produit sous les robustes 
consoles des corniches. Des assises figurées semblent plus en rap- 
port avec les détails existants et accusent mieux le caractère de 
force qui semble avoir été cherché partout. 


(1) Collection A. Dutuit, Paris A. Lévy. 1878. 


14 ÉTUDE SUR LE PANTHÉON DE ROME 


La corniche inférieure est recouverte de tuiles plates, en terre 
cuite, avec couvre-joints; des fragments nombreux sont parfaite- 
ment visibles sur différents points. Les deux autres corniches 
sont recouvertes de dalles de marbre de 0.12 d'épaisseur sans 
couvre-joints. Des petits canaux creusés latéralement aux joints, 
à quelques centimètres de ceux-ci, empêchent l'eau de s’y infiltrer. 

Le premier gradin de la coupole est recouvert de dalles de 
marbre creusées formant un chéneau interrompu à chaque joint. 
De nombreux petits trous sont percés, pour l'écoulement de l'eau, 
dans la doucine qui décore la partie antérieure de ces dalles. 

Les six autres gradins paraissent avoir peu changé de profil. 
Un fragment de tuile de bronze d’un centimètre d'épaisseur et à 
rebord, trouvé dans les fouilles récentes, a peut-être appartenu 
à cette partie de la couverture. 

L'ouverture circulaire du sommet conserve encore, à l'inté- 
rieur, sa corniche de bronze. Tout autour existe une surface lé- 
gèrement conique couverte d’épaisses plaques de bronze, de 1." 94 
de longueur, sondées ensemble. On ne peut retrouver sur ce ré- 
couvrement les points d'attache des armatures d'un lanternon; 
mais il serait difficile d’en conclure, d'une manière positive, qu'il 
n'en a jamais existé; car, depuis l'antiquité, cette partie de la 
couverture a pu être retournée. Il m'a été impossible de me ren- 
dre compte si les canaux, qui servent à l'écoulement de l’eau 
tombant à l'intérieur sont antiques ou modernes. 


V. A. BLAvVETTE. 


LE PARTAGE ONCIAL DU FUNDUS ROMAIN 


Parmi les anciennes formules de droit romain conservées dans 
les recueils de Marini (1), et de Fantuzzi (2), dans les chartes 
de l’église de Tivoli (3) et dans les lettres de Grégoire le Grand (4), 
les plus curieuses sont celles qui mentionnent le partage des terres 
suivant le système oncial. Dans une foule de ventes, de dona- 
tions, de partages (5), le morceau de terre dont il est question 
dépend d'un Fundus plus grand qui porte un nom propre et le 
rapport de la partie au tout est indiqué soit par un certain nom- 
bre d'onces qui peut varier entre 1 et 12, soit par des subdi- 
visions de l'once (6). On trouve ce système encore en vigueur 
à Rome en 1037, à Tivoli en 978, à Ravenne en 1193. 

Savigny a consacré un article (7) à l'explication de cette cou- 
tume. Il s'est demandé surtout si dans le partage il s'agissait 
d’onces réelles ou d'onces idéales. Dans le premier cas, les mor- 
ceaux qui composent le fundus primitif seraient réellement sé- 


(1) Papiri diplomatici. 

(2) Monumenti Ravennati. 

(3) Regesto della chiesa di Tivoli (dans le recueil Studi e Docu- 
menti di storia e diritto). Add. De Rossi, Bullettino, 1870-1871 fasc. LIT, 
pag. 93. 

(4) Voyez surtout IT, 12; III, 8. (Ed. Migne). 

(6) Voyez Fantuzzi I, 17, 64, 65, 92, 129, 186, 160 — II, 163, 381 
— Î1V, 290, 291 — VI, 5 — Marini: N. 86, 90, 96, 107, 109, 111, 117-124, 
127, 128, 131, 132. — Greg. 1. c. — Chiesa di Tivoli, n° 5 (ann. 978). 

(6) On sait que la division onciale était employée pour la détermi- 
nation des parts dans les héritages. L'héritage représentant un as, l’once 
en était la douzième partie (cf. Plinii epist. VII, 14). Les subdivisions 
de l'once employées dans nos textes sont le Punctus qui parait être 
la 12° partie de l’once et le Scripulus qui est la moitié du Punctus. 

(7) Vermischte Schriften I, n° 6. 


16 LE PARTAGE ONCIAL DU « FUNDUS » ROMAIN 


parés et la division en onces rappellerait simplement l'ancienne 
unité du fonds ou exprimerait le maintien de cette unité, non 
par rapport à la propriété, mais à un point de vue spécial, par 
exemple pour le paiement collectif de l'impôt par les différents 
propriétaires du fonds. Dans le deuxième cas au contraire, le 
fonds, comme autrefois le patrimoine de la gens primitive, re- 
sterait légalement indivis et les copropriétaires n'auraient droit 
qu'au produit de la terre suivant l’étendue possédée par chacun 
d’eux. 

Savigny admet le partage réel pour la plupart des cas, sur- 
tout quand les onces qui restent du fonds primitif forment une 
des quatre limites que la charte assigne à la nouvelle propriété (1). 
C'est un fait évident. Mais il prétend que le partage est idéal 
dans deux cas: 1° quand les voisins des quatre côtés sont indi- 
qués sans qu'il y ait parmi eux les onces restantes (2); 2° quand 
il y a partage suivant le système oncial soit d'une fortune en- 
tière comprenant des meubles et des immeubles, soit d'une maison 
ou d'une propriété de ce genre (3). 

Cette hypothèse ne peut se soutenir. Car, dans le premier 
cas, si les onces restantes ne forment pas une des limites, c’est 
que dans la pratique on pouvait regarder une propriété comme 
suffisamment déterminée quand on avait indiqué les tenants et 
aboutissants du fonds primitif dont elle faisait partie. En cette 
question Savigny subit l'influence des idées de Niebubhr sur l'in- 
divisibilité du fundus. En réalité le fundus était depuis longtemps 


(1) « Curtinis uncias quinque .... inter affines fundum Varianum et 
fandum Titianum atque fundum quadrantula et ex reliquis unciis fundi 
ssti Curtini….. » (Marini, n° 120). Cf. Fantuzzi I, 40, 92. 

(2) Fantuzzi, I, 43. 

(8) Marini, N. 88a « donamus, cedimus, tradimus ac mancipamus 
sex uncias substantiae nostrae in mobilibus .... in rusticis urbanisque 
praediis....x». Cf. Marini, n° 80, 90, 94, 107, 120, 123, 132, — Gregorii 
Magni epist. II, 12. 


LE PARTAGE ONCIAL DU «€ FUNDUS » ROMAIN 17 


susceptible d’être partagé. Pomponius dit clairement que c'est 
la volonté du propriétaire qui détermine le nom et l’étendue des 
fonds (1). 

Dans le second cas, il y a des objets tels qu’une maison, un 
établissement de bains, qui ne peuvent évidemment pas se prêter 
à un partage de fait. Mais ils ne restent pas dans l’indivision. 
Le droit de propriété sur chaque portion est absolu. C’est ce 
que prouvent les nombreux cas (2) où avec quelques onces d’un 
fonds on vend une portion de la maison (portio aedificii). Les 
termes qui expriment la vente excluent toute idée d'indivision (4). 
Une lettre de Grégoire le Grand (4) mentionne la donation à 
l'Église romaine de 8 onces de toute une fortune “ totius fa- 
cultatis, mobilium vel immobilium. , Nous ne savons au juste 
comment s'effectuait alors pratiquement le partage d'une pro- 
priété de ce genre. Nous voyons seulement que l’Église prend 
8 onces; les 4 autres restent sans doute à la famille; on ne peut 
admettre qu'il n’y ait pas eu une séparation réelle des deux 
portions. 

En un seul cas le partage oncial paraît n'exprimer qu'une 
division idéale; c'est quand il s'agit d'une cession sous la forme 
d'emphytéose (5). La propriété n'étant pas transférée, le fonds 
reste vraiment indivis. 

Au mot Uncia est souvent jointe dans les chartes l'épithète 
de Principalis. Savigny cherche à l'expliquer par un passage 


(1) Dig. XXX, 24, 2: « maxime si ex alio agro qui fuit ejus.... eam 
partem adjecit.… cum nostra destinatione fundorum nomina et modus 
non natura constituerentur ». Lo pssessour du fundus Titianus y ajoute 
une parcelle enlevée à un de ses autres fonds. Cf. L. 1. C. Just. finium 
regundorum III, 3). 

(2) Marini, n° 118. 

(8) C£. note 2. 

(4) IL, 12. 

(5) Marini, n° 132. 


MÉLANGES D'ARCIT. ET D'HIST. V° ANNÉE 2 


18 LE PARTAGE ONCIAL DU « FUNDUS® ROMAIN 


analogue des Agrimensores (1) où le fundus principalis paraît 
être opposé aux Subseciva. Mais on peut se demander si les Sub- 
seciva existent encore à notre époque: nous savons au con- 
traire que des terrains, tels que les marais (2) (paludes) qui 
dans le droit primitif auraient appartenu à la classe des loca 
relicta sont maintenant régulièrement cadastrés. Or les loca re- 
licta avaient à peu près le même régime que les Subseciva : il 
est donc probable qu'à notre époque les Subseciva sont éga- 
lement entrés dans le cadastre et assimilés aux fonds de pre- 
mière formation. Aussi, à notre avis, le mot principalis exprime 
plutôt la division régulière en 12 onces par opposition à la di- 
vision en un plus grand nombre d'onces, qui pouvait se faire 
pour un héritage quelconque. L'Uncia principalis est l'unité de 
mesure, la douzième partie du terrain. 

1l est probable du reste que ces formules étaient devenues 
inintelligibles pour les notaires qui les employaient. Dans plu- 
sieurs chartes elles sont remplacées par des mots plus simples, 
tels que portio, medictas (3) et l'étendue du terrain est quelque- 
fois exprimée par un certain nombre de jugera (4). 

Mais quelle que soit la valeur de ces formules à une époque 
postérieure, aux 7%, 8ème ct One siècles, il est intéressant de 
rechercher ce qui leur a donné naissance et ce qu’elles repré- 
sentent dans la période précédente, par exemple du 4!"° au 6°"° 
siècle. Pourquoi le Fundus est-il regardé comme une unité qu'on 
divise, il est vrai, en parties réelles, mais qui garde néanmoins 


son existence et son nom? 


(1) Gromatici veteres. ed. Lachmann, p. 335 « ..... infra fundum 
principalem suum aqua viva esse .... ». 

(2) Marini, n° 119 (ann. 651). Cependant il y a encore en 440 une 
classe spéciale des paludes et des pascua. cf. Nov. Theod. II, tit. XX. 

(8) Marini, n° 76, 93, 116, 

(4) Marini, n° 114. 


D 


LE PARTAGE ONCIAL DU & FUNDUS » ROMAIN 19 


Nous savons que, pendant la république, la première période 
de l'empire et jusqu’à l’époque des jurisconsultes classiques, les 
Fundi, au moins en Italie, gardent avec persistance le nom de 
leur premier possesseur quiritaire. Ce fait a été mis en relief 
par Rudorff dans ses études sur le droit agraire (1) et plus com- 
plètement par Mommsen dans un article sur la division du sol 
en Îtalie (2). Les documents officiels enregistraient une fois pour 
toutes, sans la modifier à chaque changement de propriétaire, 
l'indication primitive; le nom de la famille, avec une terminai- 
son en anus, devenait le nom particulier de la propriété et les 
ventes, partages, donations et autres actes juridiques devaient le 
modifier fort rarement: car dans les textes lévislatifs et épigra- 
phiques (3), 1l est rare qu'une dénomination spéciale fasse re- 
connaître un changement de propriétaire ou un partage, faits 
qui devaient cependant se produire assez fréquemment. Il est 
même possible qu'un certain nombre de Fundi appartenant à un 
même propriétaire aient été réunis de façon à former une espèce 
d'unité, soit pour la vente, soit pour l'établissement de servitudes 
ou de rentes foncières (4); mais dans ce cas c'est le nom d’un 
des morceaux qui est généralement porté par la collection. 


(1) Rudorff Gromatische Institutionen (dans les Gromatici veteres, Il). 

(2) Die Italische Bodentheïlung (Hermes 1884, p. 393-416). 

* (8) Ce sont surtout les fables alimentaires. Cf. le texte do Paul. 
(Dig. 81, 86, 1) où le possesseur du fundus Seianus, pour mieux le 
louer, le partage en deux morceaux « ex qualitato loci superiorem par- 
tem Seianum superiorem, inferiorem autem partem Seianum inferiorem 
appellavit.... Si testator fundum Seianum une nomine universum pos- 
gedit. ...». 

(4) C'est ce que M. Mommsen voit dans la table de Velia où plu- 
sieurs fonds sont réunis dans une estimation commune (pluribus sum- 
mis). Cependant cette expression ne désigne peut-être qu’une addition 
faite pour le besoin du moment. Les textes du Digeste sont plus con- 
cluants. « Fundum Mevianum aut Seianum Titio legaverat, cum uni- 
versa possessio plurium praediorum sub appellatione fundi Meviani 
rationibus demonstraretur » (34, 5, 1. — Cf. 32, 91, 3). 


20 LE PARTAGE ONCIAL DU & FUNDUS > RUMAIN 


Il ne semble pas que cette désignation des fonds ait subi de 
grands changements après Dioclétien. Sur l'inscription de Volceii 
qui est de l’époque de Constantin (1), il y a bien un certain 
nombre de noms communs, tels que “ agellus superior, agellus 
inferior , et de noms de formations différentes: cependant les 
noms propres qui désignent les fonds ne sont pas relativement 
beaucoup moins nombreux que dans la période précédente. D’ail- 
leurs, après Constantin on ne trouve plus de révision régulière 
et générale du cadastre; dans le code Théodosien et dans le code 
Justinien il n'y a que des révisions locales et partielles; mais 
tout acquéreur d'une propriété est tenu sous les peines les plus 
sévères de faire sa déclaration au fisc et de s'engager à payer 
l'impôt foncier (2). 

Au lieu de se détruire par l'effet des partages, des ventes 
et des donations, l'unité du fundus, exprimée par la persistance 
du nom primitif, se consolide à cause des nécessités fiscales. C’est 
un des résultats les plus curieux de la législation agraire du Bas- 
Empire. L'impôt foncier avait peut-être déjà influé dans la pé- 
riode précédente sur la conservation de l'unité foncière (3); les 


(1) C. I. L. X, 407. 

(2) L. 2. C. Th. De cont. empt. III, 1; L. 5 De censu, II, 3; Nov. 
Theodos. IL, tit. 27; L. un. $ 2. C. Just. de suffrag. IV, 5. 

(3) On saisit déjà sous Aurélien le commencement de la législation 
fiscale. (L. 1. C. Just. des omni agro deserto, XI, 53) et elle est certai- 
nement antérieure. On voit dans les Responsa de Papinien que pour 
aller plus vite en besogne, le fisc demande à un seul propriétaire tout 
l'impôt foncier et lui donne en revanche des actions contre les autres 
propriétaires qui sont également redevables de l'impôt. « Cum posses- 
sr expediendi negotii causa tributorum jure conveniretur, adversus 
coteros quorum asque praedia tenentur, e1 qui conventus est actiones 
a fisco prasstantur. ... ». (Fr. 5 De censibus Dig. L, 16). S'agit-il d'un 
patrimoine considéré comme unité fiscale ? ou d’un héritage dont toutes 
les parts sont solidaires ou d’une communauté dont un des membres 
est rondu responsable pour les autres ? Il ost difficile de se prononcer. 


LE PARTAGE ONCIAL DU & FUNDUS » ROMAIN 21 


documents ne sont pas assez nombreux pour le prouver directe- 
ment, mais ils abondent dans les codes Théodosien et Justinien. 

Le maintien du fundus comme unité apparaît surtout dans 
le système de l'adjectio (en grec ëxtboA#) (1). On sait en quoi 
il consiste essentiellement. A l'origine les propriétaires incapa- 
bles de payer l'impôt foncier pouvaient abandonner leurs champs. 
Les agri deserti étaient adjugés à quiconque s’engageait à payer 
l'impôt. Mais plus tard, le nombre des propriétés abandonnées 
grandissant de plus en plus, pour parer au déficit qui en serait 
résulté pour le fisc, le gouvernement créa en cette matière toute 
une législation savante et compliquée, pleine de contradictions, mais 
qu'on peut ramener à deux points principaux: défense au pos- 
sesseur de biens fertiles d'abandonner les parties de son domaine 
moins productives; obligation imposée à certains propriétaires 
de se charger des agri deserti ou des agri steriles pour en payer 
les impôts. C'est là ce qu’on appelle proprement l’adjectio. 

Zachariae, le premier (2), a nettement distingué les deux sor- 
tes d'adjectio que Godefroy avait confondues. L'adjectio s'appli- 
que aux biens (3) éw69ovAx et aux biens ômoxnvos. 

Les biens éuoxñvoa (contributaria) (4) sont vraisemblablement 
ceux qui ont été recensés dans le même cadastre, par exemple 
dans le territoire d'une ville. Dans ce cas, lorsqu'une partie du 
territoire est devenue déserte, les décurions doivent répartir sur 
le reste du territoire les impôts qui frappent les champs aban- 
donnés. Bien plus la répartition peut se faire entre les différentes 


(1) Cod. Just. De omni agro deserto XI, 59; Cod. Thcod. De an- 
nona et tributis XI, 1 (avec le commentaire de Godefroy à la loi 4); 
Nov. Justin. 128; Suidas au mot im:6oar. 

(2) Geschichte des Griechisch-rômischen Rechts $ 58. 

(3) Nov. 198, c. 7. « im6à xrnaewç éucO: 0 n éucxnauv» — c. 8 « Tes 
OUCÔc Ua n OLIANVOU LOIR XELTNILIVELS D. 


(4) Traduction de l’Autheutique. Nov. 133. 


29 LE PARTAGE ONCIAL DU & FUNDUS » ROMAIN 


villes d'une province. Nous trouvons cette pratique dès le règne 
de Constantin (1). 

Mais ce genre d'adjectio n'est pas celui qui nous intéresse. Il 
est plus difficile de savoir à quelles terres s'applique l'expression 
6469ovAz, Voici l'opinion de Zachariae: à l’origine les agents de la 
communauté, de la cité sont chargés de lever l'impôt sous leur 
responsabilité et de le remettre aux employés du gouvernement : 
plus tard on les délivre de cette obligation à l'égard des grands 
propriétaires. Ceux-ci lèvent l'impôt sur leurs terres (2) et le re- 
mettent directement au fisc impérial. Il en résulte que les grandes 
propriétés sortent du cadastre général et ont des cadastres spé- 
ciaux sous le nom de Possessiones, de Massae. Ce sont des unités, 
plus larges que l'ancien fundus et qui, quoique divisibles dans la 
pratique, sont indivisibles au point de vue fiscal pour le paiement 
de l'impôt. Car il est admis implicitement que les revenus des par- 
ties fertiles compensent les pertes des parties stériles; les diffé- 
rents morceaux restent donc engagés les uns envers les autres pour 
le paiement de l'impôt total. Ils sont 6m6301Xx (conserva) (3). 

Ce système n'est pas juste sur tous les points. On ne voit 
nulle part trace de ces cadastres spéciaux dont parle Zachariae. 
Au contraire les Possessiones, si grandes qu'on les suppose, sont 
souvent mentionnées comme appartenant à des curiales (4) et ren- 
trent par conséquent dans le cadastre de la cité. Les Possessores, 
comme parait le croire Zachariae, ne sont pas généralement les 
grands propriétaires: c’est la classe des petits propriétaires qui 
n’appartiennent pas encore à la curie, mais qui sont susceptibles 
d'y entrer lorsqu'il y a des vides à remplir (5). Quant aux grands 


(1) L. 1. C. Just. De omni agro deserto XI, 59. 

(2) L. 7, 12, 14. C. Th. De an. et trib. XI, 1; L. 1. C. Just. XI, 59. 

(3) Traduction de l’Authentique. Nov. 138. 

(4) L. 14. C. Just. XI, 69. 

(6) Le mot Possessores est un terme générique qui comprend sou- 
vent les grands et les petits propriétaires, même les sénateurs. (Cf. 


LE PARTAGE ONCIAL DU « FUNDUS » ROMAIN 23 


propriétaires eux-mêmes, on ne voit pas qu'en règle générale ils 
paient directement l'impôt au fisc; les textes du code Théodosien 
sur lesquels s'appuie Zachariae n'ont pas ce sens. Îls montrent 
seulement que les propriétaires paient les impôts au nom de leurs 
colons. À une certaine époque seulement, les terres des sénateurs, 
grands propriétaires, sont soustraites à la surveillance des curies et 
la perception de l'impôt est confiée à des agents spéciaux; mais 
ce nouveau système donne de si mauvais résultats qu'on revient 
bientôt à l’ancien (1). 

Ces réserves faites, il est certain que parmi les biens ôu6SouXx, 
il y a ces possessiones, ces massae, dont les parties sont solidaires 
les unes envers les autres. Il existe pour ces domaines une espèce 
d'unité fiscale créée par le simple fait d'avoir appartenu au même 
propriétaire. Le mot émodouh« cet souvent synonyme de “ agri eius- 
dem substantia, de eodem patrimonio, ë4 T5 aûtñ; mepiouaixs (2),. 
Les textes du 4° et du 5° siècle confirment donc cette formation, 
d'unités fiscales entrevue confusèment dans les textes épigraphi- 
ques et juridiques des deuxième et troisième siècles. 

Mais à notre avis 6u60ouk« a un sens plus large que ne le 
prétend Zachariae. Ce n’est pas seulement la réunion de plusieurs 
fonds, la Massa, qui forme une unité fiscale. C’est aussi la réunion 


L. 4. C. Th. De naufrag. XIII. 9. Nov. Valentinian. IX, 6, 2, $ 1. L. BE. 
C. Th. XI, 28. Cassiodor. Variae (ed. Migne) II, 17; II, 9, 49; IV, 8; 
VI, 24; VII, 27. Mais, à proprement parler, les Possessores paraissent 
être les petits propriétaires ne possédant pas’ plus de 25 arpents de 
terre. (L. 35. C. Th. De decur. XII, 1) ou de 300 sous. (Nov. Valenti- 
nian. III, tit. 8, $ 4 (ed. Haenel). C’est co qui parfaitement indiqué dans 
une lettre de Cassiodore (1X, 4) où une famille, incapable de supporter 
les charges de la curic est effacéo de l’album et mise dans la classe 
des Possessores. 

(1) L. 2, 8 (396) et 4 (397), C. Th. De praediis senator. VI, 8 (ed. 
Haonel). Ce systèmo avait déjà été essayé sous Gratien en 383. (L. 12. 
C. Th. De exactionibus XI, 7). 

(2) Nov. 166. Epitome Juïiani. 


24 LE PARTAGE ONCIAL DU & FUNDUS » ROMAIN 


des parties d'un seul fonds. Le fundus renferme des parties sté- 
riles et des parties fertiles; il peut être morcelé. C'est donc le 
premier élément de l’adjectio. Les textes confirment cette ma- 
nière de voir. La novelle de Justinien (1) qui règle spécialement 
la question de l'adjectio parle des impôts qui sont dus par chaque 
province et par chaque cité “ pro unoquoque jugo aut viliis aut 
centuriüis aut alio quolibet ,. Ailleurs (2), le collecteur de l'impôt 
doit énumérer sur ses quittances “ quantitatem jugorum sive vi- 
liorum sive centuriarum et nomina possessionum ,. Il est diffi- 
cile de déterniner lequel de ces noms désigne le fundus primitif. 
Il est plutôt désigné par le nom générique de Possessio. Dans 
l'édit du préfet du prétoire Démosthène (entre 521 et 532) (3) 
qui fixe la législation très-confuse de cette matière, l’adjectio est 
également appliquée aux différentes espèces de propriétés “ agrum, 
vel praedium vel terram vel complexum possessionum totum ,. 
D'ailleurs si l’adiectio s'applique à un ensemble de propriétés, 
elle doit nécessairement s'appliquer aussi là où la propriété se 
compose d'un seul fonds et par suite contribuer à la rendre in- 
divisible au point de vue fiscal. 

Ainsi la nécéssité de ne pas bouleverser le cadastre à chaque 
translation de propriété et surtout à partir de la fin du 3° siccle 
le système fiscal destiné à assurer le paiement de l'impôt fon- 
cier: voilà les deux principales raisons qui expliquent la per- 
sistance de l’ancien nom et de l'unité fictive du fundus et par 
suite l'emploi du système oncial dans le partage du sol jusqu'à 
une époque où les formules de droit romain ne sont plus guère 
que la tradition inconsciente du passé. 


(1) Nov. 128, $ 1. 
(2) Nov. 198, $ 8. 
(3) Noy. 166. 


C. Lécrivaix. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523. 


Papier, 0,28 sur 0,22, écrit entre 1450 et 1460 (1), tantôt 
sur ‘deux colonnes, tantôt en grandes lignes. Les vers sont gé- 
néralement à la suite les uns des autres, comme de la prose. Le 
copiste s’est nommé en plusieurs endroits (2); c'est Jehan le Leu, 
Joannes Lupi. Les nombreuses particularités orthographiques et 
même le choix des pièces qu'il a copiées prouvent qu'il était 
Belge; ce n'était pas un scribe de profession, il écrivait pour son 
propre compte, du moins semble-t-il. | 

Son manuscrit a été fortement endommagé et a perdu un 
bon nombre de feuillets; on l’a restauré aussi bien que possi- 
ble, on l'a monté sur onglets et on a recollé avec du papier 
pelure les feuilles lacérées. Il contient: 

1° Le Miroir de la Conscience (f° la-23d). 

2° Le Doctrinal aux simples gens (f° 24r°-38v°). 

3° La Vie de Saint Servais (f° 39r°-41v°). 

4° La Doctrine et traictié de parler et de taire (fo 41a-43b). 

5° La Voie de Paradis (f° 43b). 

6° Des Ballades (f° 43c-44a). 

7° Des Septaines (f° 44b-44c). 

8° La Nef de Vie (f° 44c-46a). 

9° La Vie de Saint Etienne (fo 46a-46c). 


(1) La vie de St Servais a été copiée en 1453 (voyez p. 43). — Los 
numéros 27-30 ne sont pas du même copiste, bien que environ de la 
même époque; ils proviennent d'un autre ms. réuni postérieurement à 
celui de Jean Le Leu. 

(2) Jeham le Leu, wantier, l’escrit en l'an mil ITIT: LIII, le dernier 
jour de May (voyez p. 43). — Jehan le Leu (voyez p. 41). — Johannes 
Lupy fexi (voyez p. 45). 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE 8 


26 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


10° La Desputoison de Dieu et de sa Mère (f° 46d-47d). 
11° Le Paternostre à Saint Julien (f° 48a). 

12° Les 12 mois de l'an (f° 48a-49d). 

13° Le Comput (f° 49d-50b). 

14° La Table du Calendrier (f 50h-50c). 

15° De quoi Adam fut formé (f° 50c, d). 

16° Comment Adam fut nommé (fo 50d-52). 

17° Les 12 jours de jeûne (fo 52b). 

18° Les 12 signes du zodiaque (f° 52c-54a). 

19° Un Quatrain (f° 54b). 

20° Comment apparaîtra le fils de Dieu au jour du jugement 


(f° 64b). . 
21° La Douleur du corps et de l’âme quand ils se séparent 
(fv 548, c). 


22° Les dix Souhaits (f. 54c-55b). 

23° Pièces diverses (f° 55b-58d). 

24° Enseignements notables faits à Paris (f° 58a-59b) 

25° De la Confession (f° 59b-61d). 

26° L'Image du Monde (f° 62a-74c). 

27° Sermo beati Bernardi de Sacramento Altaris (f 77r°- 
84v°). 

28° Ancelmus de Conceptione beatae Mariae (f° 85r°-88r°). 

29° In Clementinis de Solempnitate Sacramenti Altaris (f° 88r°- 
92v°). 

30° De Sacramento Eucharistiñäe — De Horologio Divinae 
Sapientiae (f° 91v°-106r°). 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2593 21 


Le Miroir de la Conscience. 


À cause des lacunes que laissent entre eux les 23 premiers 
feuillets du manuscrit, il est impossible de savoir s'ils ont été mis 
à leur place par le relieur. Par le style, par le sujet ils semblent 
appartenir à un même ouvrage ascétique dont le début manque: 
le manuscrit commence ainsi: 


il ne doibt riens de son chief, ne morte main, ne fort mariage, 
mais n'est mie à droit franc, car il doibt tallies et tonnelieu et 
paage. Ly chevaliers est plus frans, car il ne doibt ne tallie, ne 
travers, mez il n'est mie à droit frans car il doit au roy ost et 
chevauchie et relief de son fief, mais 1y rois est frans à droit, 
car il n'a riens de nullui fors que de Dieu, mais si com je l'ay 
devant monstré, s'il n'est sirez de soy il n'est mie sirez de tout 
son roialme. Outre il n’est sirez du plus bel membre de sa terre, 
k'est de son corps et de s'’ame et de son couragie, dont se tu veus 
savoir qui est hons fraus à droit, savoir te convient et entendre 
que ly hons a III mennières de franchise, l’une de nature, l'autre 
de grasse, l’autre de gloire ..... | 


Malgré la ressemblance de tous ces feuillets, je les séparerais 
volontiers en deux groupes, appartenant à deux traités distincts, 


dont l’un finit et l'autre commence au f° 7 a de la manière suivante: 


....et des autrez que je te nommeray, dont Dieu te garde. Rent 
l'en gracez et merchiz et l’en loe de bon cuer. 
Vechy le mirouer de le conscience. 
Orgeul fu le premerains péquiéz, ch'est le commenchement 
de tous péquiéz..... 


28 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Les mots des autrez que je Le nommeray paraissent prouver 
que le traité n’est pas terminé ; la phrase suivante, au contraire, 
ressemble beaucoup à un explicit. D'un autre côté, les mots: 
Vechy le mirouer de le conscience forment ils une simple rubrique, 
ou bien le titre d'un nouvel ouvrage ? Dans la seconde hypothèse 
nous aurions deux traités; le premier, partant de ce principe 
que l’homme doit être franc et qu'il y a trois sortes de franchises, 
l'une de nature, l'autre de grâce, la troisième de gloire, indique 
par quels moyens on acquiert cette triple franchise. Le second 
traité groupant autour de chacun des sept péchés capitaux une 
série d’anecdotes fait voir les effets funestes de ces péchés. Si 
conformément à la première hypothèse on fond ces deux ouvrages 
en un seul, le second indiquera les obstacles qu'on rencontre 
lorsqu'on veut arriver à la franchise. 

Du reste, la solution de cette question ne change rien à l'in- 
térôt de ces feuillets, intérêt qui est tout entier dans les anecdo- 
tes dont est remplie la seconde partie du traité, ou le second traité, 
en un mot les feuillets 7 à 23. L’auteur cite Tulle (Cicéron) ; 
Ovide, le Livre des Remèdes de Folle Amour ; Valérien (Valère- 
Maxime); Sénèque, le Livre des Bénéfices; Josèphe, le Livre des 
Choses de Nature; Macrobe, le Livre du Songe Cipion; S' Jérôme, 
l'Epître à Jovinien ; St Augustin, le Livre de la Cité de Dieu; 
Orose; Boèce; St Pol (Paul Diacre), l'Histoire des Lombards ; 
Hélinant; “ Johan le Moigne, jadis cardinal de Rome, en la Dé- 
crétale du VIe de Boniface, qui est dite Romania ecclesia ,, (1); 
la Vie des Pères. Mais cette érudition n'a pas coûté cher à notre 
auteur; c'est en effet dans le Livre des échecs moralisés (tra- 


(1) Jean le Moine, cardinal du titre de St Marcellin et de St Pierre, 
fondateur de l’ancien collège du cardinal le Moine, à Paris, mourut le 22 
août 1315. Il a écrit un Apparat sur le Sexte et un commentaire sur les 
Extravagantes de Boniface VIII. C'est du premier de ces ouvrages 
qu’il est ici question ; il a été publié sous le titre de Glosa aurea par les 
soins de Ph. Probus (Paris 1535, in f°). Les mss. en sont très-nombreux. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 29 


duction de J. de Vignay) qu'il a copié, mot pour mot, la plu- 
part des anecdotes qu'il raconte. Je vais en citer trois cependant 
qu'il n'a pas puisées à la même source, à savoir: un tour de 
l'enchanteur Merlin, une légende sur le roi Hildric et Gérard de 
Mont-le-Héry, enfin les Inscriptions apposées par ordre de Fré- 
déric IT sur une porte de Capoue. Des contes copiés dans le Livre 
des échecs moralisés, je ne reproduirai que la légende de Néron 
et un soi-disant extrait de Paul Diacre. 


Il avint que une damoiselle avoit [ roy amé de Galez, lequelle 
estoit sage, belle et cointe et mont courtoise outre mesure et 
estoit fillie d'un mont rice home, conte du païs. Chelle demoi- 
sele avoit estudié en l’art de clegié grant tamps et cuidoit avoir 
aprise toute la sapience du monde, mais elle n'avoit apris fors 
à engignier lez homez. Et pour ce qu'elle savoit que Merlin 
estoit le plus sage homme qui fust en vie, sy s'apenssa que s’elle 
le povoit engignier, que elle seroit tenue à le plus sage fame 
du monde. Ï jour vint à Merlin et ly requist que il le veusist 
amer par amours et Merlin qui bien sot son courage, pour don- 
ner exemple à le gent qu'il ne detichent avoir envie des biens 
qu'il verroient es autrez, come la damoisele avoit du sens qui 
estoit en ly, 1y otroia sa requeste et la demoisele ly pria qu'il 
venist à son ostel et il y vint. La damoiselle avoit aparelié I baing 
où il avoit I ayge destrempé d'arrement et d'oille et d’autrez cho- 
sez, où elle vouloit que Merlin se baignast et se ly plus blans 
hons du monde fust entréz el baing, il fust devenus aussy noir 
que arrement; mais Merlin qui savoit se malle pensée sy geta 
sez ars, dont il sambla à la damoiselle qu’elle fust laiens toute 
seule et que l’yave de la cuve fust la plus nete du monde et la 
damaiselle se despoulia erramment de tous sez dras et entra un 
baing, où elle prist la couleur desus dite. Che fit Merlin pour 
donner exemple à le gent qu'il se deüchent garder d’envie (f° 8a). 


Item nous trouvons ez anchiennez histoirez dez rois de France 
qu’il avoit [ roy en France, lequel avoit non Hildric, ly quelz 
en sa Jonesse avoit esté de grant vigour et de grant proesche, 


30 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


mais en sa vielieche amenuisa de sens et de vigour, si come na- 
ture le requeroit, dont il estoit mont avilléz et mesprisiéz de 
sez hommez, car il ne se mesloit de riens qui fust en son roi- 
alme et ne 1 caloit de riens fors que 1l fust à repos. Il avoit 
à che dont I grant segneur el païs, qui estoit sirez de Mont le 
Héry, lequel estoit mont preus et mont vigereus. Chil cheva- 
lier avoit mont grant envie seur le roy, car: il lÿy sambloit que 
il, qui estoit vigereux et preux, estoit plus digne de le couronne 
de Franche que ly rois ne fust, sy en apela lez pers du roialme 
et fit tant par prièrez et par dons que tous s’asentirent à sa 
requeste le plus grant partie. [I jour s'en descouvry à sa fame, 
qui estoit seur du roy desusdit; la dame quant elle le seut le 
manda erramment au roy par Î mesagier, lequel, quant il ot le 
mésage entendu, n’en fit quelque compte. Et le sirez de Mont 
le Héri vint à Paris et fist mander à tous les grans segneurs 
du roialme qu’il venichent à Paris, quar il se vouloit couronner 
et leur nomma le tamps et le lieu. Chez chosez furent faitez à 
savoir au roy qui demouroit à Saint Denis, mez il n’en fist compte. 
Avint que le nuit de le Trinité, dont le sire de Mont le Héri 
devoit estre couronnéz l’endemain, le roy estoit aux matinez, sy 
qu'il ouy que pluseurs gens parloiïent en l’église du couronne- 
ment desusdit, sy ly prist mont grant terreur au cuer, car il 
veoit qu'il ly couvendroit estre povrez viellars et en grant souf- 
fraite user se vie, ly qui tant avoit esté doubtéz et richez et 
tant avoit mené de bellez compengniez de genz et joieuse vie 
en sa jonesse menée, sy toucha une sy grant douleur au ceur, 
que lez lermez ly en vindrent aux iex, lors s'en ala devant le 
cruchefis et fist cheste prière et dit: “ Biau sirez Diex omnipo- 
tens, gracez et merchis je te rens, quant il te plest que je soie 
povrez et souffraiteux, car je voy bien qu'il me convendra user 
le remenant de me vie en povreté, qui ay esté duquez à ore 
sirez et rois en plus noble roïalme et de le plus noble gent du 
monde. , Lors se leva et s’en ala prendre de l’iave benoite et 
en geta sur son vis et puis se fist descauchier et remest nulz 
pièz et osta sa coste et remest en pur sa chemise et s’en ala 
devant l’ymagie monseigneur Saint Denis et s’agenoulia et dit 
à grant dévocion, à grans pleurs et gémichemens: “ Vray glo- 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 31 


rieux martirs Saint Denis, chevaliers de Jhésu-Crist, patrons et 
desfenderrez de le couronne de France, jou Hildric, roy de France, 
vostre homme, vous pri et requier o pleurs, o lermez, à jointez 
mains, Sy vraiement que vous avez promis de tous jours déffen- 
dre la couronne de France, me veuliez conselier seur che fet qui 
me doit avenir, si qu'il soit à l’onneur de Dieu et à l’essauche- 
ment de Ja couronne dont vous estez gardez et patrons. ,| Lors 
ly aparut monseigneur Saint Denis et 1y dit qu’il estoit bien 
voirs qu'il avoit pris la couronne et le roialme en sa garde, ne 
ja ne leur fauroit tant qu'il aroient leur fianche en luy, mez lez 
aideroit contre leur anemis. Et le respons qu’il faisoit à luy, sy 
estoit qu’il s’en alast lendemain à Paris et quant il y vendroit 
il fesist comme roy doit faire quant on le veult désériter et atant 
s’esvanouy. Ly rois se leva atant et merchia mont nostre Segneur 
et Saint Denis du bon respons qu'il avoit et s'en ala couchier. 
L’endemain matin sy se leva et s'en vint à Paris et deschendi 
au perron devant le palais et ne trova qui compte feïst de lui; 
il entra un palais et vit le segneur de Mont le Héri qui estoit 
assis el fauxdesteul et lez barons et tous lez chevaliers séans 
à sez piéz et faisoit devant luy tenir la couronne dont il devoit 
estre couronnéz et le ceptre. Ly rois se vint devant luy et de- 
vant lez barons et n'en y ot nul qui compte feïst de lui, lors 
parla il hautement et en oïant si quez tout chil du palais le 
peürent bien entendre et dit en telle manière: “ Girart de Mont 
le Héri, li vrais glorieux martyrs, monseigneur Saint Denis, che- 
valier Jhésu-Crist, patrons du roialme de France, sy a pris en 
se warde lez rois du dit roialme à tous jours et'a promis d’aux 
aidier et secourir à tous leurs besoingz; jou Hildric, ly péqueur 
non dignez, à cui le roialme estoit eschetis par droit hiretagie, 
m'en fis couronner, tout soit il que je conneüche et encore con- 
nois qu’en moy n’a sens ne congnoissance que Je deüche estre 
en sy haut lieu pour gouverner sy haute gent, comme sont chil 
de chest roialme, ne que deüt la fiance et l'espérance que j'avoie 
en nostre Seigneur et en monseigneur saint Denis, qu'il me deü- 
chent aidier et conselier et le droit que jou y ay et le fiance 
le me firent enprendre à faire et par l'ayeue de nostre Seigneur 


« 


et du martir Saint Denis, j'ai venu à chief de tous mez anemis 


32 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


que je onquez eüche juques au jour d'ui, fors que de toy, dont 
monseigneur Saint Denis véant et regardant le grant orgeul de 
toy et l'outrecuidance qui est en ton corps herbregiez, par 
lequel tu me veux tolir mon roialme, lequel est en sa garde, et 
en fist plainte à monseigneur Saint Denis et en fist l'emprise 
pour moy que tu me vouloiez désériter, dont nostre Seigneur 
veult que le vengance en soit prise par moy que tu vouloiez 
désériter, afin que nulz hons d’orez en avant ne soit sy outre- 
cuidiez qu'il meche main el roialme que le glorieux martir desus 
dit a pris en se garde. , Lors traït le roy l’espée et le haucha 
contremont, si que tous chieux qui estoient el palais le virent 
apertement et feri le seigneur de Mont Héri par my le teste, 
si ques il le pourfendi juques à l'esquine et quant chieux qui 
estoient el palais virent l'aperte venjanche, si traïrent lez espéez 
et ochirent tous chiaux qui avoient esté consentant à chelui fait. 
Et en telle manière avendra à tous chiaux qui en envie aront 
souspris autrui (f° 8 a-d). 


Viént ensuite le conte bien connu de “ Jean Cavase , (c’est 
ainsi que l'appelle notre manuscrit), qui abandonné de ses deux 
filles et de ses deux gendres parce qu'il n’a plus rien à leur 
donner, sait, en faisant miroiter à leurs yeux des écus qu’il a 
empruntés à un ami, les rappeler à lui par l’appât d'un héri- 
tage mensonger. Cette fable, qui se trouve déjà dans les Dialogi 
de Miraculis de Césaire de Heisterbach, théologien allemand de 
la première moitié du XIII® siècle, a été introduite dans la ver- 
sion du Chastoiement d’un père à son fils publiée par la Société 
des Bibliophiles français. Elle est dans le livre des échecs mo- 
ralisés. 


Nous lisons ez Istoirez de Romme que l'empereur Fédri le 
secont fist faire une porte de mabre (1) de mervelieuse ouvrage, 


(1) C’est la porte du magnifique château delle Torre que Frédéric 
fit construire en 1234 à la tête d’un pont jeté sur le Volturno. Ce 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 39 


en la chité de Capue, seur l’iave qui couroit entour icelle, et fit 
faire seur celle porte une ymage (1) en sa samblance, si come 
il séoit en sa magesté, et II jugez qui estoient sez absistens à 
destre et à senestre (2). Et seur la teste du juge qui estoit 
assis à destre estoient escris chez IT vers: 
Entrent tous chiex hardiement, 
Qui veulent vivre purement (3). 
Et sus le chercle du senestre estoit escript : 
Le desloial se doibt doubter 
Qu'en chartre ne le fache bouter (4). 
Et tout desus le porte seur le chercle du roy estoit escript: 
Je fais tous chiex maleüréz 
Que je trousve desmesuréz (5). 
Et pour ce apartient-il aux gardez dez chitéz de amonnester le 
peuple de soy garder de mal faire et aïinssy apartient 1l aux 


château fut démoli en 1557 par ordre du vice-roi de Naples; il avait 
coûté 20,000 onces d’or. 

(1) Voici ce que le P. della Valle dit de ces statues: Luca di Penna 
assai prima avea lasciato scritto esser ivi le statue di Federigo e di 
due suoi giudici, e rapporta ancora l'inscrizioni, che a’ suoi di vi si leg- 
gevano. Delle statue suddette, quelle de’giudici, per non esserne tenuto 
conto, sono ite a male, ma non cosi quella dell’'Imperatore, che, sebben 
tronca delle mani e piedi 6 in altre parti del corpo danneggiata dal 
tempo, se non pure dalla stolidità degli uomini, tuttavia esiste in Capua 
accanto alla porta cosi detta di Roma, dalla parte di dentro in alto 
collocata in ben adorna nicchia sin dall'’anno 1685. Ë la statua, di cui 
ragioniamo, sedente, di grandezza sopra al naturale, rappresentanto 
l’Imperatore in età giovanile, come quei che non toccava ancora il qua- 
rantesimo ann) dell'età sua, allorchè venne quella scolpita; e sebbene 
scuopra la rozzezza del decimoterzo secolo e nella mossa e ne’ panni, 
pur nel voltoe nell’insieme dimostra che l’autore non era affato ignaro 
dell’arte e che avesse avuto presente alcun antico bello originale (Let- 
terre Sanesi, I, 198). La tête de cette statue est reproduite, d’après un 
moulage en plâtre, dans le premier volume de l'Historia diplomatica 
Friderici secundi de Huillard-Bréholles (Paris, 1859). 

(2) À droite était la statue de Pierre de la Vigne, à gauche celle 
de Taddeo de Sessa. 


(3) Intrent securi qui quaerunt vivere puri. 
(4) Infidus excludi temeat vel carcere trudi. 
(5) Caeseris imperio regni concordia fio, 


Quam miseros facio quos variare scio. 


34 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


gardez dez chitéz doubter Dieu et lez 2 Jugez et faire loialment 
leur officez (f° 14 c-d). 


lei le second conte de la Disciplina Clericalis, celui du phi- 
losophe qui enseigne à son fils combien les vrais amis sont rares. 
Dans la Disciplina Clericalis c'est un veau que le jeune homme 
porte dans un sac et qu'il fait passer pour un homme, dans 
notre manuscrit c’est un porc, comme dans le Livre des échecs 


moralisés. 


Nous lisons de Noiron l’empereur de Rome, qui fist ochire 
son maistre pour ce que il ne povoit souffrir que le dit maistre 
le represit ou blamat de sez foliez, et le haïoit pour ce que il 
ly souvenoit des basteürez et corrigeüres que le dit maistre ly 
avoit fait en sa jonesse et pour ce le fit le dict Noiron mestre 
à mort. Et quant sa mère et sez amis le blamèrent de le mort 
son maistre il respondi, pour couvrir sa trèz grant felonie, que 
il l’avoit fait pour ce que l’empereur de Rome ne se doit lever 
devant nul home du monde et il estoit coustumier de se lever 
contre lui et nes'en povoit garder. Et après cheste felonie, pour 
ce que sa mère le blamoit, il le fist ouvrir toute vive, pour ce 
que il vouloit veoir, si come il faignoit, comment elle l’avoit 
concheü en son corps et quant il eut veü lez membrez de sa 
mère 1l lez loa mont et demanda à boire (1). Chest villenie fist 


(1) Suétone dit: Adduntur his atrociora, sed incertis auctoribus: ad 
visendum interfectae cadaver accurrisse, contrectasse membra, alia vi- 
tuperasse, alia laudasse, sitique interim aborta, bibisse (Nero, XXXIV). 
Tacite a sur ce fait les mêmes doutes que Suétone. (Annales, XIV, 9). 
Dion Cassius est plus affirmatif: Kai abrnv re mäcav elôs Juuvwoaç, xai Tà 
Tpatuara aUTRs Émeoxepato Mai TiAOS, TOXD Kai Toad péveu hvoaiwTepov Emsç EDhE y 
Éuro- ele jap Ov, « OÙx Hôeiv Ore où rw xaXhv unrépa elyev ». (Hist. Rom. LXI, 14). 
De ces passages, sans aucun doute, est née la légende d’après laquelle 
Néron fit ouvrir le ventre de sa mère pour voir le lieu où il avait 
pris naissance, légende dont on trouvera l'expression la plus développée 
dans la chronique de Jean des Prés: Et quant ons ly oit overt le 
ventre, ly emperere veit dedens le matrix enssi com sachelets tout 
polhus dedens, et s’i avoit VIT entrechaistres ou chambretes, qui tous 
astoient ensengniés de humaine forme, qui ja astoient apparelhiés al 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 39 


s 


il faire à sa mère pour ce qu'elle l’avoit escondit d'avoir à faire 
à ly carnelment. Et puis il avoit à Rome une fame folieuse, la 
quelle ly resambloit de corps et de fache; il fit tant que il eut 
à faire à ly carnelment (1). Et après pour ce que lez sagez de 
Rome le blamèrent de l'orrible péchié que il avoit fait de sa 
mère et ly dirent lez angoissez qu’elle avoit soustenuez pour ly 
enfanter, adont respondi le felon tirant que il vouloit savoir 
quellez angoissez elle avoit soustenuez pour ly et que il con- 
venoit que il ly feïichent conchevoir fruit par lequel peüst espro- 
ver en soy lez angoissez samblablez et autellez come elle lez a 
souffertez de lui ou il lez feroit mourir (2). Adonc ly respondi- 
rent que che ne povoit estre, mez seroit contre nature et tan- 
tost le felon tirant lez fist mestre en prison juques à tant que 
il eüst pourpenssé lez tourmens dez quieux il lez feroit mourir. 
Et entre tant l’un des sagez se pourpenssa et dit as autrez [ segret : 
“ Je loe, pour sauver nostre vie, que nous ly faisons boire sub- 
tillement une petite rayne et que nous ly fachons tenir diecte 
telle come il apartient à nourir le rayne. ,| Puis après il lez 
manda pour faire mourir et lors il ly dirent que il le feroïient 
conchevoir fruit et que il s'en estoient aviséz et lors il ly firent 
avaler subtillement celle rayne sy qu'elle ly demoura dedens le 
corps par IIIT mois et demi et crut et devint grandelete. Et 


VIT: enfantement. Si l'en prist grant indignation et dist: « Je suy venus 
de unc ort vasseal », Et puis avalat ses braies, si ordat en ventre de 
sa mère (I, p. 470). 

(1) Ce fait est raconté par Suétone. (Nero, XXVIII) et Dion Cas- 
sius. (Hist. Rom. LXI, 11). 

(2) L'accouchement de Néron est une des légendes les plus étranges 
du moyen-âäge. Des origines que M. Graf (Roma nella memoria del me- 
dio evo, I, 832-361) propose pour l'expliquer et dont aucune n'est bien 
satisfaisante, la meilleure est un passage de l'apocalypse, où il est dit 
que de la bouche du Dragon, c’est-à-dire de Satan, de la Bôte, c'est-à- 
dire de Néron, et du faux prophète sortent trois esprits impurs res- 
semblant à des grenouilles. Le plus ancien texte où se retrouve cette 
légende est la Kaiserchronik (vers 4132-74). M. Graf, dans l'ouvrage déjà 
cité, donne la liste des auteurs qui l’ont racontée. Parmi ceux-ci J. de 
Voragine paraît être le seul qui n’y ait pas cru. 

Dans cette légende on trouvait l'étymologie de Lateranum: rana et 
lata, ou latere, ou latente, ou latitante, selon les auteurs. 


36 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


quant il estoit jeüng elle tournioit par my son estomac et le 
tourmentoit granment. Et lors dépria lez sagez que :l le déli- 
vrachent de son fruit et que il ne povait plus soustenir celle 
paine ne ce tourment. Adont il le firent juner tant que il eüt 
l'estomach tout wit et firent I pot plain de doulz laituaire et 
pendirent Noiron le teste contreval et mirent cel létuaire chaut 
préz de sa bouche et quant la rayne, qui estoit familieuse, le 
senti elle sally hors et se tira prèz du pot où estoit le laituaire 
et salli dedens et Noiïron demoura tout pasmé et quant il fu 
revenus de pamoisons il volut savoir de quel fruit il estoit dé- 
livréz, et lors lez sagez ly dirent qu'il ne ly povaient caloir de 
le veoir pour la deshoneur et grant orreur, car che estoit comme 
le forme d’un enfant qui n'estoit pas à terme. 

Chestuy Noiron fist mont d'autrez felonniez, lez quellez je 
laisse pour présent (f° 20 a). 


Saint Pol, qui fist l'istoire des Lombars, dit que il estoit 
à Rome une noble dame qui avoit IIIT fiex et II filliez. Chelle 
dame et sez enfans demouroient en la chité de Senne. Et come 
le roy de Hongerie, qui avoit nom Sectanus, avoit assiégée celle 
chité, chelle duchesse qui là estoit vit le roy par desus le mur, 
lequel estoit de trèz-grant biauté plain, sy fu esprise de s’amour 
ardamment et ly manda en secret que se il la vouloit prendre 
à fame, elle ly rendrait le castel sans demeure. Et il ly pro- 
mist et aferma par son serment et elle ly fit ouvrir le castel, sy 
que chiex de Hongerie y entrèrent et coururent par my tout le 
castel et prennent homez et famez; mez lez IIIT fiex de celle : 
duchesse s'en füirent, dez quiex le plus petit avoit non Grimouart, 
qui puis fu due de Bonivent et après fu roy de toute Lombar- 
die ; et quant lez IL filliez virent la desconfiture que on corum- 
poit tout, ellez prindrent char de pouchin crue et le lièrent en- 
tour leur mamellez, si que elle fust tantost corumpue par caleur 
et puante, si ques se on touchoit à ellez, que on sentist le punaisie 
et lez laissat on aler et ainssy gardèrent ellez leur casteté entiè- 
rement. Et après ce fu l’une dez IT filliez royne de Franche et 
l'autre fu après royne d'Alemengne. Et quant le roy de Hongerie 
eut prise telle chité, si come j'ay dit devant, il prit la dame par 


* 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBCNIEN 25923 37 


mariage et fu avec elle une nuit tout seulement, pour acomplir 
son serment, et l’endemain il le livra à XII ribaus pour elle 
despire et au tiers jour il ly fist bouter par la nature une perche 
de fer toute rouge par force de feu, qui ly coula jusques à la 
gorge et dit: “ Telle fame ainssy luxurieuse et qui a ainssy traij 
sa chité pour acomplir sa luxure doit avoir tel mari , (f° 23b), 


Dans ce traité est intercalé sans aucune tradition un poème 
d'environ 550 vers. 

Au bas du folio 9 recto, le conte, que j’ai rappelé plus haut, 
du père qui a imprudemment donné toute sa fortune à ses gen- 
dres, est brusquement interrompu et le verso du feuillet com- 
mence par un dessin grossièrement ébauché à la pointe sèche, 
sans doute d’après le manuscrit qui a servi d'original au nôtre (1). 
Au dessous comnience le poème. 


Entendez cha, soit home ou fame .... 


Après un insipide prologue de 38 vers sur la nécessité d'être 
toujours prêt à mourir, l’auteur raconte une vision : 


I songe vous vouray compter; 
Proy vous que le vouliez escouter, 
Car tel chose ouir y povrez, 

Dont à le fois y penserez. 
En fablez ouir et entendre, 
Peut on souvent esample prendre. 

Une heure avint que je pensoic; 
Entreuxques es penser estoie, 


(1) Une légende, en partie enlevée par le relieur, expliquait ce dessin; 
voici ce qu'il en reste: o desoubz de le rachine a une roïne, à destre 
de IT diablez assise, et tient le diable le ceptre devant ly et sy ont 
les VII serpens chascun I personnagie à la queue: orgueil tient un 
ceptre, ire esrachez sez cheveux, avarice tient I cofre plain d'argent, 
lusure 8e mire en Î mirouer, gloutonnie boit. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2593 


Mont mervelieux sy m'’endormy 
Et ens en mon dormant sy vy 
I arbre vert, grant et ramu, 
Et à mervelliez bien feullu : 
Mais une feullie n'y a mie 
C'aucun péquié ne senefie. 

Sor l'arbre une dame seoit, 
Qui mont bien aournée estoit, 
Si com fust une empereris. 
Dex oisellions oïoit lez cris 

Et le soulas et le déduit ; 

De quanquez voloit jour et nuit 
Devant ly faisoit vieller 

Et pour Iy esbaudir tromper. 
Mais à le senestre partie 
Estoit une esquielle drechie : 
Desus une fame montoit : 

Avec ly un luisel portoit ; 

Le faiche avoit laide et oscure ; 
Ly malfez en l'orde figure 
L'esquielle à une main soustient, 
En l’autre main I granet tient, 
Et disoit: “ Mors, Mors, tolz la vie, 
Car de péquiéz est entechie, 
Va, je te pri vigereusement. , 
L’eschielle tient seürement. 

La Vie n'ot de tout che mie, 
Car de tous délis ot partie: 
De péchiéz est sy avvullée 
Qu'à chou elle ne gardoit mie, 
Car 1ÿ arbres seur quoy seoit 
De VIT vissez mortiez naissoit ; 
Set rachinez de VII serpens 
Issoient, mont bien m'en apens. 
D'orgeul, qui en estoit roïne, 
En my naissoit une rachine, 
Par my le geulle d'un serpent, 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEX 2523 39 


À destrez estoit fièrement 

De II diablez mont trèz lais, 
Car chascun est mont contrefais: 
Couronne et ceptre 1y donnoient, 
Avec tout chou ly commandoient 
Que tant que ly sièclez durast 
Par tout le mont elle resgnast. 


% + 9 = 9 + ee ee ee + ee 9e ee ee © ee 


L'Orgueil, s'adressant à la belle dame, c'est-à-dire à la Vie 
du Monde, étale ses forfaits et lui promet de la servir toujours 
fidèlement ; les autres péchés mortels viennent à leur tour vanter 
leurs exploits. La Vie du Monde, fière de sa puissance, se promet 
un règne sans fin, mais tout à coup elle est interrompue dans 
son discours par la femme laide, c'est-à-dire par la Mort; la 
Vie demande grâce, la Mort est sans pitié: 


Dont ne seroit nulle droiture 

En moy trovée n'en nature, 

Se tout à fait en my ma voie 

Et povre et rique ne prenoie. 

— Pour Dieu, lay moy mander le prestre, 
Se li conteray tout mon estre, 

Et péquiéz dont suis entechie. 

— Si come fame courouchie, 

Que veulx mander? Ne peus parler. 
À painez peus-tu langeter. 

S'encor fuchez en plaine vie. 

Tu ne le manderoiez mie. 

Et s’il t'estoit amonnesté 

Souvent par ceste autorité. Vigila. 


Toujours sans transition le traité en prose continue. 


40 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


IL. 


Le Doctrinal aux simples gens. 


Notre manuscrit ne donne pas de titre, mais au prologue, que 
je reproduis plus bas, on reconnaîtra facilement ce petit traîté, 
qui a été souvent iraprimé au commencement du XVI siècle, avec 
des additions plaisantes, sous le nom de Guy de Roye et le titre 
de Livre de Sapience, Doctrinal de Sapience, Doctrinal de la 
foy catholique. Cet ouvrage a été écrit pendant que Jeanne d’Ev- 
reux était reine de France, c’est à dire entre 1325 et 1370. Guy 
de Roye, archevêque de Sens, l'ayant recommandé à son clergé 
l'ouvrage lui fut attribué. (Voir P. Pâris, Les Man. Fr., VIT, 337). 
Il ressemble beaucoup à un livre de J. Gerson appelé en latin: 
Opus tripartitum de praeceptis Dei, de Confessione et arte bene 
moriendi, et en français: Instruction des curéz pour instruire 
le simple peuple. Voici le prologue, dans lequel sont énumérés 
tous les chapitres. Les deux derniers manquent par suite de la 
disparation d’un ou de plusieurs feuillets: 


Où non de Jhésus-Crit, c'est ci une bonne doctrine pour 
briefment et plainement enseignier les simples gens à bien con- 
fesser et est compliée de ce qui s'ensuit: Des articles de la foy, 
de Dieu amer, pour conforter en touctes tribulacions, des trois 
pasciences, d’amer son prochain, d'amer ses anemis, des œu- 
vres de miséricorde, des XÀ commandemens, de la loy des V 
sens, comment nous les devons garder, des sept péchiés mortelx, 
des jetines, qui les doivent jeüner et non jeüner, des veux, que 
on ne doit pas vouer de léger, de la patenostre, ave maria et 
Credo in Deum, du sanctisme nom Jhésu-Crit, des sept sacre- 
mens de saint église, c’est des baptesmes et des périlx qui y puent 
venir, de confermacion, du précieux sacrement de l'autel, de la 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 41 


dignité des prestres, de célébrer et aussy de commenier volen- 
tiers et souvent, de la dernière uincion que on dit enolier, des 
ordres, de la vie et honnesteté des prestres, de mariage et conment 
mary et fame se doivent entramer, lequel maryage ne valent, 
de continence, de virginité, de confession et sa vertu, comment 
on se doit confesser, comment les prestres doivent adrechier ceulx 
qu'ilz confessent, comment on se doit amender envers aultrui et 
faire satifacion du feu de purgatore et aidier à ceulx qui y sont, 
des paines d'enfer, comment les dampnéz se plaident en enfer, 
du jour de jugement, pour convertir les pécheurs à bonne vie, 
des joies de paradis. 

Ce qui est en cest petit livret doivent enseigner les prestres 
à leurs paroissiens et pour les simples prestres qui n’entendent 
pas les Escriptures (1) et aussy pour les simples gens, et est fait 
en franchois par grant conseil et examinéz à Paris par pluiseurs 
maistres en divinité et pour ce qu’il est briefvement fait, pointe 
le bien qui l’escripra et on l'entendera clèrement. 


I]. 
Vie de Saint Servais. 


C'est une version française fort intéressante de la vie fabu- 
leuse de S' Servais. La légende est très-ancienne. Hériger (mort 
en 1007) l’a connue, mais n’en a pas tenu compte: “ Zacet qui- 
dam ferant ex domini Salvatoris cognatorum descendisse familia 
Servatium..... , Le prêtre Jocundus (XI° siècle) l’attribue à 
un clerc de Jérusalem nommé Alagrecus. Le professeur Koepke (2) 
fait remonter ces fables aux VII ou VIII* siècles. M. Godefroi 


(1) P. Pâris: J’ai lu, je ne sais plus où, qu’on devoit conclure de 
ce passage que bien des prêtres au XIV® siècle ne savoient pas écrire. 
Mais il s’agit ici seulement de l'intelligence des Saintes Ecritures, que 
bien des ecclésiastiques ne comprenoient pas alors et comprennent au- 
jourd'hui moins encore » (Ms. fr. VII, 338). 

(2) Pertz, Mon. Germ. Script. XII, 85 et 86. 


MÉLANGES D'ARCH, ET D'HIST. V° ANNÉE 4 


49 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Kurth, qui a déjà publié Deux Biographies inédites de Saint 
Servais (1), m'a écrit qu'il prépare un travail spécial sur la 
vie légendaire de notre Saint; je me garderai bien de déflorer 
un aussi beau sujet, je me contenterai de signaler au savant 
professeur de Liège un manuscrit qui ne sera pas le moins in- 


téressant. 


Chy commenche. la vie du glorielz Saint et amy de Dieu mon- 
seigneur Saint Servais. 


Par le tesmoing de l’Escriture ilz furent IT soers (2), l'une 
eust à non Anne, l’autre fust nommée Hismérie, une eust.III 
maris, le premier eust non Joachin, le second Cléophas et le 
tiers Salomé ; du premier elle eust une fille quy eust à non 
Marie et fut espeuse de Joseph et fut mère de nostre benoit 
sauveur Jhésus-Christ; du secund elle eust une aultre fille qui 
fust nommée Marie et fut espeuse de Alphée et cheste eut III 
enfans, ch'est assavoir: Saint Jaque le petit, Joseph le saint et 
le juste, Sain Simon et Sain Jude; du tiers elle eust une fille 
nommée Marie, espeuse de Zébédé et eust IT enffans, l’un Saint 
Jaque le grand et l’autre Saint Jehan l’Euvangéliste. Hismérie 
eut une fille et ung filz, ch'est assavoir: sainte Elisabeth et 
Eliud. Sainte Elisabeth fust mère de monseigneur Sain Jehan 
Baptiste et Eliud fust père de Emmen. Emmen et sa femme 
Némélie se partirent de leur païs de Judée et s'en alèrent en 


(1) Liège, 1881. 

(2) Jocond fait dire à Alagraecus: Erant illis in diebus Judeorum 
in partibus juxta legem sanctam mulieres sanctissimae, Anna videlicet 
et Esmeria, et hae etiam secundum carnem sorores. De Anna qui de- 
scenderint vel qui exorti fuerint, nemo est apud nos, si fidelis, si spi- 
ritualis, — quae vero sunt Dei, homo non percipit animalis — qui 
nesciat, quoniam sit ejus filia sacratissima virgo Maria. Hujus et filius 
ille magnus, ille fortis et admirabilis angelorum dominus, pius redemptor 
Jhesus Christus. De Esmeria vero mater beati Joannis Baptistae Eli- 
sabeth et Eliud ejus frater, cujus filio, scilicet Emui, beata Memelia 
bunc gloriosum peperit Servatium. (Pertz, loc. cit., p. 90). 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 43 


Armeinie et là engendrèrent ung filz, lequel fust monsieigneur 
Saint Servais 


Adont le peuple veant les miracles, mut par dévocion, édif- 
fia une esglise en l’honneur du glorieux confessor monseigneur 
Saint Servais. Amen. 


Suivent : 


Les pardons en l'esglise de Saint Servais en le ville de 
Trect . 


Explicit. Jehan le Leu, wantier, l’escrit en l’an mil IIIT° LIIT, le 
desrain jour de May. | 


IV. 


Doctrine et traictié de parler et de taire. 


C'est la traduction du traité latin d’Albertano de Brescia, 
qui eut un succès immense aux XIVe et XV°® siècles. Hain (Re- 
pertorium bibliographicum, I, 43-45) décrit 20 éditions de l'ori- 
ginal. M. de Montaiglon (1) en signale trois autres. La dernière 
et la meilleure est celle qu’a donnée M. Tor Sundby dans son 
ouvrage intitulé: Brunetto Latinos Seonet og Scribter (2). M. de 
Montaiglon énumère les traductions italiennes, néerlandaises et 
tchèques de ce petit traité (3). Une traduction française en a 
été publiée au commencement du XV® siècle (4) à Rouen. Cette 


(1) Anciennes poésies françaises, X, pp. 351 et ss. 

(2) Kjôbenhavn, 1869, in 8°, pp. LXXXV-CXIX. 

(8) Anc. poës. fr., p. 866 et 367. 

(4) Elle est sans date, mais elle porte la marque de Robinet Macé 
qui imprima à Rouen de 1498 à 1506. En voici le titre: SEnsuit Lart et 
science de bien parler et de soy taire. Moult utile a scavoir et entendre 


a toute personne. Nouvellement imprimée a Rouen, pet. in 4°, goth. 
de 6 # 


44 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


édition a été réimprimée par M. de Montaiglon d’après un exem- 
plaire qui appartient aujourd'hui à la bibliothèque de feu M. Ja- 
mes de Rothschild, a | 


J'ai veü maintes gens que on tenoit à sages, 

Meürs et anchiens et de pluseurs langages, 

Mais j'en ai peu veü de sy parfait afaire 

Que falli n'ait (1), en parler ou en taire. 

Grant vertu che seroit de parler sans mesprendre, 
Gens peu parler on oïit qu’il n'y ait à reprendre,. 

Et croy c'aucuns y faillent par jonesse ou enfance 

Et aultres, où qu'il aillent, par leur grant ygnorance, 
[Ou par oultrecuidance] (2), d’aultres par leurs malices, 
Dont carité seroit d'obvier à tielz vices; 

Si (3) voeul monstrer et faire une briesve doctrine 

De parler et de taire à (4) l'aïde divine. 

Or as le point VIe qui te doit asses plaire; 
Comment on doibt parler et bien souvent soy taire, 
Et de toulz chez VI poins che que j'ay dit soufiit. 
Qui ques les meche à oesvre il fait son grant profit. 
De lez lire souvent on se doit resjouir, 

Car il sont gracieux et plaisans à ouir, 

Car quy bien aïnssy parle il sera bien heuré 

Et de l'amour de Dieu assez aseüré. Amen. 
Explixit. Jehan le Leu. 


(1) Cet hémistiche est trop court, l'édition donne: Qu'aucune fois 
ne faillent. 

(2) Cet hémistiche manque dans le manuscrit, je le donne d'après 
l'édition imprimée. 

(8) Entre ce vers et le précédent le ms. intercale un hémistiche de 
trop: Quy bien sage seroit. 

(4) M. de Montaiglon refait le vers ainsi: a[vec] l’aide divine; il 
est préférable de faire compter le mot aïde pour trois syllabes. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 45 


V. 
La Voie de Paradis. 


Ce petit poème est composé de six couplets de six vers chacun; 

les cinq premiers vers de chaque couplet sont en er et le sixième 
« en ir. 

Il va sans dire que cette pièce n’a de commun que le titre 
avec les poèmes de Raoul de Houdenc, de Rutebeuf et de Baudoin 
de Condé, appelés aussi La voie de Paradis. Un autre poème du 
même nom, publié au XV® siècle et réimprimé par M. de Mon- 
taiglon dans les Anciennes poésies françaises (tome IT), a plus 
de rapport avec celui que je signale, bien qu'il ne soit pas le 
même, Voici le premier couplet (1): 


Chy est le voie et matière d’aler en paradis. 


Qui veut en paradis aler 
Pour avoir joie sans finer 

Et le sentier ne peut trouver, 
Ychi peut on considérer 

La voie quy le doit mener; 
Mais c'on le veuille retenir. 


Explicit. Johannes Laupy fexift ?] 


(1) Voici le premier couplet du poème réimprimé par M. de Mon- 
taiglon: Qui veult en paradis aller, — Cy en peut la voye trouver: — 
Doubter Dieu souverainement — Et l’aymer très parfaitement. 


46 NOTICE DU MANUSCRIT OTTUBONIEN 2523 


VI. 


Ballades. 


Elles sont au nombre de quatre ; les trois premières sont inti- 
tulées: Balade des Mors, la quatrième: Balade à Nostre Sei- 
gneur en le Crois. Je vais donner le premier couplet de la pre- 
mière ballade, le premier vers et le refrain des trois autres. 


Dalade des Mors. 


Pais, or oïes chascun de par le roy, 
Prince des rois et segneur souverain, 
À ses vassaus quy maintiennent sa loy 
Crestienne, salut. Sachent à plain 
Qu'il convient brief et sans dillaction 
Prendre conseil plain de discression, 
‘ Qui congnoisse les pas de vérité, 

Et que chascun se tiengne pour cité, 
Se résister veut l'emprinse dampnable 
De l’aversaire à toute humanité, 

Du jugement qui tant est redouptable. 


Balade dez Mors. 


Trèz misérable et povre créature, 


Au jugement qui tant est redouptable. 


Balade des Mors. 


Se Dieu pugnist son peuple durement. 


Au jugement qui tant est redouptable. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 47 


Balade à Nostre Seigneur en le Crois. 


O peuple humain, pour qui j'ay tant soufert, 


En paradis chist très noble salaire. 


VII (1). 
Septaines. 
Il y en a cinq à savoir: 


1° Les VII Curialités du monde. 


Entre privés sobriété, 

Et en publique joieuseté, 

Entre estrangiers affabilité, 

Entre compengnons bénignité, 

En fortune joieuse libéralité, 

Entre les prospres et averses estableté, 
Entre flateurs discrète richesse. 


2° Les VII Dezcourtoisiez. 


Trop parler à table, 

Soy moquier de le povreté d’autruy, 

Estre ingrat du bénéfice recheü, 

Estre présumptueux entre cheuz que on ne congnoit, 
Soy faire trop grant entre ses compengnons et amiz, 
Oculter bon conseil contre le pourfit commun, 

Durté de coeur quant nécessité contraint. 


(1) Entre VI et VII se trouve dans le manuscrit une courte oraison 
en latin (f° 44 b). 


48 NOTICE DU MANUSCRI! OTTOBONIEN 2523 


3° Les VII Turbacions des chitéz. 


Faulx juge en consitoire, 

Preste convoiteuz o monstier, 

Belle ribaude o bordel, 

Frauduleuz marchant au marchié, 
Gens qui juent en publique, 
Flateurz en palais, 

Acuseurs en chambrez ou détraieurs. 


49 Les VII manières de gens folz. 


Qui tant [nie] (1) que point n'est doubtéz, 

Qui tant jure c'on ne le croit, 

Qui tant donne qu'il devient povrez, 

Qui est négligent de soy meismez quant autruy de lui n'a cure, 

Qui se tourmente et aflit de le chose perdue et c'on ne peut 
recouvrer. 

Qui s’esforche de faire choze qui ly est inpossible, 

Qui croit che que faire ne se peut. 


b° Les VII jours de le Semaine. 


Au lundy tu doiz penser à la nativité de Nostre Seigneur et 
tout le tamps d’après juques à la fuite en Egipte et de sa 
demeure. 

Au mardy pense comment il retourna et es chosez qu'il fist 
et dist et comment il disputa encontre lez sagez de le loy. 

Au merquedy pense es faiz qu’il fist de Marie, Marte et du 
Ladre. 


Au jeudy pense ez faiz et ez parolez qu’il fist d’illeuques 
juques à se passion. 

Au vendredy et samedy pense toute sa passion juques à sa 
resiuretion. 

Et au dimenche pensse comment il resucita et aparut à sez 


diciplez et tout le demourant pensse Jjuques à la fin. 


(1) Le ms. laisse en blanc l’espace d’un mot. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 49 


VIIL. 
La Nef de Vle. 


Dans ce petit poème, d'environ 250 vers, la vie est comparée 
à une mer sur laquelle nous devons uvoir soin que notre nef 
soit toujours en bon état, afin qu'elle puisse supporter les tem- 
pêtes et éviter les écueils. 


Chy commenche le nef de vie. 


Or entendez une parole 
Que nul ne doit tenir à fole 


C'aient penssée pure et monde 
Trop petite est cremeurz de Dieuz; 


À painez est jonez ne vieuz 
En cuy convoitise n’abonde. Et cet. 


IX. 


La Vie de Saint Étienne. 


“ On sait que la fête de Saint Étienne était spécialement cé- 
lébrée par des épttres farcies, aussi en reste-t-il un grand nom- 
bre pour ce jour, il y en a principalement une, en vers de huit 
syllabes, qui a été très-souvent publiée, entre autres dans l'His- 
toire littéraire (1), dans l'appendice de l’Essai sur la Vie et les 
Ouvrages du P. Daire par M. de Cayrol (Amiens, 1838) et par 


(1) Tôme XIII, p. 109. 


50 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


M. Bandeville dans les Mémoires de l'Académie de Reims (1849). 
Elle débute ainsi: 


Entendés tuit à chest sermon. .... » (1): 


Cette épitre farcie est du XTI° siècle, postérieure à celle du 


manuscrit de Tours: 
Por amor Dé, vos pri saignor barun.... 


publiée par M. Gaston Paris dans l’article d'où sont extraites les 
lignes citées plus haut. 

C'est la première de ces deux épîtres farcies (2), celle qui a 
été publiée dans le XIII° volume de l'Histoire littéraire, qui se 
trouve dans le manuscrit dont je m'occupe, mais sans la farce 
et avec de très-nombreuses variantes ; précisément à cause de 
ces variantes, elle est fort intéressante, c'est pourquoi je la donne 
ici in extenso. 


Chi est le vie Saint Etienne. 


Entendez tous à chest sermon, 
Et clerz et lais tout environ, 
Compter vouz veul la passion 
De Saint Estienne le baron : 


(1) Gaston Pâris, Iahrbuch für Roman. und Engl. Liter., 1862, 
À, IV, 812. 

(2) M. Gaudin en a inséré deux autres dans la Revue des langues 
romanes (1871, II, 138-142) d’après un ms. de la bibliothèque municipale 
de Montpellier. L'une était inédite, mais elle n'est pas provençale, 
comme le croyait M. Gaudin, ce n’est qu'une « transcription très-for- 
tement provençalisée d’un original français, comme Île montrent avec 
évidence certaines rimes ». (G. Paris, Romania I, 863). L'autre est une 
variante de l'épitre nrovençale souvent éditée et entre autres dans la 
Chrestomathie provençale de Bartsch. (Voyez Romania, loc. cit.). 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 Di 


Comment ne par quel mesproison 
Le lapidèrent li felon, 

[Por Jhésu-Crist et por son non. 
Ja l’orrez dire en la lecon:| (1) 
Cheste lechon que chil vous lit, 
Saint Luc l’apelle, qui le fit, 
Fait des Apostrez Jhésu-Crist. 
Le Saint Esprit sy 1y aprint. 
Che fu I jour de grant pitié, 

Un tampz de grace et de bonté, 
Que Dieu par sa grant carité 
Rechut mort pour chrestienté ; 
En ichu tampz beneüré 

Li apostre li Dieu amé 

Ont Saint Estiene ordené 

Pour préchier foy et vérité. 
Saint Estiene, dont je vous chant, 
Plain de grace et de vertu grant, 
Faisoit au peuple mescréant 
Miraclez granz, Dieu préeschanz. 
Li farisienz Dieu regnoié, 

Qui de la loi sont plus prisié, 
Verz le martir sont adrechié: 

À luy desputent tout yrié. 

Saint Estiene rienz ne doubtoit, 
Quar le fiex Dieu le confortoit 
Et sainz Esperiz en luy parloit, 
Quy che quy dist le aprenoit, 


(1) Ces deux vers ont été rognés par le relieur, je les restitue d’après 
la version donnée par l'Histoire littéraire. 


52 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


O grant sens que luy espiroit, 
Nulz d’'euz conquester n'y poroit. 
Quant ch’entendent la pute gent 
De deul en ont le coeur senglent, 
Tant lez suporte maltalent 

Que samble croissoient lour dent. 
Or entendez du saint martir, 
Comme il fu plain du saint esprit (1). 
Regarde en haut et voit partir 
Lez chieuz de suz soy et ouvrir 
Et le glore Dieu avenir, 

Dont à parler ne pot taisir: 

“ Le glore voy nostre Seignour, 
Et Jhésu-Crist mon sauveour, 

A la destre mon Créatour. 

Or ay je joie sanz dolour, 

Quant je voy chely. que j'aour, 
Qui est louier de mon labour ;. 
Quant du fil Dieu oiïent parler, 
Dont conmenchent à forssener 
Et leurz orellez à estouper, 

Que mez ne pevent escouter. 
Encaux ly font pour li tuer, 

Et il lez atent comme ber. 

Bien peut soufrir et endurer; 

Il voit Dieu qui le veut sauver. 
Dehorz lez murz de la chité, 
Ont le martir trait et jeté; 


(1) Lisez espir. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Là l’ont li felon lapidé, 

C’onquez de luy n'eurent pitié. 

Pour ureulz férir délivrement, 

Ont dezpoullié leur garnemenz 

Az piéz d'un varlet [bel et gent:;] (1) 
Si le lapident maintenant. 

Che fu Sauluz, qui maint tourment 
Fit puiz à crestienne gent; 

Dieu le rapela douchement. 

* Saint Pol fu puiz chertainement. 
Dèz or li font moult grant asaul; 
Il le lapident, ly n’en chaut, 

Tent sez mainz et sez yex en haut, 
Priant Dieu quy az sienz ne faut: 
“ Sire, , fait-il, “ que je désir 

Que me faiz lez tourmenz souffrir, 
Dès ore rechoiz mon esprit (2) 
Que je veul à toy parvenir ,. 

Oiez saint de grant amistié. 

Sez anemiz fait samblant lié, 

Ploie sez genouz par pitié, 

Et pour eulz tous a Dieu prié: 

“ Sire, , fait il, “ en qui main sont, 
Et ly juste et cheuz qui meffont, 
Pardonne leur, père du mont, 

Car il ne sèvent que il font ,.. 
Quant il eut dit tout son plaisir, 
Fait semblant qu'il veulle dormir, 


(1) Le vers n'est pas achevé dans le manuscrit. 
(2) Lisez espir. 


54 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2528 


Clot sez yex, si rent sont esprit (1). 
Dieu le rechoit à lui servir. 


Or, prionz tous le saint martir 
Qu'il nouz puist sauver et garir, 
Ainssy puissons nous tous venir, 
Et o règne Dieu parvenir. Amen. 


X. 
La Desputoison de Dieu et de sa mère. 


L'habitude de placer les églises sous l’invocation des saints 
et plus spécialement sous le nom de la Vierge, au lieu de les 
dédier simplement à Dieu, a fourni le sujet de cette pièce. Ce 
n’est pourtant pas une satire, l’auteur n’a voulu qu'être spiri- 
tuel, et il y a réussi en écrivant avec verve et facilité ces deux 
cents petits vers. En voici le sujet. Marie a pris pour elle ces 


vastes cathédrales dans lesquelles le moyen-âge a déployé tout 
le luxe de son admirable architecture; à Jésus-Christ elle n'a 


laissé que les hôpitaux (hôtels-Dieu), dans lesquels, s’il voulait 
passer la nuit, il trouverait à peine un misérable grabat; de là 
un débat entre le fils et la mère. Le pape est pris pour juge 
et il se prononce en faveur de la sainte Vierge. 

Malheureusement le poète ne nous a pas laissé son nom; il 
nous a du moins donné indirectement la date à laquelle il écrivit 
ses vers; c’est évidemment la même que celle où 1l place la scène 
de son débat: 


Mil anz ot à l’Ascension 


Trois C. 1IIE* XXXVIL. 


(1) Lisez espir. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 55 


L’Ascension, historiquement, a toujours été considérée comme 
ayant eu lieu 40 jours après Pâques; des auteurs du moyen-âge 
les uns ont cru que Jésus-Christ était mort à 32 ans, les autres 
à 33, d'autres enfin à 34; suivant ces différents systèmes notre 
poème a été écrit en 1449, en 1450 ou en 1451. Mais l'auteur 
de l'Art de vérifier les dates (I, x, x1) fait remarquer que l’année 
de la Passion est quelquefois confondue avec celle de l'Incarna- 
tion, ou, ce qui est plus exact, est considérée comme la pre- 
mière année de l'ère chrétienne. Si notre poète a fait cette con- 
fusion, il a écrit sa Desputoison après l'Ascension de l’année 1417. 
Il nous reste à choisir entre ces quatre dates. 

La scène se passe devant le pape, à Avignon, ce qui met 
déjà hors de discussion les années 1450 et 1451. Au commen- 
cement de l’année 1449, l’obédience apostolique était partagée 
entre Eugène IV et Felix V ; Eugène IV avait son siège à Rome; 
Félix V résida successivement à Thonon, à Bâle et à Lausanne, 
jamais à Avignon. Néanmoins il est considéré, par opposition 
aux papes de Rome, comme un pape d'Avignon, et sous son 
règne notre poète pouvait à la rigueur placer dans cette dernière 
ville la cour pontificale. Mais Félix V abdiqua le 9 Avril 1449; 
cette année l’Ascension tombaît le 22 Mai, il n'est dunc pas ad- 
missible qu'après cette dernière date Avignon fût encore consi- 
dérée comme la résidence des souverains pontifes.#Il nous faut 
alors remonter à l’année 1417, sous le règne de Benoît XIII. 

Cette constatation est intéressante, non seulement pour fixer 
la date de notre poème, mais aussi parce qu'elle ajoute un exem- 
ple aux deux autres que donne l'Art de vérifier les dates pour 
prouver que les auteurs du moyen-àge considéraient parfois l’an- 
née de la Passion comme la première de l'ère chrétienne. 


56 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


de Dieu et de sa mère (1). 


S'il vous plaisoit je vous diroie 
Comment Dieu sa mère guerroie, 
Pour les biens qu'elle a de son père; 
Ja soit che qu'elle soit sa mère, 

5 À Dieu son filz fait ung apel 
Contre sa mère, de nouvel, 
Devant le pappe, en Avignon, 
Qui se seoit lez ung perron, 

Soux ung avanvent pour la pluie 

10 Et pour oïr la plaidoirie, 

Que Dieux et sa mère faisoient, 
Devant tous cheulx qui la estoient, 
Oy le plet déterminer, 

Ot les tesmoings examiner. 

15 On dist au fil qu'il prist consel, 
Mais il respondi: “ Point ne veul 
D'avocat encontre ma mère, : 
Car ma besongue est toute clère; 
Je say bien que je l’ay gaigniet, 

20 Se mon droit ne m'est fourjugiet. 
De droit propose œntre ly 
Qu'elle m'a mesmement party 
Dez bienz que mon père a acquis, 
Et sy n'ot ains fille ne filz 

25 Fors moy et chascuns le set bien. 
Dont ma mère ne fait pas bien 
Quant elle me détient ma part, 
Et sy ne suiz mie bastart; 

Mais ne li chaut comment il aille; 

30 Elle a le grain et moy la paille 
De ses bienz m'a parti le mains. 
Ma mère a bon ostel à Rains 


(1) La première ligne du titre a 6t6 enlevée par le relieur. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 51 


Et à Chalon et à Paris, 
À Chartrez et à Saint Denis 
35 Et à Beauvaiz et à Rouen. 
Je me suiz adviséz auwen 
Qu'elle a tout prinz et je n’ai rienz. 
Ma mère a bon hostel Amiens, 
Et à Boulongne sur le mer 
40 À ma mère bel demoure*. 
Rongié m’a jusquez à la couenne. 
Bon ostel tient à Theronenne 
Et à Arraz et à Canbray 
Et en la ville de Tournay 
45 Et en la chité de Noyon, 
Et aussy au mont de Laon 
À le pluz biau lieu de la ville, 
Où je ne prenz ne croiz ne pille; 
Au Puy et à Rochemadour 
50 À deux maisonz de grant valour 
Et tant d'aultrez par my le monde, 
Que autant loingz que volle aronde, 
N'est il nombreur quy le nombrast, 
Tant parfaitement y pensast. 
55 À Monferrat en Arragon 
A ma mère forte maison 
Et bien VI** lanpez d'argent, 
Bien sera prouvé par la gent, 
Car ch'est chose toute commune: 
60 Bon ostel a à Pampelune 
Et encore meillieur à Burs, 
Et sez maisons closez de murz, 
À haultez tourz et à créneaux, 
Fiertrez, calicez et joyauz 
65 Et drapz de fin or et de soie 
À nobrer ne saroie (sic) 
Dont sez maisons sont reparéez 
Quant che vient à haultez jornéez : 
Et por che que sont sy honnestez 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'IIST. V° ANNÉE. (5) 


58 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


70 S'y vont logier lez archevêquez, 
Les évesquez et lez légaulx; 
Et je n'ay c'un peu d'ospitaulx, 
Où se herbegent ly coquin, 
Ly truant et ly pèlerin, 
75 Quy n'ont ne maille ne denier; 
Telle gent s'y viennent logier, 
Et genz enfonduz et malades, 
Quy n'ont soing de compter baladez, 
Maiz je n'y may qu'elle débat, 
80 Car chascuns selon son estat 
Est couchiéz quant est arrivéz, 
En povrez drapz touz deschiréz; 
Sy seroi ge se g’y venoie. 
Cuidiez vous que souffrir le doie ? 
85 J’ose bien par devant tous dire, 
Que mielz vault seullement le chire 
Que ma mère art en sez maisons, 
Que tous lez bienz que nous avons, 
Sanz l'autre argent c'on l'y apporte. 
90 Cuidiez vous que je m'en déporte ? 
Sire, jugez, faitez mon droit, 
S'elle nye j'offre à prouver. 
Ichy ne fault point arguer ,. 
Lorz dist 1y papez à briez mos, 
95 Quant Dieux ot finé son propos: 
“ Or entendez à moy, Marie, 
Bien avez la rayson oye, 
Que vostre filz proposé a, 
Et il me semble qu'il a droit 
100 S'il demande la part son père, 
Ou caz que vous fustez sa mère. 
Bailliez luy, si ferez que sage, 
Et ne vous faitez point dommage 
À venir plaidier devant moy, 
105 Car par le foy que je vous doy, 
Se vous ne luy faitez raison 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Je vous feré mestre en prison ,. 
“ Syre, sire ,, ce dist Marie, 
“ Mon fils pour ce sy ne m'a mie; 
110 Vous ne savez point qu'il m'a fait, 
Or me laissiez dire mon fait 
Aussy bien qu'il a dit le sien, 
Je vouz dy qu'il me souvient bien, 
Se vous en feré menscion: 
115 Mil anz ot à l’Ascencion, 
Troiz C. IIIL* XXXVII, 
Ung seul n'en porroit on luissier, 
G'y ay puis pensé maintez fois, 
Que mon fil sanz pille ne crois 
120 Me laisa; aussy fist son père; 
La chose me fut moult amère, 
Quant de moy lez vy départir, 
Maiz je ne lez peux detenir. 
Là demouré touste esgarée, 
125 Comme femne desconfortée. 
Prinz à faire ma besoingnette 
Et à filler ma quenoullette, 
Et quant je trouvoie à gaignier 
J'aloie ouvrer de mon mestier 
130 Et faire chainturez de soie, 
Mon filz scet bien que je savoie 
Bien ouvrer avant qu'il fust né, 
Ensement ay en vérité 
Les granz richessez acquestéez, 
135 Dont mez maisonz sont réparéez, 
Où je fay faire mon serviche. 
Mon filz meisme, qui pau me prise, 
Y est serviz ayeucquez moy, 
Sy a grant tort quant plaide à moy. 
140 Où tampx qu'il me laissa jadiz, 
L'alai querre par le païs, 
Se le trouvé à la Rochelle, 
Tous nulz piéz, en une gonnelle, 


59 


60 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 25923 


Là où il tournoit les hastierz, 
145 Sy comme ungz povrez méhaigniéz. 
Là juoit bien souvent aux déz 
Et portoit lez petiz pastéz 
Par lez tavernez de la ville : 
Au soir n'avoit ne croiz ne pille, 
150 N'avoit point souvent robe noeusve, 
Et quant je regarday son euvre, 
UÜUng pou de maison que j'avoie, 
Dont nesun compte ne tenoie, 
Luy baillay pour luy gouverner ; 
155 Et puiz se luy fiz machonner 
Ung bon hospital à Pontoise, 
Dont il deuist vivre bien aise, 
S'il se gouvernast sag[e|ment, 
De la rente dont seullement. 
160 Maiz il gaste tout à sez mainz ; 
Il a bon hospital à Rains 
Et à Pariz et à Tonnoirre, 
Se il veult mieulz, se le voit querre ; 
Je say bien que je perderoiïie 
165 Touz lez bienz que je ly donroie, 
Car che qu'il a est tout gasté ; 
Je l'ay maintez foiz regardé 
En chez moustierz, lez braz tenduz, 
Povrez, nuz piéz et mal vestus ; 
170 Bien scay que ainsy se maintenra 
Tant que che siècle chy durra 
Et si vous requier qu'il m'apère 
Letrez de la mort de son père, 
Car je croy et si n’ay paz tort, 
175 Que son père n'est mie mort, 
Par la fianche que g'y ay 
Oncquez puiz ne me mariay ; 
Et s’il set que je me marie, 
Si viengne querre sa partie ; 
180 Et se je muir, si prengne tout. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIÏIEN 2523 61 


Vechy de ma cause le bout ; 

Plaide à moy tant qu'il luy plaira, 

Aultre chose n'emportera ,. 

Lorz dist le juge qu’elle ot droit, 
185 Et que son fil le surqueroit, 

Sy qu'en la fin fut condempnéz, 

Et me samble qu'il fu jugyéz 

Qu'il doit paier tous lez despens 

Et qu'il doit gouverner lez genz 
190 De sa mère tant qu’il vivront : 

Et puiz aprèz, quant il morront, 

Marie ara par deverz 1v 

Les amez, chelle a dit ainsy, 

De cheulz quy l’aront bien serviee. 
195 Pour moy et pour vous luy suplie, 
Que sy bien le puissonz servir, 
Qu'en la fin nous puissonz venir 
En la glore de paradis. Amen. 


XI. 
Le Paternostre à St Julien (1). 


La vie de St Julien l'Hospitalier par St Antonin, se termine 
ainsi “ Ad honorem igitur ejus dicitur Pater noster, vel alia ora- 
tio, ab aliquibus, ut scilicet detur eis bonum hospitium et de- 
fendat a periculis , (2). Cet usage était si bien répandu que 
Vincent de Beauvais intitule ainsi la vie de St Julien l'Hospi- 
talier: De alio Juliano pro quo dicitur Oratio dominica. Il serait 
très-long de rappeler tous les auteurs du moyen-âge qui parlent 


(1) Le titre dans le ms. a été rogné par le relieur. 
(2) Acta Boll Janv. III, 590. 


62 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


du Pater noster à St Julien. Je n'en citerai qu’un: “ Chi non 
ha detto il paternostro di San Giuliano spesse volte ancora che 
abbia buon letto alberga male. | C'est Boccace (1) qui parle 
ainsi et il prouve ensuite par l'exemple combien St Julien était 
bon pour ceux qui avaient recours à lui. Mais aujourd’hui l'an- 
cien protecteur des pèlerins et des voyageurs a perdu beaucoup 
de sa popularité, sans aucun doute parce que tous ceux qui 
l'invoquaient n'étaient pas aussi heureux que Rinaldo d'Asti. 
Dans ses Lezioni Accademiche Giovanni Galvani a une leçon 
intitulée: Di S. Giuliano lo Spedaliere e del Pater Noster usato 
da’ viandanti. On trouvera aussi dans la revue 1! Propugnaiore 
(1872, I, 166) deux prières en italien adressées à St Julien. 


1° I] beato messer Santo Giuliano . .. 
20 O Gesù Cristo, pietoso signore . . . 


Voici le Pater noster de notre manuscrit. 


Pater noster, Dieu nous promeche, 
Huy bon jour et grant lieche, 

Paiz, santé et bonne aventure, 

Bon repaz et bonne peuture. 

En honneur Dieu et Saint Julien, 
Diray comme bon crestien, 

Pour l'ame de son benoît père 

Et de le sienne bonne mère, 

Dont li vindrent sez granz honnourz, 
Pour sez frèrez, pour sez serourz, 
Pour sez parrinz, pour sez marrinez, 
Pour tous orphelinz, orphelines, 

Quy dame Dieu servent et ayment, 
Et pour le sienne bonne moullier, 


(1) Decamerone, 22 g., 2° n.). 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 63 


Quy bon conseil de herbergier 

Ly donna de nostre seignour, 
Segneur ne peust avoir gregneur, 

Et sy ly fist tout son vouloir, 

Sy vraiement que che fu voir, 
Réclameray Dieu et (sa mère sainte) Marie, 
Saint Julien n'oublieray mie, 

Que bon hostel m'envoit anuit 

Et bon soulaz et bon déduit 

Et de men hoste bonne chière, 

Bon repoz et bonne litière 

Et me doint sy bien besongnier, 
Qu'à joie puisse repairier 

Et me meche Dieu en tel voie, 
Qu'en paradiz je voise en joie. 

Sy en diray par grant délit 

Pater noster, que Dieu l'otrit. Amen. 


XII. 
Les XII mois de l'an. 
Vechy les XII moiz de l'an. 


En chel moiz que Astronomien apellent Entendement . .... 
....#il fait tonnoire che senefie mortoire à avenir seur genz en 
cheste anée. | 


Les douze paragraphes consacrés anx douze mois de l’année 
étant rédigés sur un plan rigoureusement uniforme, il suffira d'en 
citer un pour donner une idée des autres. Voici le second, celui 
qui concerne le mois de février (quelques lignes du premier ont 
été enlevées par l'humidité): 


64 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Frevier. 


Chest moiz apellent Astronomien Verge de castiement et chil 
vous ensengne come vous devez garder le corpz et vous desfent à 
saingniér II jourz de chest moiz, le premier, le quart et le quint, 
le XX VE, le XX VIS et le XXVII°. Quy en chez jourz desuz diz 
chiet en maladie il moura. Chest moiz nous desfent à mengier 
poissons sanz escaille pour le rayson du mois quy est moiste et 
froit et le sayson aussy et por che sont poisson contraire à le saison 
car il sont froiz de nature. Et sy nous desfent à atouchier à fame 
trop souvent. Se chest moiz est pluieux, si povez avoir bonne anée 
de fruiz et de toustez chozes; se il fait sec tampz et bel ez pre- 
mierz XV jourz az bléz porfitteront et ne mie aux fruis; se le 
moiz est venteuz en diversses terre, senefie mouvement de gerre et 
ochision de gent; se tempeste chiet ou tonnoire, grant mortalité 
sera d'oaillez en chel an. 


XIII (1). 
Le Comput. 


M. de Montaiglon a publié ce comput, d’après un manuscrit 
de la Bibliothèque nationale de Paris, dans l'Annuaire de la Société 
des Antiquaires de France (1853, p. 179). Le ms. Ottobonien offre 
avec celui de Paris de nombreuses variantes; d’abord il n'a pas 
les trente premiers vers imprimés par M. de Montaiglon ; il com- 


mence au vers. 
Quyconqu.z veult Paquez trouver. 


(1) Entre les XIT mois de l’an et le Comput sont intercalés les dix 
vers suivants: Oz tu, cler quy prestrez devienz, Plus prèz qu’anglez 
de Dieu avienz, Bien doit te vie estre amendée Et tez abiz et tez main- 
tienz, Quant par le pain qu’en tez mainz tienz Est te parole en char 
muée. Bien doit estre te char yrée Se à mal faire est ordenée, Quant 
par le main est démonstrée Touste le foy dez crestiens. 


Qt 


NOTICE DU MAXNUSCRIT OTTOBONIEN 2523 6 


En revanche il se termine par les huit vers suivants qui ne 
sont pas dans le manuscrit de Paris: 


Encor vous diray vraiement 

Que on peut savoir chertainement 
Se il y a bixete ou non: 

Les anx de l’Incarnacion 

Devez par carriaux (a) deviser, 
Et s'il se pevent acorder 

Par carriaux sanz rienz remanoir, 
Bixete doit chel an cheoir. 


Dans l'intérieur de la pièce les quatre-temps d'hiver sont ainsi 
indiqués : ; 
Chelle d'iver est tout adèz 
Le merquedy quy est aprèz 
La feste madame sainte Luce, 
Que on apelle Carme Muse. 


tandis que le texte édité donne: 


Cele d'yver est premeraine, 
Si est la première semaine 
De quaresme, coment q'il aut; 
Ja n'est si très bas ne si haut. 


Les autres variantes ne portent guère que sur les mots. 


Cy commenche le Compost du Calendrier. 


Quyconquez veult Paquez trouver, 
Par cheste rieule le peut prover, 
Quant ellez sont chertainement, 
Que le rieule mie ne ment. 


Bixete doit chel an cheoir. 


66 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


XIV. 
La Table du Calendrier. 


On indique le caleul à faire pour trouver les six jours suivants: 
Le jour où falent les Alleluiez et les Espousaillez — le dimanche 
des Brandons — Pasques communians — le dimanche devant 
Rouvoisons — Ja Pentecoste. 


Le Table de Kalendrier. 


Querez prime lune après la Tiphenne et puiz contez X jours 
rte aprèz sy avez vostre compte. 


XV. 
Chy est dit de quoy Adam fust fourméz. 


Adam fu fourméz un camp Damathian (1) et fut fait, si comme 
nous trouvons, de VIII pairez de choses . 


XVI. 
Chi aprèz est dit comme le non fu donné à Adam (2). 


Quant nostre seigneur ot Adam fourmé, si comme vous avez 
ouy, sy n'ot point de non; dont apela nostre seigneur ITII de 
sez anglez et leur dit: “ Alez moy quérir non à chest homme ,. 


(1) Jean d'Outremeuse raconte dans les mêmes termes la création 
d'Adam et la place dans le jardin de Damas. C'est St Jérôme, ajoute-il, 
qui dit de quelles parties l’homme fut composé. (Chronique, L, 308 et 309). 

(2) Cette fable se retrouve aussi dans la Chronique de J. d'Outre- 
meuse ; les étoiles trouvées par Raphael et par Uriel y sont appelées 
Achilus et Musibrion. (Chr. I, 309). 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 67 


Michel va en Orient, trouve une étoile appelée Anatholin et rap- 
porte la première lettre de son nom; Gabriel va en Occident et 
trouve l'étoile appelée Disiz, Raphael en “ Aquilon , trouve 
Archoz, et Uriel en “ Méridien , trouve Malchibrin. 


XVIL 


Les XII jours de jeüne. 


Le copiste ne nous indique que le premier vendredi de jeûne 
et nous renvoie pour les autres au Lucidaire. Il sera plus com- 
mode, si on veut les connaître, de se reporter à l'Annuaire de 
la Société des Antiquaires de France (1853, p. 171) où M. de 
Montaiglon les,a donnés d'après un ms. de la Bibliothèque Na- 
tionale de Paris. 


Chy sont escris les XII jours que home et fame doibt juner 
ains le mort. | 

Chy orez que nous dit Saint Clément, apostole de Rome: À 
tous les fiex Dieu, salut. Nous trovons ez livrez des canons que 
dit monseigneur Saint Pierre, nostre maistre, que XII jours sont 
en l’an que chascun crestien doibt jeüner en pain et en yave 
devant sa mort, si come firent les XII apostrez. Le premier est 
le premier vendredi de Mars, et querez le sourplus en Lucidère. 


XVIII. 
Les Signes du Zodiaque. 


Chy ensient lez signez de l'an, lez quieux règnent tous lez 
ans, en chascun mois un; les quiex sont en nombre de XII; et 
en après la nature de ycheux signes, et règnent en signe zodia- 
que, et est dit zodiaque de che nom grec AZAON, grece, qui est 
VITA latine, quia omnia que sunt in terra, in illo circulo con- 
currente, viclum suum habent . 


68 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


XIX. 
Un quatrain. 


L'an mil IIT° soixante et quinse 
En décembre chine jours et quinse, 
Mist nostre Saint Père Grégore 

Le diable en son consistore. 


Le 20 Décembre 1375 Grégoire IX créa neuf cardinaux, parmi 
lesquels Jean de la Grange, évêque d'Amiens (1), fut nommé car- 
dinal prêtre du titre de S' Marcel. Plus tard c'est le cardinal 
d'Amiens que Urbain VI accusait d'être le promoteur du schisme. 
Absent de Rome pendant l'élection d'Urbain VI, Jean de la Grange 
à son retour le reconnut comme pape, puis se brouilla avec lui, et, 
provoquant par sa défection celle d’un certain nombre de cardi- 
naux, il concourut avec ceux-ci à l'élection de Clément VIT (2). 
Dans la Lettre de l'Université d'Oxford à l'Université de Pra- 
gue, écrite à l’époque du schisme et publiée par Ulrich de Hutten, 
on lit le passage suivant dont notre quatrain paraît être la tra- 
duction : Hic (Gregorius IX) fecit ordinationes cardinalium mul- 
tas, similis Bacchidi, qui elegit viros impios et constituit eos do- 
minos regionis ; et inter cos elegit vulpem dolosam Ambianensem, 
vulpem infernalem secum in annulo portantem, in quorum col- 
legio ad literam dici posset illud Evangelii: Unum ex vobis dia- 
bolus est (3). 


(1) Raynaldi, VII, 277, XXXI. 
(2) Baluze, Vitae paparum Avenionensium, I, 1154 et ss. 
(3) Baluze, loc. cit. I, 1160, 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 25€ 69 


XX. 


En quelle forme se démonstrera le fil de Dieu 
au jour du jugement. 


Aux bons se démonstrera en celle fourme que il se monstra 
quant il se transfigura à sez menistrez en une montengne, et 
aux felons mauvés, qui n'aront mie ensievys ses commandemens, 
en celle fourme que il pendi en l’arbre de la crois 


XXI. 


Qui sent le doleur, le corps ou l’ame, quant il se départent. 


Il ‘sont IIT chosez à partir l'ame du corps: paour, tristre- 
che, paine, doleur : 


XXII. 


Les X Souhaits. 


Plusieurs pièces du même genre ont été imprimées aux XV° 
et XVI° siècles (Brunet, V, 462) et réimprimées par M. de Mon- 
taiglon dans son recueil des Anciennes poésies françaises, à sa- 
voir: Les Souhaits des hommes (Rec. cité, t. IT); Les Souhaits 
des dames (Ibid.); Les Souhaits du monde (Ibid. t. I). Mais toutes 
trois différent de celle du manuscrit Ottobonien, que je vais donner 
in-extenso. Elle a déja été publiée par M. Ritter dans le Bul. 
de la Soc. des À. T. (1877, p. 104) d'après une leçon défectueuse 
du ms. de Genève 179°. 


10 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2528 


Les X Souhés. 


Che fu à une Ascension, 

En ÎI préau d'une abbeïe, 

X compengnons d'élection 
Estoient à consolacion. 

Sy dist un d'eulz à chière lie, 

A ses compengnons: “ Je vous prie 
Que chacun de vous sache ou die 
Un souhét en dilection, 

Et qui pis dira si otrie 

Un souper à le compenguie. 

Poi erent récréation. , 


Le chevalier premièrement 
Souhéda et dit surement: 

“ Je souhède toute ma vie 
Sens et vigeur et hardement, 
Chevaulz et deniers larguement, 
Los et pris de chevalerie 
Regnon de noble segnourie 
Et dame de bonté garnie 

Et d'armes tel acointement 
Que je peuse par me maistrie 
Destruire toute paiennie 

Et paradis au finement. , 


Le balif après souhéda 

Et dit: “ Je souhède que ja 

Ne fausice à tenir droiture 

Et quant un jugement venra, 

Qui à mon fait apartendra, 

Que je jugasse sy par mesure 

Du cas selon le forféture, 

Que chascun m'amast d'amour pure, 
Tant com ma vie duera; 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Or et argent et vesteüre 
Etiche et ma vie seüre 
Et paradis quant temps sera. , 


Le canoiïne selon son droit 
Souhéda et dit orendroit: 

“ Je souhède à plenté deniers, 
Rice provende en haut endroit, 
Et partout où il me pleroit 
Petüsse mener mes dangiers, 
Noblez salez et biaus bergiers, 
Et lonc tamps vivre en tel esploit; 
À le fois faucons et limiers 

Et belle dame à mez conquiers 
Et paradis quant tamps sera. , 


Après souhéda l’avocas 

Et dit: “ Je souhède grans cas, 
Pléz, noisez, débas et cautelez, 
En assizes et en pléz bas 

Et bien provache mez querellez; 
Fruis, vins et viandez nouvellez, 
Deniers, chevaulz et noblez sellez 
Et de procès ne fuche mas; 
Blance dame, durez mamellez 

Et après du chiel le soulas. , 


Le Fusicien lors s'aplique: 

Et dit: “ Je souhède fisique 

Et chertain jugier en prine 

Et congnoissance malletique, 

En fièvre, en caleur, en éfique, 

Bon maistre fuce en médecine, 
Ongement, en trait, en rachine 
Congneuche et toutez herbez digne 
Et petce par me pratique 

Avoir chevaux et robe fine, d 


71. 


12 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2528 


Livrez, maisons, draps et courtinez 
Et le joie où tout bien s'aplique. , 


L'amoureux qui ot le cuer gay 
A dit: “ Je souhède pour moy 
Joie et soulas et druerie, 
Danssez, canchons, avril et moy, 
Violetez, rosez et glay, 

Déduit d'amant, soulas d'amie, 
Et chelle que je ne hés mie 
M'amast autant que je fais lie, 


Et longuement vivre en tel vie 


Icelle et moy sans autre envie, 
Et paradis quant tumps sera. , 


Le bourgois selon son devoir 

À dit: “ Je souhède pour voir 
Terres, bléz, ving[ne]z et maisons, 
Asez rentes et grant avoir 

Et tous jours rentez rechevoir, 
Pors, vaquez et beufz et moutons 
Et bon givre en toutez saisons 
Et dame de noble estouvoir, 
D'ève douce et de mer poissonz, 
Couppes, hanaps, biaux enfanchons 
Et en paradis mon manoir. , 


Le malade se drecha lors 

Et dit: “ Je souhède à mon corps 
Santé, sans avoir maladie, 

Et tous jours fuche sains et fors, 
Sans de dolour avoir remors, 

Et XXX ans plus n'eüche mie, 
Asez avoir et belle amie 

Et l'amour Dieu toute ma vie 

Et sy bon regnon ens et hors 
Que nul n’éüst seur moy envie 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Et tous jours bonne compaignie 
Et paradis quant seray mors., 


Le villain dit en son usage: 

“ Je souhède bure et fromage, 

(Et) en mon courtil chouxz et naviaux; 
Pain bis, char sallée et laitage 
Tous jours cretist en mon mainagie, 
Serpez, quaretez et beniaux, 
Chivièrez, fourquez et ratiaux, 

Pois, fèves, asnez et pourchiaux, 
Beufz et carue et labourage, 
Moufflez de cuir et fors housiaux; 
Tous jours durachent mez drapiaux 
Et en paradis mon hostage. , 


Le jongleür fu le desrain 

Et dit: “ Je souhède en ma main 
À tous instrumens bien conduire 
Festez, neuchez d'ui à demain, 
Chevaux, deniers eüche à plain 
Devant lez bons sans contredire 
Et que je peusse faire rire 

Lez saoulz et lez mors de fain 
Ne ja ne trovache tamps pire 
En roialme ny en empire, 

Et en paradis mon reclaim. , 


Vous qui lez biaux dis entendes 
Et esbatemens fréquentes, 

De chez X souhéz, je vous prie, 
Le jugement tantost rendez, 

Et gardez bien con ne falez 
Lequel souhéda mieux sa proie; 
Vous sarez bien se Dieu m'avoie 
Auquel mieux vous acorderes. 
Se mon dit de riens se forvoie, 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE 


13 


14 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


Aussy bien comptent si seroie, 
Je vous pri que vous l’amendez. 


Explicit. 


XXII. 
Diverses petites pièces en vers et en prose. 


Le sujets sont pêle-mêle; ce sont des préceptes de morale, 
des louanges à l'adresse de la Vierge, la signification des phé- 
nomènes de la nature, du tonnerre selon le mois pendant le quel 
il se fait entendre, selon le jour de la semaine, selon le point 
de l'horizon ; les pronostics à tirer du jour où tombent les Ka- 
lendes; des préceptes d'hygiène et de médecine pour chacun des 
XII mois de l'année. J'en extrais, à titre de spécimen, le sep- 
tain qui suit: 


Le dottrine mostrée à chière lie 

Lie l'enfant en volenté d’aprendre ; 
Prendre ne peut s'en ire s’estudie. 

Die dont chil qui veult science entendre, 
Tendre ne puis où ire fait mesprendre ; 
Mais prendre doy dotteur qui doulz retrait 
Trait graciex, qui de se bouque estrait. 


XXIV. 
Enségnemens notabiez fais à Paris. 


Pour che que aucuns ont plésir 
De bien apreudre et retenir, 

Je voudray chy en droit retraire 
Matière de moult haut afaire, 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 75 


Qui a esté n'a pas lonc tamps 
Faite par clers estudians, 

En le grant chité de Paris, 
Pour aprendre grans et petis. 


Fix je n'ay mie grant trésor 
A t'enrichir, pour che dèz or 
Aucuns enségnemens donner 
Je veul, sy lez veulliez noter. 


Nous prierons le (doulz) fruit de vie 

Et le douche vierge Marie, 

Que resgner puissons tellement, 

Qu'en le fin aions sauvement. 
Explicit. 


Cette pièce, qui n'est pas sans valeur, se compose de 50 qua- 
trains, outre le préambule; je vais en citer quelques uns: 


Ne crois pas toutes les diffames, 
Que aucuns livres dient des fames, 
Car il est mainte fame bonne; 
L'expérience le te donne. 

Selon ton povair ves ta fame 
Honnestement, et sy soit dame 
De l'ostel après toy, non serve, 
Fay que te megnie le serve. 

Tes fiex fay à l'escole aprendre, 
Bas les se tu lez vois mesprendre, 
Tien les subgiés et en cremour 
Et leur choïlez ta grant amour. 
Tien tes fillies trop mieux vestues 
Que bien abruvées ne peues, 


16 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2528 


Fay leur aprendre biau maintieng, 
Ne point oiseuses ne lez tieng. 


Ne te dampne pas pour aquerre 

À tes enfans avoir et terre, 

Fay les aprendre et introduire, 

En science ou en mestier duire. etc. 


XXV. 
De la Confession. 


Or entend bien comment on se doibt confesser. 


XXVI. 
L'image du Monde. 


C’est un des plus importants poèmes didactiques du moyen- 
âge; il a été composé en 1245 par un Lorrain, probablement 
par Gautier de Metz. M. Victor Le Clerc, dans l'Histoire litté- 
raire (1), en a donné une étude et une analyse très-détaillées. 

Les manuscrits en sont nombreux en France et à l'étranger. 
Ils se classent naturellement en deux groupes principaux; les 
uns, de beaucoup les plus nombreux, contiennent le poème original, 
divisé en trois parties, elles-mêmes subdivisées en cinq chapitres ; 
les autres contiennent le poème avec des interpolations, partagé 
en deux livres. Cette transformation, selon M. Le Clerc, est l'œuvre 
d’un copiste Messin. 

M. Grand, dans les positions des Thèses des Elèves de l'Ecole 
des Chartes, promotion de 1885, cite 51 manuscrits de la ré- 


(1) Tome XXII, 287-335, 836-887. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2623 71 


daction non interpolée, 16 de la rédaction interpolée et 5 d'une 
rédaction en prose (1). C'est au second groupe, à celui de la ré- 
daction interpolée, qu'appartient le manuscrit Ottobonien. Mal- 
heureusement il est incomplet et ne contient que les 2300 premiers 
vers environ. Ces vers sont écrits à la suite les uns des autres 
comme de la prose. 


s 


Qui veut entendre à chest roumans, 

Si peut aprendre en ches commans 

Des oeuvres Dieu et de clergié, 

K'ai pour laies gens roumanchiés, 

Qui soutil sunt et de boin sens, 

Dont plusours trouvai à mon tans, 

Que en latin aprins eüssent, 

Mains grans biens aprendre 1 peüssent. 

Et pour itex gens m'entremis, 

Que de latin en roumans mis, 

Des sens de latin aucuns biens, 

Dont maintes gens ne sevent riens. 

Qu'en roumans puissent che entendre 

Et en latin mont bien aprendre. 
Chis livres qui descrit le monde, 

Qui a nom l'Image du Monde, 

Deus parties de livre tient, 

Dont li premiers livres contient 

VI capitles de bonne escole; 

Ch'est à dire chief de parole. 

Li premiers capitles si est 

De Dieu, dont toute bonté naist; 

Li secons keus chose Dieux fist 

Premiers, ains c'autre riens feïst, 

Que ch'est et quelle vertu elle a; 

Ch'est de nature qu'il créa, 


(1) Plus une édition en vers (Genève, J. Vivian, 1617) et une édition 
en prose (sans date). 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2525 
Li tiers pour quoi il fist le monde. 
Li quars est pour quoi et comment 
Li art furent premièrement 
Trouvées et après sauvées. 

Li quins est de philozophie. 

Li sisimes capitles conte 

Des philozophes maint aconte; 

De Platon et puis d'Apolone, 
D'Alexandre de Macédone, 

De Virgille qui fist merveilles, (1) 
De saint Pol qui quist et trouva 
S’image, dont se merveilla. 
Comment les boins clers converti. 
De saint Brandain d'Irlande ausi, 
Qui par la mer VII ans ala; 

Des merveilles qu'il i trouva. 

Du philosophe qui descrist 
Comment nature l’omme fist: 

De chelui qui se mère ochist 

Por la parole qu'il en quist, 

De la penanche qu’il en prist; 

Des grans tormens c'uns rois se fist, 
De Tolomeu qui tant aprinst 
D'astronomie, qu’il descrist 

Le monde en sa droite nature. 

Et seut (2) asses d'astronomie, 

Si comme on le treuve en sa vie, 
C'à Mes en Lohierraigne gist, 
Dont chiex fu qui chest livre fist. 
La vant (sic) rois Charles souvent estre, 


(1) Il manque un vers dans le manuscrit. 
(2) Charlemaines. 


NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEX 2023 


Car mont ama le lieu et l'estre; 
Encore a il de ses joiaus 

En l'église riches et biaus, 

Qu'il i laissa et en fist don 

À saint Estiene le baron, 

La maistre esglize du païs. 
Encore i gist uns de ses fis, 

Rois Loeis, qui fu sans guile, 

À saint Ernoul devant la vile, 
Üne abeïe de noirs moines, 

Où mont grant bien fist Charlemaine 
Pour l'amour de ses anchesours, 
Dont li I fut chu saint Ernoul, 
Qui de Franche s'en vint à Mes; 
Dont il fu puis esvesque fais. 

Car se tes estoit li usages, 

Tous jours seroit li riques sages, 
Et li plus sages plus aroit 

De tel riqueche par tel droit 

Et vivroit à honneur tous dis (1). 


XXVII. 


Sermo Beati Bernardi de Sacramento altaris. 


(Migne, Pat. latine, CLXXXIV, 991-992). 


XX VIII. 
Ancelmus de Concepcione beate Marie, matris Jhesu Christi. 
(Migne, Pat. latine, CLIX, 319-324). 


(1) Le scribe s’est arrêté au milieu de la page. 


80 NOTICE DU MANUSCRIT OTTOBONIEN 2523 


XXIX. 
In Ciementinis de soiemnitate Sacramentl altaris. 


(Clem. Il. XVI, 1). 


XXX. 


Qualiter Christus in sacramento Eucharistie sit devote recipiendus. 
De Horologio divine Sapiencie. 


Ernest LanGLois. 


VILLES DISPARUES G). 


CONCA. 


Au Sud des monts Albains s'étend une région vallonnée, en 
pente prononcée vers la mer, formée de tufs volcaniques, dont 
j'ai déjà parlé dans les Mélanges (2). Elle est déserte et nue, et finit 
en moyenne à trois ou quatre lieues de Velletri. Là le terrain 
change d'inclinaison, et un peu plus loin une autre pente se 
desssine jusqu'à une lieue environ de la mer. La ligne de par- 
tage serait représentée vers le Nord, dit M. di Tucci (3), “ par 
une vaste surface que l’on peut dire horizontale, et sur laquelle 
s'étendent les terres fertiles et meurtrières de la Torre del Padi- 
glione, de Presciano, de la (rinnettola, de Cretarola, de Carano, 
de Conca, de Campomorto, et ainsi de suite jusqu'à Sessano…. 
Toute cette longue zone horizontale, qui est d’une largeur mé- 
diocre, est formée d’un terrain d'alluvions: on le reconnait net- 
tement dans les coupes naturelles des ravins qui s’y creusent à 
une grande profondeur, et au fond desquels fréquemment se 
retrouve le tuf de la campagne romaine. Les matériaux arrachés 
par l'érosion à la pente volcanique d’au-dessus, ont été déposés 
là en comblant une dépression, et la disposition uniforme du 
sol, où l'on ne trouve pas les ondulations qu'auraient produites des 
cones de déjection, montre clairement que le dépôt s'est effectué 
sous l'eau. Bien probablement donc cette zone a été occupée par 
un lac. Celui-ci s'ouvrait sur la mer du côté où se déverse au- 


(1) Voy. Mélanges de l'École française de Rome, t. I, p. 161. 
(2) T. IL, pp. 94-106, et 207-221. | 
(3) Dell'antico e presente stato della campagna di Roma, pp. 42-44. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V® ANNÉE 7 


82 CONCA 


jourd’hui le fleuve d’Astura, lequel sans doute alors lui servait 
d'émissaire. Le comblement progressif a dû changer d’abord ce 
lac en un marais, pendant une époque de transition entre l'état 
primitif et l'état moderne. Ce fait se trouverait d'accord avec 
la description des lieux par Strabon (1). Il dit, en parlant du 
Latium: “ Tout ce pays est fertile et abondant en toutes cho- 
ses, excepté certains points voisins de la mer, qui sont maréca- 
geux et malsains , Et il nomme parmi ceux-ci l’espace entre les 
territoires d'Antium et de Lanuvium jusqu'à Pometia, c'est-à-dire 
justement celui qui nous occupe, celui où se trouve Conca. 
J'ai déjà dit un mot (2) de ce grand lac ou golfe, véritable 
lagune marine, qui s’est certainement étendu jusqu’au pied des 
collines Véliternes, et qui a reculé devant les alluvions arrachés 
à ces mêmes collines volcaniques, serré par leur progrès continu 
entre les terrains qu'ils créaient et le cordon littoral des dunes. 
Il vint un moment toutefois où le travail de comblement se 
ralentit d'une façon sensible: d'abord la partie la plus tendre, 
la plus transportable des terrains supérieurs avait été toute 
charriée ; ensuite les efforts de l’homme, par un ensemble d'ou- 
vrages merveilleux, avaient transformé ces campagnes et réduit 
à des proportions faibles l’action érosive des eaux. [l en résulta 
que d’une part la dune littorale s'épaissit jusqu'à former entre 
l’ancien lac et la mer une espèce d'ile large de 5 k., que couvre 
aujourd'hui la Macchia di Ncttuno, et d'autre part le rivage 
Nord de l'ancienne lagune se trouva être le bord d’une plaine 
au-dessus d'un bas-fond. Dans celui-ci sourdaient en abondance 
les eaux qui circulent à de grandes profondeurs dans les tufs, et 
desquelles j'ai ailleurs expliqué la provenance (3). L'affleurement 
des tufs sur sa rive était recouvert par les alluvions formant 


(1) Strab. V, 8 $ 6. 
(2) T. IT, p. 212. 
(3) T. IT, pp. 209-210. Cf. Di Tucci, Dell’antico e presente stato… c. V. 


CONCA 83 


berge, et c'est au travers de ceux-ci que l'eau qui imprègne 
les premiers sort encore par de nombreuses sources. Ces sources 
alimentent le fleuve d'Astura ; et, si leurs eaux étaient jadis bien 
aménagées et conduites, elles pouvaient s'écouler en partie, et 
laisser saines et cultivables plusieurs portions du bas-fond. C'est 
ce qu'on vit aux temps antiques. En de nombreux endroits au- 
dessus du vallon où coule la rivière, dans la macchia même à droite 
et à gauche, j'ai relevé des ruines antiques, quelques unes assez 
considérables, et même le bas-fond a été, jusqu'à une époque avan- 
cée de l'Empire, dans une certaine mesure habité. C'est qu'il est 
loin d’être uniforme. Les différences de niveau y sont fortes, et la 
forme de la lagune devait être capricieuse: des péninsules s'y 
allongeaient, elle se découpait autour d'elles en criques, suivant 
la résistence des tufs descendus autrefois du volcan Latial. L’é- 
rosion des tufs supérieurs, qui amena les alluvions dans ce fond, 
le trouva donc accidenté: ce qu’elle transforma en terre-ferme 
fut nivelé; ce qui demeura golfe, lagune, marais ensuite, resta 
semé de points plus hauts, plus secs, qui dominaient l'ensem- 
ble: c'est là que l’on trouve des ruines. Tout le reste était le 
marécage dont Strabon signale la présence, et qui se joignait 
à celui d’Astura, le Saturae palus de Virgile (1). Ce golfe pou- 
vait encore librement communiquer avec la mer au temps où 
ces campagnes, suffisamment salubres, renfermaient une popu- : 
lation que l’histoire la plus ancienne de Rome nous oblige à 
croire nombreuse. Le comblement se poursuivit à travers tous 
les âges antiques, et il est complet aujourd’hui. Il fut une ruine 
pour la contrée. Le bas-fond où la forêt de Conca dresse ses 
énormes fûtales et étend ses profonds halliers, est un des 
lieux les plus malsains du monde. Dans la vaste macchia qui 
s'allonge des bouches du Tibre à Terracine, aucun point n'est 


(1) Aen. VII, 891. 


84 COXCA 


plus dangereux. Pendant l'été, taons, moustiques, insectes ve- 
nimeux fourmillent; la chaleur est épouvantable sous la voûte 
touffue des grands chênes; le sol, garanti du soleil par l'épais- 
seur de la végétation, maïs chauffé comme sous une cloche, 
dégage une humidité chaude ; on est enveloppé de fièvre: tout 
le monde fuit alors le couvert. L'hiver même, cette forêt étrange, 
vierge encore il y a dix ans, et où des coupes et des percées 
commencent seulement à amener un peu d'air, est périlleuse et 
redoutée; jamais la fièvre n’abandonne ce repaire. Il n'y a que 
quinze ans encore, la gendarmerie pontificale ne poursuivait pas 
le criminel qui se réfugiait dans ces bois; on se contentait de 
s'assurer qu'asile ne lui serait pas donné dans les propriétés 
voisines, et, l'été venu, la nature se chargeait de faire justice. 
Il en serait de même aujourd’hui, car presque partout les fourrés 
demeurent encore inaccessibles. 

Dans la plaine, le long des collines de tuf plus ou moins 
garnies d'alluvions, on voit souvent des érosions qui trahissent 
leur origine; on est en présence de presqu'iles. Il y avait aussi 
des îles, et la plus ancienne est Conca. 

Conca est auprès du bas-fond, dans la plaine, entre deux 
petits ruisseaux, le Fosso del Fico et le Fossetto, qui se ren- 
dent tout près de là dans le Fosso di Conca, lequel, en se 
* joignant bientôt au Fosso di Femminamorta, forme le fleuve 
d'Astura. C'est un groupe de constructions que l'on voit d’une 
grande distance, élevées sur une petite hauteur. Celle-ci, à pic 
de tous côtés, formée de tuf, plate au sommet, est comme dé- 
tachée en avant de deux promontoires qui ont dû dessiner une 
crique dans l’ancien golfe. Tandis que les alluvions partis des 
dernières collines Véliternes descendaient, refoulant lentement 
les eaux du golfe encore ouvert, celui-ci, que la dune naissante 
n'isolait pas encore de la mer, rongeait ses îles et ses presqu'iles, 
et faisait du sommet de Conca un écueil abrupt, au sommet de 


CONXCA 85 


forme quadrilatérale, d’une contenance d'environ quatre hectares. 
Plus tard, la conquête finie, la lagune, de recul en recul, ne couvrit 
plus que le bas-fond entre la dune, devenue épaisse, et la plaine 
d’alluvions ; et lorsque les peuples hardis qui colonisaient ces con- 
trées y plantèrent leurs premières cités, Conca était, comme au- 
jourd'hui, un ilot perdu dans la plaine; à la place du détroit, 
un ravin la séparait des anciens promontoires, devenus les Colli 
del Tufo. 

De toutes les éenufe du pays, Conca, et Campomorto sa voi- 
sine, sont celles qui donnent le mieux l’idée de la vie qu'on y 
menait autrefois (1). Campomorto est une série de bâtiments sans 
jssue au dehors, entourant une grande cour où s'ouvre une seule 
poste, massive. Leur mur de derrière, très-élevé, forme une en- 
ceinte continue; la porte fermée, tout est clos. À Conca, le pre- 
mier objet qui frappe l'œil est un avis gravé sur une plaque de 
marbre: tout: bandit ou réfugié qui se rendra coupable d’un délit 
ou d’un crime, qui prétendra conserver des armes, qui sera por- 
teur d'un couteau pointu, se verra privé de l'asile. C'est-à-dire 
qu'on le chassera, si l'on peut, et qu’il devra aller mourir dans 
la macchia de misère et de fièvre. Et ce n’est pas au XIIe siècle 
que cette plaque a été gravée; c'est littéralement memoria no- 
stra, c'est au temps où fonctionnait un haut-fourneau dans le 
voisinage, les enfants de son auteur sont à peine des vieillards, 
et les témoins de la dernière visite des brigands, visite san- 
glante, sont encore sur le domaine. Dans ces campagnes per- 
dues, loin de toute ville, à côté de la macchia, la sûreté est mé- 
diocre ; et, quand ces vastes propriétés furent dans des mains ecclé- 
siastiques, les grosses portes bien solides, l’ascendant de la religion, 


(1) Les détails qui suivent paraïtront peu nouveaux à ceux de nos 
lecteurs romains qui ont pratiqué les campagnes ; mais, outre qu'ils sont 
de l'histoire — car ils commencent à appartenir au passé — je suis 
obligé de les rappeler parce qu’ils sont presque inconnus en France. 


86 CONCA 


l'usage prudent du droit d'asile furent les uniques sauvegardes 
des maîtres et des serviteurs. Bien entendu, il ne peut-être 
question d'une population dans ces terres. La plus grande part 
était jadis inculte, les pâturages tenaient une place immense, et 
les champs une très-petite, d'ailleurs tout le pays ‘est malsain. 
Une partie seulement de l’année, les gens de campagne y rési- 
dent; l'été, il n'y a que des gardes, quelques vachers et un 
fattore: et encore tous ceux qui le peuvent tâchent d’avoir un 
domicile ailleurs. Dieu veuille que nous voyions le jour où ces 
campagnes, assaïnies, seront colonisées de nouveau ! En attendant, 
la vie que l'on y mène est curieuse à étudier, au point de vue 
de l'histoire ancienne. C'est celle de toutes les fenute dans cette 
partie de la campagne. Sauf aux saisons où les travaux des 
champs y amènent les tâcherons par bandes, le nombre des gens 
est minime. Tous, bûcherons, bergers des divers ordres, campent 
sur leur terrain d'action, les uns à la forêt, les autres près de 
leurs bêtes, dans des cabanes de branchages. La plupart du temps, 
les charretiers et les laboureurs seuls demeurent dans les bâti- 
ments, y remisant les bêtes de travail, les voitures, les outils, 
les charrues. Ces bâtiments, centre de la éenufa, logent ce qu'on 
pourrait appeler les services publics de celle-ci. Il y a une maison 
seigneuriale, où peuvent résider le ministre et ses seconds, les 
facteurs; le premier, qui gouverne le domaine au nom du maître, 
n'y habite pas, quand il s’agit de lieux comme Conca. A la maison 
est jointe une dépense, où l’on donne les rations aux hommes, 
et où l’on vend toute espèce de denrées, depuis le vin jusqu'aux 
cigares, — qu'il faudrait aller, sans cela, chercher à Nettuno, . 
à Cisterna, c'est-à-dire à 7 ou 10 milles. Conca a encore une 
église avec son chapelain, un charron, un forgeron maréchal, 
un cordonnier, un four; les gardes demeurent dans l’enceinte, 
et il y a des écuries pour les chevaux. Telle est la popula- 
tion de la capitale d'une éenufa; ce petit état a ses lois, qui 


É 


CONCA 87 


maintenant se trouvent soumises au droit commun, mais qui 
naguère rappelaient en tout le moyen-âge. Sous le régime pon- 
tifical, Conca était au Saint-Office. 

À l'âge où sur le Palatin s'élevait la Roma quadrata, on 
peut être sûr que Conca ressemblait déjà quelque peu à ce qu'on 
la voit aujourd'hui. Son enceinte, mesurée par Nibby, a 2500 pieds 
romains: On n'y a pas pu loger un grand peuple. Le temple 
de la divinité maîtresse, les chapelles des autres dieux, la maison 
du roi, celles des chefs de familles, les ateliers des industries 
que chacun n'avait pas dans sa familia, des lieux sacrés, des 
lieux publics: voilà tout ce qu'elle pouvait contenir, autour d’une 
place servant de marché. Seulement la différence commence aus- 
sitôt que l'on sort des murs. Au lieu d'une campagne malsaine, 
déserte et sans sécurité, on trouve le territoire du peuple auquel 
les murs servent de forteresse. Ses fuguria sont nos capanne: 
le même mur en pierres sèches ou la même levée circulaire for- 
me leurs fondations, parois et toits sont toujours faits de bran- 
chages et de chaume, l’enceinte est une forte palissade : de loin 
chaque hameau présente l'aspect d'un énorme rûcher. Mais, au 
lieu de quinze rûches dispersées sur 7000 hectares, il y en a 
quelques centaines; au lieu de quarante personnes, c'est la po- 
pulation d’un bourg. 

Après la conquête romaine et la destruction de ces petites 
cités, le territoire de chacune d'elles, devenu ager publicus, mais 
promptement accaparé par un grand, forma un de ces gros do- 
maines dont nous parlent les écrivains. Aux populations détruites 
succédèrent des servitia cultivant au profit du maître, tandis que 
les anciens travaux, qui avaient assuré jadis la salubrité relative 
des campagnes, se ruinaient. Privé de la population dense et la- 
borieuse des vieux âges, le pays se détériorait lentement. Les 
grands propriétaires construisirent ces bâtiments d'exploitation 
ou de luxe dont les ruines se trouvent partout, près du bois de 


88 COXCA 


la Ciufonara, au Colle Falcone, au Colle del Pero, près du Passo 
Porcareccio, à l’Acciarella, et en dix endroits de la macchia, où 
des halliers inextricables en dérobent plusieurs aux regards. Les 
domaines de cette région, sous l'Empire, confinent aux riches villas 
qui couvrent toute la dune depuis Ostie jusqu'à Astura. Nibby, 
cherchant à identifier les villes détruites dès l'origine dont la 
tradition donne les noms, en place dans cette région plusieurs, 
ct met le site de chacune d'elles au casale d'une fenuta: Corioli 
est à Monte-Giove, Longula à Buonriposo, Polusca au Casal della 
Mandria, — bien qu'il s'en faille que tous ces lieux présentent 
des restes antiques, et qu'aucun, très-certainement, n'en montre 
d'époque primitive. On admettra ce qu'on voudra des identifica- 
tions elles-mêmes, mais le principe ne me paraît point faux. La 
persistance du même domaine dans les mêmes limites avec le mé- 
me centre, à travers tout le moyen-âge, est une loi qui n’a subi 
que de rares exceptions dans cette partie des Terres Pontines. 
Ce même domaine doit correspondre à un lafifundium romain, 
et celui-ci n'est que le canton de la petite tribu, de la cité pri- 
mitive, dont sa villa remplace l'oppidun. 

Conca en sera un exemple. Au XII siècle, alors que ces cam- 
pagnes étaient un peu plus habitées qu’elles ne l'ont été depuis lors, 
Conca était un castello, c'est-à-dire un petit pays fortifié: dans un 
traité (1) fait avec Terracine, post varios bellorum turbines, le 12 
janv. 1205, le peuple du lieu est mentionné à côté des Malebranca, 
ses seigneurs; C’étaient peut-être cent ou deux cents âmes. À cette 
époque on avait refait l'enceinte ; et des morceaux s’en voient en- 
core: ils sont de ce petit appareil, assez régulier, qui se trouve dans 
beaucoup de pays de la contrée, et que les Romains nomment sa- 
racinesco. En 1233, Conca appartient au monastère de Grotta- 


(1) Contatori, De hist. Terracin. 1. IT, c. 2. 


CONCA 89 


ferrata (1); et depuis elle n’est plus sortie des mains de personnes 
ecclésiastiques. La population n'avait plus de raison d'être, du 
moment qu'un seigneur n’était plus là pour la maintenir: elle 
s'éteignit ou s'en alla. L'enceinte actuelle, en grande partie dé- 
truite, date de cette dernière époque; c'est un rapiéçage de l’an- 
cienne, fait en médiocre maçonnerie. 

Le plateau de Conca s'élève au-dessus du sol voisin environ 
de deux à six mètres. Il ne contient que les bâtiments que j'ai 
indiqués ci-dessus, et n'offre pas un seul vestige antique, à l'ex- 
ception de l'enceinte. Nibby découvrit ce lieu, — c'est ainsi qu'il 
s'exprime lui-même, — le 1° juillet 1825, et l'a décrit (2). J'ai 
plusieurs fois parcouru, exploré, tous les environs de Conca, j'ai 
passé deux jours au casale en avril 1881, et pris alors le plan 
et le dessin qui accompagnent cette notice. (PI. IV). 

L'enceinte antique entourait le plateau, qui est à 27 m. d’al- 
titude. Elle subsiste surtout aujourd'hui où elle servait de soutè- 
nement aux terres de l'esplanade, et sur les points où elle est main- 
tenue par la maçonnerie médiévale. Elle se compose de blocs de 
tuf, pris sur les lieux, choisis les plus durs possible, taillés avec as- 
sez de soin en parallélipipèdes rectangles, ayant en moyenne 0 m. 60 
à 0 m. 80 de long, sur 0.40 de haut et 0.50 d'épaisseur. Ces pierres 
de taille, entre lesquelles sont parfois insérés des morceaux plus 
petits, sont en général fort bien jointes, sans mortier, posées ré- 
gulièrement par assises horizontales. Nibby remarque avec raison 
que, pour la matière et le travail, ces murs rappellent ceux d'Ar- 
dée (3), qui est dans une région analogue. La porte, qui est sur la 
face Est, correspond à la porte antique: le chemin par lequel 
on monte est en tranchée, creusé dans le tuf. Presque en face, 
sur le front Ouest, Nibby place une seconde porte, vers le point 


(1) P. Lombardi, Anzio antico e moderno, p. 274. 
(2) Dintorni di Voma, t. IIL pp. 748-752. 
(8) Cf. Boissier, Revue des Deux-Mondes, 1° Déc. 1884. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE 8 


90 : CONCA 


où est pris mon dessin: je n’en ai vu aucune trace. Tels sont 
les restes de l’oppidum. 

Quel est son nom? Nibby dit Safricum. Mais ce qu'on sait 
de cette ville est passablement embrouillé. 

Si nous savions où la placer, nous serions plus avancés que 
Pline, qui la range parmi les cinquante-trois cités du Latium 
disparues sine vestigiis (1). Toutefois les anciens en parlent à 
l'époque vraiment historique; son existence est bien certaine, et, 
qui plus est, elle devait se trouver dans la région qui nous oc- 
cupe. Tite-Live (2) parle d’elle à l'année 206. Elle était célèbre 
pour son temple de la Mater Matuta (3), que les Romains iden- 
tifièrent plus tard avec la Leucothoé grecque, mais qui était 
consacré à Rome, et en l'honneur de qui se célébraiïent les Ma- 
tralia (4). Ce temple de Matuta à Satricum, que les. Romains 
épargnèrent seul, dit-on, quand ils détruisirent la ville, trois cent 
cinquante ans avant Jésus-Christ, et qui ne cessa d'être vénéré et 
fréquenté pendant des siècles, avait dû, ce semble, empêcher qu'on 
n’oubliât le site de la ville; et d’ailleurs, si celle-ci est Conca, 
elle avait laissé des vestiges, puisqu'il y en a encore d'apparents. 
Cependant aucun des géographes ne donne ni son nom ni sa place. 
Son histoire appartient à des temps légendaires, et aux faits les 
plus légendaires de tous. Suivant Diodore, elle aurait été au 
nombre des colonies d'Albe, et Denys la compte parmi les trente 
cités de la Ligue Latine (5). Puis c'est aux Volsques que les 
Romains la prennent avec Corioli, Longula, Polusca, et aux Vol- 


(1) Æ. N., UI, 6 s. 9. 

(2) XXVIIT, 11. 

(8) Liv. VI 83; VII, 27; XX VIII, 11 

(4) Ov., Fast. VI, 661; Cic., De Nat. Deor. IX, 19; Liv. V. 19, 28; 
XXI, 7; XL), 83. 

(6) Diod. VII, fgm. 8; Dionys. V, 61. 


COXCA 91 


sques que la rend Coriolan (1). Ils en font leur quartier-géné- 
ral en 386; ils sont vaincus, Camille la prend d'assaut (2). 
En 381, Tite-Live l'appelle colonia populi romani, au moment 
où les Volsques et les Prénestins la prennent et tuent la gar- 
nison (3). Elle apparaît encore plusieurs fois comme place-forte 
des Volsques, et en 377 elle est brûlée par les Latins (4). En 348, 
les Antiates la relèvent et y mettent une colonie; en 350, les 
Romains la reprennent, et détruisent tout, sauf le temple; les 
Antiates sont vaincus près de là quelques années après (5). En 
320, après l'affaire des Fourches Caudines, reparaissent des Sa- 
tricans, qui se déclarent pour les Samnites et reçoivent d'eux une 
garnison ; mais le consul Papirius prend leur ville, et les passe 
au fil de l'épée {6). Depuis ce RE il n'est plus question que 
du temple de Matuta. 

Toutes ces données sont bien vagues au point de vue topo- 
graphique. D'abord, si, comme le veut Zoeller (7), toute l'his- 
toire des guerres Volsques antérieurement au IVe siècle est à 
supprimer des annales, et si toutes les colonies romaines anté- 
rieures au milieu du même siècle sont aussi à rayer des listes, 
il ne restera pas grand chose. Satricum se trouve mêlée aux 
affaires tantôt des Latins, tantôt des Volsques, tantôt des Sam- 
nites ou des gens de Préneste, et même, suivant Plutarque (8), 
des Étrusques. Mais tout le monde a vu que Plutarque s'est 
trompé; et d'autre part le Satricum qui se donne aux Samnites 
paraît bien être une autre ville, située dans le bassin du Liris : 


(1) Liv. II, 

(2) Liv. VI 
(8) Liv. VI 2. 
(4) Liv. VI, 32, 
(6) Liv. VIII, 

(6) Liv. IX, 10, 12, 16. 

(7) Latium und Rom, p. 251-273. Cf. 828-830. 
(8) Cam. 6. 


92 CONCA 


c'est d'elle que parlerait Cicéron dans une lettre à son frère (1). 
Le Satricum des guerres Volsques, celui que Rome et Antium 
se disputent, ne peut être que vers l'entrée des Terres Pontines, 
entre Antium et les Monts Albains. 

La principale donnée topographique est une marche de Ca- 
mille, indiquée ainsi par Tite-Live (2): “ Ab Antio Satricum, 
ab Satrico Velitras, inde Tusculum legiones ductas. , La légende, 
comme toujours, suit une route. Or on a remarqué justement 
que Conca est en dehors du chemin direct d’Anzio à Velletri: 
elle est de plus de 5 milles trop à l'Est ; et c'est pourquoi Cayro 
et Ricchi placent Satricum à Campomorto, qui n'est qu’à peine 
hors de la ligne. Gioini, Nibby et Lombardi (3) se sont surtout 
laissés influencer par l'aspect des murailles de Conca. Mais cet 
indice n’est nullement concluant. De ce qu’il y a eu une ville 
à Conca, il ne s'ensuit pas qu'elle soit Satricum. Nibby, d'après 
les légendes racontées par Tite-Live, croit voir le territoire de 

cette ville circonscrit par ceux d’Antium, Circeïi, Velitrae, La- 
nuvium, Corioli, Polusea et Longula: mais il y a la moitié de 
ces villes dont on ne connaît point la place. D'ailleurs c’est bien 
probablement étendre trop les limites vers l'Est, où nous avons 
encore à installer plusieurs des cités disparues, telles que Suessa 
Pometia. Mais il est certain que Satricum, dans la tradition, est 
voisine de Longula et Polusca, entre Velitrae et Antium. Tite- 
Live (4) nous dit que Coriolan, après avoir chassé les Romains 
de Circeiïi, leur enleva “ Satricum, Longulam, Poluscam, Coriolos., 
Toute discussion topographique sur la position de ces villes n’a 
d'éléments que cet itinéraire et celui de Camille que j'ai donné 
plus haut. Or rien n'est plus élastique. Le système de Nibby ne 


(1) Ad Q. fr. IL, 1, 6. 

(2) VI, 16. 

(3) Voy. la discussion dans Lombardi, op. laud. p. 271. 
(4) Liv. IT, 39. 


CONCA | 93 


repose que sur des hypothèses s'étayant l'une l'autre. Dans les 
environs des endroits où 1l place ces quatre villes, et qui sont 
Conca, Buonriposo, Casal della Mandria, Monte-Giove, il en est 
d'autres qui ne répondent pas moins à toutes les données du pro- 
blème, et où pourtant il ne met rien: Campomorto, Vallelata, 
Campo di Carne, Carroceto, Campoleone, tous centres de fenute, 
tous plus ou moins riches en ruines, qui ne sont ni plus récentes 
ni moindres que celles de Buonriposo ou du Casal della Man- 
dria, — où, par parenthèse, il n'y en a pas. Il dit lui-même 
qu'à Campomorto il a vu des morceaux de marbre et des qua- 
drilatères de tuf engagés dans les constructions. Ils y sont encore, 
avec beaucoup de morceaux antiques. Le chemin qui passe là est 
fait de débris pris à une ancienne route, dont les dalles se re- 
trouvent partout dans les constructions modernes. C'est là qu'abou- 
tit un des plus beaux systèmes de cuniculi de draînage qu'il 
m'ait été donné de voir en trois année d'explorations (1). Tout 
près du casale, trois regards d'un grand cuniculus montrent com- 
me il venait finir dans le bas-fond du Lac de Conca, après avoir 
drainé les territoires de Bresciano, Petrara, Carano, Casal della 
Mandria, Carroceto. Le nom du lieu indique une nécropole ; et 
de fait, partout où l'on creuse, on rencontre des sépultures. En 
défonçant pour faire le potager, on a naguère découvert quan- 
tité de petites tombes, toutes creusées dans le tuf, chacune ren- 
fermant un cadavre. Il y a eu sûrement quelque chose sur le 
site de Campomorto. 

D'Antium partaient plusieurs routes. L'une est l'Anéiatina, 
route de Rome, qui allait s'embrancher sur l'Appia à Bovillae, 
vers les Frattocchie. Une autre, indiquée par Westphal en partie, 
et de laquelle de larges morceaux subsistent, partait de Nettuno, 


(1) Voy. t. Il, p. 94, La malaria de Rome et le draïnage antique; 
et p. 207, Le draïnage profond des campagnes latines. 


94 CONCA 


passait non loin du Casino Censi, où on la trouve dans les vi- 
gnes, puisse à la Torre del Monumento, qui est un splendide sé- 
pulcre, à la Torre del Padiglione, où se trouve un monument 
antique, à la Torre di Spaccasassi, et finalement joignait Cività 
Lavigna, où elle existe encore intacte: c’est la route de Lanu- 
vium. Une autre, route de Velitrae, se reconnaît le long d'un 
chemin appelé Selciatella di Lazzaria, et passait à Campomorto: 
Westphal, qui la connaît dans sa partie inférieure, pense qu’elle 
se bifurquait sur Astura et sur Antium. C'est en tout cas elle 
qu'il fallait suivre pour eller Anfio Velitras, et il est naturel 
de penser que la station intermédiaire a bien pu être Satricum. Je 
ne trouve donc nullement certaine l'identification Satricum-Conca. 
C'est aux environs de Cisterna, là où furent les Tres Tabernae, 
et non à Velitrae, qu'allait la route qui passait devant la porte 
de Conca. Une autre passait au même lieu, comme l'indiquent 
les tronçons que j'en ai relevés au Sud de la Voie Appienne; 
mais elle allait de Velitrae à Astura, non à Antium. Peut-être 
donc vaudrait-il mieux laisser l'emplacement de Conca, si voisin 
de Campomorto, pour quelqu'une de nombreuses villes qui restent 


» 


toujours à placer. 


PLANCHE. 


I. Position et plan de Conca, à l'échelle de 1 p. 15000. — J’ai emprunté 
à la carte de l'État-Major italien la courbe altimétrique 20: elle donne 
une juste idée du mouvement général du terrain, des deux promonto- 
ries voisins de l’île de Conca, et des ilôts qui font suite à celle-ci. 

II. Environs de Conca, à l'échelle de 1 p. 500000. — Ce croquis indique 
les plus importants des chemins et des routes antiques, et surtout les 


COCA 95 


plus intéressants pour la question de Satricum. Il ÿy en a encore d’au- 
tres, deux par exemple partant de Lanuvium, l’un vers l’Appia, l’autre 
vers Carroceto, un embranchement de Campomorto sur Astura, un autre 
sur Antium, trois autres dans le voisinage de Cisterna et deux partant 
de Velitrae. À ceux que signale Westphal j’en ai ajouté un bon nombre; 
je les donnerai dans le livre que je prépare en ce moment, La Via 
Appia et les Terres Pontines. 

UT. Mur d’enceinte de Conca, au saillant À du plan. — On y dis- 
tingue les divers appareils: a est le Saracinesco ; b est la maçonnerie 
plus récente; c est le vieux mur des anciens; d est le banc de tuf, 
haut ici de plus de 8 m, sur lequel repose le tout, et qui probablement 
avait été rendu, par les fondateurs de la ville, encore plus compléte- 
ment à pic que ne l'avait fait la nature. 


M. R. De La BLANCHERE. 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS. 


En terminant il y a peu de; temps l'examen de quelques parti- 
cularités qui me semblaient dignes d'être relevées dans une série 
d'Actes des Martyrs, je disais que la matière ne manquerait pas 
à qui voudrait pousser plus loin cette sorte de recherches (1). Ces 
traits abondent en effet dans la masse des textes dont je parle 


et s'offrent pour ainsi dire d'eux-mêmes à qui veut prendre la 
peine de les noter. 


Il en est ainsi pour les Actes d'une martyre de la Corse, 
sainte Devota. Sommée de sacrifier aux Dieux, la chrétienne répon- 
dit: “ Chaque jour, et d'un cœur pur, je sers le Seigneur; je re- 
pousse vos Dieux de cire, d’airain ou de marbre. Deos cereos, Deos 
aereos et lapideos respuo ,. Le juge fit frapper avec une pierre 
la bouche qui outrageait ainsi les immortels. “ Ne blasphème 
pas, dit-il à la martyre, les Dieux et les Déesses , (2). J'ai noté 
ailleurs que, durant les tortures, les injonctions de cette sorte 
étaient criées aux suppliciés; que la formule courante “ judex 
dixit , n'indique en aucune manière que le juge ait fait entendre 
lui-même ces sommations proférées d'ordinaire par la voix re- 
tentissante du Praeco (3). D'autres détails appellent mon attention. 


(1) Les Actes des Martyrs, supplèment aux Acta sincera de Dom Rui- 
nart, p. 279. 

(2) Acta S. Devotae, $ IX (Bolland. 27 jan. T. LI, p. 770). 

(8) Les Actes des Martyrs, etc: p. 98. 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 97 


La coutume de frapper au visage et même sur la bouche 
ceux qui, devant le magistrat, avaient, jugeait-on, répondu sans 
respect, nous est connue d'ailleurs. Il en est parlé dans la Pas- 
sion du Christ (1) et dans les Actes des Apôtres ou nous voyons 
le grand prêtre faire maltraiter de la sorte par ses sbires saint 
Paul amené devant lui (2). Des mentions semblables se rencon- 
trent dans des récits de faits accomplis de nos jours même en 
Orient (3), et de nombreuses histoires de martyre attestent que les 
magistrats romains ne reculaient pas devant cette violence. Lors- 
que, d’après les Actes de saint Dydime et sainte Théodora, la 
chrétienne eut répondu aux menaces du juge: “ Fais ce que tu vou- 
dras de mon corps; mon âme appartient à Dieu seul ,, le juge 
dit à ses appariteurs : “ Soufletez-la rudement et criez lui: , Ne fais 
pas l'insensée; mais approche et sacrifie aux Dieux , (4). 

Souvent la cruauté était plus grande et c'était avec des pierres 
que l’on frappait la bouche des accusés. Nous venons de le voir 
dans les Actes de sainte Devota, et d'autres textes de même 
nature viennent s'ajouter à ce témoignage. Les voici s'appuyant 
les uns les autres et se prêtant, sur ce point particulier, par 
leur nombre même, un crédit qui leur fait trop souvent défaut: 

# Commotus üs quae a martyre dicebantur, Domitianus dixit: 
“ Per Deos, cupidum victoriae animal est homo! Os igitur illi 
et genas converberate. Omnino enim sola pars ea corporis hac- 
tenus supplicio caruit, ideoque insolescit...., Statimque ex licto- 
ribus qui erant quidem paullo humaniores, alii quidem eum solis 
manibus verberabant; quotquot vero audaciores erant et crude- 


(1) Joh. XVII, 21. 

(2) Acta Apost. XXII, 2. 

(3) Morier, Second voyage en:Perse, traduction française, t. II, p. 206, 
La salle des Martyrs au Séminaire des Missions étrangères, p. 90, 108, 106 

(4) Acta S. Didymi et Theodorae, $ 2 (Ruinart, Acta sincera, édition 
de 1713, p. 398), cf. p. 26 et 76: Passio S. Félicitatis, 8 2; Passio S. Epi 
podis et Alexandri, $ 6. | 


+ 


98 NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 


liores, lapidibus quoque in eum utebantur, et ïis illud veridicum 
Martyris os pulsabant , (1). 

“ At illi (Praesidi Martyres) responderunt: Noli nos verbis 
illudere; praepara quod vis; parati sumus sustinere poenas quam 
sacrificare idolis tuis ,. Praeses haec audiens jussit digitos de 
corpore abscindere, et eorum maxillas lapide contundi , (2). 

‘H &yix Xpuoñ eimev adré Kadds elpnxas ou éheeivé. K° &v 
dbérote RROAYAYES TRY GANOerxv Èx ToÙ GTOUXTOS, LOT ÊXv 
uh Ououxow voi daumovious, Gbouar rov Xpiorôv pou. Tote Buuu- 
Oets ‘Popudos, dire Aoimdv ëv rats Aébeoiv «bts frrnuévos EVe- 
yovet, Ékéeucev er AGwv Ts cuxYüvas abrAs ouvOAxoO AVAL (3). 

La réponse de sainte Devota nous fournit une mention as- 
sez rare, celle de divinités modelées en cire “ Deos cereos ,. Les 
seules indications de cette sorte que j’aie relevées jusqu'à cette 
sont celles de figures de l'Amour, de Mars, de Vénus, de Minerve 
et peut-être des Lares; elles se recontrent dans les livres d'Ana- 
créon, de Pline le jeune (4) et de Juvénal (5). J'ai vainement 
cherché dans les musées quelqu’une de ces fragiles images et je 
n’en puis citer que trois ayant appartenu à une collection par- 
ticulière vendue à Anvers, en 1848, celle de M. Herry. Mon con- 
frère et ami M. le Baron De Witte les décrit comme il suit 
dans lo catalogue de ce cabinet par malheur dispersé aujourd'hui: 

“ N° 168, cire. Les trois génies de l'Amenti: Soutmauf à 
tête de schacal, Hapi à tête de cynocéphale et Kebhsniv à tête 
d'épervier ,. 

Mr. De Witte a bien voulu me dire que ces figurines avaient 


(1) a S. Clementis Ancyrani, $ 12 et 28 (Bolland. 23 jan. p. 460 
et 472). ‘ 

(2) Acta S. Mammarit, $ 9 (Bolland. 10 jun. p. 270). 

(8) De Magistris, Acta Martyrum ad Ostia Tiberina, p. LIX. 

(4) Anacr. X. Plin. Epist. X, 9. 

(5) Les figurines dont parle Juvénal (XII, 87) étaient peut-être simplement 
enduites de cire parfumée. 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 99 


six à sept centimètres de hauteur et que la cire en était durcie 
et de couleur brun foncé. 

La fréquence de la formule visu monitus dans les textes anciens 
me fait remarquer de plus, dans les Actes de sainte Devota, les 
mots suivants : “ Benenatus, presbyter sabaudus et Apollinaris dia- 
conus moniti sunt per visum ut deberent corpus Beatae Virginis 
inde deponere , (1). 


IL. 


Déjà plus d'une fois, mon savant confrère M. Derenbourg 
m'a fourni, pour l'étude des persécutions, des reférences utiles, 
en me communiquant des passages tirée par lui des livres hé 
breux (2). Un texte du Talmud, dont il a bien voulu m'entretenir, 
depuis la publication de mon premier mémoire sur les Actes 
de Martyrs, mentionne une particularité fréquemment rappelée 
dans ces écrits, comme dans les textes classiques. Il s'agit du baïllon 
placé dans la bouche des captifs et des condamnés. Cette barbarie 
n'était pas d'invention romaine. Hérodote raconte que Cambyse, 
vainqueur de Psamménite, fit défiler devant ce prince son fils et 
deux mille égyptiens du même âge, la corde au cou et baïllonnés (3). 
Les romains n'étaient pas plus miséricordieux que le conquérant 
barbare. Pacatus l’atteste dans le Panégyrique de Théodose (4), 


(1) 86; cf. Gruter, LXX, 7 et CXXX, 11: VISV MONITVS; Gregor. Turon. 
Glor. Mart. I, 48: “ Nocte admonetur vir ille per visum ,; Mirac. S. Mar- 
tini, I, Proœmium: “ Quod non praesumerem, nisi bis et tertio admonitus 
faissem per visum,. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n° 678 B: VI- 
SIONIB. FREQVEMTER ADMONITVS. 

(2) Les Actes des Martyrs, supplément aux Acta sincera de Dom Rui- 
nart, p. 75 et 100. 

(3) II, 14. 

(4) $ XXIX. 


100 NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 


Saint Chrysostome dans sa Première Homélie sur les Machabées (1) 
et cet odieux traitement ne fut point épargné aux chrétiens. En 
Asie, en Afrique, en Occident abondent les mentions de l'espèce (2) 
et de nos jours même, dans l'Extrême-Orient, les Martyrs gravis- 
sant le même calvaire que ceux des temps antiques (3), sont conduits 
au supplice un baïllon entre les dents (4). Le même trait se 
rencontre dans ce paragraphe du Talmud: 

#“R. Tirmiyah, fils d'Elazar, dit: Il n'en est pas de Dieu 
comme cela arrive chez les hommes; lorsqu'un homme est con- 
damné à mort par l'Empire, on lui met un baïllon dans la bouche 
pour qu'il ne maudisse pas le Roi, tandis que, condamné par Dieu, 
l'homme se tait, (5). 

Si le texte hébreu donne ici l'explication du fait mentionné 
il n’en est pas toujours de même, et mon savant confrère a bien 


(1) $ 2. 

(2) Petri Alexandrini Canones, & XIV : Ei 6è rives Giay moXARY xai &véyxnv 
Tenévbaot, péuov AaGôvreg Ev rS arémart xœi Geoucds...; Georgius, De Miraculis 
S. Coluthi, p. XLI: “ Tortores imposuerunt ei camum, eique caput ampu- 
taverunt ,; Acta S. Hipparchi, Philothei, etc. (Assemani, Acta SS. Mart. 
Orient., t. II, p. 138): “ Catenis itaque ora constricti, facinorosum instar 
hominum, extra muros trahebantur ,; Acta SS. Julian: et Bastilissae, $ 27 
(Bolland. 9 jan.): “ Ecce video reum istum christianum quem milites ducunt 
ore fraenatum ,; Acta SS. Timothei et Maurae, $ 2 (Bolland. 3 mai): “ Inji- 
cite ori camum ,; cf. $ 4; Epistola de passione S. Cyrici et S. Julittae, $ 7 

(Bolland. 16 jun.): Kai of Sñmeor rôv gauèv xarà roÿ arépatos abrie Émnoavre, 
| &myayor sic Tv aibiomévoy rémov rAnpdoat rè rpostaybiv. Acta SS. Donati, Ro- 
muli, etc. $ 6 (Bolland. 21 aug.): “ Victorianus jussit frenum in os ejus im- 
mitti et foras civitatem duci , ; Acta S. Sergii, Bacchi, $ 26 (Bolland. 7 oct.) : 
“ Venientes ergo apparitores interposuerunt funem labiis ejus et accipientes 
eum de medio, secretarium duxerunt, ut gladio perimeretur ,. 

(3) Voir ma notice intitulée: Les Martyrs de l'extrême Orient et les 
persécutions antiques. 

(4) La salle des Martyrs au Séminaire des Missions étrangères, p. %6, 
133, 224. 

(5) Traité d’Eroubin, f° 18 verso: “ L'Empire, me dit M. Derenbourg 
dont je transcris la traduction, est le nom donné ordinairement à Rome 
dans les textes de l'espèce. Le Roti désigne le juge, le général ou quelque 
autre autorité ,. 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 101 


voulu me consulter également sur un autre passage du Talmud 
qui demeurerait incompréhensible si on ne le rapprochait de quel- 
ques documents grecs eb latins. Le trait qu’il relate nous reporte 
aux derniers jours du règne d'Hadrien, lorsqu'après la prise de Bet- 
taz, les écoles rabbiniques furent fermées et l’étude de la Loi inter- 


dite: “ En revenant (de l'enterrement de R. Jôsê bar Riga), les: a 


autorités romaines trouvèrent R. Haninä ben Teradiÿn . BSSI eb. 7. 


occupé de l'étude de la Loi. Il était avec beñdéoupr de “gens. 
et un rouleau de la Loi était dans son sein. On l'emmena, puis, 
l'enveloppant dans le rouleau, on l’entoura de sarments et on y 
mit le feu. Des flocons de laine trempés dans l'eau furent pla- 
cés du côté de son cœur afin qu’il n’expirât pas trop vite. Sa 
fille lui dit: “ Mon père, devais-je te voir ainsi! , “ Si j'avais 
été brûlé seul, répondit R. Haninâh, je me serais mal résigné ; 
mais puisque l’on brûle avec moi le rouleau de la Loi, celui qui 
punira cette injure punira de même, je le sais, le mal qui m'est 
fait ,. Puis ses disciples lui dirent: “ Que vois-tu?, — “ Je vois, 
dit le maître, les peaux qui se consument tandisque les carac- 
tères qu'ils portent voltigent dans l'air ,. Ils reprirent : “ Eh bien, 
ouvre la bouche pour que la flamme y entre également, = 
* Mieux vaut, répliqua le maître, que celui qui nous a donné la vie 
la reprenne ,. Le bourreau lui dit alors: “ Mon maitre, me promets- 
tu le monde futur si j'enlève de ton cœur les étoupes de laine ,. 
— « Je te le promets , — “ Jure-le moi! , — Le supplicié 
prêta serment. Le bourreau fit ce qu'il avait promis et aussitôt 
le Rabbi expira. Le bourreau se précipita à son tour dans le feu 
et on entendit une voix céleste proclamant ces mots: “ R. Ha- 
ninà ben Teradiôn et son bourreau sont prêts pour le monde 
futur , (1). 


(2) Talmud de Babylone, Traité de Abôdäh-Zärah. f° 18 a. 


102 NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 


Plusieurs textes encore non signalés nous fourniront l'expli- 
cation de ce singulier passage. Je la tirerai tout d'abord d'un com- 
mentaire qui se rattache à l'histoire même du peuple juif. Un 
admirable prodige s'est montré, dit St Chrysostome, au milieu 
de tant d’autres, quand les trois jeunes Israélites ont été jetés 
É ch #onirhalse ; c'est qu'ils aient pu y parler sans mourir; car 
: Personne, ajoute-t-il, n’ignore que l'on peut pendant quelque temps 
dE "+ Éiârter aux Hammes si l’on ferme les lèvres, mais que l’âme s'en- 
vole dès qu'on les ouvre (1). Lucien avait dit avant lui: “ C'est 
sur le bûcher que l’on trouve la mort la plus prompte; on y 
expire à l'instant, si l’on ouvre la bouche , (2). 

Souvent les martyrs ont subi ce sunplice du feu, Le plus terri- 
ble de tous aux yeux de ceux qui craignaient d'y perdre, avec la 
vie, l'espoir de la résurrection (3). Empressée de mourir, St° Eulalie 
enchatnée sur le brâsier, ouvrit la bouche et “ but la flamme. , 


« Virgo citum cupiens obitum 
Appetit et bibit ore rogum » (4). 


Afin de prolonger les souffrances, quelques juges faisaient 
disposer les bois et les fascines loin du visage des chrétiens (5), 
brûlés dès lors “ selon la règle , -— legifime cocti — comme 
parle Lactance (6); on vit en Palestine, raconte Eusèbe, un mar- 
tyr placé de la sorte s'épuiser à aspirer la flamme, pour la faire 
pénétrer dans sa poitrine et mettre fin à son supplice (7). 


(1) Ad Theodorum lapsum, I, 35. 

(2) De morte Peregrini, $ 21. 

(3) Voir sur ce point mon mémoire intitulé: Les Martyrs chrétiens et 
les supplices destructeurs du corps. 

(4) Peristeph. Hymn. II S. Eulaliae, v. 159, 160. 

(5) Ibid. Hymn. II $. Laurentii, v. 341-344. 

(6) De mort. persec. c. XII; cf. Plin. . N. XXIII, 81: “ legitime coctæ 
(fæcis) ,. 

(7) ‘Apbsions Eu &rè Uaxpob kmoarñuarss xUX RE maipl abrèv Ths mupAs, Évhivêe 
xx iv &paprätovra T5 atéuxrt thv pAdya (Mart. Palaest. XI). 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 103 


Poursuivi par les mêmes hommes qui ont persécuté les fidèles 
et souvent soumis aux mêmes violences, le peuple juif nous offre 
ainsi, dans son histoire, plus d'un trait utile pour contrôler l’exac- 
titude des faits consignés dans les récits de martyres; et j'ai vive- 
ment à remercier mon savant confrère de vouloir bien me com- 
muniquer des extraits non traduits jusqu'à cette heure et qui pré- 
sentent pour mes études un intérêt particulier. 


III. 


Ce n'est pas assurément chose neuve que d'exposer, fût-ce 
avec un grand luxe de preuves, à quel degré la beauté était en 
honneur chez les anciens, de quelle admiration était l'objet ce 
que l'on considérait alors comme un présent des Dieux (1). Grecs 
ou romains, juifs ou barbares lui ont voué le même respect. Ho- 
mère nous montre les douleurs, les colères des vieillards troyens 
s'apaisant à la vue d'Hélène (2); une légende s'attache au pres- 
tige qu’exerçaient les charmes de Phryné (3); une vieille épi- 
taphe romaine, l'historien Josèphe, la Loi Salique rappellent que 
Scipion, les Machabées et Clovis étaient beaux (4), et l’on ferait 
tout un recueil des inscriptions qui, dans l'antiquité, dans le 
moyen-âge, répètent sur les tombes le même éloge. Une sorte 
d'hymne à la beauté se dégage ainsi des anciens textes. 

Cette tendance des esprits à admirer chez l’homme, chez la 
femme, comme aussi dans les œuvres d’art, les miracles de la 


(1) Isocrat. Panegyr. Helenae (éd. Didot, p. 139): “O osuvéraro xai riute- 
rarov xal Oeudraroy rüv évruv cri. Plin. Panegyr. c. IV : “ Nec sine quodam mu- 
nere Deum , ; Pacatus, Panegyr., c. VI: “ Augustissima quaeque species plu- 
rimum creditur trahere de caelo ,. 

(2) Ikiad. III, 156-160. 

(8) Athénée, L. XIU, c. 59; Plut. Hesperid. VII; Quintil. IL, 15. 

(4) Orelli, n° 550; F1. Joseph. De Maccabaeis, ce. VIII; et le prologue 
de la Loi Salique. 


104 NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 


forme, se lie plus qu'on ne pourrait le croire à l’histoire des pre- 
miers chrétiens et même à celle des martyrs. 

Les statues de ces Dieux que l’art représentait avec nne 
perfection si haute, enflammaient par leur beauté même la piété 
des adorateurs. “ IL suffit, disait un fidèle, qu'une image soit 
» élégamment taillée pour qu'on lui attribue le caractère divin 
, €t la puissance , (1). La main de Phidias avait grandi la gloire 
de Jupiter (2). “ Il y avait autrefois à Ségeste, nous apprend 
» Pour sa part Cicéron, une merveilleuse statue de Diane, objet 
, du culte le plus ancien. Enlevée et transportée à Carthage, 
, elle ne fit que changer de temple et de dévots, car sa beauté 
, extraordinaire lui valut, chez l'ennemi, d'aussi nombreux hom- 
, mages , (3). Dans son chant de douleur sur la ruine de la statue 
élevée à Apollon dans le temple de Daphné, Libanius rappelait 
que les barbares eux-mêmes, touchés à la vue d'un si noble 
chef-d'œuvre, l’avaient épargné (4). Quoiqu'il en soit de la fidé- 
lité absolue de ces deux derniers témoignages, que les Carthagi- 
nois, les Perses aient ou non été frappés par la perfection d'un 
art peu fait sans doute pour parler à leur grossiers regards, nous 
y trouvons toutefois la preuve du prestige que Cicéron et Li- 
banius attribuaient et reconnaissaient à la beauté des idoles. 

C'est à ce sentiment d'admiration, si puissant alors sur les 
esprits, que s'’adressaient parfois les proconsuls pour amener 
les chrétiens à brûler de l’encens sur les autels des Dieux. Dans 
des Actes publiés par Ruinart, parmi les pièces sincères et de 
choix, on voit le magistrat s'efforcer vainement d'obtenir du f- 
dèle un sacrifice à la Divinité de l'empereur. “ Eh bien donc, 
poursuit-il en lui désignant une statue, sacrifie à la Fortune de 


(1) Passio S. Philippi Heracl. 8 6 (Ruinart, Acta sincera, p. 413). 
(2) Theophil. Antioch.' I, 33; cf. Tit. Liv. XLV, 28. 

(3) Verrin, IV. 33. 

(4) S. Chrysost. De S. Babyla, $$ 18, 19, 20. 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 105 


la ville; vois comme elle est belle et riante , — “ Qu'elle charme, 
répond le saint, ceux qui la veulent adorer; pour moi, les œu- 
vres de l’art humain ne sauraient me faire oublier ce que je 
dois à Dieu ,. Le juge insiste: “ Laïsse-toi, du moins, dit-il, tou- 
cher par cet admirable colosse d’Hercule ,. (1) Aïlleurs, un autre 
gouverneur cherche à éblouir les fidèles par l'éclat des orne- 
ments qui couvrent, selon la coutume, les images des faux 
Dieux (2): “ Idola autem auro argentoque et pretiosis erant 
vestibus exornata. , Ingressus Fortunatianus dixit eis martyribus: 
# Magno Deo Herculi sacrificate. Gloriam enim et potestatem 
ejus conspicitis , (3). 

Je viens de dire que, selon Libanius, les barbares avaient 
respecté une merveilleuse statue d'Apollon. Une telle affirmation 
n'avait rien qui pût surprendre, car, au sentiment des anciens, 
la beauté devait être une puissante sauvegarde. 

On le sait, chez les chrétiens des premiers siècles, et sur la foi 
d'une prophétie, les Pères enseignaient que le Christ avait été 
laid. Tertullien, Saint Augustin et d’autres avec eux le répè- 
tent (4): *“ Son être, écrivent-ils, n'avaient rien de divin; les Pro- 
phètes n'eussent-ils pas dit que son aspect était sans grâce et 
sans noblesse, l’histoire de sa passion, les outrages dont on l'a 
accablé suffiraient à le démontrer. Qui eût, en effet, osé toucher, 
même du bout du doigt, un corps doué d'élégance ? Qui eût cra- 
ché sur un beau visage? Leur prestige eût désarmé les insul- 
teurs et les bourreaux (5). , 

Ces paroles assez inattendues pour des yeux habitués, comme 
les nôtres, aux représentations de l’art moderne, à celles même des 


(1) Passio S. Philippt Heracl. 56. Voir un trait parallèle dans les Acta 
S. Thyrsi, $ 28 (Bolland. 28 jan). 

(2) Les Actes des Martyrs, supplément aux Acta sincera de Ruinart, $ 71. 

(3) Acta S. Terentii, $ 2 (Bolland. 10 april.). 

(4) Les sarcophages chrétiens de la Gaule, Introduction, $ II (sous presse). 

(5) Tertullien, De carne Christi, c. IX ; S. Augustin. In Ps. CXXVII,$8. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉF. 9 


106 NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 


œuvres des sculpteurs et des peintres contemporains de Saint 
Augustin, ces paroles, dis-je, nous donnent l'explication d'une 


mention fréquente dans les Actes des Martyrs et qui étonne tout 
d'abord: celle de la pitié, du respect inspirés aux magistrats, 
à la foule, aux bourreaux eux-mêmes, par la beauté de quel- 
ques fidèles. 

C'est au nom de cette perfection même que l’on adjure plusieurs 
d'entre eux de ne pas courir à la mort; on parle de la sorte à 
Montanus (1), à Séleucus (2), à Hermogène (3), à Eulampius (4) 
à de nombreuses filles du Christ: Bonosa (5), Juliana (6), Re- 
gina (7), Fides (8), Stratonice (9), à Théodora dont les Actes 


(1) “ Octavianus dixit: Accede ergo et sacrifica Diis et gusta de sacri- 
ficii carnibus; haec fac quia video te valde formosum ,. Acta S. Montani 
militis, $ 3 (Bolland. 17 jun.). 

(2) “ Cogita, inquit (praeses), o Seleuce, quid hunc aetatis florem, hanc 
pulcherrimi oris speciem maxime decent , (Assemani, Mart. Orient. t. II, 
p. 84). 

(8) “ Victorianus praeses dixit: Hermogenes, doleo de pulchritudine tua 
et nisi celerius mihi acquieveris, diutissimis poenis te affici praecipiam ,. 
Acta S. Donati, Romuli, Hermogenis, $ 6 (Bolland. 21 august.). 

(4) ‘O “Hysmdv efmer Ebldume, dç êx ToD aynparos xai The Édeus ouvipracas 
pe. Téxvoy Elune, onhayyvitouar ni 7$ x&he oov. Acta S. Eulampii et 
Eulampiae, $ 6 et 9 (Bolland. 10 oct.). 

(5) “ Dixit praeses: Consule pulchritudini tuae et sacrifica deo Herculi ,. 
“... Impia, quia ultronea conaris et amittis tantam pulchritudinem?, Vita 
S. Bonosae, $$ 6 et 8 (Bolland. 15 jul.). 

(6) “ Cui Aurelianus: Video, inquit, pulchritudinem tuam talem esse ut 
illius rationem habens, te perdere nolim ,. Acta S. Pauli, Julianae, $ 5 
(Bolland. 17 august.). 

(7) “ Dicebant ei quidam: O qualem decorem perdis propter increduli- 
tatem! Consenti et sacrifica, ut possis evadere . Passio S. Reginae, $ 3 
(Bolland. 7 septemb.). 

(8) “ Accipe, o juvenis puella, consilium pulchritudini atque juventuti 
tuae necessarium, et cessa ab hac confessione et sanctissimae Dianae sacri- 
fica,. Acta S. F'idei $ 3 (Bolland. 6 octobr.). 

(9) “ Doleo sane quod haec pulcherrimi oris species tormentis iterum 


subjiciatur, atque inter lictorum manus pereat , (Assemani, Mart. Orient. 
t. II, p. 95). 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 107 


si précieux figurent dans le recueil de Ruinart (1). Trois textes 
divers relatifs à la légende des Sept Dormants nous les disent 
épargnés pour leur beauté (2); les tourmenteurs s'arrêtent, tou- 
chés et désarmé par celle de Ste Cécile (3), de St Clément d'An- 
cyre (4), ainsi qu’ils eussent été, au sentiment des Pères, si le Sei- 
gneur eût été beau, et quelles que soient les interpolations subies 
par cette série de documents, quelque suspects qu’ils puissent 
être, leur concordance avec les paroles de Tertullien et de St Au- 
gustin, leur nombre même, comme je l'ai dit ailleurs, leur diver- 
sité d'âge et d’origine, me paraissent mériter qu’on s'y arrête. 
J'inscrirai à côté d'eux, pour la netteté de son dire, un passage 
où, comme dans les actes antiques de Sainte Thècle (5), dans la très 
médiocre histoire de Sainte Barbara (6), nous voyons le juge touché 
par la grande beauté de la Martyre. Ce texte est tiré d’une sorte 
de roman chrétien que j'ai déjà signalé ailleurs pour quelques 
traits dignes de remarque; c'est la vie de St° Eudocie, riche 


(1) “ Judex dixit: Cognoscens te ingenuam esse et parcens speciei tuae, 
misereor tui,. Acta S. Didymi et Theodorae, $ 1 (Ruinart, Acta sincera, 
p. 397). 

(2) “ Imperator vero, pro elegantia eorum, ne in momento perirent, spa- 
tium tractandi indulget , (Greg. Tur. Glor. Mart. I, 95). * Videns autem pul- 
chritudinem ejus, misericordia motus est, (Greg. Tur. Historia Septem Dor- 
mientium, $ 1). “ Imperator dixit: Non decet tantam venustatem ac pul- 
chritudinem corporis subdi tormentis ,. Acta SS. Septem Dormientium, $ 3 
(Bolland. 27 jul.). 

(3) “ Apparitores vero attendentes nimium decorem et prudentiam ejus, 
rogabant eam ne tale decus amitteret et tantam pulchritudinem in mortem 
daret , (Ado, Martyrol. 22 nov. Beda, tbid.). 

(4) “ Erat vero forma ea corporis ut ipsi carnifices eum attingere vere- 
rentur ,. Acta S. Clement. Ancyr., $ 11 (Bolland. 23 jan.). 

(5) “ Quae, cum nuda introduceretur, praesidi lacrymae oboriebantur, exi- 
miam ejus pulchritudinem miranti , (Grabe, Spicil. SS. Patrum, t. I, p. 104). 
Voir mon mémoire intitulé Étude archéologique sur les Actes de Ste Thècle. 

(6) “ Martianus ergo cum sedere protinus fecisset judicium, et sanctam 
curasset sistendam, tunc morum contemplatus honestatem et formae pulchri- 
tudinem, comparatus est magis mirari quam castigare ,. Vita S. Barbara, 
$ 6 (Surius, 4 dec.). 


108 NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 


courtisane de Samarie, que convertit l'audition fortuite d'une lec- 
ture chrétienne: “ Par le seigneur Soleil, dit le gouverneur, en 
la voyant devant son tribunal, j'hésite à mettre à mort cette 
femme; elle rayonne, comme lui, d'un éclat divin, et je ne sais 
ce que je dois faire ,. Son assesseur lui répondit: “ Ta Grandeur 
pense-t-elle donc que cette beauté soit bien la sienne? Il ne t'en 
faut pas étonner. Ne sais-tu point comment les démons se jouent 
à embellir les magiciennes? Tous ces charmes d'emprunt dispa- 
raissent avec eux , (1). Tel est ce court dialogue, de pure in- 
vention peut-être, mais du moins en rapport exact avec ce que 
nous savons d’ailleurs par les écrits des Pères dont je viens de 
rappeler les noms, et nous montrant une fois de plus le prestige 
que, dans les siècles passés, exerçaient les perfections physiques. 

Ces mêmes hommes qui craignaient d'attenter à la beauté 
par d'indignes violences, ne devaient pas voir sans regret se dégra- 
der, à leur sens du moins, les possesseurs d'un bien si précieux : 
Ainsi s'expliquent, me paraît-il, les adjurations adressées par le 
magistrat à l’un de ces chrétiens que les infidèles tenaient pour 
des êtres infâmes, recrutés dans la lie du peuple (2). Je l'ai montré 
ailleurs, par une foule d'exemples dont je pourrais augmenter le 
nombre, on s’indignait à voir un personnage estimé pour sa nais- 
sance, pour son mérite, ou sa fortune se déclarer adorateur du 
Christ: “ Comment, lui disait-on, tu es chrétien! tu es chrétien 


(1) Mè vôv Seorérny "Huy réya oùx &bix Ouvérou éariv, drshkap Evo yae 
adrav "HAiw ouvreréxbar év rorouru kppoBtataxé xŒX de auyraumévmv. Ti oùv Gest ps 
mpékar ên” abrhv hyvoë. Aëyer adrÿ 8 auyeabnmevos mer’ adre Btxokdyos" Nopiter 
To oùv Méyebog abris aivar Th épomevoy mipl abriv xAX LOG; unôèv obv Slws Batsaong 
mi rourov. Al ip TOY nayuv yuvarxdy Obers tuba dd Carmévor oxiGpuviaÿat. 
Xuwptfémevuov ÔÈ ToUTuv, oùx Etre TutoÜrov vecpavés xd ARog ebpisxovrar Eyouoat Vita 
S. Eudociae,$ 45 (Bolland. 1 mart.); cf. mon Mémoire sur l'accusation de 
magie dirigée contre les premiers chrétiens. 

(2) Minutius Felix, Octavius, c. VIII, etc. 


NOTES SUR QUELQUES ACTES DES MARTYRS 109 


et tu es noble! tu es chrétien et tu es riche! , (1). À côté de 
ces privilèges d'ici bas il est curieux de voir placer celui de 
la beauté, présent des Dieux que l’on ne devait pas avilir en 
adoptant un culte méprisé. “ N'’as-tu pas honte, dit un gouver- 
neur à Saint Julien, n’as-tu pas honte, avec ce noble et charmant 
visage, de t'attacher au vil Nazaréen mort sur Ia croix? , Non 
te pudet pulchra et ingenua facie cum sis, vili adhaerere Naza- 
reno in crucem acto ? (2). 

Telles sont les quelques observations que la longue série des 
Acta Martyrum, encore non consultés à cet égard, permet d’ap- 
porter pour l'étude d'un sujet souvent examiné, au double point 
de vue de l'art et de la philosophie. 


(1) La richesse et le christianisme à l’âge des persécutions, p. 10 (Extrait 
de la Revue archéologique, avril 1880). 


(2) Acta S. Juliani martyris Sorae, $ 5 (Bolland. 27 jan). 


Epxonp LE BLAnT. 


En signalant, dans le dernier fascicule des Mélanges de 1884 (p. 380), 
un sarcophage chrétien de Toulouse sur lequel je reconnais l'image des 
Dioscures, j'ai négligé de noter que si ces personnages sont, le plus souvent, 
figurés nus, suivant le type héroïque, on les trouve parfois aussi vêtus, comme 
nous le voyons sur notre marbre. 

Ainsi en est-il pour une lampe de terre cuite publiée par M. Maurice 
Albert (Le culte de Castor et Pollux en Italie, pl. U, fig. 2) et aussi pour 
un miroir étrusque compris dans le grand recueil de Gerhard (Etruske Sptegel, 
pl. 255 À, fig. l). 


E. L. B. 


LA SOMME ACÉ. 


La Nouvelle Revue historique du Droit, dans un de ses der- 
niers numéros (1), enregistre une Nofe sur une Somme française 
du XIV siècle sur le Code. Le professeur Brunner, qui a signé 
cette note, donne la préface de cette Somme d’après la copie que 
M. Krueger de Kæœnigsberg en a faite sur le ms. Reg. 1063 du 
Vatican. Cette copie manque quelque peu d'exactitude et com- 
plètement de ponctuation, comme on le verra plus bas. 

L’extrait est précédé d'une introdution dans laquelle on lit: 
“ L'auteur de cette Somme est un clerc de Bologne, Ace ou Asces, 
qui composa cet ouvrage sur la prière de ses collègues et pour 
leur instruction. Îl critique les Sommes de Placentin (1192) et 
croit en avoir fait une bien préférable, car sa préface, que nous 
reproduisons ci-dessous, montre qu'il ne ne péchait pas par excès 
de modestie ,. 

Mais qui est ce clerc de Bologne? Pourquoi à dix lignes d'in- 
tervalle son nom est-il écrit de dèux manières différentes? À quelle 
époque vivait cet auteur? Pourquoi un professeur de droit Italien 
au moyen-âge composait-il en français? M. Brunner ne le dit pas. 
La réponse est pourtant facile. En reproduisant ce même extrait 
tel que je l'ai copié l'an dernier sur le manuscrit du Vatican 
et en le ponctuant, j'aurai suffisamment fait voir que la Somme 
Acé n’est autre chose que la Somme d’Azon traduite en français. 
Azon est connu de tout le monde: sa Somme l'est encore davan- 


(1) Mars-Avril 1884, p. 221. 


LA SOMME ACÈ 111 


tage. Savigny (1) en cite 31 éditions et un plus grand nombre 
de manuscrits. 


« Chi non ha Azzo 
Non vada a palazzo » 


disait-on autrefois. 

Le manuscrit du Vatican Regina 1063 (2) est en parchemin, 
mesure 0,348 sur 0,290 millimètres et a été copié au com- 
mencement du XIV° siècle simultanément par plusieurs scribes. 
Il a 331 feuillets écrits sur deux colonnes, le nombre des lignes 
varie selon les pages de 40 à 55 à la colonne. En marge, de 
nombreuses annotations écrites en français au XIV° siècle. 

Sur le verso du feuillet 297 on lit quelques noms, peut-être 
d'anciens possesseurs du manuscrit. Fui H. de Jarcen. — Jehan 
de Larue (XV° siècle). — Le quay de la Tournelle: Monsieur 
Chauveau le jeune (X VIS siècle). Enfin au bas du f. 323 v° était 
écrit, semble-t-il, le nom du copiste de la seconde partie du ma- 
nuserit, avec le prix qu'il avait reçu pour son travail, mais des 
gloses écrites postérieurement ont recouvert la première écriture 
et empêchent de rien lire avec certitude. 

Le manuscrit comprend: lo La Somme Acé (f° 1 à 297), 29 les 
Consuetudines feudorum (f. 298-323). Le texte de ce dernier 
recueil est encadré de gloses latines du XIV et du XVI siècles. 

La Somme Acé est précédée d'une table de ses 640 rubriques, 
qui occupe les huit premiers feuillets: 


I. Ci commence la Somme Acé sur tous les tytres de Code. 
IT. Ci commence la matière au Code. El non de nostre 
seigneur Jhésu Crist. 


(1) Geschichte des Rômischen Rechts im Mittelalter, V, 1-44. 
(27 Dans Montfaucon, Bib. Bib. Man. il porte le numéro 702. 


112 LA SOMME ACÉ 


III. Ci commence le premiers livres de Code. Cist establis- 


sement et de fère le nouvel Code. 


ITI-LXV. Ci commence li prologues la Somme Acé seur 
Institutez. 

V<LX. Ci commence Extraordinare surs les tytres de di- 
geste qui ne sont pas en Code. 


VIXXXVIT. De franchissement. 
VIXXXVIIT. De l'entredit de ce qui est fet par force ou 
en reponst. | 
VI:XXXIX. Comment semonse ne vaut rien. 
VI-XL. De la loi que Caton fist. 
Ci commence la Somme Acé seur toz les tytres de Code. 
Por (1) ce que planté de grace est venue puis que escience 
fu trovée et engins est creüz par le bénéfice de nature, ce n’est 
pas merveille se humaine condition recoit accroissement par con- 
tinuel estuide, quar l'acoutumance est tornée en (2) nature et por 
ce chascuns entent au plus soutillement qu'il puet por avoir 
gloire. Nature d'ome n'est pas estable, qar si comme Salemons 
dit: “ Toutes choses renouvelent et generacion de char et de 
sancC (3) nest et muert ., li home sont donc renouvelé et escience 
florist, qar li ancien mestre livrèrent les arz et les esciences por 
quoi il doivent estre loé; mes por ce ne doivent il pas estre 
levé par desus touz autres, qar cil qui soutillment amende ce 


(1) Cum post inventionem scientie supervenerit gratie plenitudo et 
successivis nature beneficiis ingenium predotetur, non est mirum si 
humana conditio continuis exercitiis suscipiat incrementum. . .. 

(2) L'éditeur allemand écrit ce mot, 6, avec le signe d’abréviation qu'il 
8 dans le ms. partout ailleurs il a résolu les abréviations; pourquoi 
cette exception? 

(8) M. Krueger lit: defhar et desanc, ce qui ne signifie rien. 


LA SOMME ACÉ 113 


qui est fet doit estre plus loéz que cil qui premièrement le fist. 
Ge sai bien que messires Placentins, qui fu nobles hom et bien 
renoméz et sages hom de droit à Montpellier, fist moult bonnes 
Sommes seur Code et seur Institutes, ne ge n'ai pas proposement 
d'aler contre ce que il dist; car ja soit ce que il parla en aucun 
leu moult briefment et en aucun leu sanz garder ordre et en 
aucun leu confusement, neporqant il n'en doit pas estre blasméz, 
qar avoir tot en mémoire et garder soi que l’en ne pèche en 
aucune chose apartient plus à Dieu que à home. Et ge, Asces, 
qui demeur à Boulongne, en la compaignie des sages homes, ai 
obéi humblement as prières de mes compaignons, qui sont bon 
clerc et de bone vie et de noble lignage, et pour ce estuidierai 
ge selonc leur requestez à ordener clèrement une Somme seur 
Code et seur Institutes; qar ge voudrai que li viell et li geune 
i puissent légièrement trover ce qe il querront, qar il selt sou- 
vent avenir qe li textes d'aucun livre (1) est enoscurciz par la 
glose et quant il couvient querre glose sus glose li auditeur n’i 
pueent pas fère leur preu. Mes quant il estuidient es doutes des 
gloses il n'i pueent veoir goute et par ce chiéent il souvent en 
erreur. Mi compaignon, recevez donc ceste oeuvre clère et aperte 
que vos m’avez longuement demandée et sachiez que vos n'i 
trouveroiz nule chose oscure ne douteuse ne contrère as lois, qar 
toutes les parties qui i sont sont issues del cors de droit ,. 


Le f° 297, le dernier de la Somme, est lacéré; il ne reste 
plus que la première moitié de chaque ligne de la colonne ex- 


térieure : 


el tens de la mort 
que il convient regarder 


(1) L'éditeur Allemand dit: li textes an... livre [des anciens livres?) 


114 LA SOMME ACÉ 


mort et au tens que. . . . . . . . . 
a lieu en les pur ou. . . . 

et non pas en celui qui. 

si que ele n'a pas lieu . 

li héritages est receüiz . . . . . . . . 
ou quant li termes qui. . PTIT 
Ele n'a pas lieu don, . . . . . . . . 
ge ne en habitacion . . . . . . . 

a qui franchise est le . . . . . . 

il est ses oirs nécessair . . . . . . . . 
Ci finist la Somm . . . . . . . . . 
seur Institutes . . . . . . + . . . . 
re Deo gracias. . . . . . . . . . 


ERNEST LANGLoIs. 


MS. OTTOBONIEN 2523 (Erratum). 


Après une étude plus minutieuse du ms. Ottob. 2523, je me suis aperçu, 
mais trop tard pour le dire dans ma notice sur ce ms., que les 8 premiers 
feuillets sont des fragments de la Somme le Roy de Laurent de Premier- 
Fait (Voyez ci-dessus. page 27). 

E. L. 


LE MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


Dans la Roma sotterranea j'ai résumé en quelques pages mes 
recherches et découvertes au sujet d’un document fondamental 
pour l’histoire hagiographique des premiers siècles qui nous a 
été transmis dans une confusion si étrange et tellement boule- 
versé et corrompu, qu'il semble défier les efforts de la critique 
la plus patiente et la plus sagace. Je parle du martyrologe ap- 
pelé hiéronymien. Aujourd'hui tout le monde accepte la thèse, 
que ce martyrologe est une réunion des plus anciens calendriers 
des églises de l'Orient et de l'Occident ; ils y sont cousus, mêlés, 
estropiés de manière à en faire un labyrinthe presque inextri- 
cable. Les notions sommaires et les règles critiques formulées 
dans la Roma sotterranea et appliquées à l'analyse et à la res- 
titution du texte dans les cas particuliers où il m'a fallu en faire 
usage, ont démontré que tous les manuscrits parvenus jusqu’à 
nous procèdent d'un exemplaire remanié à Auxerre sous l'évêque 
Aunaire, à la fin du sixième siècle; que néanmoins ces manuscrits 
doivent être classés en plusieurs familles ; que la disposition de 
ce classement en colonnes parallèles aide à la reconstitution du 
texte primitif et à la reconnaissance de ses sources. Je n'ai depuis 
jamais perdu de vue la recherche des matériaux nécessaires à 
l'exécution de ce programme. 

M. l'abbé Duchesne, dans son cours d'histoire et d’archéo- 
logie chrétienne en 1877, s'appliqua d'une manière spéciale à 
l'étude des sources du martyrologe hiéronymien, à préciser la 
date de leur réunion dans la compilation primitive, et à analyser 
en détail les additions et altérations successives dans les différents 
exemplaires selon l'édition d'Auxerre. Ayant conçu le projet de 


116 LE MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


m'associer ce savant collègue pour arriver à l'édition critique 
désirée du martyrologe hiéronymien, M. Geffroy, directeur de 
l'École française à Rome me demanda en 1883 une notice succincte 
du sujet et de l’entreprise, espérant la faire entrer dans les pu- 
blications de l'École. Je répondis à l'appel, présentant le résumé 
formulé dans les articles suivants qu'il me semble à propos de 
publier ici. 

1° Chaque église, dans les premiers siècles, avait ses dip- 
tyques liturgiques, ses calendriers, et je dirais presque ses fastes, 
comme parle Tertullien: habes [christiane] tuos fastos. On pour- 
rait de quelque manière les rapprocher des calendriers ou fastes 
municipaux et de ceux des augustales des villes de l'empire Ro- 
main et de chaque collège particulier. 

20 Dans le très ancien, mais très informe martyrologe qui 
est connu sous le nom de martyrologe hiéronymien, nous avons 
sans doute une collection générale ou centon de ces calendriers 
primitifs des églises de l'Orient et de l'Occident : le collecteur les 
a classés d’après les divisions géographiques et administratives de 
l'empire au [IV® siècle. 

3° Les pièces réunies dans cette première collection n’ont 
pas toutes la même date ni la même forme: les unes s'arrêtent 
à la fin de la période des persécutions païennes; d’autres ont 
été continuées jusqu'au V® siècle; on y reconnait les vestiges des 
additions successives, comme dans le calendrier romain, avec les 
anniversaires des sépultures et quelquefois des ordinations de ses 
pontifes et de quelques basiliques et monuments du V® siècle. Un 
martyrologe découvert dans un manuscrit syriaque de l’année 412 
nous donne la clé d'une partie des sources orientales de la grande 
collection hiéronymienne. 

49 Pour les églises des Gaules, la continuation est plus 
ample: elle arrive avec les noms des évêques les plus illustres 
jusqu'à la fin du VI siècle. De l’église d'Auxerre et des dédi- 


LE MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 117 


caces de ses monuments sacrés il y a des souvenirs plus nom- 
breux que pour toute autre église. 

5° Des notes historiques et des abrégés des actes des mar- 
tyrs ont été, çà et là, inscrits et ajoutés au texte laconique des 
calendriers et des diptyques. 

6° Enfin, comme dans tous les calendriers, des notes né- 
crologiques, à l'usage particulier de chaque monastère ou église 
cathédrale ont été inscrites en marge des manuscrits. 

7° Ce martyrologium universale des premiers siècles au VIS 
était considéré comme l'œuvre d'Eusèbe et de saint Jérôme; saint 
Grégoire le Grand en avait un exemplaire. 

8° Dans les siècles suivants, il disparut des bibliothèques 
d'Italie, et fut conservé exclusivement dans les Gaules, dans les 
Iles Britanniques et dans les monastères de Suisse et d'Allemagne. 
J'ai pu reconnattre la source précise gallo-germanique de chacun 
des rares exemplaires non abrégés de ce martyrologe trouvés en 
Italie. 

9° La forme que présente actuellement ce martyrologe se- 
lon les exemplaires gallo-germaniques, est d’une confusion extré- 
me. Néanmoins, dans la Roma sotterranea, je suis parvenu à classer 
les manuscrits principaux, et à démontrer que la confusion et 
la corruption actuelle du texte sont dûs, au moins pour une 
bonne part, à un travail fait à Auxerre sous l'évêque Aunaire. 
La réunion et la répétition très confuse d'au moins deux manu- 
scrits du même texte explique un grand nombre d'obscurités et 
donne la clé d’une foule de problèmes qui semblaient insolubles. 

10° La découverte que j'ai faite à Berne d'un exemplaire 
plus complet que les autres, surtout dans les indications géogra- 
phiques et topographiques, a été décisive pour la restitution du 
texte dans bien des passages importants au point de vue archéo- 
logique; les noms des lieux sont écrits pour la plupart en ma- 


juscules: la reproduction minutieuse paléographique du manuscrit 


118 LE MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


peut seule donner tous les éléments nécessaires à son analyse 
critique. 

11° La confusion inextricable des exemplaires plus où moins 
complets et le goût de la littérature du moyen âge pour les 
épitomés ou abrégés ont donné naissance à une quantité de bre- 
viaria du martyrologe en question. Ces breviaria représentent 
souvent des manuscrits et des textes plus complets que ceux qui 
nous sont parvenus. 

12° Les auteurs des martyrologes historiques (c'est-à-dire 
des calendriers pourvus régulièrement d'abrégés des actes des mar- 
tyrs, qui ont préparé le martyrologe romain officiel de Baronius), 
depuis Bède jusqu’à Adon et ses contemporains du IX siècle, 
ont eu aussi sous la main des exemplaires hiéronymiens différents 
de ceux qui nous sont parvenus. 

13° La réunion complète et le classement critique de tous 
ces matériaux nous rendra, dans les limites possibles aujourd’hui, 
la grande collection des calendriers hagiographiques des églises 
des premiers siècles. 

Le projet d'édition du martyrologe parmi les publications de 
l'École Française ne fut pas poursuivi: d’autres négociations ont 
été entamées. En attendant, les matériaux que j'avais réunis se 
sont accrus de nouvelles découvertes de manuscrits de la classe 
que j'appelle du texte plus complet ou pour mieux dire moins 
incomplet; l’étude de la forme primitive du document a fait des 
pas inattendus et nous a ouvert je dirai presque un nouvel horizon. 
Assuré de pouvoir arriver bientôt à la réalisation de l'édition pro- 
jetée, et décidé à m'y livrer avec mon collègue, dès la publication 
de la Pars I tomi II Inscriptionum Christ. Urbis Romae, dont 
l'impression est très avancée, je crois qu'il convient d’appeler 
l'attention des savants sur cette œuvre importante. L’essai que 
nous allons donner, est divisé en deux parties: 1° Les sources 
du martyrologe hiéronymien (article rédigé et signé par M. l'abbé 


LE MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 119 


Duchesne); 2° Les manuscrits et leur édition critique. Le premier 
article paraît en ce cahier; je donnerai l’autre dans l’un des ca- 
hiers suivants. 


JEAN Barr. DE Rossi. 


Le lecteur doit être prévenu que l'article de M. l'abbé Duchesne était 
destiné à paraître à la suite de celui de M. de Rossi et à en former la se- 
conde partie. Cette circonstance expliquera les anomalies que l’interversion 
des deux parties du texte aurait pu laisser subsister dans celui que nous 
publions aujourd'hui. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


De l'étude des manuscrits du martgrologe hiéronymien, il ré- 
sulte que tous remontent à un original exécuté à Auxerre, vers 
la fin du sixième siècle. Cet original lui-même ne représentait 
pas la première rédaction du martyrologe, mais seulement un 
remaniement où cette rédaction se trouvait augmentée de com- 
pléments propres à la Gaule mérovingienne et à l'église d'Au- 
xerre en particulier; on y avait introduit un grand nombre 
d'anniversaires de saints locaux, principalement des évêques et 
autres confesseurs des églises gallo-franques, du quatrième, du 
cinquième et du sixième siècle. Ces additions et retouches trans- 
alpines se laissent aisément distinguer ; 1l est facile de retrouver, 
en les éliminant, le texte sur lequel elles ont été faites. Met- 
tons-nous en présence de ce texte, dépouillé ainsi des éléments 
adventices qu'il reçut à Auxerre au temps de l'évêque Auna- 
rius et cherchons à déterminer les sources où 1l a été puisé. 

La façon la plus naturelle d'aborder cette enquête c'est de 
procéder suivant l'ordre géographique. Dans les rubriques du 
martyrologe primitif, il est possible de discerner quelques ar- 
rangements propres à certains pays. Les provinces orientales 
de l'empire romain, Rome et sa banlieue, l'Afrique, puis la 
Gaule avec l'Espagne et la Bretagne, enfin l'Italie en dehors 
de Rome ont, dans ces fastes antiques, des traits spéciaux et 
caractéristiques, qui n’échappent pas longtemps à un observateur 
attentif. Je vais les signaler au fur et à mesure que je recher- 
cherai les origines du martyrologe pour chacune de ces grandes 
régions de l’ancien monde chrétien. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 121 


1° — Le martyrologe oriental. 


Une des premières choses qui frappent, en abordant l'étude 
du martyrologe, c'est la régularité et la précision avec lesquelles 
sont libellées les indications des fêtes des martyrs de l'empire 
oriental. On y trouve toujours le nom de la ville et celui de 
la province, celle-ci indiquée suivant la division établie par 
Dioclétien, puis les noms des martyrs. Cette partie du marty- 
rologe tranche nettement sur les autres où la province n'est 
pas ordinairement indiquée, et on pourrait déjà, sur ce seul in- 
dice, être porté à y voir le fond primitif de la compilation 
hiéronymienne. Une telle conclusion, toutefois, serait insuffisam- 
ment justifiée par cette seule considération ; mais il y a d’autres 
preuves, et je vais les donner immédiatement. 

M. Wright publia, il y a dix ou douze ans, dans le Journal 
of Sacred Litterature (1) un ancien ménologe extrait par lui 
d'un manuscrit syriaque mitrien du British Museum, coté add. 
12150. Ce manuscrit a été copié en l'an 723 des Grecs (Sé- 
leucides), c'est-à-dire en 412 après Jésus-Christ. Le ménologe 
porte en tête ces mots: Les noms de nos seigneurs les confes- 
seurs (2) et vainqueurs et leurs jours, auxquels ils ont gagné 
leurs couronnes. Suivent les noms des saints, divisés en deux 
grandes classes: la première contient les martyrs de l'empire 
romain, rangés par mois et par jours du mois, à partir du 26 
décembre; la seconde comprend les saints de la Babylonie et 


(1) Journal af. Sacr. Litt. t. VIII, Londres, 1865-66, p. 45 pour le texte 
syriaque, p. 423 pour la traduction anglaise. 

(2) Quelque soit le sens exact du mot syriaque MODINA que M. Wright 
traduit toujours en anglais par confessor, il est clair qu'il signifie ici martyr. 
Confessor a, dans la langue ecclésiastique, un sens différent. 

MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 10 


122 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


de la Perse, groupés suivant leur situation hiérarchique, évé- 
ques, prêtres, diacres, sans égard à l'ordre du calendrier et sans 
que leurs anniversaires soient indiqués. Cette séparation est 
d'ailleurs accusée par les mots: “ici finissent les confesseurs 
de l'Ouest ,, par lesquels se termine la première partie. L'Ouest 
est indiqué par rapport à la province romaine d'Osroène et aux 
villes de Nisibe et d’Edesse, dans l'une desquelles a vraisem- 
blablement été rédigé le ménologe de M. Wright. 

Le P. de Buck a le premier signalé l’étonnante concordance 
entre ce ménologe syriaque et le martyrologe hiéronymien. Plu- 
sieurs fois, dans le tome XII des Acta Sanctorum d'octobre (1), 
il est revenu sur ce sujet, montrant par des exemples quel se- 
cours on pouvait tirer du texte syriaque pour corriger le do- 
cument latin, et laissant même entrevoir que, d’après lui, le 
compilateur frank du martyrologe hiéronymien devait avoir eu 
sous les yeux et employé une traduction latine du ménologe 
syriaque. Après avoir attentivement comparé les deux textes, 
je suis arrivé à une conclusion différente, que je formule ainsi: 
Le ménologe syriaque est un abrégé du martyrologe hiéronymien, 
pour la partie de celui-ci qui est relative aux saints de l'empire 
KRomain d'Orient. 

Ce résultat, qui reporte à une si hante antiquité l’origine de 
la compilation hiéronymienne, est, dans son espèce, d'une gravité 
que ne méconnaîtra aucune personne initiée aux études d’ha- 
giographie et en général à la science des antiquités chrétien- 
nes. Il importe donc de le bien établir. À cet effet, et pour 
mettre le lecteur à même de juger de la concordance entre 
les deux textes, je vais lui placer sous les yeux le mois 
d'avril du ménologe syriaque et en regard les passages cor- 


(1) Voir notamment p. 185. Cfr. Recherches sur les calendriers ecclésias- 
tiques, p. 7. — Ces relations ont été étudiées aussi par M. H. Stevenson, dans 
les Studi in Italia a. 1879 p. 439, 458; cf. de Rossi, Bull. 1878 p. 102. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 123 


respondants du martyrologe hiéronymien. Je transcris en latin 
le document syriaque ; quant au martyrologe hiéronymien, 
le lecteur doit être prévenu que je restitue quelquefois le texte 
à l'aide des manuserits et des indications fournies soit par le 
ménologe syriaque, soit par Eusèbe, soit par les actes des 
martyrs (1). Si je le donnais tel qu'il a été publié jusqu'ici, 
avec toutes ses fautes et ses confusions, il serait difficile d'y 


comprendre quelque chose. 


MÉNOLOGE SYRIAQUE. 


Nizan. 


IT, secundum computum Graeco- 
rum, Thessalonicae, Chionia et Agape 
martyres. 

UT. In avitate Tomis, Chrestus et 
Pappus. 

NII. Martyres Theodolus et Aga- 
thopus. 

V. Alexandriae, Claudianus et Di- 
dymus. | 

VI. In civitate Sirmio, episcopus 
Irenaeus. Nicomediae, Cyriacus. 

VII. Alexandriae, presbyter Pelu- 
slus. 

VI. Antiochiae, Maximus et Ti- 
motheus. 

VIUI. Sirmi, Demetrius. 

X. Alexandriae, Apollonius. 


XI. Salonae, episcopus Domnio. 


MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN. 


Mensis aprilis. 


TITI non. apr... In Thessalonica 
Macedoniae, Chioniae, Agapes et Ire- 
nes. 

III non. apr. In Scythia, in civi- 
tate Tomis, Chresti.… 
Prid. non. apr. 

Theodoli, Agathopi. 

Non. apr. Nicomediae, Claudiani.… 

In Alexandria, Didymi presbyteri. 


Thessalonicae, 


VIII id. apr. Sirmii, Irenaei epis- 
copi. Nicomediae, Cyriaci. 

VIT id. apr. Alexandriae, Pelusi 
presbyteri. 

VI. id. apr. Antiochiae Syriae, Ti- 
mothei... Maximae. 

V id. apr. In Sirmia.….. Demetrii. 

IITI id. apr. Alexandriae, Apol- 
lonii presbyteri. 

III id. apr. Salonae Dalmatiae, 
Domnionis episcopi. 


(1) Cette restitution, bien entendu, ne comporte aucune addition, même 
du plus petit mot, au texte fourni par les manuscrits; elle ne concerne 


que l'orthographe. 


124 


XIIT. In civitate Pergamo, de an- 
tiquis martyribus, Cyrillus episcopus, 
Agathonice et Paulus. 

XVI. Corinthi in Achaia, Leonidas 
et octo alii martyres. 


XVIII. Salonae, Septimius et Her- 
mogenes. 


XVIII. Rufus martyr. 


XX. Antiochiae, Prosdocius, Ve- 
ronica et Romanus. 


XXI. Alexandriae, Aristi presby- 
teri. 

XXI ON Spes rune An- 
thimus et quinque alii martyres 


XX VIII. Nicomediae, Eusebius pre- 
sbyter, Charalampus, et ducenti se- 
xaginta octo ali martyres. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


Id. apr. Pergami Asiae, Policarpi 
episcopi... Agathonices….. Pauli dia- 
coni. 

XVI kal. mai. (1). In Achaia, Co- 
nntho civitate, Calesti, Carissi, Lute, 
Leonidis, Tertiae, Christianae, Calle, 
Theodore, item Carissi, omnium in 
mare mersorum ; Caritonis, Calestae 
cum al V. 

XIIII kal. mai. Salona civitate, 
Septimi diaconi, Victurici et alibi 
Hermogenis. 

XIII kal. mai. In Armenia, Mel- 
tana civitate.… Ruf…… 

XII kal. mai. In Antiochia Syriae, 
Prosdocii, Veronicae et Domninae fi- 
liae eius. 

XTI kal. mai. In Alexandria... Ara- 
toris presbyteri. 

V kal. mai. In civitate Tarso Ci- 
liciae, Castori. In Nicomedia, Anthi- 
mi episcopi, Stephani episcopi, An- 
tonini presbyteri, Lidie, Genler]osi, 
etc. 

IIII kal. mai. In Pannonia, Ci- 
ballis civitate, Eusebii episcopi. In 
Tarso (3) Ciliciae, Maline cum aliis 
CCLXX, Afrodisii, Carilippi presby- 
teri, Agapi lectoris in carcere requie- 


scentium. 


(1) Je reproduis ici le texte hiéronymien (ms. de Berne) dans on dé- 
sordre. au milieu duquel on peut cependant discerner les noms des huit 
martyrs que le ménologe syriaque indique seulement par un chiffre. 

(2) Ici le texte syriaque est très-confus : M. Wright n'a pas réussi à en 


donner l'équivalent en lettres latines. 


(3) À partir d'ici, comme du reste à l'article du V kal. Mai, je conserve 
la leçon du manuscrit de Berne, sauf le chiffre CCLXX qui a perdu un C 
dans ce manuscrit, maïs se trouve intact dans les ms. d'Epternach. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 125 
XXVII. Alexandriae, Germanus III kal. mai. In Alexandria, Ger- 
presbyter. mani presbyteri. 
XXX. Aphrodisiae in provincia Ca- Prid. kal. mal. In Aphrodisia [in 
ria, Diodatus et Rodopianus marty-  provincia Caria] (1), Diodati et Ro- 
res. piani diaconi. 


Il n’est pas besoin d'une bien grande perspicacité pour re- 
connaître que les deux textes que nous avons mis en regard l'un 
de l'autre ont entre eux une relation étroite. Le plus complet 
est évidemment le martyrologe hiéronymien. Nous le voyons 
en effet, indiquer la province (2, 3, 8, 11, 13, 19, 20), la ville 
(5, 19), la qualité de prêtre, d’évêque, etc. (5, 7, 10, 13, 18, 
28, 30) en un grand nombre de cas où le texte syriaque ne 
contient pas ces détails. Deux fois au moins, dans ce seul mois 
d'avril, le ménologe syriaque se contente de marquer le nombre 
des martyrs (16, 24), tandis que le martyrologe hiéronymien 
donne leurs noms in-extenso. Mais ces abréviations que notre 
spécimen permet de saisir au premier coup d'œil sont loin de 
représenter tout l'écart entre les deux textes. Le texte hiéro- 
nymien est bien plus complet: pour chaque jour du mois d'avril, 
et de tous les autres mois 1l contient seul plusieurs autres indi- 
cations de fêtes évidemment de même provenance que celles qui 
lui sont communes avec le syriaque. La rédaction en est absolu- 
ment la même; les martyrs, tous originaires de l’empire oriental, 
sont indiqués régulièrement sous la rubrique de la province et 
de la cité. Il ne peut y avoir le moindre doute sur l'identité d'ori- 
-gine de ces indications de fêtes et de celles qui se retrouvent 
dans le ménologe de M. Wright. 


(1) Je crois retrouver ces mots dans le groupe prbidacari que l'on par- 
tage dans les manuscrits et les éditions de maniere à en faire Prbi Dacari 
(presbyteri Dacari). 


126 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


Veut-on d'autres preuves? Seul entre tous les documents 
hagiographiques (1), le martyrologe hiéronymien contenait l'an- 
niversaire d'Eusèbe de Césarée, indiqué nettement au 21 juin 
par les deux manuscrits d'Epternach et de Metz: In Caesarea 
Palestinae, depositio Eusebii historiographi. Ce même anniver- 
saire se retrouve dans le ménologe syriaque, à un jour diffé- 
rent, il est vrai, le 31 mai: Commemoratio Eusebii, Palestinae 
CpISCOpP?. — Constantinople est quelquefois appelée de son ancien 
nom de Byzance par le martyrologe hiéronymien; ainsi, au 
7 juin: In Byzantium quae est Constantinopolis, Pauli, etc. Il 
en est de même dans le texte syriaque ; par exemple au 19 juin: 
Constantin. (2) in Byzantium, Hesychius, etc. Un dernier trait 
de ressemblance est fourni par la mention de antiquis martyribus 
jointe dans le ménologe syriaque aux noms d'un certain nom- 
bre de martyrs. Cette indication, sous la forme abrégée de an- 
tiquis, s'était déjà rencontrée dans le martyrologe hiéronymien, 
et Fiorentini (3), avec sa sagacité habituelle, n'avait pas man- 
qué de la rapprocher de la distinction établie par Eusèbe entre 
les martyrs des persécutions antérieures et les victimes des édits 
de Dioclétien. 

De tout ceci il résultera, je l'espère, pour le lecteur, la con- 
viction que le ménologe syriaque est tout simplement l'abrégé 
d’un document qui est entré sous une forme beaucoup plus com- 
plète dans le martyrologe hiéronymien. Dès lors, nous sommes 
amenés à conclure que ce document remonte à une date anté- 
rieure à l'année 412, puisqu'en cette année on l'avait déjà abrégé 


(1) Cette fête est indiquée également dans Usuard et dans quelques 
martyrologes plus récents, mais tous l'ont empruntée au martyrologe hiéro- 
nymien. 

(2) On lit COSTNTHIZ dans le texte syriaque, mais en syriaque le Z et 
le N final étant représentés par des caractères à peu près semblables il faut 
évidemment rétablir le N : la fin du mot a disparu. 

(3) Vetust. occid. ecclesiae martyrologium, Lucques 1668, p. 252. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 127 


et traduit en syriaque. Plusieurs des confusions de lettres que l’on 
remarque dans l’abrégé de M. Wright semblent provenir plutôt 
d'un original syriaque que d’un original grec. Quoiqu'il en soit, 
nous avons la certitude que notre document remonte au moins 
aux premières années du cinquième siècle, et rien ne s'oppose 
à ce qu'on le reporte plus haut encore. L'année 412 ne peut 
être considérée que comme la limite inférieure extrême. 

La limite supérieure nous est fournie par la persécution de 
Julien (f 363) dont plusieurs victimes figurent au martyrologe 
hiéronymien et au ménologe syriaque. Je citerai le martyr e- 
milianus de Dorostorum, au 18 juillet, mentionné seulement 
dans le texte latin (1), et les martyrs de Méros près Synnada, 
dont parle Sozomène (2). Le ménologe syriaque contient leurs 
noms au 19 juillet; on les retrouve aussi à ce même jour dans 
le texte latin, mais très éparpillés et très défigurés. Le docu- 
ment relatif aux martyrs orientaux a donc été définitivement con- 
stitué entre les années 363 et 412. Pour simplifier le discours, 
je l'appellerai désormais martyrologe d'Orient; il sera ainsi dis- 
tingué des autres parties de la compilation hiéronymienne. 

En proposant cette appellation nouvelle, je sens le besoin 
d'en préciser davantage la signification. D'abord, il n'est pas 
rigoureusement exact que toutes les fêtes de notre martyrologe 
oriental soient afférentes à des églises de l'empire d'Orient. Le 
texte syriaque en contient trois qui sortent de ces limites, la fête 
de saint Pierre et de saint Paul à Rome, indiquée, suivant l'u- 
sage oriental, au 28 décembre au lieu du 29 juin, la fête du 
pape saint Xystus IT, et enfin celles des saintes Perpétue et Fé- 
licité. Mais ces exceptions sont de celles qui confirment la règle. 
Les deux saintes africaines sont les plus célèbres des martyrs 


(1) Cfr. Théodoret, Hist. eccl. II, 7. 
(2) Hist. eccl. V, 11. Cfr. Socrate, III, 7. 


128 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


de leur pays; Xystus JT est de tous les anciens papes martyrs 
celui dont le supplice eut le plus d'éclat et dont la mémoire 
resta le plus vénérée; sur les apôtres il n'est pas besoin d'in- 
sister. — Peut-être y a-t-il dans le texte hiéronymien quel- 
ques autres indications de fêtes du même genre, qui provien- 
nent du martyrologe d'Orient (1); nous n'avons pas le moyen 
d'en juger; en tous cas elles rentreraient dans la catégorie des 
trois autres. Ces exceptions mises à part, il est bon de tracer les 
limites géographiques de notre martyrologe. 

Vers l'Orient, ce sont les limites de l'empire lui-même ; l’énu- 
mération de saints mésopotamiens et persans que l'on trouve 
dans le ménologe syriaque et qui n’a point d'analogue dans la 
rédaction latine est évidemment une particularité du texte sy- 
riaque. Elle est conçue d’après de tout autres idées que le 
reste de cet abrégé, et s'en sépare avec la plus grande facilité. 
Vers l'Occident, nous trouvons indiquée la province de Lybie 
supérieure, ce qui suppose que le diocèse d'Egypte, dans toute 
son étendue, rentrait dans le champ du compilateur. Les men- 
tions réitérées de Salone en Dalmatie et de Sirmium en Pan- 
nonie, nous permettent de croire qu'il comprenait l’Illyricum 
tout entier, occidental et oriental; on trouve même, dans le 
texte latin, une mention expresse de la province de Noricum 
ripense, ce qui nous amène exactement aux limites occidentales 
de l'Ilyricum. Il résulte de là que l’auteur ne s'est point 
borné à l'empire d'Orient tel que le posséda Licinius de 314 
à 323, et Constance de 338 à 350, ni même à l'étendue qu'il 
acquit lors du partage de l'empire entre Arcadius et Honorius. 
Les limites qu'il se fixe laissent en dehors l'Occident depuis les 
diocèses d'Italie et d'Afrique; elles n’ont jamais coïncidé avec une 


(1) C'est probablement le cas des martyrs de Lyon sous Marc-Aurèle. 


Nous verrons plus loin comment ils ont pu figurer dans le martyrologe 
d'Orient. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 129 


frontière politique, si ce n'est aux premiers temps de Licinius, 
avant la bataille de Mardie (314) ou depuis le mariage de Va- 
lentinien III, c'est à dire depuis 437. 

On a remarqué déjà que les saints de cette partie de l’em- 
pire sont rapportés chacun à la ville où ils étaient honorés et 
qu'avec la ville on indique aussi la province. La division pro- 
vinciale est toujours celle de Dioclétien. Comme cette division 
fut retouchée à diverses reprises dans le courant du quatrième 
siècle, on est autorisé a chercher, dans les dénominations em- 
ployées, quelque indice sur l'âge de notre compilation. Un des 
changements les plus ordinaires était le dédoublement d'une 
province en deux provinces homonymes, distinguées par des 
numéros; ainsi Cülicia I°et Cilicia IT, Syria I° et Syria IP; 
il en est de même pour la Palestine, la Galatie, la Cappadoce, 
la Macédoine, la Phrygie. Aucun de ces dédoublements, si l’on 
excepte celui de la Phrygie, n'était encore opéré en 381. Or il n’y 
en a pas la moindre trace dans le martyrologe. De même il em- 
ploie à diverses reprises le terme d'Armenia minor, qui disparut 
de l'usage quand cette province fut scindée en deux, l’Arme- 
ma I et l'Armenia IT, en 386. On peut donc dire, d'une façon 
générale, que les dénominations de provinces employées dans 
notre martyrologe correspondent plutôt à l'usage de la première 
moitié du quatrième siècle qu’à celui de la fin; entre les deux 
dates extrêmes, de 363 et de 412, nous devons songer beau- 
coup plus au voisinage de la première qu’à celui de la seconde. 
Il serait même possible de remonter au delà de 363; car si le 
martyrologe contient des victimes de la persécution de Julien, 
on ne peut oublier que les martyrologes et les calendriers sont 
des documents que l’on complète sans cesse; 1l est donc très 
possible que ces noms aient été ajoutés à la première rédaction. 

J'ai déjà signalé deux faits qui semblent indiquer quelque 
lien entre Eusèbe de Césarée et l’auteur du martyrologe d'Orient: 


130 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


d'abord l'anniversaire de cet évêque, qui ne mourut pas en 
bonne renommée d'orthodoxie et n’a jamais été honoré comme 
saint ni dans l'église grecque, ni dans l’église latine ; en second 
lieu la distinction entre martyrs anciens et martyrs ordinaires, 
c'est-à-dire entre les persécutions des trois premiers siècles et 
celle de Dioclétien. Ce dernier trait éveille aussitôt le souvenir 
du livre d'Eusèbe intitulé Zuvayoyh Tüv &pyalwv waprupluv, dont 
il parle en plus d'un endroit de son Histoire ecclésiastique (1). 
Voyons d'abord quel rapport il peut y avoir entre lui et notre 
martyrologe; nous comparerons ensuite celui-ci à un second 
ouvrage d'Eusèbe, conservé et bien connu, le De martyribus 
Palestinae. 

La Zvveywÿ" contenait certainement, dans son entier, la cé- 
lèbre lettre des chrétiens de Lyon et Vienne, avec tout un re- 
cueil de documents relatifs au montanisme, adressés aux églises 
d'Asie et de Phrygie ainsi qu’au pape Eleuthère ; on y trouvait 
aussi la passion de saint Pionius de Smyrne et celle du martyr 
Apollonius de Rome. À en juger par ces trois spécimens, les 
pièces de la collection d'Eusèbe étaient d'une certaine étendue : 
la passion de saint Pionius est fort longue; l'épttre de Lyon 
et Vienne l'était aussi, à en juger par les extraits qu'en fait 
Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique et des détails qu’il donne 
sur ses appendices; on peut en dire autant de la passion d’Apol- 
lonius, dans laquelle figurait in-extenso, outre un long interro- 
gatoire, tout un discours apologétique prononcé devant le sénat. 
Il y a lieu de croire, quoiqu'Eusèbe ne le dise pas expressé- 
ment, que le maréyrium Polycarpi et la passion des saints Car- 
pus, Papylus et Agathonicé, récemment publiée par M. Aubé, 
faisaient également partie de la collection. Pour peu qu'il y 

eût un bon nombre de documents de ces dimensions, la colle- 


(1) IV, 15, 48; V prooem. ; 4, 21. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 151 


ction devait être considérable ; c'est peut-être pour cela qu'on 
aura négligé de la copier intégralement et qu'elle ne nous est 
parvenue qu'en partie et par fragments. 

Le martyrologiste dépend certainement de la passion de Pio- 
nius. En effet, il est raconté dans celle-ci que Pionius fut brûlé 
en même temps qu'un prêtre marcioniste appelé Métrodore (1). : 
Or le nom de Métrodore se trouve dans le martyrologe en com- 
pagnie de celui de Pionius, au 12 mars: Smyrnae, Pionti pres- 
byteri, Metrod[or]i presbyteri. Comme une telle association ne 
peut provenir d'un calendrier d'église, il faut bien en chercher 
la raison dans le seul document où elle puisse se trouver, c'est- 
à-dire dans la passion de Pionius. La fête de saint Polycarpe 
est marquée au 24 février avec la mention de antiquis marty- 
ribus dans l’abrégé syriaque, avec l'adjonction cum aliüis XII 
dans le texte latin. Ces deux traits nous reportent au Marty- 
rium Polycarpi, qui figurait très probablement dans la collec- 
tion eusébienne ; il y est question de douze ou plutôt de onze 
autres martyrs qui furent suppliciés plusieurs jours avant Po- 
lycarpe. Leur groupement avec celui-ci est plus à sa place dans 
un récit historique que dans un calendrier, où chaque saint est 
nommé au jour de sa mort. 

Les saints Carpus, Papylus et Agathonicé figurent aussi dans 
le martyrologe. Mais c’est surtout sur les martyrs de Lyon que 
je veux appeler l'attention. Eusèbe (2) raconte que, dans le 
document de la Zvvx}wyÿñ qui était relatif à ces martyrs, on 
trouvait le catalogue de leurs noms, divisé en quatre catégories: 
1° les décapités; 2° ceux qui avaient été livrés aux bêtes ; 3° ceux 
qui étaient morts en prison; 4° les confesseurs survivants au 
moment où la lettre fut écrite. Or que l'on ouvre le marty- 


(1) Eus. H. E. IV 15, 46. 
(2) H. E. V, 4. 


132 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


rologe au 2 juin (1), on y trouvera les noms des quarante-huit 
martyrs de Lyon, répartis sous quatre rubriques, dont les trois 


dernières sont ainsi conçues: 


hii autem qui ad bestias traditi sunt; 
his sunt qui in carcere spiritum reddiderunt ; 
item ali Lugdunensium. 


Il n'en manque qu'une, la première; encore est-il évident 
qu'elle n'a pas toujours fait défaut, car le autem dans la ru- 
brique des condamnés aux bêtes en suppose une autre avant 
celle-ci. On voit d'ailleurs très bien pourquoi la première ru- 
brique, hit sunt qui decollati sunt, ou quelque chose de ce genre, 
a disparu; c'est qu'on a voulu mettre en tête de la liste deux 
personnages qui n'y étaient pas d'abord, l'évêque Pothin, rangé 
dans la troisième catégorie, et le prêtre Zacharie (Zacharie, père 
de saint Jean Baptiste) transformé en martyr de Lyon par une 
bévue de Rufin. 

Une autre preuve que nous avons affaire ici à la liste d’Eu- 
sèbe et non pas à un fragment de calendrier, c’est que, tandis 
que tous les noms des saints sont au génitif, les rubriques sont 
au nominatif. Dans la liste primitive, les noms devaient être 
au nominatif; en la transportant dans le martyrologe on les 
a mis, suivant l'usage, au génitif, en les faisant précéder de 
natale, exprimé ou sous-entendu; maïs on a eu la maladresse 
de laisser subsister une différence de cas entre les rubriques et 
les noms. Cette inadvertance est à mettre au compte du com- 
pilateur latin, car le texte grec, à en juger par la version sy- 
riaque, avait partout le nominatif. 


(1) Texte latin; le syriaque, très défectueux pour le mois de juin, n'a 
aucun anniversaire entre le 1 et le 4. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 133 


Il faut remarquer aussi que la quatrième catégorie de per- 
sonnes mentionnées dans la liste n'avait pas les mêmes titres 
que les autres à figurer dans un calendrier martyrologique: ce 
ne sont pas des martyrs, ce sont des confesseurs survivants. 
Grégoire de Tours et Adon, qui ont pris cette liste pour l'in- 
sérer, l’un dans son De gloria martyrum, 49, l’autre dans son 
martyrologe, ont eu soin de faire la distinction et de s'arrêter 
après la troisième catégorie. Ceci est une nouvelle preuve que 
nous avons ici un simple extrait du Martyrium Lugdunensium, 
tel qu'il figurait dans le recueil d'Eusèbe. 

Ce catalogue, du reste, n'est pas isolé dans la compilation 
hiéronymienne. On en trouve d'autres qui ont tout-à-fait la 
même physionomie; par exemple, au 14 février, il y a une liste 
de martyrs alexandrins, subdivisée par les rubriques suivantes: 


his in mare missi sunt; 
hiè omnes igne combusti sunt; 
TT decollati sunt. 


Outre sa collection d'anciens martyria, Eusèbe avait raconté, 
dans un recueil spécial, l’histoire de tous les martyrs de sa pro- 
vince qui avaient souffert pendant la persécution de Dioclétien. 
Ce recueil nous est parvenu sous deux formes, l'une abrégée, 
l'autre complète; sous la forme abrégée il figure généralement 
en appendice à la fin du VIIT- livre de l'Histoire ecclésiastique ; 
sous la forme plus étendue, il s'est conservé en syriaque, pré- 
cisément dans le même manuscrit que notre abrégé du marty- 
rologe d'Orient. Pour chaque martyr ou chaque groupe de mar- 
tyrs, Eusèbe a eu soin de marquer la date, non seulement de 
l’année, mais aussi du mois et du jour. Or, en se rapportant à 
notre martyrologe, on y trouvera, aux jours indiqués, tous les 
martyrs palestiniens, enregistrés avec les expressions caractéris- 


134 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


tiques du De martyribus Palaestinae. La vérification étant facile 
et à la portée de tout le monde, je m'abstiens de citer des 
exemples. 

Pour les autres théâtres de la persécution dioclétienne, "notre 
auteur n’a pu recourir à Eusèbe. Aussi l’a-t-il complété par 
d'autres documents. On voit en effet qu'il marque tous les mar- 
tyrs de cette persécution dont Eusèbe a conservé les noms sans 
indiquer le jour de leur mort, tous ceux dont il nous est resté 
des actes authentiques en dehors des travaux d’Eusèbe, ou dont 
le culte a fourni thème à des homélies de Pères du IV*° et du 
Ve siècle. D'autres ont encore leurs fêtes dans les calendriers 
grecs, bien que les jours aient été souvent changés, ou sont 
connus par des histoires rédigées tardivement et plus ou moins 
fabuleuses. Mais il en reste beaucoup qui ne se rencontrent point 
ailleurs que dans le martyrologe. L'auteur de celui-ci a dû puiser 
à des sources maintenant taries, mais qui devaient être vives 
et accessibles au moment où il écrivait. 

À défaut d'un relevé complet de ses documents, on voudrait 
pouvoir indiquer le pays où il a rédigé sa compilation. 

De toutes les villes de l'empire oriental qui lui ont fourni 
des martyrs, les plus souvent nommées sont Nicomédie, Ale- 
xandrie et Antioche. On ne peut donner de chiffres précis, vu 
le mauvais état du texte, mais il est facile de voir que ces trois 
villes reviennent beaucoup plus fréquemment que toutes les au- 
tres, et même que Nicomédie et Alexandrie ont à cet égard le 
pas sur Antioche. Ce doit être dans une de ces trois villes que 
la compilation s’est formée, et je pencherais pour une des deux 
premières plutôt que pour la troisième. Outre qu'elle est moins 
souvent nommée, Antivche est presque toujours désignée par les 
deux mots Anfiochia Syriae, c'est-à-dire que le nom de la pro- 
vince est joint au nom de la ville, comme cela se fait pour toutes 
les villes d'Asie-Mineure et du diocèse de Thrace, tandis que Ni- 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 135 


comédie est toujours désignée par son nom seul, celui de la pro- 
vince n'étant jamais indiqué; il en est de même d'Alexandrie, 
qui n’est que bien rarement appelée Alexandria in Aegypto. 
J'écarterais donc Antioche. Entre Alexandrie et Nicomédie, je 
choisirais Nicomédie. En effet l'auteur parait renseigné avec 
moins de détail sur la distribution géographique des martyrs 
d'Egypte; il les attribue presque toujours à Alexandrie. Au con- 
traire, tous ceux de l'Asie-Mineure et du diocèse de Thrace sont 
soigneusement rangés par villes et par provinces. En outre, par 
rapport aux limites extrêmes de l'empire d'Orient et de notre 
martyrologe, Nicomédie est un point central, ce qui n'est pas 
le cas d'Alexandrie. On peut même dire que les parties de l'em- 
pire dont les provinces figurent en plus grand nombre dans le 
martyrologe, c'est-à-dire le diocèse de Thrace et l'Asie-Mineure, 
ont leur point de contact à Nicomédie; un peu plus tard la 
grande situation, politique et religieuse, de cette ville passa à 
Constantinople. Mais Constantinople et Byzance, qui l'a précédée, 
n'ont qu'une importance médiocre au point de vue chrétien et 
surtout martyrologique jusqu'au milieu du quatrième siècle. 
En arrêtant provisoirement ici ces recherches sur les origi- 
nes de l’antique martyrologe d'Orient, je tiens à ce que l’on 
n'attribue pas à mes conclusions plus de valeur que je ne leur 
en donne moi-même. Ce que je regarde comme certain, c'est: 
1° que le ménologe syriaque dérive d'un document identique à 
celui qui s’est conservé dans le martyrologe hiéronymien d'une 
manière beaucoup plus complète ; 2° que ce document est anté- 
rieur au V° siècle; 3° qu'il a été extrait en partie des œuvres 
martyrologiques d'Eusèbe, c'est-à-dire de son recueil d'anciens 
martyria pour les temps antérieurs à Dioclétien, et de son De 
martyribus Palestinae pour les victimes de la persécution de 
Dioclétien, dans la province de Palestine. Quant à la patrie de 
notre compilation, je regarde seulement comme probable qu'elle 


130 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


doit être placée à Nicomédie. D'autre part, ce que j'ai dit des 
limites géographiques de la compilation ne peut évidemment 
s'appliquer aux indications qui lui ont été fournies par la Zuvaywyn 
d'Eusèbe, cet ouvrage ayant été compilé sur un plan beaucoup 
plus large. 

_ Je suis obligé d'ajouter ici l'expression d'un soupçon, plus 
ou moins fondé, mais que je ne saurais dissimuler sans courir 
le risque d'être accusé de réticence intéressée; c'est que cette 
antique compilation des fastes martyrologiques d'Orient est 
peut-être l'œuvre d'une main arienne. Au 6 juin, l’abrégé syriaque 
enregistre la fête d’un prêtre Arius, comme célébrée à Alexandrie: 
Alexandriae, presbyter Arius. La date doit être d’abord rectifiée 
et transportée au 6 juillet, car, depuis le 4 ou le 5, tout ce 
que l'abrégé syriaque marque au mois de juin concerne en réa- 
lité le mois suivant. Au 6 juillet, l'abrégé latin donne aussi la 
rubrique Jn Alexandria, puis un nom altéré, qui commence par 
Ar ou Ari. Le nom d'Arius n'est pas un nom rare: au quatrième 
siècle il y avait des Arius dans les deux camps; on trouve un évé- 
que ÂArius, de Palestine, parmi les défenseurs de saint Athanase. 
Cependant la réunion des trois conditions exprimées par le nom 
d'Alexandrie, celui d’Arius et le titre de prêtre ne me paraït pas 
devoir être traitée légèrement de fortuite. Et cela d'autant moins 
que nous la rencontrons dans un document dont la rédaction 
primitive ne paraît avoir admis aucun des évêques orthodoxes 
du quatrième siècle, mais seulement Eusèbe de Césarée, prélat 

_fort connu pour ses tendances ariennes. De plus, autant qu'il 
est possible d'en juger, notre martyrologe a été rédigé dans 
l'Asie-Mineure occidentale, du côté de Nicomédie, sinon à Ni- 
comédie même, c'est-à-dire au milieu des forteresses de l’aria- 
nisme, dans le pays où il a occupé les situations ecclésiastiques 


officielles jusqu’au temps de Théodose et du second concile œcu- 
ménique (381). 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 137 


Cette circonstance, du reste, ne peut avoir aucune influence 
sur l'exactitude du document qui nous occupe. Quelle que fût 
l'attitude de leurs évêques dans la question du consubstantiel, 
les églises de tous les pays chrétiens, au quatrième siècle, pra- 
tiquaient le culte des martyrs avec le même zèle et en vertu 
des mêmes traditions. Les martyrs des persécutions païennes 
étaient, au quatrième siècle, communs à toutes les confessions; le 
sentiment qui s’est exprimé dans le martyrologe d'Orient n'est 
pas — sauf la mention d'Arius, encore incertaine, — un senti- 
ment spécifiquement arien, mais un sentiment universel, celui 
qu'inspirait à tous les chrétiens, sans distinction de sectes, le 


souvenir des héros des persécutions passées. 


209 — Le calendrier romain. 


M. de Rossi a, depuis longtemps, signalé l’ancien calendrier 
romain qui forme un des éléments les plus reconnaissables de 
la compilation hiéronymienne. Les saints de Rome et des en- 
virons se présentent régulièrement sous une rubrique commen- 
çant par le mot Romae et pourvue d'indications topographiques 
fort précises: le quartier de la ville, s'il s'agit d'une fête intra 
muros, la voie et le cimetière, pour les martyrs de la banlieue, 
quelquefois le nombre de milles, surtout pour des anniversaires 
afférents à des localités un peu éloignées. Dans le grand dé- 
sordre où se trouve le texte, ces rubriques se distinguent assez 
facilement ; en tenant compte des traditions conservées dans les 
livres liturgiques, dans les monuments, dans les Gesta martyrum, 
on parvient, non sans peine, mais généralement avec certitude, 
à y rattacher les noms des saints qu'elles concernent. M. de 
Rossi l'a fait déjà pour un grand nombre de fêtes : il n'est nul- 
lement impossible de dégager et de reconstituer à peu près in- 


MÉLANGES D'ARCI. ET D'HIST. V° ANNÉE 11 


138 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


tégralement tout le calendrier romain dont les membra disiecta 
sont dispersés à travers le texte du martyrologe. | 

Cela étant, on peut se demander quel est approximativement 
l'âge de ce calendrier, ce qui implique la solution de deux ques- 
tions. Quand a-t-il été établi d'abord ? Jusqu'à quel temps a-t-il 
été prolongé? | 

En dehors des manuscrits hiéronymiens, dans une compila- 
‘ tion chronographique exécutée à Rome en 354, nous trouvons 
deux tables d'anniversaires, disposées suivant l'usage de cette 
église ; l'une contient les anniversaires des papes non fêtés comme 
martyrs, l’autre ceux des martyrs avec quelques autres fêtes fixes. 
Ces deux tables, intitulées l'une Depositio episcoporum, l'autre 
Depositio martyrum, ont été souvent publiées (1) et sont connues 
de tout le monde. Réunies, elles constituent un petit calendrier 
que nous appellerons, pour la commodité du langage, le férial 
philocalien. Bien qu’elles aient été prolongées jusqu'en 354, il 
est facile de voir que l'une d'elles au moins, la première, a 
d'abord été dressée en 336, et tout porte à croire que la seconde 
n'est pas moins ancienne. 

Dans les deux tables du férial, les depositiones sont accom- 
pagnées de l'indication du cimetière où se célébrait l’anniver- 
saire ; outre les martyrs de la banlieue romaine proprement dite, 
on y trouve des saints des églises voisines, Ostie, Porto, Albano : 
deux fêtes de martyrs africains, celles des saintes Perpétue et 
Félicité et celle de saint Cyprien; de plus deux fêtes fixes qui 
ne se rapportent pas aux martyrs, le natale Petri de cathedra, 
au 22 février, et la fête de Noël. Des dates consulaires se ren- 
contrent en trois endroits, par exception. 

Comparé avec le calendrier romain du martyrologe, ce férial 


(1) Je les ni publiées moi-même tout récemment en tête de mon édi- 
tion du Liber pontificalis p. 10-12. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 139 


trahit au premier coup d'œil sa parenté avec lui. Tous les traits 
que je viens de signaler s'y retrouvent, les indications topogra- 
phiques en particulier, rédigées exactement dans le même style, 
avec les mêmes formules. Le calendrier, cependant, est beaucoup 
plus complet que le férial ; il contient beaucoup plus de fêtes, em- 

brasse un bien plus grand nombre de localités suburbicaires, dé- 
| veloppe plus largement ses formules ; ainsi, les anniversaires des 
papes sont indiqués régulièrement suivant ce type: Romae, via 
Appia, in cymilerio Callisti, depositio N episcopi. Le férial 
écrit le mot depositio une fois pour toutes, en tête de la liste, 
et le sous-entend ensuite d'une façon constante, de même que le 
mot cymiterio ; il omet aussi, presque toujours, d'indiquer la voie. Il 
en est de même dans la table des depositiones martyrum ; ainsi, 
au 8 août, les noms des quatre martyrs d'Albano ne sont accom- 
pagnés, dans le férial, d'aucune autre indication topographique que 
le nom de cette localité, tandis que le martyrologe y joint les 
mots via Appia, miliario ab Urbe XV; au 10 août, le férial 
porte simplement Laurenti in Tiburtina, le martyrologe est 
beaucoup plus prolixe: via Tiburtina, in cymiterio eiusdem, na- 
tale sancti Laurentii archidiaconi. 

En somme, la parenté des deux documents est très étroite, 
mais le calendrier est, à tous égards, le plus considérable, le 
plus complet. 

Cependant ce privilège du calendrier ne s'étend pas, sauf une 
exception, aux additions qu'il a reçues postérieurement à l'épo- 
que où s'arrête le férial, c’est-à-dire à l'année 352. Dans le férial, 
en effet, le dernier pape inscrit est Jules, qui mourut en 352; le 
martyrologe, lui, s'étend bien au delà ; il contient les anniversaires 
de tous les papes, Zosime seul excepté, jusqu'à Boniface inclu- 
sivement ( 422) et même il note quelquefois leur ordination, 
comme c'est le cas pour Libère, Innocent et Boniface. On l'a 


donc continué, et cela à diverses reprises; .car, si un certain 


140 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


nombre d'anniversaires funèbres des papes ont pu être ajoutés 
en même temps, la mention de leur ordination n'a pu êtreintroduite 
que du vivant de chacun d'eux; nous avons donc dans ces men- 
tions des traces de modifications introduites à diverses époques. 
Or il est remarquable que, dans les parties du texte ainsi ajoutées 
après 352, il n’y a pas la moindre indication topographique, sauf 
une seule fois, la dernière, à propos de la depositio de Boniface, 
qui est marquée, au 4 septembre, in cymiterio Maximi, ad sanc- 
tam Felicitatem, via Salaria. Mais, sauf cette exception, il n’y 
a aucune indication, ni de voie ni de cimetière, pour les papes 
Libère, Damase, Sirice, Anastase, Innocent. 

Ceci montre que les rapports entre le férial et le calendrier 
ne se bornent pas à une grande ressemblance dans la rédaction ; 
non seulement les indications topographiques sont de même style, 
mais elles cessent dans le martyrologe juste au moment où le 
férial s'arrête. Cette coïncidence entre la limite inférieure de l'un 
des deux documents et un changement dans la rédaction de l’au- 
tre ne saurait être fortuite. 

Mais on peut aller plus loin, et, après avoir étudié la limite 
inférieure, remonter jusqu’à la limite supérieure, en s’attachant 
encore à la série pontificale, car, pour les martyrs, l'examen néces- 
siterait d'assez longues explications et ne comporterait pas au- 
tant de certitude. 

En réunissant les anniversaires pontificaux enregistrés dans 
les deux tables du férial, on peut former une liste qui ne re- 
monte que jusqu'au commencement du troisième siècle. Aucun 
pape du premier ou du second siècle n'y figure, sauf peut-être 
saint Clément; il en est de même dans le calendrier du marty- 
rologe (1). Pour le troisième siècle, le férial omet les papes Zé- 


(1) Cependant il à contenu une liste des papes depuis saint Pierre; 
mais cette liste, ajoutée à la fin, n'était qu'un catalogue destiné sans doute 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 141 


phyrin, Urbain, Antéros et Cornelius; encore l'omission de ce 
dernier paraît-elle être le résultat d’un accident, car il est très 
probable que le nom de Cornelius doit être rétabli, au 14 sep- 
tembre, à côté de celui de Cyprien. En tout cas, le martyrologe 
marque à ce jour Cornelius à côté de Cyprien; il omet aussi 
Antéros. En revanche il enregistre l'anniversaire de Zéphyrin, 
et, je crois, aussi celui d'Urbain, au 19 mai. Il serait donc un 
peu plus complet que le férial. Encore est-il à remarquer que 
la mention d'Urbain n'est pas certaine et que celle de Zéphyrin 
(20 décembre), dépourvue d'indications topographiques et rédigée 
ainsi dans le style postérieur à 302, peut se rapporter à une 
translation de ce pape (1). 

La coïncidence est donc, sinon absolue, au moins presque 
complète entre le commencement du férial et celui du calendrier ; 
l'omission commune des anciens papes est un trait caractéristi- 
que, bien autrement important que les petites différences rela- 
tives à Zéphyrin et à Urbain. 

Il serait, d'après ce que l'on vient de voir, difficile d'ima- 
giner deux documents aussi étroitement apparentés. On peut 
même dire que leur parenté est trop étroite pour s’expliquer 
par le seul fait qu'ils ont été rédigés d'après les documents 
liturgiques officiels de l’église romaine et suivant le style en 
usage à Rome pour ce genre de documents. La ressemblance 
dans les détails de la rédaction est telle que l'un des deux 
documents doit avoir été copié sur l’autre ou tous les deux sur 
un troisième. Il est sûr déjà que le calendrier hiéronymien, qui 
est le plus complet des deux, n’a pas été copié sur le férial; 
il .ne reste donc que deux hypothèses: ou le férial a été copié 
sur le calendrier, ou tous les deux sur le même document. Ces 


à la récitation liturgique des noms, et non point une table d'anniversaires, 
répartis suivant l'ordre du calendrier. 
(1) Voy. sur ce point, De Rossi, Roma sott., t. IT, p. 6-9, 37. 


142 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


deux hypothèses se ramènent à une seule, car le calendrier qui 
est entré dans le martyrologe n’est autre chose que le calendrier 
officiel de l’église romaine (1), au milieu du quatrième siècle, avec 
quelques compléments ajoutés plus tard et dans un autre style; 
ce calendrier et celui duquel dérive le férial ne peuvent être 
qu'identiques. 

Ces considérations permettent de reporter jusqu'en 336 au 
moins, date de la première édition du férial, l’origine de notre 
calendrier. Nous atteignons ainsi le pontificat de Silvestre et rien 
n'empêche de remonter plus haut, pourvu toutefois qu'on reste 
en deçà de la persécution de Dioclétien ou mieux encore, de la 
restauration du culte chrétien et de la réorganisation des services 
ecclésiastiques après cette persécution. Cette restauration se pro- 
duisit à Rome en 312, sous le pontificat de Miltiade (311-314). 
Or il est à remarquer que la compilation chronographique de 354, 
d'où provient le férial, contient une table pascale qui a son point 
de départ en 312, sans que rien paraisse justifier le choix de 
cette date. De plus, le calendrier lui-même contient l'indication 
de l'ordination de Miltiade, ce qui est, comme :1l a été dit plus 
haut, un signe de retouche ou de rédaction contemporaine. 

Il y a donc tout lieu de croire que notre calendrier romain 
remonte jusqu'à la période de réorganisation qui suivit immédia- 
tement la grande persécution dioclétienne. 

Reste maintenant à indiquer jusqu'où il avait été prolongé 
quand on le prit pour l'introduire dans la compilation hiérony- 
mienne. 

Ici, c’est encore la série des anniversaires pontificaux qui va 
nous servir de guide. On a déjà vu que, continuée au delà des 
limites du férial de 336-354, elle présente un arrêt à Boniface Ier 


(1) Ceci dement tout-à-fait clair quand on compare le texte du mar- 
tyrologe hiéronymien avec les rubriques qui servent, dans les livres litur- 
giques officiels, à indiquer les différentes fêtes. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 143 


(418-422), dont l'ordination et la sépulture sont marquées avec 
plusieurs indications topographiques. Au delà de Boniface, on 
ne rencontre plus d'autres anniversaires pontificaux, si ce n'est 
celui de la mort de saint Léon, au 10 novembre (1). Cet anni- 
versaire isolé, d'un pape dont le renom avait été si grand, peut 
fort bien avoir été ajouté par le compilateur du martyrologe 
lui-même ou par quelqu'un de ceux qui ont complété son œuvre 
entre son apparition et son remaniement à Auxerre; il n’est pas 
prouvé qu'il ait figuré sur le calendrier romain, tel qu'il était 
quand le compilateur s'en servit. 

On ne saurait en dire autant d'un certain nombre de dédi- 
caces d'églises, fondées ou restaurées par le pape Xystus II 
(432-440), qui figurent dans le martyrologe hiéronymien: celle 
du baptistère de Latran, au 29 juin, de Saint-Pierre-ès liens, au 
1° août, de Sainte-Marie-Majeure, au 5 août, de l'église des 
saints Sixte, Hippolyte et Laurent (basilica s. Laurentii maior), 
au 2 novembre. Ces fêtes ont dû avoir d’abord un caractère spé- 
cial, être des fêtes tout-à-fait propres à l’église romaine; il est 
difficile de croire qu'on les ait prises ailleurs que dans un ca- 
lendrier romain et qu’on les ait ajoutées après coup. Il est du 
reste à remarquer que ce sont les seules dédicaces romaines men- 
tionnées dans le martyrologe hiéronymien; celui-ci ne contient 
pas même celles des basiliques du Latran, de Saint-Pierre et de 
Saint-Paul, plus anciennes et plus importantes que celles de 
Xystus III. On peut donc voir ici un sérieux indice d'une ad- 
dition faite sous ce pape, et à Rome, au calendrier préexistant ; 
cette addition est d'autant plus remarquable que, quand elle a 


(1) Les manuscrits du martyrologe hiéronymien indiquent, au 10 sep- 
tembre, l'anniversaire du pape Hilaire (461-468); mais cette date ne convient 
ni au jour de son ordination (19 novembre), ni à celui de sa mort (29 fé- 
vrier); je montrerai ailleurs qu'elle doit, en dépit de toutes les apparences, 
se rapporter à un autre personnage que le pape. 


144 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


été faite, on avait déjà négligé de noter les anniversaires des 
papes dans l'exemplaire qui à servi au martyrologe (1). Je la 
considérerais volontiers comme la dernière retouche subie par cet 
exemplaire avant son adaptation à la compilation hiéronymienne. 


30 — Les listes africaines. 


Venons maintenant à l'Afrique. Elle est très largement repré- 
sentée dans notre martyrologe: peu de jours se passent sans que 
l'on voie apparaître la rubrique In Africa, suivie d'une longue 
liste de noms. Ces listes ne portent, le plus souvent, aucune indi- 
cation topographique précise. Il est rare que la province ou la 
ville soit nommée; Carthage elle-même, la grande métropole afri- 
caine, n’est mentionnée que dans un petit nombre de cas. La 
désignation générale In Africa est ici le pendant exact du mot 
Romae, qui précède tous les anniversaires extraits du calendrier 
romain, quand même il s'agit de saints d'Albano, de Nomentum 
ou de Terni. C'est évidemment le compilateur qui l’a inscrite en 
tête de chaque groupe de martyrs africains, quelle que fût leur 
province, simplement parce qu'il tirait d'un document africain 
l'indication de leurs anniversaires. 

Maintenant, quel était ce document? que doit-on penser de 
ses limites, de la date de sa rédaction et de son autorité? 


(1) Je dis dans l'exemplaire qui a servi au martyrologe, car il n'est guère 
douteux que des exemplaires plus complets et tenus exactement au courant 
n'aient existé. Cependant il est à remarquer que l'auteur du Liber pontifi- 
calis n’a point eu sous la main une bonne table d'anniversaires des papes 
pour le cinquième siècle; — et qu'il a même omus, contre son habitude, 
de noter ceux de Xystus IL et d'Hilaire. Le chronographe de 447 (Du- 
chesne, Le Liber pontificalis, introd., p. XIII, XIV) n'avait point, comme 
celui de 354, inséré dans sa collection une liste des depositiones episcoporum. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 145 


En ce qui regarde la date, il faut signaler tout d’abord un fait 
qui a été relevé depuis longtemps, c’est que le martyrologe hiérony- 
mien ne mentionne aucune des victimes de la persécution vandale. 
Ceci est une grave raison de croire qu'il a été compilé avant le 
règne d'Hunéric (476-484) ou même avant les derniers temps de 
son prédécesseur Genséric. À plus forte raison en est-il ainsi du 
martyrologe africain qui est un de ses éléments. Celui-ci est donc, 
au plus tard, du milieu du cinquième siècle. Il ne mentionne au- 
cun des évêques de Carthage, si ce n’est saint Cyprien: on ne 
peut donc se servir de la série de ces évêques pour y recon- 
naître des retouches successives, comme nous avons pu le faire 
pour le calendrier romain. | 

La date de sa rédaction flotte ainsi entre le temps de Cons- 
tantin et la première moitié du cinquième siècle. 

Comparons le maintenant aux autres documents sur les fastes 
martyrologiques de l’église africaine. Ces documents sont peu nom- 
breux. Le plus important est un calendrier de l'église de Car- 
thage, publié par Mabillon (Analecta, t. III, p. 398) et par Rui- 
nart, à la fin de ses Acéa sincera. Comme notre martyrologe, ce 
calendrier ne présente point encore les noms des victimes de la 
persécution vandale; mais il marque ceux des évêques de Carthage, 
jusqu'à saint Eugène inclusivement (+ 505); ainsi, dans sa rédac- 
tion actuelle, il ne remonte que jusqu'à la première moitié du 
sixième siècle. On peut y joindre les indications hagiographi- 
ques contenues dans les homélies de saint Augustin et dans leurs 
rubriques ainsi que les renseignements épars dans les livres des 
auteurs africains, quelques inscriptions mentionnant des martyrs, 
et surtout les onze ou douze passions africaines publiées par 
Ruinart. 

En prenant dans toutes ces pièces les noms de saints qu’elles 
contiennent, on formerait un calendrier un peu plus développé 
que celui de Mabillon, mais qui resterait bien au dessous du mar- 


146 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


tyrologe hiéronymien. Celui-ci l’emporte donc beaucoup en éten- 
due sur le calendrier de Carthage, même complété par les au- 
tres pièces africaines. 

Mais s’il est plus étendu, il est évidemment conçu d'après les 
mêmes idées et, proportion gardée, rédigé dans le même style. 
Le trait le plus caractéristique du calendrier de Carthage, c'est 
qu'il présente un assez grand nombre de désignations collectives 
où les martyrs sont indiqués par le nom de leur ville et non 
par les leurs propres ; ainsi, on trouve les fêtes sanctorum Ti- 
midensium, sanctorum Scillitanorum, Mazxulitanorum, Volatino- 
norum, Vagensium, etc. sans que les noms de ces saints soient 
exprimés. Cette forme de langage se retrouve dans saint Au- 
gustin et jusque dans les inscriptions. La fameuse inscription de 
Constantine (C. I. L. VIII, 7924) commence par les mots ZIII 
non. sepl. passione marturorum Hortensium, puis viennent dix 
noms de saints au génitif, comme dans le martyrologe. Ces dé- 
signations collectives se rencontrent aussi dans le texte hiérony- 
mien ; on y trouve, par exemple, au 17 juillet, la fête des martyrs 
Maxulitains, au 17 octobre celle des Volitains; d’autres se dé- 
couvrent moins facilement, à cause du mauvais état du texte, 
mais pourront être rétablies par une étude exacte des manuscrits. 

Cette particularité de rédaction suffirait à démontrer l’ori- 
gine africaine de notre document. On doit ajouter que des listes 
aussi étendues ne peuvent provenir d’ailleurs que des lieux mê- 
mes où les martyrs étaient vénérés. Je dirai même que ce n'est pas 
dans un endroit quelconque de l’Afrique romaine qu'une telle 
quantité d’indications a pu être recueillie. C'est évidemment de 
Carthage que tout cela provient, de la métropole civile et reli- 
gieuse de l’Afrique entière. 

Un point reste à élucider, ou plutôt un soupçon à dissiper. 
Au quatrième siècle, l'Afrique chrétienne était divisée en deux 
camps, catholiques et donatistes; elle avait deux personnels de 


F 
F] 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 147 


clercs et d'évêques, tous deux pourvus d’un primat et d’un centre 
d'organisation à Carthage. Les donatistes ne le cédaient pas aux 
catholiques en fait de zèle pour les martyrs ; ils se posaient même 
en champions et en continuateurs des héros de la foi. Si les ca- 
tholiques ont pu tenir à se procurer des listes complètes des mar- 
tyrs de chaque localité et à en célébrer l’anniversaire aux jours 
voulus, les donatistes n’ont pas dû montrer moins de sollicitude. 
Dès lors on peut se demander de quelles mains le compilateur 
du martyrologe hiéronymien a reçu son calendrier africain. Et 
le doute augmente encore si l’on considère que nul des évêques 
catholiques de Carthage ne figure dans le martyrologe, sauf le 
martyr Cyprien, antérieur au schisme et honoré dans les deux 
confessions. 

Je répondrai d'abord que, si les évêques catholiques de Car- 
thage ne sont pas mentionnés au martyrologe, il en est de même 
des primats donatistes, au moins de Parménien et de Primien, car 
pour Donat, son nom est si commun qu’on ne peut affirmer a priori 
qu'il ne doive pas être identifié avec l'un des nombreux saints Donat 
des listes africaines. Quant aux personnes que les donatistes seuls 
honoraient comme martyrs et dont deux, Donat de Bagaï et Mar- 
culus, ont fini par se glisser dans les martyrologes depuis le 
IX° siècle (1), je ne puis parvenir à retrouver leurs noms dans 
les listes hiéronymiennes. Pour Donat de Bagaï, dont la date obi- 
tuaire est inconnue, cela sera toujours impossible. On sait à peu 
près quel jour mourut Marculus, et il en est de même de deux 
autres pseudomartyrs, Isaac et Maximien (2); or leurs noms ne 
se retrouvent point aux jours indiqués, ni dans le voisinage; je 
crois même qu'il n’y a aucun Isaac dans tout le martyrologe 
hiéronymien. — Mais voici un indice plus grave. On a publié 


(1) Tillemont, Hist. eccl., t. VI, p. 711-713. 
(2) Tillemont, t. c., p. 115. 


148 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


récemment (1) une inscription trouvée à quelque distance d'Oran, 
qui paraît mentionner des martyrs de l’année 329, (2) c'est-à- 
dire des martyrs donatistes: Aemoria beatissimorum martyrum, 
id est Rogati, Mateni, Enassei, Maximae quem Primosus Cam- 
bus genitores dedicaverunt. Passi XII kal. nov. X# CCXC prov. 
Or, au XII kal. nov. on trouve dans le martyrologe hiérony- 
mien: Zn Africa Modesti, Matheri (varr. Materi, Matthaci), 
Dissei. L'identité des noms est loin d'être complète ; mais, quand 
elle le serait, il n’y aurait pas encore lieu d'affirmer que nous 
avons affaire à des martyrs donatistes. En effet, la date de l’année 
est séparée de l'expression XII kal. nov. par le monogramme du 
Christ; il n'est nullement sûr qu'elle fasse corps avec elle et 
qu’elle se rapporte à la passion des martyrs. Je serais plutôt dis- 
posé à croire qu'elle est relative à la dédicace de la memoria (3). 

En somme il n’y a aucun indice sérieux qui favorise l’attribu- 
tion aux donatistes de cet important document sur les fastes mar- 
tyrologiques africains et l’on a tout droit de croire qu'il dérive 
des documents officiels de l'église catholique de Carthage. 

On peut se demander maintenant si, malgré son étendue, cet 
immense calendrier est tout-à-fait complet, s'il contient les noms 
de tous les martyrs que l’on vénérait en Afrique au temps des em- 
pereurs chrétiens. Je répondrai qu'on y trouve tous ou à peu près 
tous ceux que le calendrier de Carthage, les passiones martyrum, les 
homélies de saint Augustin et autres documents analogues nous 
montrent avoir été l’objet de commémorations solennelles; mais 
que les inscriptions en indiquent parfois qui ne se retrouvent pas 


(1) Bulletin trimestriel des antiquités africaines, t. 2 p. 210. 

(2) L'an 290 marqué dans l'inscription est celui de l’ère provinciale de 
Maurétanie; il correspond à l'an 329 de J. C. 

(3) Cette conjecture est confirmée par une observation que M. de Rossi 
a faite sur l'estampage de l'inscription. Il y a distingué des traces de re- 
maniement à l'endroit Passi XII Kal. nor. 


LÀ RE. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 149 


dans notre texte; par exemple les martyrs Nivalis et Matrona, 
des environs de Calama, en Numidie (C. I. L. t. VII, 5664), 
connus par une inscription où le jour de leur anniversaire est 
marqué, ou encore les saints Justus et Decurius, de Sitifi (4btd. 
8631). Ceci est d'autant plus remarquable qne les documents épi- 
graphiques sur les martyrs sont en petit nombre. Il y a donc 
lieu de croire que le calendrier africain inséré dans le martyro- 
loge hiéronymien ne représente encore qu’un choix. Quels prin- 
cipes y ont présidé? A-t-on eu plus de renseignements sur une 
province, sur certaines églises, que sur d’autres ? Ce sont là des 
questions que l’on résoudra peut-être quand le texte sera recons- 
titué, mais qu'il serait imprudent d'aborder auparavant. 


49 — L’italie on dehors de Rome. 


Venons maintenant à l'Italie. Déjà plusieurs fêtes de saints 
de ce pays sont entrées dans le martyrologe par l'intermédiaire 
et sous les rubriques du calendrier romain. Mais il y en a d'au- 
tres qui paraissent avoir été marquées directement, sans que l’au- 
teur du martyrologe les ait trouvées groupées dans un texte 
préexistant. 

Au point de vue de la distribution géographique, on relève 
un certain nombre d'indications de provinces, qui appartiennent 
toujours au diocèse méridional ou suburbicaire, tandis que les 
villes de l'Italie du Nord, du diocèse annonaire, sont régulière- 
ment marquées Zn Italia, c'est-à-dire sous la rubrique du diocèse, 
et non sous celle de la province. Cette différence entre les deux 
parties de l'Italie s'observe aussi, au quatrième siècle, dans les 


signatures épiscopales du concile de Sardique (343) et dans les 


150 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


écrits de saint Athanase. Elle correspond évidemment à un usage 
établi, dont je n'ai point à rechercher ici l'origine (1). 

Le nombre des fêtes ainsi indiquées est assez considérable, 
bien qu'il reste fort au dessous de ce que nous trouvons pour 
l'Afrique et pour certaines régions de l'Orient. En dehors même 
des localités indiquées sous la rubrique Romae et d’après le 
calendrier romain, une quarantaine de villes sont mentionnées. 
Quelques-unes, comme Capoue et les deux grandes métropoles 
du Nord, Aquilée et Milan, ont des fastes assez étendus. Ils 
comprennent, outre les anniversaires des martyrs, ceux des évé- 
ques les plus célèbres du quatrième siècle et même du commen- 
cement du cinquième; par exemple saint Denys et saint Am- 
broise de Milan, saint Valérien d’'Aquilée, saint Eusèbe de Ver- 


ceil, saint Sévère de Ravenne, saint Paulin de Nole. 


5° — L'Occident transalpin. 


La Gaule, l'Espagne et la Bretagne ont fourni aussi leur 
contingent à la compilation primitive. Mais il y a une diffé- 
rence à faire entre ces trois régions, c'est que l'Espagne n'est 
représentée que par ses martyrs les plus célèbres, tandis que 
les évêques et autres saints de la Gaule et même de la Bretagne 
sont marqués en grand nombre dans nos manuscrits. Pour la 
Bretagne cependant, les fêtes de cette dernière catégorie n'at- 
teignent que des manuscrits spéciaux, qui proviennent, eux 
ou leurs originaux, du pays d'outre-mer. En fait de saints bre- 
tons communs à tous les manuscrits de la compilation auxer- 


roise, le seul qui puisse être reconnu avec une entière certitude 


(1) Voir sur ce sujet mon mémoire sur les Divisions de l’empire ro- 
main au quatrième siècle, dans les Mélanges Graux, p. 138 et suiv. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 151 


est le martyr saint Alban (22 juin). Si donc on néglige les in- 
terpolations postérieures au sixième siècle, la Bretagne et l’Es- 
pagne se trouvent dans la même situation. Les martyrs d'Es- 
pagne sont faciles à reconnaître ; il n'y a guère que ceux dont 
nous avons les passions, ou qui ont été célébrés dans les hymnes 
de Prudence. | | 

La Gaule est bien plus favorablement traitée, mais il est 
assez difficile de faire le départ entre les fêtes de ce pays que 
le recenseur auxerrois a déjà trouvées dans le martyrologe, et 
celles qu'il y a ajoutées lui-même. On peut remarquer que cer- 
tains martyrs illustres, comme saint Denys et ses compagnons, 
saint Victor de Marseille, saint Genès d'Arles, les saints Crépin 
et Crépinien de Soissons ont leurs fêtes dans le corps des arti- 
cles et non point à la fin. Ceci parattrait indiquer qu'ils figu- 
raient déjà dans la compilation primitive. Mais je ne veux pas 
m'avancer sur ce point avant d'avoir pu faire à loisir une étude 
comparative exacte de tous les manuscrits importants. 

Une observation plus facile à faire c'est que les noms des 
villes d'Espagne, de Gaule et de Bretagne ne sont jamais ac- 
compagnés de l'indication de la province. Jamais on ne trouve 
nommées la Bétique, la Lusitanie, la Viennoise, la Lyonnaise, etc. 
Il y a cependant, avec les noms des villes, une indication générale 
de la région, tx Spania ou in Spaniis, in Gallia, in Britiannia. 
C'est là un système tout différent de celui que nous avons rencon- 
tré jusqu'ici et suivant lequel les provinces d'Orient, celles de l'Ita- 
lie, même quelquefois celles de l'Afrique, sont mentionnées à côté 
des noms de ville. Il est clair que les renseignements de notre 
auteur sur les fastes martyrologiques des pays transalpins n'é- 
taient ni aussi complets, ni aussi précis, au point de vue topo- 
graphique, que ceux qu'il possédait pour l'Italie. 


152 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HLÉRONYMIEN 


6° — La compilation elle-même. 


En résumé, nous sommes parvenus à établir qu'il est entré 
dans le compilation hiéronymienne trois documents antérieurs 
à elle : 

1° un martyrologe oriental, spécialement consacré aux mar- 
tyrs des églises comprises dans l'empire d'Orient, y compris 
l'Illyricum oriental et occidental ; 

2° un calendrier romain, avec adjonction de quelques mar- 
tyrs des églises voisines de Rome ; 

3° un martyrologe africain. 

Outre ces trois documents, l’auteur de la compilation a eu 
à sa disposition des renseignements nombreux sur les fêtes des 
églises italiennes, beaucoup plus rares sur celles des églises oc- 
cidentales d’outre-monts. Pour les premières 1l a indiqué la divi- 
sion provinciale avec assez de précision; pour les autres il n'em- 
ploie que des termes fort vagues. 

Il résulte de ce coup d'œil d'ensemble sur les éléments mis 
en œuvre par lui, qu'il a dû écrire en Italie. C'est du reste ce 
qu'on a toujours cru, et je n'ai pas besoin de démontrer une 
chose qui l'est déjà. 

Un point plus difficile à éclaircir, c'est la date de la com- 
pilation. 

On a déjà remarqué que le calendrier romain, bien qu'il 
remonte, pour sa rédaction première, au temps de Constantin, 
porte cependant la trace de diverses retouches dont la dernière 
a dû avoir lieu sous le pape Xystus III (432-440). En y re- 
gardant bien, on trouve dans le martyrologe africain une indica- 
tion chronologique en pleine concordance avec celle-ci. J’ai signalé 


plus haut la rubrique Zn Africa comme appliquée indifféremment 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 153 


à toutes les villes des provinces transmarines. Ceci cependant 
comporte une restriction. À plusieurs reprises on trouve aussi 
la rubrique In Maurilania, isolée, tandis que la province de 
Numidie, mentionnée une seule fois, est accompagnée de la ru- 
brique ordinaire In Africa. Il semble que, dans le martyrologe 
des provinces africaines, on ait ménagé une catégorie à part 
pour la Maurétanie, que son rédacteur ait conçu l'Afrique comme 
divisée en deux grandes régions, comprenant, la première la pro- 
vince Proconsulaire, l'Afrique, la Byzacène et la Numidie, la 
seconde la Maurétanie ou l'ensemble des provinces situées à 
l'ouest de la Numidie. Or, au quatrième et au cinquième siècle, 
une telle distinction n'a jamais correspondu à une division admi- 
nistrative, si ce n’est pendant la période de 435 à 455 où les 
provinces africaines furent partagées entre Genséric et l'empe- 
reur, de telle façon que le roi des Vandales exerçait son auto- 
rité depuis Carthage jusqu'à la Numidie, tandis que la région 
maurétanienne restait soumise à l'empire romain. 

Ces indications, fournies par les documents antérieurs à la 
compilation hiéronymienne, sont confirmées par les limites chro- 
nologiques de celle-ci, en ce qui regarde les fastes ecclésiastiques 
de l'Italie. J'ai dit en effet que les saints italiens du quatrième 
siècle y figurent en assez grand nombre. Au contraire, beaucoup 
de saints évêques du cinquième siècle et en particulier de la fin 
de ce siècle, s'y chercheraient en vain; par exemple saint Pierre 
Chrysologue de Ravenne, saint Eusèbe de Milan, saint Maxime 
de Turin, saint Epiphane de Pavie. Depuis Boniface Ier (+ 422) le 
seul pape du cinquième siècle que l’on y trouve est saint Léon 
(+ 461); encore saint Léon est-il de ceux qu'une célébrité ex- 
traordinaire ont pu faire ajouter après coup. 

Toutes ces données nous conduisent à la période qui s’étend 
depuis le pontificat de Xystus III (432-440) jusqu'à la fin du 
cinquième siècle. En plaçant vers le milieu de ce siècle la com- 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 19 


154 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


pilation de notre martyrologe, nous ne nous tromperons pas 
beaucoup. La citation qu’en fait Cassiodore, vers 541, suppose 
qu’il jouissait dès lors d’une certaine considération. 


Disons maintenant quelques mots de la façon dont notre au- 
teur a combiné les renseignements, écrits ou autres, dont il dis- 
posait, et de la forme qu'il a donnée à son ouvrage, 

La méthode à suivre lui était indiquée par la conception 
même de son livre; 1l n’avait qu'à grouper jour par jour tous 
les saints que lui fournissaient ses documents. L'auteur du mar- 
tyrologe oriental en avait déjà agi ainsi; il lui offrait un cadre 
à moitié rempli auquel il n'avait qu’à ajouter les anniversaires 
occidentaux. En certains cas seulement, les mêmes fêtes se re- 
produisant dans plusieurs calendriers, il y avait lieu de faire un 
choix entre les diverses rédactions. Dans ces cas-là notre au- 
teur a suivi, comme cela était naturel, les textes occidentaux, 
et, en particulier, le calendrier romain, pour les fêtes occidentales, 
le martyrologe grec pour les fêtes orientales, le martyrologe afri- 
cain pour les fêtes africaines. Ainsi, l'anniversaire des saintes 
Perpétue, Félicité et de leurs compagnons, qui figurait dans les 
trois textes, est marqué dans le style du martyrologe africain, 
avec l’ethnique Tuburbitanorum; le natale de saint Xystus II, 
indiqué aussi dans le martyrologe oriental et dans le calendrier 
de Carthage, est annoncé avec les indications topographiques pro- 
pres au calendrier romain; la fête commune de saint Pierre et 
de saint Paul, marquée au 28 décembre dans le martyrologe 
d'Orient, est reportée au 29 juin, conformément à l’usage occi- 
dental, dans la compilation hiéronymienne et accompagnée d'in- 
dications topographiques spéciales, relatives aux sanctuaires ro- 
mains. 

Pour les grandes fêtes fixes de Notre-Seigneur et pour les 
autres commémorations d'un caractère général, notre auteur dut 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 155 


suivre l'usage italien en vigueur au moment où il écrivait. Mais 
quand son travail devint l’objet d'une sorte de réédition au delà 
des monts, 1l était inévitable que l'ôn ne le mît d'accord avec 
l'usage gallican. Plus tard, sans doute, quand le rit romain s’intro- 
duisit en France, au temps de Charlemagne, et même auparavant, 
quand certains usages romains y pénétrèrent isolément, les ma- 
nuscrits hiéronymiens furent retouchés à ce point de vue. Mais 
si l'on néglige ces retouches et ces divergences, qui sont néces- 
sairement postérieures à la fin du sixième siècle, si l’on remonte 
à l'original commun de tous nos manuscrits actuels, on s'aper- 
çoit aisément qu'ils étaient, pour les choses dont je parle, l'ex- 
pression exacte des usages gallicans. On y retrouve tous les 
traits qui caractérisent ceux-ci, et qui nous sont connus, soit 
en général par les écrits des temps mérovingiens, soit par les 
livres de la liturgie gallicane, soit surtout par le calendrier des 
principales fêtes de l’église de Tours, tel qu'il fut établi au cin- 
quième siècle par l'évêque Perpetuus et tel que le reproduit 
Grégoire de Tours dans le dernier chapitre de son Historia Fran- 
corum. Ainsi la Passion et la Résurrection de N. $. sont des 
fêtes fixes, célébrées le 25 et le 27 mars, bien distinctes des 
solennités mobiles du vendredi saint et du dimanche de Pâques; 
la fête du 1°* janvier s'appelle Circumcisio Domini et non Octava 
Domini, comme dans les anciens livres liturgiques romains; le 
natale sancti Petri episcopatus se célèbre un autre jour que le 
22 février, date observée à Rome et en Afrique, depuis le qua- 
trième siècle au moins. Tandis que les calendriers de Rome et 
de Carthage ne contiennent encore aucune fête de la sainte Vierge, 
le martyrologe hiéronymien en a une au 18 janvier, la fête gal- 
licane de la Depostitio b. Mariae. 

Nous n'avons donc point ici, pour toute cette catégorie de 
fêtes, la physionomie primitive de notre compilation. En passant 
en Gaule, elle s’est gallicanisée, non seulement par l'accession 


” 
156 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


d'un grand nombre de saints locaux, mais encore par son adap- 
tation à la disposition spéciale de l’année liturgique suivant le 
rit gallican. 

Ce n’est pas le seul changement qu'elle ait subie depuis sa 
première origine. L'énorme quantité de fautes, de confusions, de 
répétitions de toute espèce qui la défigurent si étrangement pro- 
vient d'accidents multiples, de remaniements successifs, fort dif- 
férents de date et de cause. Je démontrerai, quand le moment 
en sera venu, qu'il y en avait déjà un bon nombre dans le mar- 
tyrologe d'Orient, avant qu'on ne le prit pour en faire le cadre 
de la compilation hiéronymienne, avant même que ne fut rédigé 
l'exemplaire grec d'où dérivent, chacun de leur côté, l’abrégé 
syriaque et le texte latin. Il est d’ailleurs impossible d'admet- 
tre que, du milieu du cinquième siècle à la fin du siècle suivant, 
la rédaction italienne primitive n'ait souffert aucun dommage ni 
reçu aucun complément dans son pays d'origine. C'est ainsi, pour 
ne citer qu'un seul exemple, que le nom de l'apôtre saint Jac- 
ques a été adjoint, au 1% mai, à celui de l’apôtre saint Philippe. 
La rubrique topographique à cet endroit et le passage corres- 
pondant de l’indiculus apostolorum placé en tête de la compi- 
lation ne laissent aucun doute sur la teneur primitive; le 1°° mai 
fut d'abord la fête de saint Philippe seul. Pourquoi le souvenir 
de saint Jacques le mineur est-il venu se joindre à celui de l'a- 
pôtre d'Hiérapolis? Ni dans leur histoire, ni même dans leurs 
légendes il n’y a aucun lien spécial entre ces deux saints. La 
seule raison que l'on ait eue de les réunir dans un même an- 
niversaire c'est la dédicace en leur nom commun d’une basilique 
romaine, sous les papes Pélage Ie° et Jean IIL (v. 561). 

Si nous avions des manuscrits vraiment italiens, exempts des 
retouches auxerroises, beaucoup de choses de ce genre s'expli- 
queraient qui sont destinées à rester obscures. À défaut de ces 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 157 


manuscrits, nous pouvons au moins citer deux descriptions, brè- 
ves, il est vrai, et indirectes de la rédaction qui circulait en 
Italie au sixième siècle. Vers 541, Cassiodore exhortait ses dis- 
ciples à lire les vies des Pères, les témoignages des fidèles et 
les passions des martyrs: Passiones martyrum legite constanter, 
quas inter alia in epistola s. Hieronymi ad Chromatium ct Ile- 
liodorum destinata procul dubio reperietis, qui per totum orbens 
terrarum floruere, ut sancta imitatio vos provocans ad caelestia 
regna perducat (1). On ne peut douter qu'il ne soit ici question 
de notre martyrologe, précédé comme il est d’une lettre de saint 
Jérôme à Chromatius et Héliodore, dans laquelle il présente l’ou- 
vrage comme sien; on ne trouverait nulle part ailleurs une lettre 
de saint Jérôme où, écrivant à ces personnages, il leur parle de 
martyrs et surtout de martyrs qui per totum orbem terrarum 
floruere. Repondant à une lettre du patriarche d'Alexandrie Eu- 
logius, qui lui avait demandé si l’on ne trouverait point à Rome 
un exemplaire de la Zuvxyoÿh Tév &pyzxiwv uaprupiwv d'Eusèbe, 
saint Grégoire le Grand commence par déclarer qu’il n’y en a 
aucun, puis il ajoute: Nos autem pene omnium martyrum, di- 
stinclis per dies singulos passionibus, collecta in uno codice no- 
mina habemus, atque quotidianis diebus in eorum veneratione 
missarum solemnia agimus. Non lamen in eodem volumine quis 
qualiter sit passus indicatur, sed tantummodo nomen, locus et 
dies passionis ponitur; unde fit ut multi ex diversis terris at- 
que provincüs per dies, ut praedixi, singulos cognoscantur mar- 
tyrio coronati (2). Tous ces traits correspondent exactement à la 
physionomie de aotre martyrologe, tel que nous le voyons dans 
les manuscrits actuels. 

Entre ces deux descriptions cependant, il y a une différence 
très grave et, en apparence, irréductible. Cassiodore dépeint et 


(1) De institutione divin. lect., c. 82 (Migne, P. L., t. LXX, p. 1147). 
(2) Greg. M. Ep. VIL, 29. 


158 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRO\ YMIEN 


présente le martyrologe à ses moines comme un livre où on peut 
lire les passions des martyrs ; saint Grégoire affirme qu’il ne 
disait pas quis qualiter sit passus. Si Cassiodore n'indiquait pas 
aussi expressément l'épitre de saint Jérôme à Chromatius et Hé- 
liodore, qui est la préface de notre martyrologe, et si la dispo- 
sition de celui-ci ne correspondait pas trait pour trait à la des- 
cription de saint Grégoire, jamais on ne pourrait croire qu'ils ont 
eu en vue le même livre. Mais ces deux témoignages se concilient 
aisément en admettant deux éditions, l'une développée, où, pour 
certains martyrs au moins, on aurait donné un résumé de leurs 
passions, à peu près cofnme l'ont fait les martyrologistes anglo- 
saxons ou franks du huitième et du neuvième siècle, l'autre abré- 
gée, restreinte aux indications topographiques. La première aurait 
été connue de Cassiodore, la seconde de saint Grégoire; et ce 
serait précisément celle-ci qui aurait trouvé le chemin de la Gaule 
et d'Auxerre. 

Mais il ne s'agit pas seulement ici d’une hypothèse propre 
à concilier deux témoignages très graves, quoique tout-à-fait dis- 
cordants. Voici quelques observations qui donneront, Je crois, à 
cette solution un degré de probabilité très voisin de la certitude. 

L’abrégé syriaque est extrêmement court; il ne représente 
qu'une réduction en très petit de la rédaction primitive du mar- 
tyrologe grec. Cependant il a conservé des traces d'indications 
historiques; outre la ville, la province, les fonctions hiérarchiques, 
la qualité d'ancien martyr, il donne quelquefois d’autres détails. 
Ainsi, au 26 juin, on y lit: Laodiceae in Phrygia(1)....... 
qui in persecutione . . .. adunati sunt et ecclesiae adhaeserunt 
et tunc confessi sunt, episcopus Theophilus, Philippus et quinque 
ali; au 23 septembre: Ancyrae, infantes qui martyres facti 
sunt ab uberibus matrum. Même dans le martyrologe latin on 


(1) Les points remplacent ici des parties où le texte syriaque est illisible. 


LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 159 


peut découvrir çà et là de petites notes historiques du même 
genre. Ainsi, au 4 mai: Zn Norico Ripense, loco Lauriaco, na- 
tale Floriani, principis officti praesidis, ex cuius iussu ligato 
saxo collo etus, de ponte in fluvium Anisum missus est, oculis 
praecipitatoris eius crepantibus, videntibus omnibus circumstan- 
tibus; au 30 juin: Anéiochiae, Hesychii palatini, qui multa tor- 
menta passus est; au 12 janvier: In Achaia (1), Cyriaci, Mos- 
centi, Saturi, civis Arabii, qui transiens ante templum cuiusdam 
idoli, insufflans cum signasset frontem, corruit ; tenentes eum 1bi- 
dem observantes duxerunt ad ducem et indicantes factum decol- 
latus est; au 14 janvier: In Anthiochia (2), Glycerii diaconi, de 
antiquis, mullis tormentis passi et in mare mersi; au 26 mars: 
In Sirmia, Munati presbyteri de Singidonis et Maximae uxoris 
etus; cum Sirmium fugisset comprehensus est el missus est in 
fluvium; nono lapide inventum est corpus eius. 

Ï serait facile d'ajouter d’autres exemples; (3) mais ceux-ci 
suffisent. Ils peuvent aussi servir à expliquer la provenance de cer- 
taines notes très précises, sans aucune apparence légendaire, que 
l'on rencontre çà et là dans le grand martyrologe d'Adon. Adon 
reproduit volontiers celles de ces petites notes qui se trouvent 
dans nos manuscrits du martyrologe hiéronymien ; il peut se faire 
qu’il ait eu à sa disposition un manuscrit où elles étaient en plus 
grand nombre. 

En somme il y a tout lieu de croire que le martyrologe hié- 
ronymien n’a pas été à l’origine un simple recueil de noms et de 
dates. Même dans ce que l’on pourrait appeler sa rédaction la 


(1) Cette rubrique est fausse, car un peu plus loin on mentionne un dux 
Arabiae; du reste, il ne s'agit ici que d'un martyr et non pas de trois. 

(2) L'abrégé syriaque porte Nicomédie, au lieu d'Antioche; Ia mention 
de la mer lui donne raison contre le texte latin. 

(3) Je n'ai cité ici que des textes déjà publiés. M. de Rossi fera pro- 
chainement connaître un manuscrit inédit, qui fournira d'autres arguments 
à l'appui des idées que j'expose en ce moment. 


160 LES SOURCES DU MARTYROLOGE HIÉRONYMIEN 


plus ancienne, dans le martyrologe grec du quatrième siècle, il 
contenait des détails historiques. Si l'on réfléchit à ce que j'ai 
dit plus haut sur les sources de ce martyrologe grec et en par- 
ticulier sur ses rapports avec le passionnaire d’Eusèbe, on se fera 
une idée de ce que nous avons perdu en perdant son texte ori- 
ginal et même son remaniement italien du cinquième siècle. 

L'auteur de ce remaniement, c'est-à-dire le véritable compi- 
lateur du martyrologe hiéronymien, a mis son travail sous la 
protection du nom de saint Jérôme. Ce procédé littéraire était 
fort usité au temps où il écrivait ; l’auteur du Liber pontificalis 
s'en est servi et d'autres avec lui (1). Saint Jérôme, au dire de 
notre martyrologiste, n'aurait même été qu’un simple traducteur 
et abréviateur du férial d'Eusèbe. Après ce que j’ai dit de ses 
documents et de leur antiquité on accordera, j'espère, que la date 
indiquée par cette fiction n'est pas loin d'être supérieure à celle à 
laquelle on est autorisé à reporter les origines de la compilation 
hiéronymienne. 


(1) Voir mon édition du L. P,, Introduction, p. XXXIX. 


L. Ducesxe. 


LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS. 


Le cycle des figures sculptées sur les sarcophages que les 
fidèles achetaient aux officines païennes a sa place et son impor- 
tance dans l'histoire du bas relief-chrétien. Indifférentes à l'ori- 
gine, mais souvent choisies avec une intention marquée, les repré- 
sentations dont je parle lui fourniront plusieurs des éléments qui 
lui doivent constituer une existence propre. Cet art ne nait pas 
brusquement, créant du premier coup des formes nouvelles, im- 
provisant des sujets, conime l'avait fait jusqu'à un certain point 
la peinture. Il n'invente point les figures ni les scènes qu'il 
emploie, et qui restent en nombre très limité: il accepte celles 
qui existaient avant lui, et se contente de les approprier plus 
nettement à l'esprit de l’Église, d'y rendre plus manifeste l'ex- 
pression mystique qu'on leur avait prêtée gratuitement. L'aspect 
de ces premières œuvres chrétiennes ne sera donc pas encore 
chrétien au sens strict du mot. On n’y voit ni Jésus, ni les apôtres, 
ni les miracles de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Nous 
sommes là en présence d’un art abstrait et qui se consacre avant 
tout à figurer des idées. Ce caractère allégorique lui était en 
quelque sorte imposé par ses origines mêmes. C’est parce que 
les premiers sarcophages des fidèles ont été choisis dans des 
ateliers païens que la sculpture chrétienne commencera par être 
toute symbolique, et que, pour incarner ce symbolisme lui-même, 
elle n’ira pas demander ses motifs à l'histoire sacrée. En cela, 
elle diffère de la peinture. La peinture, à cette époque, procède 
aussi par allusions, et veut parler aux esprits plutôt qu'aux yeux. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE 18 


162 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


Mais, d'ordinaire, dans les fresques des Catacombes, non seule- 
ment le sens caché est chrétien, la scène visible l'est au même 
titre. Le fond et la forme appartiennent également à la foi nou- 
velle; et s'il s'agit, par exemple, de représenter les sacrements, 
on verra Moïse frappant le rocher, Jonas rejeté par le monstre, 
le paralytique emportant son lit, qui viennent fournir l'enveloppe 
extérieure du symbole (1). Ce n'est pas ainsi que commence la 
sculpture, et, par l’histoire même de ses débuts, on sent bien 
qu'elle ne pouvait pas commencer ainsi. Elle est née avec des 
habitudes prises, des traditions reçues: elle continuera à user des 
emblèmes que le hasard lui avait fournis sur les sarcophages 
mêmes des païens. Sans doute, elle subira l’influence des peintures, 
mais d'une manière limitée et secondaire. Elle leur empruntera 
tels ou tels personnages consacrés, qu'elle pourra faire rentrer 
dans son cadre traditionnel, et dont elle servira pour imprimer 
la marque chrétienne sur des scènes indifférentes. Mais, dans la 
première période, la seule dont nous parlions en ce moment, 
elle ne transcrira point, d'après les fresques, de grandes scènes 
bibliques ou évangéliques. Elle gardera, dans l’ensemble, son 
langage indirect et détourné, ses allures discrètes et un peu 
vagues; elle débutera par les paraboles et par les images. 

Si, dans le nombre des modèles que pouvait fournir la pein- 
ture les sculpteurs ont d'abord choisi le Bon Pasteur presque 
seul pour ajouter un motif de plus au réportoire de l'École, il y 
eut là une raison, instinctive peut-être, mais dont on se rendra 
compte aisément. Sans doute, le Berger rapportant la brebis sur 
les épaules est le symbole même du Christ, et à ce titre nulle 
figure ne convenait mieux à une tombe chrétienne. Mais ce n’est 
pas tout: nulle aussi ne pouvait s'allier plus facilement et plus 
heureusement avec les autres motifs des bas-reliefs funéraires. 


(1) Au cimetière de Calliste. 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 163 


Que ceux qui l'ont imaginée se fussent ou non souvenus des 
anciennes statues criophores, peu nous importe ici. Ce qui est 
certain, c'est que d'une part, le jeune homme vêtu de l’exomis 
pastorale, l'épaule nue, les jambes découvertes, soutenant, dans 
une attitude gracieuse l'animal placé sur son dos, et, d'autre part, 
ces beaux génies des Saisons, ces Endymions accoudés devant 
leur troupeau. et un grand nombre de ces personnages décora- 
tifs qui plaisaient tant aux sculpteurs, proviennent d'une inspi- 
ration artistique toute semblable, et offrent aux yeux une sorte 
de parenté, un air de famille qu'il est aisé de reconnaître. À cette 
convenance extérieure, répond une harmonie plus intime qui s'éta- 
blissait entre le symbolisme du Pasteur et celui que les chrétiens 
avaient attribué aux représentations indifférentes. Des deux côtés, 
c'était le même genre d’allusions, c’étaient des images simples, 
étrangères par elles-mêmes aux choses de la foi, et qui cependant 
leur servaient d’interprètes. Les scènes bibliques des peintures, 
bien que tout imprégnées aussi d'esprit symbolique, auraient été 
pourtant en rapport moins exact avec ce système d'allégories. 
Leurs personnages trop vivants, trop réels, auraient mis là une 
espèce de désaccord que l’on sut éviter; et le Bon Pasteur vint 
prendre, au milieu des motifs traditionnels du dé de à une 
place qui se faisait tout naturellement. 

Nous citerons ici quelques exemples de cette innovation, Le 
Bon Pasteur fut sculpté au centre, sur des tombes dont les deux 
extrémités portent les génies à la torche inclinée (1). Il occupe une 
position identique entre les deux lions qui dévorent la biche (2) 
ou qui tiennent l’anneau dans la gueule (3). Nous le voyons de 
même figurer parmi les génies des Saisons. Tantôt il est confondu 


(1) Garrucci, 296, 1 et 408, 1. 

(2) Notre Catalogue donnera un sarcophage inédit de ce modèle qui 
se trouve à l'évêché de Porto. 

(8) Garracci, 296, 2. 


164 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


avec eux et n’a point le poste central (1); tantôt au contraire, 
sur des sarcophages divisés en cinq arcades, il est sous l’arcade 
du milieu (2): souvenir évident de ces tombes païennes où l’on 
trouve à la même place, escortée des mêmes génies, l’image de 
quelque divinité, — d'une Vénus marine par exemple (3). Un 
bas-relief, assez singulier d’aspect, associe le Bon Pasteur au 
groupe d'Eros et de Psyché (4). Une autre tombe, remarquable 
aussi par le mélange de représentations, nous montre sur son cou- 
vercle le Soleil, la Lune, des vendanges et une course de chars: 
le Bon Pasteur s'y trouve (5) en petites dimensions dans l'espace 
ovale que laissent au centres des strigilles opposés, — “ la man- 
dorla. , Parmi ces tentatives, quelquefois un peu gauches, que 
les sculpteurs ont faites pour imprimer ainsi la marque chré- 
tienne sur les œuvres qu'ils avaient appris à exécuter, il faut 
faire mention d'un sarcophage resté à l'état d’ébauche, et qui 
devait représenter selon le type ordinaire une scène de vendan- 
ges. Les détails sont ceux que l’on connaît. Des Amours foulent 
le raisin dans une cuve, d'autres apportent les corbeilles, etc. 
Seulement on voit intervenir au milieu, d'une manière un peu 
inattendue, le Bon Pasteur, qui occupe toute la hauteur du mar- 
bre (6). Le type nouveau et les formules anciennes sont ainsi 
employés côte à côte. 


(1) Sur un sarcophage inédit qui sert de fontaine dans la cour d’une 
maison de Rome, via Torre-Argentina. Voyez aussi Garrucci, 859, 3: 
un sarcophage où le bon Pasteur figure avec doux Muses, un autre 
. berger et deux génies des Saisons. - 

(2) Au musée chrétien du Latran (Garrucci, 302, 1). 

(8) À la vigna Pacca (V. Matz et Duhn, ouvrage cité, n° 8010). 

(4) Garrucci, 395, 8. 

(5) Id. 296, 4. 

(6) Dans la cour du palais Merolli, à Rome. Ce sarcophage a été 
publié par Matz et Duhn (2778), mais le caractère chrétien leur en a 
échappé. 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 165 


Nous avons vu le Pasteur s'ajouter aux autres motifs de dé- 
coration d’une manière fort convenable et fort heureuse sans 
doute, maïs sans s'y mêler tout à fait, sans former une scène 
avec eux. Mais il se trouvait, parmi les bas-reliefs sépulcraux, 
un ordre de sujets où le Bon Pasteur avait un cadre plus ap- 
proprié encore, où il était chez lui pour ainsi dire, qu’il com- 
plétait et qui le complétaient: les scènes pastorales existaient 
sur les sarcophages romains; et cette coïncidence est un fait 
d'une importance extrême dans cette période de l'art chrétien. 
Assez rares en effet sur les sarcophages païens, et, par consé- 
quent, rares aussi parmi les fragments indifférents qui ont d’abord 
servi aux fidèles, les représentations pastorales vont se répandre 
‘ peu à peu, et devenir à elles seules presque aussi nombreuses 
que tous les autres sujets contemporains. L'extension de ces 
scènes est le grand travail de la sculpture chrétienne dans la 
seconde moitié du troisième siècle. D'où provient cette extension ? 
Et tout d'abord, nos bas-reliefs continuent-ils, ici encore, les tra- 
ditions venues des bas-reliefs antérieurs? Est-ce bien dans les 
scènes pastorales des ateliers païens que se trouve l'origine de 
celles que les fidèles ont retracées? C'est ce qu'il nous faut 
examiner. 

Ici, en effet, une objection peut venir à la pensée. Puisque 
le symbolisme pastoral se rencontrait déjà dans les peintures des 
Catacombes, puisqu'il y avait atteint, nous l'avons vu, son 
expression véritablement populaire, et réalisé le type, le plus 
heureux peut-être, que l'aft ait conçu pour représenter le “ doux 
Maître, , celui qui “ donne sa vie pour son troupeau; , puisque 
la figure du Bon Pasteur existait, en un mot, ne serait-ce point 
d'elle et non de l’art profane que dérivent ces bas-reliefs pasto- 
raux, si nombreux à la fin du troisième siècle et au commence- 
ment du quatrième ? 


106 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


Rien n'est plus fréquent, dans les fresques des Catacombes, 
que le personnage du Bon Pasteur. Mais, à part les différences 
. du style et de l'exécution, rien aussi n'est moins varié. Le jeune 
berger qui figure le Christ est vêtu d'une tunique courte et porte 
la brebis sur son dos. Quelquefois il tient à la main le vase à 
lait, plus rarement les pipeaux. D'ordinaire, deux brebis, placées 
à ses côtés, lèvent la tête vers lui et le regardent. Il est assez 
rare d'en trouver un plus grand nombre; elles conservent encore, 
en ce cas, la même attitude symétrique. Enfin le paysage est 
généralement résumé par deux arbres qui encadrent la scène. IL 
suffit d'ouvrir presque au hasard les recueils où sont gravées les 
peintures des Catacombes pour trouver ce groupe, qui revient 
presque à chaque page. Mais en continuant l'épreuve, on s'aperçoit 
bientôt qu'il demeure toujours à peu près identique à lui-même, 
qu’il ne se développe pas et ne donne pas lieu à d'autres groupes 
analogues. Les peintres se sont bornés à le reproduire sans cher- 
cher à le faire entrer dans une action plus compliquée, sans 
imaginer autour de lui des accessoires qui n’auraient fait qu’af- 
faiblir- l'impression. Ils en restent à la traduction littérale de la 
belle image évangélique, et ne songent point à étendre le côté 
pittoresque de la scène. C'est une œuvre de foi qu'ils font là 
plutôt qu’une œuvre d'art, et le type du Bon Pasteur revient 
sous leur pinceau avec la monotonie d'une formule sacrée, qui 
dit tout ce qu’elle doit dire, et qu’on répète scrupuleusement 
sans se permettre d'y rien ajouter. Une fresque cependant (1), 
un peu postérieure, il est vrai, mais abpartenant en somme au 
même cycle, nous montrera, groupées autour de la figure cen- 
trale, une série d’autres figures. De chaque côté du Pasteur, un 
disciple exhorte les brebis, qui reçoivent diversement la bonne 
nouvelle. Les unes s'approchent, écoutent, et sont baignées par 


(1) Au cimetière de Calliste. 


| TE 


Se 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 167 


une onde mystique dont le sens est facile à entendre; les autres 
se détournent pour brouter et restent dans les lieux arides. On 
le voit, c’est là une sorte de commentaire moral, placé à côté 
du Berger divin. La scène est développée, mais dans le sens re- 
ligieux plutôt que dans le sens artistique. Chaque personnage a 
sa valeur spirituelle; chaque brebis représente un état de l'âme 
en présence de la grâce. L'œuvre est toute symbolique ; la fan- 
taisie, la liberté, les détails pittoresques en demeurent exclus, 

Ce qui frappe, au contraire, dans les scènes pastorales qui 
décorent les sarcophages, c’est l'extrême liberté d'allures, la multi- 
plicité des détails purement décoratifs, et, par conséquent, le 
caractère lâche et indécis du symbolisme. Les brebis, éparses au 
hasard, broutent l'herbe, mangent le feuillage des arbres, dor- 
ment à l'ombre, sans songer assurément à la grâce ni à rien de 
tel. Des chèvres leur sont mélangées, qui grimpent sur des ro- 
chers ou se battent à coups de cornes. D’autres accessoires, dé- 
nués de toute signification, viennent compléter le paysage rusti- 
que. Quant au Bon Pasteur, il est souvent relégué dans un coin 
du bas-relief; d'autrefois, il disparait complètement, ou bien en- 
core on voit figurer avec lui d'autres bergers danr différentes 
postures, — étendus à terre, trayant une brebis, accoudés sous 
un arbre, etc. Ce n'est plus là le symbolisme étroit et précis, 
le langage presque hiératique des peintures que nous venons de 
citer. C’est un art tout différent, qui a ses sources ailleurs, et 
qui reporte aussitôt la pensée vers les modèles des ateliers païens. 

Quelques fragments nous montrent, encore aujourd'hui, ce qu'é- 
taient ces modèles. Un berger en petites proportions, assis sur une 
corbeille renversée (1), y venait parfois prendre place au dessous 
de l'ëmago clypeata. Le couvercle d'un sarcophage, conservé dans 


(1) Un sarcophage inédit, trouvé et conservé à la vigna Jacobini, 
hors de la porte Portèse, donne, à chaque extremité, une Thalie et une 
Melpomène, et, sous les ciypeus, le berger trayant. 


168 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


un des tombeaux de la voie Latine, présente une scène un peu 
développée. Sur la droite, un vieux berger, vêtu de l’exomis, se 
tient debout auprès d'un arbre, les jambes croisées et la main 
appuyée sur un bâton; une brebis s'avance vers lui; une chèvre, 
dressée sur les pattes de derrière, dévore les feuilles d’un second 
arbre; puis vient un bœuf, puis, un autre berger, étendu anprès 
de son fugurium d’où l’on voit sortir un chien (1). C'est surtout 
sur les couvercles que figuraient ces représentations. Un fragment, 
resté au cimetière de Priscille, nous donne les restes d'une brebis 
et le berger, vêtu à l'ordinaire, couché sur le sol et tenant les 
pipeaux. D'autres fragments sans importance, trouvés à Saint-Cal- 
liste, nous attestent encore que ces sujets étaient de ceux que 
les chrétiens avaient choisis dans les ateliers (2); et, dans la cour 
d'un palais de Rome, un couvercle intact, d'un travail païen, nous 
montre, à côté d'une scène de même genre, l'inscription mani- 
festement chrétienne que l'acheteur y avait graver (3). Les pasto- 
rales sont plus rares sur le corps même du sarcophage; et, dans 
ce cas même, il n'y a guère d'exemple qu'elles y jouent le 
premier rôle etse développent sur toute la face antérieure. Elles 
ne sont là qu'un épisode; et il se trouve que les sujets où elles 


(1) V. aussi, dans le Catalogue de Matz et Duhn, le n° 2919. 

(2) V. aussi, au 1% volume des Inscriptions chrétiennes de de Rossi, 
deux inscriptions d'une date sûre; l’une de 238 (page 13), l’autre de 
272 (page 19), sur des couvercles qui portent des fragments des scènes 
pastorales (berger couché le pédum à la main et brebis superposées). 

(8) Au palais Corsetti. On y voit, entre autres détails, un berger 
levant la main pour frapper un chien. On en trouvera une photogra- 
phie dans l'ouvrage de Roller, pl. 42. Voici l'inscription: 


AVRIEI MENIAE 
VIXT ANN LXKXI 
AMENSES GI 
DEPOSITA PRI IDVS M 
AT PARENTES FECE 
RVNT 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 169 


interviennent sont précisément des sujets que les chrétiens ne 
pouvaient pas employer. Au musée profane du Latran (1), le côte 
d'un beau sarcophage est occupé par un jeune berger assis, le 
pédum à la main, et qui semble converser avec une femme 
étendue au plan superieur. Mais la partie antérieure est consacrée 
à la mort des Niobides. Les sarcophages, assez fréquents, où est 
représentée la légende d'Endymion (2), ont presque toujours des 
figures pastorales : sur le devant, un vieux berger assis devant 
son troupeau, et, sur le côté, un berger plus jeune, debout au 
pied d'un arbre, une jambe croisée sur l'autre, qui figure l'Endy- 
mion et fait pendant à une Diane. Ici, encore, la tombe était 
interdite aux fidèles par son caractère mythologiqne. Enfin le vieux 
berger trayant une chèvre, devant ses bœufs ou ses brebis étagés 
à divers plans, se retrouve au musée de Naples (3), sur la face 
d'un sarcophage, où figure la chasse du sanglier de Calydon, 
sujet fort commun, sans doute, mais que les chrétiens ont encore 
évité d'employer (4). 

Il ne suffit donc pas, pour expliquer la vogue que les scènes 
pastorales ont prises à un moment donné parmi les fidèles, de 
n'y voir que la continuation pure et simple de traditions existan- 
tes. Vraie en partie, la solution resterait incomplète. Ces motifs, 
qui devinrent les plus fréquents, étaient rares en somme. D'ail- 
leurs, ils vont présenter un développement et des modifications 
spéciales qui doivent avoir une raison spéciale aussi. Les sujets 
relatifs à la vigne, bien plus fréquents à l'origine, n’ont point 


(1) Garrucci, le Musée du Latran, pl III, n° 2. 

(2) On retrouve le type de ce sarcophage au musée du Capitole, dans 
la galerie Doria, au musée de Naples. V. Clarac, Musée de sculpture, 
pl. 166, n° 437. 

(38) Ce sarcophage porte, dans l'inventaire du musée, le n° 6919. 

(4) Voyez aussi Visconti, Museo Pio Clementino, 16, a. Un jeune ber- 
ger est assis au pied d-un arbre et dort la tête appuyée sur sa main: 
devant lui sont un chien et une brebis couchée à un plan supérieur. 


170 LE BON PASTEUR ET LES 8SCÈNES PASTORALES 


eu cependant cette sorte de fécondité. Ils sont demeurés ce qu'ils 
étaient; et, quand des artistes chrétiens les ont reproduits, ils 
les ont laissés tels quels, en se bornant à y apposer parfois 
l'image du Bon Pasteur. On dira, sans doute, que c'est une pensée 
symbolique qui a présidé au développement des scènes de ber- 
gerie. Mais enfin, au lieu de porter les mêmes fruits, le symbo- 
lisme de la vigne, qui existait aussi bien que celui des troupeaux, 
est resté à peu près stérile. 

Il y a donc là un fait singulier dû à une influence parti- 
culière, et, à notre avis du moins, cette influence est venue du 
Bon Pasteur. C'est lui qui, déjà rendu populaire par la peinture, 
a fixé l'attention sur les personnages analogues des bas-reliefs 
et leur a donné ainsi une valeur toute nouvelle. Au lieu de créer 
un symbole encore inconnu, comme il nous a semblé qu'on avait 
fait pour le dauphin par exemple, on n'eut ici qu'à se laisser 
guider par des images déjà familières non seulement à la religion, 
mais encore à l'art lui-même. De ce rapprochement heureux est 
né le cycle pastoral, qui atteint son plein épanouissement vers 
les dernières années du troisième siècle, et qui, sans provenir 
directement du Bon Pasteur que les fresques avaient mille fois 
reproduit, a reçu de lui cependant son impulsion et sa raison 
d'être. Dans cette mesure seulement, l’on peut dire que l'œuvre 
des peintres a suscité celle des sculpteurs; et voilà, si nous ne 
nous sommes abusé, la raison pour laquelle, entre les différents 
modèles que fournissaient les ateliers antiques, ce sont les scènes 
de bergerie qui ont le plus largement inspiré les débuts de l'art 
chrétien. 

Cet attrait qu'excitaient les motifs pastoraux fut si réel, qu’on 
ne se contenta point de prendre pour exemple les trop rares cou- 
vercles que les chrétiens avaient déjà pu s'approprier et dont la 
forme étroite ne permettait qu'une composition assez élémentaire, 
une série de figures défilant à la suite les unes des autres. On 


DÀÂNS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 171 


regarda aussi, — et le fait a son intérêt — les sarcophages mê- 
mes que des sujets trop profanes avaient interdits aux scrupules 
des fidèles. Le vieux berger assis devant ses brebis superposées, 
le jeune berger qui se tient debout, appuyé sùr son pédum, et 
regarde également paître son troupeau étagé sur toute la hau- 
teur du marbre, passèrent textuellement dans les œuvres des sculp- 
teurs chrétiens. Une des plus anciennes médailles chrétiennes que 
l'on connaisse a reproduit, sans presque y rien changer, cet En- 
dymion tout classique (1). Les artisans qui travaillaient le mar- 
bre n'agirent pas autrement, et, l'esprit tout plein du symbo- 
lisme pastoral, ils allèrent ainsi reprendre leur bien partout où 
ils le trouvaient. 

Ils inventèrent peu. C'était une des traditions de leur art ou 
de leur métier qne de refaire ce qui avait été fait et d'innover 
le moins possible. Parmi les figures qui couvrirent leurs ouvrages 
et vinrent accompagner ou rappeler le Bon Pasteur, il n’en est 
pas une peut-être qui ne leur ait été fournie par quelque mo- 
dèle plus ancien. Mais, avec ces figures isolées d'ordinaire, il 
s'agissait de composer des scènes capables de s'étendre sur toute 
la face du sarcophage, et d'attester ainsi plus visiblement une 
intention allégorique. Un grand fragment publié par Bottari et 
perdu aujourd’hui (2) nous montre assez bien l'embarras où cette 
nécessité a pu mettre des artistes accoutumés à ne jamais faire 
un pas sans guide. Il comprend toute la partie gauche du sar- 
cophage et figure exclusivement des personnages pastoraux. Il y 
avait là place pour une scène assez développée, qui, à première 
vue, semble exister, mais qui, en réalité, se compose de trois 
groupes bien distincts, juxtaposés seulement l'un à l’autre. Le 
premier, à gauche, est celui du berger assis sous son fugurium 


(1) De Rossi, Bullettino, an. 1869, p. 42. 
(2; Bottari, pl. 168. 


172 LE BON PASTEUR ET LES SCIÈNES PASTORALES 


et trayant une brebis; le second est le Bon Pasteur des pein- 
tures ; le troisième, l’antique Endymion appuyé sur son bâton, 
une brebis à ses pieds et trois autres étagées devant lui. La 
composition de ce bas-relief est, on le voit, singulièrement ma- 
ladroite, ou plutôt il n'y a même pas là, à proprement parler, 
de composition. Les éléments anciens sont gauchement rangés les 
uns à côté des autres, sans qu'un lien véritable les réunisse. 
L'œuvre a un caractère nouveau sans doute, car, indépendamment 
du Bon Pasteur et de son caractère chrétien, jamais ces trois 
groupes ne s'étaient trouvés ainsi rapprochés. Mais, enfin, on y 
sent encore l’inexpérience d'un artiste qui étale naïvement tout 
son répertoire pastoral, sans trop savoir comment mettre l'unité 
dans des matériaux pris un peu partout. Ces matériaux resteront 
toujours à peu près les mêmes. On a pu acquérir plus d’habi- 
leté à les disposer; on n’y a guère ajouté. Un grand nombre des 
fragments de cette époque, qu'on pourra voir dans le recueil du 
P. Garrucci ou que citera notre catalogue, sont formés par l’un 
ou par l'autre de ces bergers monotones. La différence du style 
que nous remarquons entre quelques-uns d'entre eux atteste qu'on 
les a répétés ainsi pendant une période assez longue. Certains 
fragments conservés à Rome dans la cour du palais Corsetti (1), 
et tel autre sarcophage où l'on voit cependant les mêmes per- 
sonnages et les mêmes attitudes, laissent supposer entre eux un 
écart qu'on peut évaluer à près d’un demi-siècle. 

Dans ce développement, dont la matière était ainsi fournie 
par les modèles païens, mais qui a dû au type chrétien du Bon 
Pasteur son impulsion première, je ne sais si l'on a assez re- 
marqué une sorte de réaction qui, dès origine, s’est faite sur ce 
type lui-même, et qui a mis en lui l'empreinte de cet art tout 
fait où il venait prendre rang. Dans les peintures des Catacom- 


(1) V. les photographies données par Roller, pl. 42, nor 6 et 7. 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 173 


bes, le berger mystique a toujours cette jeunesse qu’on donnera 
un peu plus tard au Christ lui-même sur ses premières images. 
C'est, sans exception, une figure d'adolescent, gracieuse, élancée, 
avec le visage imberbe. En passant dans les bas-réliefs, le type 
s'alourdit et s'épaissit ; il se fait plus massif et plus robuste. On 
pourrait, à la rigueur, ne voir là qu’un effet de la gaucherie 
des artistes. Mais ce n'est pas tout: le Bon Pasteur vieillit, et 
son visage devient barbu (1). C’est là encore un exemple de cette 
tyrannie qu'exerçaient les traditions d'atelier. Les figures si sou- 
vent reproduites, de pasteurs âgés, sont revenues parfois sous le 
ciseau des ouvriers, alors même qu'ils transcrivaient ce type déjà 
fixé par l’art chrétien, et elles en ont altéré le caractère. C'est 
une influence de ce genre qui, sur un sarcophage demeuré au 
cimetière de Calliste, a mis aux pieds de Bon Pasteur, au lieu 
des brebis traditionnelles, le chien accroupi et relevant la tête 
vers son maître: accessoire purement pittoresque et qui accom- 
pagne souvent les pasteurs plus réalistes des tombes païennes. 

Confondu ainsi de plus en plus avec les autres figures parmi 
lesquelles on le mêlait, le Bon Pasteur perdit fréquemment, dans 
les bas-reliefs, la place d'honneur que les fresques lui avaient 
assignée. Sur les voûtes des Catacombes, en effet, on le trouve 
toujours au centre, seul parfois, et, s'il est accompagné d'autres 
figures, les dominant toutes, attirant d’abord le regard, com- 
mandant l'ensemble de la décoration. Les sculpteurs sont loin de 
s'être astreints à la même règle, et il arrive que leur Bon Pasteur 
se perde un peu dans la foule. La figure, n'étant plus unique 
en son espèce, devenait moins importante: elle perdait de sa 
signification. C'est ce qui explique une circonstance assez remar- 
quable, le dédoublement du Bon Pasteur, si l'on peut ainsi dire, 


(1) V. Garrucci, 298, 8 ; 302, 2; 400, 8, etc. La petite statue du Bon 
Pasteur qu'on a trouvée auprès de l’église de Saint. Clément et qui y 
est actuellement conservée reproduit ce type barbu. 


174 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


la répétition par deux fois de ce même personnage sur la même 
plaque de marbre (1). Le pasteur unique des Catacombes était 
véritablement l’image du Christ. Ici l'identification devient plus 
malaïsée. Parfois les deux pasteurs diffèrent entre eux: l’un est 
barbu, l'autre imberbe. Un jour, on en sculpta jusqu'à trois sur 
la face d'un sarcophage (2). Ainsi se relâchait, sous l'influence 
des traditions du bas-relief, la rigueur du premier symbolisme. 

C'est qu'aussi bien, l'intervention directe du Bon Pasteur 
n'était même plus nécessaire pour donner à la scène sa valeur 
allégorique. Le rapprochement qui s'était fait entre lui et les 
autres figures analogues leur avait communiqué une part de sa 
vertu significative. Elles éveillaient désormais les mêmes images 
que lui, elles le remplaçaient au besoin. Cette équivalence est 
même sur les œuvres chrétiennes l'indice d'une époque reculée. 
La belle médaille que nous avons citée, et qui reproduit l’Endy- 
mion des sarcophages païens, l'assimile sans nul doute au type 
qu’avaient consacré les peintures (3). La même remarque peut 
se faire plus fréquemment encore sur les bas-reliefs des tombes 
chrétiennes. On y voit aux mêmes places, jouant le même rôle 
et se substituant sur des exemplaires un peu diflérents qui repro- 
duisent le même modèle, le berger avec la brebis sur les épaules 
ou le berger appuyé sur son pédum et croisant les jambes selon 


(1) Un satcophage avec cette particularité est dans le jardin réservé 
de la villa Borghese. Le P. Garrucci en a signalé un autre, que nous 
n'avons pu voir, au palais Sciarra. Voir aussi Roller, pl. 40, n° 2. 

(2) Garrucci, 302, 2. 

(3) Le simple berger, sans la brebis sur ses épaules, debout, une 
jambe croisée sur l’autre et tenant les pipeaux, ne se trouve presque 
jamais aux Catacombes. On le rencontre cependant au cimetière de Ge- 
nerosa (Voir Garrucci, 85, 4). Outre les raisons tirées du style, on a 
une preuve matérielle de l’époque basse à laquelle appartient cette fres- 
que : deux croix gammées sont brodées sur la tunique. Cette figure 
atteste ainsi l’imitation des bas-reliefs au lieu qu’elle ait pu leur ser- 
vir de modèle. — Une autre représentation (Garrucci, tav. 82) est en- 
tourée d'apôtres assis qui indiquent également une époque assez basse. 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 175 


la formule connue. La confusion se fit si bien que, sur des sar- 
cophages même où l'on a représenté non pas une scène entière, 
mais seulement deux personnages séparés par les strigilles, ce 
second berger intérvient au lieu de l'autre et fait, comme lui, 
pendant à l'orante (1). 

De tous ces éléments divers associés les uns aux autres et 
réagissant les uns sur les autres, des mains un peu exercées ont 
pu tirer vers la fin du troisième siècle, certaines compositions 
assez variées et assez heureuses. Une tombe de cette époque (2), 
appartenant à la collection de l'École française de Rome, nous 
montre un des exemples les plus complets en ce genre (3). Nous 
avons fait observer, en publiant ce sarcophage, le caractère vague 
qu'y prend l’allégorie. Un célèbre passage des actes de sainte 
Perpétue serait ici le meilleur commentaire: “ Je vis, , dit la 
sainte racontant une vision, “ je vis un jardin immense, et, au 
milieu, un homme tout blanc, de haute taille, vêtu comne un 
pasteur, et qui trayait ses brebis.... Et, levant la tête, il me 
regarda et me dit: Sois la bienvenue, mon enfant (4). , Une fois 
donnée par les Evangiles la figure du berger ramenant sa brebis 
égarée, il était naturel que l'imagination des fidèles lui fit un 
cadre, qu’elle l'entourât d'accessoires appropriés d'un paysage 
convenable, et qu’elle le vit dans tous les actes de son existence 
pastorale. La vision de Perpétue nous donne à ce sujet une pré- 
cieuse indication: c'est bien là le rêve d'un esprit chrétien à cette 


(1) Comparer, par exemple, dans Garrucci, les no 296, 1, et 296, 2. 

(2) Publiée dans les Mélanges de l'École française de Rome, an- 
née 1883, p. 278, planche III. 

(3) Un bas-relief analogue, conservé au Latran, est publié dans le 
recueil de Garrucci, 298, 8. I1 présente quelques détails différents: un 
paysan qui laboure, d'autres qui piochent la terre, et le groupe du pas- 
teur trayant. Un fragment du même genre est conservé à la basilique 
de Sainte Petronille. 

(4) Ruinart, Acéa sincera, édition de 1718, pages 94 et 96. 


176 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


époque. Les images qui lui sont familières en évoquent de voi- 
sines, qui viennent s'associer aux premières et complètent le ta- 
bleau. Le symbolisme pastoral prend ici le même aspect poétique 
et indécis un peu qu'il a eu souvent sous le ciseau des sculp- 
teurs, et c'est sur le bas-reliefs de certains sarcophages que l'on 
retrouverait le mieux cette églogue mystique rêvée par la vierge 
chrétienne. | 

Mais, sur la tombe même que nous examinions tout à l'heure, 
si la variété des détails et le caractère purement descriptif qu'ils 
présentent aux yeux attestent les libertés que l'art avait prises 
avec le symbolisme, toutefois, certains traits saillants indiquent 
aussi des tendances très différentes que l'on verra bientôt s'affir- 
mer de plus en plus. La scène, dont toutes les figures sont en 
petites proportions, est brusquement coupée, au centre et aux 
deux extrémités, par trois figures beaucoup plus grandes qui 
rompent les plans étagés et occupent le marbre dans toute sa 
hauteur. Ce sont deux pasteurs semblables qui se répondent, et 
une figure d'orante qui se détache au milieu sur une draperie à 
grands plis. Ïl y a, dans la disposition de ces trois personnages 
qui divisent le marbre en espaces égaux, quelque chose d’un peu 
raide qui frappe d'abord. Ils introduisent, au milieu de la fan- 
taisie décorative qui s’est donné carrière sur le reste du bas- 
relief, une sorte de symétrie violente qui s'accuse nettement vers 
le début du quatrième siècle. Cette symétrie n’est pas seulement 
extérieure: elle correspond à une sorte de réaction contre la li- 
berté que les modèles païens avaient donnée à des scènes faites 
pour orner la tombe des fidèles. Comment une réaction sembla- 
ble pouvait-elle se traduire dans la sculpture? Quels étaient ses 
moyens d'expression, sinon le groupement plus régulier de la 
scène auprès ou autour de personnages principaux attirant l'at- 
tention et dominant les détails de pure fantaisie ? C'est précisé- 
ment ce qu'on remarque sur les sarcophages du genre pastoral 


DANS LA SCULPTURE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 177 


que le style et l'exécution dénoncent comme postérieurs aux au- 
tres. Voulant donner aux pasteurs et à l'oraute une importance 
plus grande, l’auteur du bas-relief que nous venons de citer a 
usé d’un procédé naïf qu'avait déjà employé la peinture archaïque 
pour indiquer une différence de rang entre les personnages: il 
a représenté plus grands ceux qui devaient attirer le regard parce 
qu'ils exprimaient le mieux l’idée symbolique, l'orante et les 
pasteurs regerdant paître le troupeau. Aïnsi élevés en dignité, 
ceux-ci encadrent en quelque sorte le reste de la scène; et, pour 
l'esprit comme pour l'œil, toutes les autres figures leur sont 
subordonnées. Un bas-relief publié pour la première fois dans 
l'ouvrage de MM. Matz et von Duhn (1), mais dont le caractère 
chrétien leur a échappé, laisse la même impression d'une ma- 
nière plus nette encore. La scène y est divisée non plus en deux 
plans, mais en trois, ce qui rend plus petites encore les dimen- 
sions des acteurs. Ceux-ci restent à peu près les mêmes, — les 
brebis, les chèvres, le chariot, le berger trayant. Une seule fi- 
gure a toute le hauteur du marbre. Elle est placée au centre, et 
c'est ici celle du Bon Pasteur lui-même. 

Ces exemples, autour desquels il serait aisé d'en grouper d'au- 
tres, nous indiquent la direction du mouvement qui se produit 
alors. Le sarcophage chrétien avait constitué ses représentations 
pastorales sous une double influence : celle des modèles d'atelier 
et celle des fresques symboliques. La première avait d’abord pré- 
dominé au point d'être parfois la seule visible. La seconde re- 
prend maintenant le dessus. Le symbolisme tend à devenir plus 
rigoureux et se traduit par une symétrie plus rigoureuse aussi. 
Les éléments accessoires qui ne figurent que pour la décoration, 
et qui, pour l'expression de l’idée chrétienne, ne sont que des 
parties mortes, perdent désormais de leur importance et s’effacent 


(1) N° 2916. Ce bas-relief est à la villa Doria Panfli 


MÉLANGES D'ARCH. RT D'HIST. V® ANNÉE, 14 


178 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


devant les personnages significatifs. C'est la fin d'une époque. 
Le cycle pastoral était à bout; il avait dit ce qu'il avait à dire: 
l'art chrétien auquel il avait permis d'essayer ses forces dans des 
innovations prudentes et discrètes allait tenter maintenant des 
voies plus nouvelles et se risquer à des tentatives plus originales. 
À la période qu’on pourrait appeler pastorale, une autre va suc- 
céder, dont le propre sera de représenter des scènes directement 
empruntées aux livres saints. Cette opposition qui existe dans 
l’ensemble, entre l’art du quatrième siècle et celui du troisième, 
est bien connue. Ce qui l'est moins peut-être, c'est la manière 
dont la transition s'est préparée. Nous essaierons d'étudier cette 
transition dans quelques-uns des monuments qu’elle nous a laissés. 


À mesure que le symbolisme se fait plus exact, plus précis, et 
que l'image qu’il rappelle et qu'il voile en même temps devient 
plus nette, le symbole par là même s’unit de plus en plus étroite- 
ment, tend de plus en plus à s'identifier avec elle. Ce Pasteur des 
bas-reliefs qui, dans les conditions que nous avons indiquées avait 
souvent perdu au moins en partie sa valeur significative, la re- 
prend si bien maintenant, que, sur un curieux monument trouvé 
à Velletri (1), il est entièrement assimilé au Sauveur lui-même, 
et voici comment. Vêtu de l’exomis, qui est le signe distinctif 
de la condition pastorale, il se tient debout entre des corbeilles 
posées à terre, et porte étendu dans chaque maiïn un objet fort 
reconnaissable. L'explication n’est pas douteuse : une foule d'exem- 
ples postérieurs l’éclairciraient au besoin. Le Pasteur est en train 
d'opérer le miracle de la multiplication des pains. 


(1) On trouvera une reproduction très imparfaite de ce sarcophage 
dans Garrucci, 874, 4. Le cardinal Borgia en avait fait préparer une 
gravure pour son ouvrage De cruce veliterna (V. pages 199 et 212). La 
planche ne figure pas dans l'ouvrage: mais il en a été tiré quelques 
exemplaires très supérieurs à la gravure du P. Garrucci et dont l’un 
est en ma possession. 


DANS LA SCULPTUTE FUNÉRAIRE DES CHRÉTIENS 179 


: On sent tout l'importance de cette nouveauté. Voici que le 
berger n'agit plus comme berger, mais comme Christ: et c’est là 
une confusion flagrante entre la figure symbolique et le person- 
nage qu’il représente (1). Celui-ci intervient hors de propos pour 
ainsi dire; 1l aspire à apparaître, lui aussi, parmi les créations de 
l'art, et il écarte ainsi, par son geste imprévu, les voiles tradition- 
nels dont on l’avaif entouré jusqu'alors. Au lieu de’ porter la bre- 
bis, de recueillir le laitage ou de regarder paître ses troupeaux, 
au lieu d'accomplir quelqu'un des actes habituels de sa vie rusti- 
que, il oublie ce rôle d'emprunt et reprend sa divinité cachée. 
Une telle représentation est et devait être exceptionnelle. Désor- 
mais le Christ n’a plus qu'à dépouiller tout à fait la tunique pas- 
torale, et à se montrer aux yeux avec sa forme véritable. Nous 
surprenons là, daus l'histoire du symbolisme, un moment critique, 
curieux entre tous assurément, celui où s'achève une transforma- 
tion que l’on peut observer d'ensemble non pas dans les bas- 
reliefs seulement, mais dans les différentes manifestations de l’art 
chrétien. L'emblème commence par se faire abstrait et mystérieux. 
C'est d'abord un simple signe, l’Ancre, le Poisson, une sorte 
d'hiéroglyphe connu des seuls initiés, de chiffre qui exprime une 
idée ou un mot sacré, plutôt qu’il ne correspond à la personne 
même de celui qu'on adore. La figure du Bon Pasteur, ancienne 


LS 


sans doute, mais postérieure à ces formules primitives, marque 


(1) Il y a, dans le Pasteur d'Hermas, quelque chose de semblable 
et qui donne bien idée de cette alliance intime entre l'image et l'idée, 
entre le personnage réel et sa figure symbolique. Hermas est dans sa 
maison, il vient de prier, il se repose sur son lit: et voici que ses pen- 
sées prennent corps et lui apparaissent sous une forme vivante. Le Pas- 
teur se présente à lui dans l’habit de sa condition, la besace au dos et 
et le bâton à la main, tel que nous le retrouvons sur plus d'un sarco- 
phage. Mais ce n'est là qu’un vêtement allégorique; le Pasteur com- 
mence aussitôt à disserter sur les choses de la foi et sa figure change 
tout à coup: « être Audoüvros abreÿ HAowôn h dia adrod, » (Hermas, "Opa- 
ot &; LB). 


130 LE BON PASTEUR ET LES SCÈNES PASTORALES 


un développement nouveau et en indique le sens. L’emblème abs- 
trait est remplacé ainsi par le symbole vivant et animé, qui vient 
aplanir les voies à la représentation directe de la divinité. Le type 
du berger était merveilleusement propre à remplir ce rôle de 
précurseur. Telle phrase des Evangiles qui devait flotter dans 
tous les esprits consacrait la métamorphose. “ Le bon pasteur 
donne sa vie pour son troupeau, , avait dit Jésus; et ce bon 
pasteur, n'ébait-ce pas Jésus lui-même? N'avait-il pas ajouté as- 
sitôt: “ Ego sum pastor bonus? , Un grand pas se faisait de la 
sorte vers cette figuration des scènes mêmes de l’histoire évan- 
gélique, que les répugnances de l’ancien esprit juif et le besoin 
de protester contre l'idolâtrie païenne avaient interdite aux -pre- 
miers fidèles. Quand les images de ce genre s'introduisirent dans 
les peintures des Catacombes, ce fut, nous l’avons rappelé, à la 
faveur du symbolisme; c'est pour lui et non pour elles-mêmes 
qu'elles vinrent décorer les cimetières chrétiens. Le fait n’en 
existait pas moins, et l'art symbolique s'était engagé dans une 
route qui, presque nécessairement, devait l'amener à son terme. 
La transformation se produira plus tard dans les bas-reliefs que 
dans les fresques, — et cela pour diverses raisons. La sculpture 
avait’ aussi commencé plus tard; — elle s'était trouvée dès le 
début, chargée de traditions existantes; — elle était enfin de 
nature routinière, portée à la redite et lente à l’innovation. Il 
faut avant tout voir en elle un art fait d'habitudes et de pro- 
cédés; et rien n’est plus tenace que les procédés. Elle marcha 
donc lentement. Mais enfin elle marcha, et le Pasteur miraculeux 
dont on vient de parler peut nous la montrer en chemin. 


RENÉ GROUSSET. 


) NOTE 
SUR UNE COLLECTION D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 


D'APRÈS DEUX MANUSCRITS DU VATICAN. 


à 


La collection d’écrits scientifiques attribuée à Gerbert et à 
ses élèves est renfermée à peu près tout entière dans deux ma- 
nuscrits du Vatican; le n° 4539 du fonds Vatican; et le n° 1661 
du fonds de la reine Christine. 

Étant donnée l'importance des œuvres de Gerbert pour la 
connaissance des théories et de l'éducation scientifiques des hom- 
mes du X° siècle, et pour l'histoire de la vulgarisation, sinon de 
l'invention des chiffres dits arabes, on ne peut négliger aucun 
manuscrit de cette collection. L’étude de ceux du Vatican pré- 
sente un intérêt particulier dû à ce fait que quatre mss. seu- 
lement ont été signalés par M. Olleris (1) comme renfermant l'en- 
semble de ces ouvrages scientifiques; les deux dont nous nous 
occupons, celui de Montpellier et celui de Salzbourg. Le ms. de 
Salzbourg reproduit par Pez (2), semble le moins bon et le moins 
complet de tous; celui de l’école de médecine de Montpellier 
(n° 491) est porté disparu au Catalogue de 1842 (3). 


(1) À. Olleris, Œuvres de Gerbert. Paris 1867. Les œuvres scientifi- 

ques forment la seconde partie. 

(2) Bernard Pez (1688-1736) bénédictin allemand (frère Jérôme); bi- 
bliothécaire du couvent de Melk, il a publié avec l’aide de plusieurs moi- 
nes d’autres monastères et d’autres Ordres un Thesaurus anecdotorum 
novissimus 5 vol. Augsbourg 1721-1723. Les œuvres dont nous parlons 
se trouvent au tome III, seconde partie. 

(3) Le catalogue a été fait par Libri. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 15 


182 NOTE SUR UNE COLLECTION 


D'autre part le savant éditeur des lettres de Gerbert n’a tenté 
aucune classification de ces manuscrits (1), et les variantes qu'il a 
soin de donner ne suflisent évidemment pas à qui voudrait abor- 
der ce travail. 

Telles sont les raisons pour lesquelles nous avons jugé utile 
de décrire à nouveau les manuscrits Vat. 4539 et Reg. 1661, en 
joignant à notre description une étude sommaire des écrits qu’ils 
renferment, et quelques renseignements sur des fragments de ces 
traités dispersés dans d’autres manuscrits de la bibliothèque Va- 
ticane (2). à 


L. 


Codex Regino- Vaticanus 1661. 

Parchemin, 270 mm. sur 182. 8 folios numérotés, y compris les 
deux feuilles de garde; 32 lignes à la page; réglé au poinçon; 
les folios 52 à 57 sont réglés sur 2 colonnes. Écriture du XII* siè- 
cle (du XI° d’après Pertz), très lisible, sans élégance. 

La première page porte des mentions d'écriture et de dates 
diverses, relatives au contenu du manuscrit. 

En tête ces mots: 


ABBACI REGOLAE 


Une sorte de table des matières incomplète inscrite dans un 
cercle, et “ De aritmetica, musica et geometria ,. 


(1) Il y en «a plus de vingt qui renferment quelque partie de cette 
collection mathématique. 
(2) Vat. 3101, 3123, 3166, 3895, 3896; Reg. 1405. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 183 


Cette dernière indication est reproduite de la même main sur 
la feuille de garde finale. 

Sur le 2° folio “ Gerberto Regula de Abaco Computi. 

Plus bas la devise de Jean Nicot, ancien propriétaire du ma- 
nuscrit: Üpeotv xxi Tæpfünoixy (modestie et sincerité). 


Ne senza sfinge ne senza edipo. 


Au-dessous la signature Petavius. Le manuscrit provient en effet 
de la bibliothèque du père Petau. 
Le texte commence au folio 2 verso. 


f” 2" Constantino suo G. scolasticus — les XV chapitres de 
la lettre; puis sans solution de continuité (4). Mul- 
tiplicatio singularium quorum multiplicatores in sua 
sede constituunt digitos et in secundo a se loco 
mittunt articulos. — (7) Secundum dispositionem 
numerorum abaci... — (10°) Ratio de limace. — 
(11°) De multiplicationis similitudine. — (15 et v.) 
un blanc d’une page et demie. — (16') Ecce quod 
facio exempli causa facio ... — 16" et 17° un blanc 
d'une page et demie — (17) De divisione nume- 
rorum. — (17) De multiplicatione. 

18" Incipit prefatio Zibri abaci quem junior Bernelinus edi- 
dit parisius. — (18*) Quomodo fiat abaci tabula. — 
(20*) explicit liber primus, incipit secundus de sim- 
plici divisione. — (24') explicit secundus, incipit 
tertius de composita. (30") finit liber tertius, incipit 
quartus de unciüs. 

34r Cüita et vera divisio monochordi in diatonico genere. — 
(34°) un petit blanc. —(35r) Numeri quincupliciter bis 
diapason ostendentes cum differentiis. — (36) Su- 


184 


NOTE SUR UNE COLLECTION 


periorum numerorum notacio. — (39) Diatonicum 
genus. — Chromaticum genus. — Enarmonicum ge- 
nus. — (40') Item de alio modulo. — Mensura mo- 


nochordi vel organorum in genere diatonico. 


f” 41 De conjecturis diligenter oppositis. 


43" Predictarum questionum solutio. 

A9 Gerbertus Adalboldo. 

50" Adalboldus Gerberto. 

51" Ad estimandam uniuscujusque rei altitudinem sole per- 
lucente. — Est et alia ratio altitudinem inveniendi. 
— Puteum cujus sit diametrum VII altitudo XL 
pedum tot amphoras capiet ... et alta fuerit am- 
phora. — Cupa cujus latitudo ... id est IIIT sep- 
timae. — Si fuerit culpa... diversitas. 

b2r Remi Favini de ponderibus et mensuris. Pondera Pæo- 
niis veterum memorata libellis. 

53" Versus Bede ad componendum orologium (87 vers). 
Quos cursus solis jungarit sua tempora menses. 

54r Versus ad medicine lectorem (78 vers). Quod natum 
Phebus docuit, quod Chiron Achillem. 

04" Ionicae philosophiae princes fuit tales... socrates, plato. 

90" De in prepositione. Vobis mtto egregiam . .. in oculis 
ejus, id est ante oculos ejus. 

06" Quid distat inter vesper, vesperis et vespere... et 
pluralitate carent omnia. 

Componas circulum equinoctialem . ..... in medio cen- 

tn. Explicit. — Un blanc d’une page et demie. 

58" Incipiunt figure excerpte de Geometria. 

64" Adalbaldus G. vitae felicitatem et felicitatis perpe- 
tuitatem. 


66! G&. ad Albaldum. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 185 


Quantum sit in lotius mundi. Quamvis Ambrosii Theo- 
dosii Macrobii ... in tocius mundi circuitione. 
f° 66" Incipiunt capitula de utihitatibus astrolapsus (voir le 
détail ci-dessous). 

73° Explicit de vuaztalcora. Incipit de Horologio secundum 
alkoram et de spera rotunda. 

73° Philosophi quorum sagaci studio ... extimi circuli. — 

À la suite une table astronomique. 

75* Ad intimas summe philosophie disciplinas ... 

77 Racio sperae secundum Gerbertum. 

77* Horologium — De mensura cere et metalli in ope- 
ribus fusilibus. 

78" Une table astronomique. 

79° De mensura astrolapsus — suivi d’une table astro- 
nomique. 

19" Quomodo orbis mundi inter ipsa septena partitur cli- 
mala. 

80: De stellis horarum — De altitudine solis — Ad co- 
gnitionum horarum uniuscujusque diei. 

80" De laborè scientiarum astrolabii et horologii, interpre- 
tata de arabico in latinum. 

82" Incipiunt capitula Zibri horologii regis Ptolomei. 

85" Explicit de awalzzakora; incipit de horologio secundum 
alchoram, id est speram rotundam. — Un blanc oc- 
cupe le bas de la page. 

86 De horis diei ac noctis cum astrolabio inveniendis. — 
Ad horas cum quadra horologii inveniendis. — Ad 
altitudinem climatis inveniendam. — Item alhud theo- 
rema de eadem ratione. — Ad altum cum quadra 
abstrolabsus inveniendum (avec une figure). 


186 


NOTE SUR UNE COLLECTION 


Codex Vaticanus 4539. 


Papier ; 200 sur 134; 145 folios numérotés, plus sept non nu- 
mérotés au début ; 30 lignes à la page; grandes marges ; écriture 
du XVe siècle, avec des notes du XVI* sur les premiers et der- 


niers feuillets et en marge des autres pages. 


fo 1 
29 
36 
42 
00 
08 
o4 
09 
56 


"3 


< 


06 


DT 
09 
61 
62 
65" 
66 
70 


< 


72 
76 
84 
85 


Liber Abuci ({ncipit prefatio libri Abbaci..) 

Multiplicatio singularium. 

Divisio. 

De multiplicationis similitudine. 

De divisione numerorum. 

en blanc. 

Fragmentum arithmetice quod Lugduni comperi. 

De asse et partibus — De uncia et ejus partibus. 

De punctis unciarum. — Adnotavi etiam ex traductione 
veterum auctorum Grecorum quos allegat Vitruvius 
in X° quod. . .. 

Liste des lettres grecques et des nombres qui leur 
correspondent. 

et 58 en blanc. 

et 60 tables. 

en blanc. 

Constantino suo G. scolasticus. 

Gerbertus Adalboldo suo salutem per dominum, 

Adalboldus domino papae Gerberto s. p. d. 

Mensurarum appellationes quibus utimur sunt hae…. 

Omnis trigonus equa latera habens . . . ab unitate 
destiterint. 

De conjecturis diligenter oppositis, 

Predictarum questionum solutiones. 

en blanc. 

Incipit commensuralitas fistularum et monochordi. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 187 


f° 94 Quomodo orbis mundi in septena partitur climata et 
ubi sit initium et extremitas ipsorum. 
95" De mensura Astrolabii. 
97" et 98" figures géométriques. 
98" Almucantarat dicuntur cireuli. . . . . et ibi scriptum 
est: almagrib. 

100 Carnoti ascendit sol. . . . intervalla IIII — In septimo 
climate. . . . cum duobus gradibus. 

101 en blanc. 

102 Practice quedam geometrie ad mulla dimetienda. 

112 De utilitatibus astrolabu. 

121 Explicit waztalchora. Quomodo describatur Astrola- 
bium. 

124 Quomodo scias altitudinem solis. . . . (voir le détail 
plus loin). 

129 Explicit waztalchora; incipit de horologio secundum 
alkoram et de sphera rotunda. Le dernier chapitre 
est. Ad altum cum quadra astrolabii inveniendum 
(avec la figure). 

132" Notes diverses. 

132" Palmus qui graece mahauorn give Oüpoy :... Para- 
sanga . . . . stadia L. 

134 Mensura liquidorum seu frugum. 

136 manque. 

137 Mensurarum appellationes sunt.... 

137" Ponderum omnium minimum siliqua est. . : , Hero- 
dotes aluminis mille talenta scribit. 

140 en blanc. 

141 et 142 manquent. 

143" Obolos duos significat virgula geminata et jacens. ... 
CMC millemilia. 

145" Notes diverses. 


188 NOTE SUR UNE COLLECTION 


Pour étudier le contenu de nos deux manuscrits il est indis- 
pensable de classer les écrits qu'ils renferment ; il est facile d’ail- 
leurs de grouper ces écrits sous quelques dénominations géné- 
rales. L'ordre logique que nous observerons dans l'étude de ces 
groupes répond à peu près à l’ordre des manuscrits. En pre- 
mière ligne viennent les lettres authentiques de Gerbert; puis 
les ouvrages de son disciple Bernelinus. Nous placerons ensuite : 
la géométrie attribuée à Gerbert ; les traités de l'astrolabe. Toutes 
ces parties sont communes au Vaticanus et au Reginensis; nous 
analyserons à la fin les fragments qui ne se trouvent que dans 
l’un des deux manuscrits. 


I. 


Les lettres sont au nombre de quatre; toutes sont publiées 
depuis longtemps et ont été données par M. Olleris. Elles sont 
adressés à des correspondants de Gerbert connus par d'autres 
lettres et leur authenticité n’est pas douteuse. 

La plus importante est la lettre de Gerbert à Constantin, 
moine de Fleury, qui devint abbé de St Maximin. Publiée sous 
le titre de Libellus numerorum divisione, elle était classée dans 
les œuvres de Bède; elle a été l'objet d'une étude célèbre de 
M. Chasles (Comptes-rendus de l’Académie des sciences, XVI, 
p. 295). Migne l’a imprimée d'après les notes de Dom Pitra, 
qui avait collationné le manuscrit de Leyde (Patrologie latine 
tome XC, p. 681). Elle est placée dans l'édition Olleris à la 
page 349. | 

Cette lettre nous apparait dans les manuscrits sous trois formes 
différentes. Dans le Reg. elle se présente en tête et l'on y rat- 
tache toute la règle de l’Abaque; le titre Gerberti regula de 
abaco computi, inscrit sur la seconde page, est une conséquence 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 189 


de ce point de vue. Il semble aussi que le Carn. 41 (1) l'ait 
adopté. 

Dans le Vat. et le Mp. elle est coupée au chapitre XV (2); 
et l'usage de l'abacus est expliqué ailleurs, formant un écrit 
séparé; c’est l’ordre adopté par M. Olleris qui a édité ce deuxième 
écrit sous le titre Regula de abaco computi. Seulement il ajoute 
à La lettre un chapitre XVI; suivant ici une troisième série de 
mss. représentée à Rome par le Vat. 3123 (3). 

Une chose est d’abord évidente, le chapitre XVI est une ad- 
dition qui n’a rien à faire avec le texte véritable de la lettre; 
il traite de protensione quarumdam mensurarum terrae; 1l faut 
l'éliminer. 

La question est donc seulement de savoir si la Regula de 
abaco computi est la suite de la lettre à Constantin ou un traité 
à part. L'auteur du Vaticanus s'est rallié au premier système; 
après avoir donné à part les deux écrits et d’abord la Regula 
il est ravisé; à la suite de la lettre à Constantin (f 62 à 65) 
figure un renvoi avec ces mots: Ea ubi superius inventes talem 
figuram secuntur ad ista. Ce renvoi se rapporte au f° 29 où l’on 


(1) Carn. — ms. de Chartres. — Mp. — ms. de Montpellier. — 
Par. — ms. de la Bibliothèque Nationale. — Oxon. — ms. d'Oxford. 
— Reg. — ms. du fonds de la reine Chistine au Vatican. — Vat. — ms. 
du fonds Vatican. 

(2) cf. le Reg. 1405, où la lettre figuré sous le titre Theophilo suo 
G. scholasticus. 

(8) Le Vat. 3123 dont on trouvera une bonne analyse dans l’Archiv 
de Pertz XII p. 233, donne la lettre sous le titre Multiplicationes G. ad 
Constantinum. Il intercale la préface Vis amicitiae dans le chapitre VII 
entre hoc modo et si volueris, erreur singulière qu'il faut attribuer vrai- 
semblablement à la négligence d'un copiste qui aura transposé deux 
feuillets. I1 donne le chapitre XVL et, à la suite, plusieurs pages de la 
Regula de abaco computi, depuis In illis sicut in uncis regula prina 
universaliler superius dicta scripulus in scripulum (éd. Olleris, p. 339, 
ligne 2), jusqu'à digitos per articulum secundum supradictas regulas 
(ib. p. 545 deuxième paragraphe fin). 


190 NOTE SUR UNE COLLECTION 


trouve: Haec secuntur ei loco ubi inventies talem figuram, en tête 
du premier chapitre de la Regula. Il semble donc que le Vat. 
dérive d’un manuscrit analogue à celui de Montpellier, où la Règle 
est mise à la suite du Liber Abaci sans titre et sans nom d'auteur; 
puis le copiste ou le possessor du manuscrit aura changé d'avis. 
A-t-il eu raison ? Probablement. Le passage où Richer nous parle 
de la lettre à Constantin et de l'Abacus de Gerbert nous parait 
concluant (1). Ce qu'il dit s'applique à un véritable ouvrage 
mieux qu'à une lettre de quelques pages; il serait d’ailleurs sin- 
gulier que la Regula de abaco computi n'eut pas de préface et 
débutât d'emblée par ces mots “ si tu multiplies une unité par 
une dizaine... ,. Au contraire il est assez facile de s'expliquer 
qu’on ait détaché la partie la plus immédiatement pratique et 
utilisable du traité de Gerbert; nous verrons même que des mor- 
ceaux moins étendus en ont été détachés. 

D'autre part, à la fin de la Regula, nos deux manuscrits pla- 
cent deux chapitres omis par l'éditeur. 

Le premier “ De divisione numerorum ,. 

“ Singularis cujusque divisor denominationes secundabit ab : 
eo quem dividit. 

“ Decenus simplex cujusque divisor denominationes tertiabit 
ab eo quem dividit. , 


-(1) Nous croyons devoir reproduire in exfenso le texte de Richer, 
Hist. II. 24: « In geometria vero non minor in docendo labor expen- 
sus est. Cujus introductioni abacum, id est tabulam dimensionibus ap- 
tam opere scutarii effecit. Cujus longitudini, in 27 partibus diductae, 
novem numero notas omnem numerum significantes disposuit. Ad qua- 
rum etiam similitudinem, mille corneos effecit caracteres qui per 27 
abaci partes mutuati, cujusque numeri multiplicationem sive divisionem 
designarent ; tanto compendio numerornm multitudinem dividentes vel 
multiplicantes, ut prae nimia numerositate potius intelligi quam verbis 
valerent ostendi. Quorum scientiam qui ad plenum scire desiderat legai 
ejus librum quem scribit ad Constantinum grammaticum ; ibi enim haec 
satis habundanterque tractata inveniet. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 191 


simplex cujusque divisor denominationes vigintioctabit; compo- 
situs vero vigintiseptimabit ad partes , 

Le second chapitre a pour titre “ De multiplicatione. , 

# Singularis quemcunque multiplicaverit: in eodem pone di- 
gitos: in ulteriore articulos ,. 


“ Centenus milies mille millenus multiplicatus per miliesmille 
et miliesmillia quemcumque multiplicaverit in vigintesimo se- 
ptimo ab eo pone digitum; in ulteriore articulum ,. 

I est assez vraisemblable qu 


es deux chapitres, sorte de 
À avec les pages précéden- 


En résumé, nous serions disposés à admettre que la lettre de 


résumé qui ne fait pas double e 
tes, appartiennent à l'original. 


Gerbert à Constantin de Fleury comprenait les XV premiers cha- 
pitres de l'éd. Olleris, suivis de la Regula de abaco computi, et 
des deux chapitres sur la multiplication et la division, omis jus- 
qu'ici. C’est du moins ainsi que les choses sont présentées dans 
le manuscrit de la reine Christine (n° 1661) et dans celui du 
Vatican (n° 4539). 

Il existe cependant entre ces deux manuscrits des différences 
assez sérieuses ; les tables manquent au Reg. où leur place est 
restée en blanc. Le Vat. au contraire les renferme, comme le Mp., 
d’après lequel M. Olleris les a imprimées. Mais il y a dans notre 
texte comparé à celui de Mp. des variantes notables: les fautes 
du Mp. sont corrigées (1); le Vat. et le Reg. ont les deux 


(1) Multiplicatio decies milies milleni (éd. Olleris, p. 820). 
CCprXIM. 
CC per CIM... 


192 NOTE SUR UNE COLLECTION 


chapitres de la fin dont nous avons signalé l'absence dans l’im- 
primé; à cet endroit le Vat. ne donne que la première des tables 
qui terminent la Regula; la suite ne vient que plus loin, com- 
plètement à part. Elle occupe les folios 59 et 60; les précé- 
dents et le suivant sont en blanc. 

Ces tables diffèrent notablement de celles publiées d’après le 
ms. de Mp. 

M. Olleris imprime 


X Vat. 4539 donne X 


X (1) 
XII XII 
et ainsi de suite 
OBL 08 L 
H N 
P P 


Pour la dernière table le ms. donne Siiqua XXXIIIL” pars solidi 
et l'imprimé XXII 


Enfin les célèbres apices (de Boëce) origine de nos chiffres 
arabes ne sont pas identiques dans les deux cas. Les voici tels 
que les donnent le Vaticanus, le Reginensis et deux autres ma- 
nuscrits, le Vat. 3101 écrit en 1077, et le Vat. 3123 ms. du 
XIIe siècle. 


(1) C'est à dire uncias. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 193 


bg 


E £ $° 1 PF A 8 


& # sg EH A & 


&  S Y BB y £g 9) 


La première ligne reproduit les chiffres du Vat. 4539, donnés 
dans le tableau destiné à faire suite à la lettre à Constantin sur 
l’Abaque, tableau isolé dans ce manuscrit. Seulement il y a entre 
notre reproduction et le texte une différence notable; dans le 
texte, les chiffres sont placés sur deux lignes et en ordre rétro- 
grade. Le zéro (sepos) est intercalé entre le huit et le neuf; c’est 
d’ailleurs la seule fois qu'il figure dans nos manuscrits. 

Si nous comparons le tableau du Vat. 4539, avec le tableau 
analogue publié par M. Olleris, d'après le manuscrit de Mont- 
pellier, nous constatons que le quatre et le neuf diffèrent beau- 
coup; les autres chiffres se ressemblent, mais il n’y en a pas qui 
soit identique dans l'édition Olleris et le Vaticanus. 

La seconde ligne donne des chiffres tirés également du Vat. 
4539 ; ils sont extraits du texte du Liber Abaci; il est remar- 
quable de voir combien ils diffèrent de ceux du tableau contenu 
dans le même manuscrit; on peut constater des divergences ana- 


194 NOTE SUR UNE COLLECTION 


logues entre le texte et le tableau pour les manuscrits de Chartres 
et d'Erlangen (voir la planche donnée par M. Olleris à la fin de 
son ouvrage). 

La troisième ligne renferme les chiffres du Vat. 3101 ; comme 
ceux de la ligne précédente et des deux suivantes, ils sont extraits 
d'un texte et non pas d’n tableau. L'ouvrage auquel je les em- 
prunte n’est pas l'œuvre de Gerbert. 

La quatrième ligne renferme les chiffres du Reg. 1661 (tirés 
du Liber Abaci). 

La cinquième ceux du Vat. 3123. 

Les signes les plus différents, il est facile de s’en convaincre, 
sont le fernarius et le quaternarius : c'est là un fait constant, 
et la comparaison avec un plus grand nombre de manuscrits ne 
pourrait que le confirmer. Les autres signes ressemblent assez 
d'un texte à l'autre: l’un, le huit et le neuf sont déjà presque 
les mêmes qu'aujourd'hui. 

Pour compléter cette description il nous reste à parler des 
noms (d'origine probablement arabe) qui se trouvent accolés aux 
signes dans nombre de manuscrits. Ils figurent dans quelquesuns 
des manuscrits du Vatican, sans grandes variantes du reste. 

En voici la liste; d’après le Vat. 4539: 

Igni, Andras, Ormis, Arbis; Quimas, Calctis, Zemis, Teme- 
nias, Sepos (1) Elentis. 

D'après le Vat. 3101: 

Igin, Andras, Ormis, Arbas, Quimas, Calctis, Tenis, Te- 
menias, Celentis. 


On trouve dans d'autres mss. de la bibliothèque Vaticane des 
parties de la Regula de abaco computi. C'est ainsi que le Vat. 


3166 intitulé Albodus de minutits renferme une bonne partie 


(1) Nous rappelons que le zéro (sepos) est placé avant le neuf. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 195 


depuis le chapitre “ De multiplicationis similitudine , (éd. Olleris 
p. 333) jusqu’à la dernière page (éd. p. 345 ligne 9) où le texte 
du 3166 s'arrête à faciunt XII, mais sans les tables. 

Nous avons déjà signalé dans le Vat. 3123 à la suite des 
XVI premiers chapitres une reproduction moins étendue (p. 339 
à 345) qui comprend la fin sauf le dernier paragraphe (Quot 
habet asses) et les tables. 

Ces manuscrits recopient les fragments relatifs à la division 
et la multiplication des fractions; c’est en effet là ce qui parait 
avoir le plus frappé les contemporains; aussi voyons-nous re- 
paraître perpétuellement les tableaux des divisions de l'as. D'au- 
tres admirent beaucoup ce fait que la multiplication des fractions 
donne un produit plus petit que le multiplicande et le malti- 
plicateur. 

- En somme la lettre de Gerbert à Constantin de Fleury était 
un véritable manuel d'arithmétique, selon des règles nouvelles 
et plus commodes; tout le monde y a puisé, prenant ce qui lui 
semblait le plus utile; la préface a été naturellement bien moins . 
souvent copiée, et l’on a fini par oublier le nom de l’auteur : 
peu de manuscrits le donnent, et la première édition de la lettre 
(de ses XV premier chapitres) l’attribue à Bède. 


Les lettres qui suivent n’ont pas été démarquées ainsi. Echan- 
gées entre Adalbold, moine bénédictin qui devint évêque d'Utrecht 
en 1008, et Gerbert, alors souverain pontife, elles ont été mises 
à jour par Pez (Thesaurus anecdotorum novissimus, tome III, 
partie II p. 81 et seq.); elles occupent les pages 471 à 478 de 
l'éd. Olleris. On leur a donné les sous-titres suivants : 

“ Adalboldi libellus de crassitudine spherae. 

“ Gerberti de causa diversitatis arearum in trigono equila- 
tero geometrice arithmeticeve expresso ,. 

Le second seul a été reproduit par M. Olleris. 


196 NOTE SUR UNE COLLECTION 


Dans le Reg. ces lettres figurent deux fois et dans un ordre 
différent. La première à la suite du recueil de problèmes (f° 49 
et 50); elles sont répétées après les écrits géométriques (f°" 64 à 66). 

La première fois, la lettre de Gerbert est placée en tête, Ger- 
bertus Adalboldo, accompagnée de trois figures assez grossièrement 
tracées; deux seulement sont reproduites dans l'édition Olleris. 

La lettre d'Adalbold (Adalboldus Gerberto) est également ac- 
compagnée de trois figures avec légende; celle-ci est supprimée 
dans l'éd. Olleris. À la suite sont divers problèmes assez sim- 
ples. La deuxième fois, la lettre d'Adalbold vient en tête; c'est 
l'ordre adopté par M. Olleris, et justifié semble-t-il, par la pré- 
face de la lettre d'Adalbold publiée par Pez; cette préface fait 
précisement défaut dans nos mss. La lettre commence ainsi: Adal- 
boldus Gerberto vitae felicitatem et felicitatis perpetuitatem. Ma- 
crobius super somnium Scipionis… Les figures sont élégamment 
dessinées. À la suite de la lettre, est placé un fragment sur la 
mesure de l'étendue du monde (que Pez rattache à l’astrolabe 
d'Hermannus Contractus). La lettre de Gerbert ne contient qu'une 
seule figure sans lettres, telle que M. Olleris l'a imprimée. Le 
texte en est incomplet, il s'arrête à lafusque adjicias (éd. Olle- 
ris p. 478, ligne 2). 

Le Vaticanus place nos deux lettres à la suite de la lettre 
à Constantin ; elles forment ainsi un groupe intercalé entre les 
traités de l'Abacus et les données géométriques, et occupant 
les folios 62 à 69. 

La lettre de Gerbert vient d’abord, f° 65", “ Gerbertus Adal- 
boldo suo salutem p. D ,, avec les trois figures géométriques déjà 
mentionnées. La dernière ligne n'est pas la même que dans le 
Reg. et Olleris. Le Vat. donne seulement (f° 66"). Figura patet 
oculis, Adalboldus domino papae Gerberto S. p. D. Le frag- 
ment sur la mesure du monde est joint à la lettre; puis vien- 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 197 


nent les problèmes placés à la suite du 1* texte de la lettre 
d'Adalbold dans le Reg. 

La 4° lettre donnée par les mss. du Vatican a été adressée par 
Gerbert à l'abbé Constantin de Mici. Mabillon l'a publié (Vetera 
Analecta, Paris 1723, tome II, p. 212-215; cf. éd. Olleris p. 479). 

Dans les mss. du Vatican elle est intercalée au milieu de com- 
pilations plus étendues (1). 

Placée au milieu des traités sur l’astrolabe dans la Reg. 1661, 
son titre est Jiutio sperae secundum Gerbertum. La démonstra- 
tion est accompagnée d’une figure qui manque dans l’éd. Olleris. 

Le Vaticanus donne la Ratio spherac secundum Gerbertum 
parmi les fragments relatifs à la géométrie et avec la figure du 
Reginensis. Cette lettre est placée là d'une manière si peu ra- 
tionnelle entre des chapitres traitant de la mesure d’une hau- 
teur à l’aide de son ombre, et de la mesure d'une surface plane, 
qu'une erreur du copiste est possible. Toutefois il faut remar- 
quer que la atio spherae figure en général dans les manuscrits 
à côté des écrits sur l'Astrolabe et la Géométrie plutôt qu'avec 
les autres écrits authentiques de Gerbert (2) (cf. Carn. 173). 


LIL. 


Pour la connaissance des théories de Gerbert les ouvrages 
de son disciple Bernelinus sont presque aussi importants que 
ceux du maitre. Tandis que nous n'avons conservé de Gerbert 
que trois lettres se rapportant à un sujet mathématique, Ber- 
nelinus nous a laissé deux traités qui viennent confirmer et com- 
pléter les résultats tirés de l'étude de ces lettres. Le premier, le 


(1) Voir la table générale donnée au début. 
(2) Dans le Vat. 3101 nous le trouvons entre la Rifimachya et un 
abrègé sur l'Abacus. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 16 


198 NOTE SUR UNE COLLECTION 


Liber Abaci a même été inséré par M. Olleris dans ses “ Œuvres 
de Gerbert , (p.357 à 400). Tous deux ont conservé dans les ma- 
nuscrits leur caractère d'ouvrages homogènes et il n'y a guère 
de doute possible sur le nom de l’auteur; il est placé en tête 
de ses écrits. Celui qui vient le premier selon l'ordre de nos 
manuscrits est le livre de l’Abaque. 

Incipit praecfatio libri Abaci quem junior Bernelinus cdidit 
Parisius (1). 

Domino Amelio Bernelinus suus acternae fclicitatis munus. 

M. Olleris ne s'occupe que du Reginensis: pour les tables 
qui suivent le livre IV, il affirme à tort qu'elles se trouvent seu- 
lement dans le ms. de Mp.; elles existent dans le Reg. en écri- 
ture serrée, ajoutée plus tard dans un blanc insuffisant laissé 
d'abord par le copiste. 

Elles se trouvent également dans le Vaticanus; celui-ci parait 
d’ailleurs copié sur un manuscrit de la famille de celui de Mp.; 
il en reproduit toutes les variantes alors même que l'erreur est 
évidente (2). Les signes qu'il donne pour les chiffres sont as- 
sez différents de ceux de l'éd. Olleris: ternarius et novenarius 
sont les plus dissemblables, (voir le tableau publié ci-dessus et 
l'édition Olleris page 361). 

Le traité de Bernelinus sur la Musique se rattache à l'ensei- 
gnement de Gerbert. Nous en avons pour preuve l'affirmation de 
Richer, Hist. III 49. — “ Inde etiam musicam multo ante Galliis 
ignotam, notissimam fecit. Cujus generk in monochordo dispo- 
nens, eorum consonantias sive simphonias in tonis ac semitontis, 
ditonis quoque ac diesibus distinguens, tonosque in sonis ratio- 
nabiliter distribuens in plenissimam notitiam redegit. 

(1) Reg. et Vat. donnent Parisius comme le ms. de Mp. 

(2) On verra ci-dessous pourquoi le Vaticanus ne nous semble pas 
être copié directement sur le Mp., le Vat. est lui-même reproduit en 


entier dans les mss 3893 et 3896 du fonds du Vatican — copies du 
XVIe siècle exécutées pour Colocci. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 199 


Ce traité intitulé Cifa et vera divisio monochordi in diato- 
nico gencre a été édité par l'abbé Martin Gerbert d'après le 
Reg. 1661 (1). Nous nous bornerons donc à indiquer les variantes 
du Vaticanus (f° 85 à 93). 

Le titre est un peu différent. Jncipit commensuralitas fistu- 
larum et monochordi, c'est à dire que le texte commence seu- 
lement à la 2° page de l'ouvrage publié par l'abbé Dom Ger- 
bert; le premier paragraphe manque. Mais le Vat. contient la 
première figure dont la place est restée en blanc dans le Reg. 
Comme cette figure diffère notablement de la restitution tentée 
par l'éditeur, je la donne ci-dessous. 


DIAPASON SIMUL ET DIAPENTEX Diatessaron 
Diatessaron | | Dratessaron | | 
VIT VIII VIIII XII XVI XVIII XXIIII 


Tonus | 
Drapason 


BIS DIAPASON 


| Tonus | 


Diapason 


La table suivante contient à la fin des indications un peu plus 
complètes que celles du Reginensis. La publication de Migne est 
d’ailleurs peu claire dans cette partie. 

La note (2) mise au dessous de la table F II CCCIIII et seq. 
dans le Reg. et l'édition, est placée dans le Vat. en marge de la 
table précédente F CXCIT et seq. Cette glose figurant dans les deux 
mss. sous une forme très analogue il en ressort que l’origine du 
Reg. et Vat. est commune; ils dérivent d’un même manuscrit ; 
les variantes sont assez notables cependant pour qu'il soit vrai- 


(1) Script. ecclesiast. de musica sacra potissimum, t. I. p. 818; cf. Mi. 
gne, CLI, p. 664-674. 

(2) voici le texte: Ab isto, qui subscribitur numero, ab excellentis- 
simo doctore W. reperto, potest intendi monochordum cum fistulis or- 
ganorum, sine ulla adjectione minutiarum III LXXII. 


200 NOTE SUR UNE COLLECTION 


semblable qu'il y a eu des intermédiaires (d'autant que le copiste 
du Rég. paraît transcrire servilement les signes qu'il trouve). 

En marge du texte publié, page 664 de Migne, le Vat. donne 
une ligne avec cette légende: Longitudo post foramen in gract- 
hiorem partein quae est in capsa. 

La ligne a 0" 16 de long. 

Les tables publiées par l'éditeur ne sont pas identiques à celles 
des mss.; elles ont été corrigées arbitrairement ; malheureusement 
mon incompétence en matière musicale ne me permet pas de juger 
si ces corrections sont heureuses. 

Après la grande table finale, le Vat. 4539 omet les deux 
paragraphes (obscurs d’ailleurs) placés à la suite dans le Reg. 
il donne immédiatement mensura monochordi . . . Notons aussi 
que pour le Reg. l’éditeur a changé le titre du deuxième para- 
graphe; au lieu de Jéem de alio modo, il faut lire: Zéem de alio 
modulo communis et bona regula fistularum (1). 

La fin est la même dans les deux manuscrits. 


IV. 


L'ouvrage publié par Pez et M. Olleris sous le nom de Géo- 
métrie de Gerbert soulève de graves objections. La Géométrie 
est-clle un traité homogène? a-t-elle été rédigée par Gerbert ? 
Nous croyons pouvoir trancher ces questions par la négative. Aussi 
bien ne faisons-nous là qu’énoncer un fait qui résulte de la 
simple lecture des manuscrits de Rome, et qu’une étude sommaire 
de la publication de Pez ne peut que confirmer. 


(1) Les mots Communis et bona regula fistularum sont écrits avec 
un mélange de lettres grecques et latines; il est probable que l'abbé 
Martin Gerbert n’a pu les lire, 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 201 


Le texte qu’il a donné dans son Thesaurus, tome III, par- 
tie IT, p. 5 est emprunté à un ms. de Salzbourg; le texte est, 
dit-il, altéré; il est le premier à appeler une édition plus soignée 
d'après de meilleurs manuscrits. Il est donc assez singulier que 
M. Olleris l’ait pris pour base de sa publication. De dix manuscrits 
qui contiennent les divers fragments groupés dans la publication 
de Pez, il n’en est pas deux peut-être, où l’ordre des chapitres 
soit le même. 

En présence de ces divergences deux hypothèses se présentent : 

1° La Géométrie est une œuvre d’ensemble morcelée dans 
tous les mss. sauf celui de Salzbourg (XII siècle d’après Pez) (1). 

20 C’est une compilation formée de fragments primitivement 
distincts et dont la réunion est postérieure à la formation de 
la collection renfermée dans le Vaticanus et le Reginensis. 

La première de ces hypothèses ne supporte pas l'examen. 
La publication de Pez se compose de plusieurs parties simple- 
ment juxtaposées. Les voici telles qu'elles apparaissent à la simple 
lecture. Les XIIL premiers chapitres forment une sorte de géo- 
métrie élémentaire. Les chapitres XIV à XL contiennent une 
série de renseignements pratiques pour mesurer la hauteur d’un 
objet (2); les exemples sont tous pris dans l’ordre concret; il 
s'agit d’une tour, d'un fossé ; on emploie l'astrolabe, l’horoscope, 
un fil. Les chapitres XLI à LXVI sont de notions de géométrie 
ou des problèmes sous forme abstraite (3), qui devraient logi- 
quement faire suite à la première partie. Les chapitres LXVIL à 
LXXVI renferment des problèmes d’arithmétique, les exemples 
sont concrets; les chapitres LXXVII à LXXXIV, des problèmes 
de géométrie (les quatre derniers exemples concrets); LXXXV une 


(1) Il est donc postérieur aux mss. de Chartres, de Mp. (?)}, de Paris 
1377 et Reg. 1661. 

(2) Les chapitres XIV et XV exceptés (voir ci-dessous). 

(8) Le LIII excepté. 


202 NOTE SUR UNE COLLECTION 


règle d’algèbre, la formule qui donne la somme des termes d’une 
progression arithmétique; LXXXVI à XCII des problèmes de 
géométrie ; XCIII quot stadia in terris respondeant zodiaci par- 
tibus; XCIV alia ratio meridianum describendi. 

Il suffit de jeter les yeux sur cette énumération, pour voir 
que les 94 chapitres sont compilés presque sans ordre; on a mis 
en tête les définitions et les notions élémentaires sur les triangles, 
le reste suit à peu près au hasard. Si maintenant nous nous re- 
portons aux manuscrits, nous constatons que les parties que 
nous venons de distinguer dans le texte de Pez, se trouvent 
partout séparées (1). 

Les XIII premiers chapitres se trouvent dans Par. 7185 et 
7377 et Oxon. avec des variantes. 

Les chapitres XIV à XL dans Par. 7377, Carn., Mp., Reg. 
et Vat. 

Les problèmes d’arithmétique (LXVI à LXXVII) dans Mp., 
Reg. et Vat. avec beaucoup d’autres. 

Le chapitre XV dans les mêmes et dans nombre d'autres 
(voir ci-dessous). 

Deux autres groupes sont formés par le chapitres LV, XLIX 
8 1 et LVI d'une part. LXXXII à LXXXIV de l'autre. 

Enfin les chapitres XCIII et XCIV, à pen près étrangers au 
sujet traité dans les pages qui précèdent, se trouvent également 
isolés ; XCIII notamment dans Par. 7377 et dans un ancien ms. 
de la Sorbonne. 

M. Olleris ne signale aucun des autres chapitres qu'il donna 
d'après Pez, dans l’un ou l’autre des mss. énumérés ci-dessus. 

De ces divers groupes, un seul manque à nos mss. de Rome; 
le premier. Mais il faut remarquer qu'il ne figure dans aucun ms. 


(1) Nous ne prétendons pas donner uno liste complète des mss. ren- 
fermant ces fragments, mais simplement quelques exemples pour éta- 
blir l'isolement. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 203 


contenant le suivant. Le Par. 7377 fait à peine exception, car 
les XIII premiers chapitres et les notions pratiques figurent à 
deux endroits différents, de deux mains différentes; de plus l'or- 
dre est inverti. 

Il est donc extrêmement probable que ces écrits, primitive- 
ment séparés, n’ont été réunis que plus tard; il n’y aurait rien 
d'invraisemblable à ce qu'ils aient figuré en tout ou en partie 
dans l'enseignement des écoles de Reims; nous contestons seule- 
ment que la compilation éditée par Pez soit un traité de géo- 
métrie rédigé par Gerbert (1). Quant à essayer de déterminer 
l'origine de chacun de ces fragments ou de fixer la date de la 
rédaction, nous ne le tenterons pas; pour certains il faudrait 
remonter à Béde et à Boèce, ou même jusqu’à l’antiquité romaine; 
c'est ainsi que le chap. XV de Pez est a peu près identique à 
un fragment de l'écrit de Balbus à Celse. Les éléments nous 
manquent pour entreprendre une pareille recherche qui n'offrirait 
d'ailleurs qu'un médiocre intérêt. Nous nous bornerons a dire 
sous quelle forme ces écrits s'offrent au lecteur dans les deux mss. 
que nous analysons. 

Le plus important est celui qui correspond aux chapitres XIV 
à XL de l'éd. Olleris; nous le décrirons d’abord. Dans le Reg. 
et le Vat. l'ordre et le contenu des chapitres est le même, les 
figures sont très analogues, seuls les titres diffèrent. Dans le 
Reg. Figure excerpte de geometria; dans le Vat. Practice quedam 
geomctrie ad multa dimctienda. La différence est assez impor- 
tante; il semble que dans le Reg. (2) cet écrit géométrique se 
présente comme un fragment, tandis que dans le Vat. il a l'air 


(1) Dans le Carn. 173 le titre est le même que dans le Reg. 

(2) Indépendamment de l’ordre il y a entre les mss. d’autres rap- 
prochements à signaler; le ms. de Chartres a beaucoup de variantes 
communes avec les nôtres; mais il lui manque le Chapitre XL bis: par 
contre il donne une addition notable au XXXII. 


204 NOTE SUR UNE COLLECTION 


de se suffire à lui même et de constituer un ensemble. Ce morceau 
ayant une préface à lui (chap. XIV), cette deuxième manière de 
voir nous parait plus vraisemblable; notons toutefois que le titre 
donné par le Reg. indiquerait tout au plus que nous possédons 
là un extrait d'une géométrie, mais nullement que la Géométrie 
d'où l'on aurait détaché ces 25 chapitres soit la compilation 
de Pez. 

Les figures sont plus élégantes dans le Vat.; nos deux mss. 
donnent la représentation des instruments (omise par l'éditeur). 
Voici quel est l'ordre des chapitres comparé à celui de l'imprimé : 
XIV, XXXII, XVII, XXIV, XXXVII (2° partie), XVI, XXX, 
XXXI, XXV, (ici le Vat. intercale la Ziatio spherac), XXIX, 
XXV (2° partie), XIX, XXVI, XXXIII, XXVII et XX VIIT (réunis 
en un chapitre), XX, XXI, XVIII, XL, XL bis (donné en note 
par M. Olleris) XXXVIII et XXXIX. 

La comparaison avec les autres manuscrits, n’étant possible pour 
nous en ce moment, que d'après les renseignements fournis, par 
M. Olleris, nous nous bornerons à faire observer que XL nous 
paraît un fragment distinct du reste ; que le Par. 7377 et le Carn. 
réunissent les chapitres XIV, XXXII, XVII et que Par. 7377 
place à la fin les chap. XXXVIIT et XXXIX tout comme les mss. 
de Rome. Ces ressemblances sont les plus importantes (1), et cela 


(1) M. Olleris a déjà remarqué que dans aucun des mss. par lui étu- 
diés, Gerbert n'est mentionné comme auteur de la Géométrie; Richer 
qui parle avec détails de la musique, de l’Abacus, des constructions 
astronomiques faites par Gorbert (Hist. III 49 à 54) ne dit rien d'une 
Géométrie rédigée par lui, et ce silence est déjà une présomption con- 
tre l'attribution. En résumé les raisons pour lesquelles nous la reje- 
tons sans hésiter sont les suivantes: silence des mss. — silence de Richer 
— dispersion des fragments, dont trois au moins sont autonomes et se 
suffisent (Géométrie élémentaire avec préface — Notions pratiques avec 
préface — Problèmes d’arithmétique) et d’autres ont été visiblement in- 
tercalés à tort (XV, XCIII et XCIV); enfin difftrences considérables 
entre tous les mss. pour ainsi dire dans l’ordre et le nombre des cha- 
pitres des Practica. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 205 


montre combien il est douteux que même l'écrit fourni par nos 
mss. soit homogène: de pareils bouleversements dans l’ordre des 
matières, des omissions aussi considérables que celles des mss. 
de Paris et de Chartres seraient peu explicables ; tout nous porte 
donc à croire que le Practice quedam geometria ad multa di- 
metienda ne forment pas plus un ouvrage homogène que l'en- 
semble de la géométrie imprimée. Le manuscrit de Mp. dont nous 
avons déjà signalé la parenté avec les nôtres montrait-il les cho- 
ses sous une forme analogue dans ce cas encore? nous ne pou- 
vons que le supposer. En tout cas pour cette partie les deux 
mss. de Rome paraissent plus près l’un de l’autre que de celui 
de Mp.; ce dernier omettrait notamment la fin du chapitre 28 
depuis cujuslibet quantitatis. 

Le deuxième en importance des fragments qui ont passé dans 
la compilation de Pez est un recueil de problèmes d’arithmétique ; 
à peu près identique dans les deux mss. de Rome, il diffère beau- 
coup de: l’imprimé (v. Olleris p. 5S3). Pour en donner une idée 
il nous suffira de dire que l’édition Olleris donne dix problèmes ; 
notre collection en renferme quarante six. Voici quelle est la 
correspondance entre les deux séries; les chapitres LXVII à 
LXXVI répondent dans notre liste aux numéros 15, 16, 17, 18, 
19, 21, 22, 23, 24 et 25. L'imprimé joint la solution à l'énoncé; 
nos mss. réunissent toutes les questions et mettent à la suite 
toutes les solutions: ce groupement leur donne plus l’aspect d’un 
manuel de classe. Entre autres ce manuel contient le problème 
très ancien du loup, de la chèvre et du chou, précédé et suivi 
d'un autre du même genre (n° 12, 13 et 14). Certains énoncés 
sont très joliment présentés; toutefois quelques unes des difficultés 
proposées n’ont que peu de rapports avec l'arithmétique ; telles 
les questions 5, 6 et 7; voici à titre d'exemple le 7° énoncé: 
St duo homines alter altcrius matrem in conjugium sumpserint, 
qua cognatione filii eorum pertineant ? Les solutions de ces trois 


206 NOTE SUR UNE COLLECTION 


problèmes manquent; en revanche, on trouve à la suite de la 
liste des réponses quelques règles d’arithmétique. 

Les règles de géométrie pratique et les problèmes d'arithmé- 
tique sont les deux fragments les plus considérables de notre 
collection qui aient passé dans le ms. de Salzbourg; mais on 
retrouve encore dans le Vat. et le Reg. des chapitres à peu près 
isolés qui ont été amalgamés avec d’autres dans la compilation 
publiée par Bernard Pez. Tels sont le chapitre XV — les cha- 
pitres LV, XLIX $ 1 et LVI — les chapitres LXXXII à LXXXIV 
que nous voyons à divers endroits de nos manuscrits, 

Le chapitre XV est une liste de mesures à peu près identi- 
que à celle qui est renfermée dans l'exposé de Balbus à Celse (1); 
elle est tronquée et moins complète; on y a seulement ajouté 
la lieue (Leuva). Il ne faut pas s'étonner de retrouver ici une 
page tirée de la collection des Gromatici ; on sait que cette col- 
lection nous a été conservée par un ms.de Bobbio, l’abbaye de 
Gerbert, et qu’on en a même attribué la rédaction à notre au- 
teur. Be plus l'écrit de Balbus est un véritable traité de géomé- 
trie (expositio et ratio omnium formarum). [l n'en est pas moins 
curieux de rencontrer ici ce débris qui date du premier siècle de 
notre ère. Embarrassé probablement pour loger ces renseigne- 
ments utiles mais étrangers aux sujet, l’auteur de la compilation 
* de Salzbourg l’a intercalé entre la préface (chapitre XIV) et le 
premier chapitre (XVI) des Practice quaedam geometriae. 


Immédiatement après cette note, le Reg. et le Vat. contien- 


nent des indications sur la mesure de l'aire des figures géométriques 


(chapitres LV, XLIX $ 1 et LVI de l'éd. Olleris). Enfin à la 


(1) Gromatici veteres I p. 91; cf. Hultsch, Metrologici scriptores IT 
p. VI, p. 7 et seq. et p. 57-59. Notre fragment représente les paragra- 
phes 2 à 15. 


: RE CS ee 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 207 


suite de la lettre d'Adalbold à Gerbert (1), ils placent les trois 
problèmes qui forment dans cette édition les chapitres LXXXII 
à LXXXIV. 

En somme les manuscrits du Vatican et de la reine Chri- 
stine (auxquels nous pouvons joindre celui de Montpellier) nous 
présentent les choses de même; nous constatons une fois de plus 
les rapports étroits qui doivent exister entre ces trois mss., si 
comme nous le pensons ils représentent trois versions voisines 
d'une collection formée peu après le milieu du XI° siècle; il 
nous parait très probable que le texte de ces écrits est ici bien 
plus près de leur forme originelle que dans la compilation ré- 
produite par les éditeurs. 


V. 


La partie de nos manuscrits où il est traité de l'astrolabe 
est la dernière, Reg. 1661, f°" 66 à 86 ; Vat. 4539, f°* 95 à 131. 
De tous les écrits compris dans la collection ceux-ci sont les plus 
émiettés et ceux pour lesquels l'attribution à Gerbert est le plus 
évidemment fausse. Pez admettait déjà cette conclusion; il considère 
Hermar nus Contractus comme l’auteur de deux traités de l'astro- 
labe qu'il a insèrés dans son Thesaurus Anecdotorum. Le texte de 
Pez est très différent du nôtre ; il est bien moins complet, et, croyons- 
nous, plus éloigné de la forme première de ces divers écrits. Il 
y a malheureusement entre le Reg. et le Vat. des dissidences 
notables; elles compliqueront l'exposé qui suit. La première re- 
marque à faire, c'est que les écrits sur l’astrolabe renfermés dans 
la deuxième partie du manuscrit y sont placés sans ordre, mé- 


(1) Le Reg. ne les donne qu'une fois à la suite de la premiers copie 
de la lettre d'Adalbold. 


208 NOTE SUR UNE COLLECTION 


langés avec les fragments géométriques que nous venons de 
décrire. 

D'après le Reg. et le Vat. les écrits sur l'astrolabe sont assez 
nombreux et morcelés; on distingue d’abord de petits traités, à 
contours à peu près définis. De utilitatibus astrolapsus (Reg. 66” 
à 7937 — Vat. f0s 112 à 131). De mensura astrolapsus (Reg. 79 
— Vat. 95 à 97). De horologio regis Ptolomet et à la suite De 
horologio secundum Alkoram (Reg. 82 à 86 — Vat. 124 à 131) 
enfin une description de l’Astrolabe (Reg. 73" à 75° — Vat. 121 
à 123). 

À ces traités sont accolés des fragments moins étendus, quel- 
quesuns d'origine grecque ou arabe et qui ne sont pas les mé- 
mes dans les deux mss.; un certain nombre figurent seulement 
dans celui de la reine Christine et réciproquement celui du Va- 
tican en contient qui manquent à l'autre. Comme ces fragments 
sont nombreux, que même pour les traités relativement homogènes, 
l'unité de composition n’est pas prouvée, car il existe de notables 
différences entre eux et les écrits publiés par Pez (1) sous le même 
titre, nous croyons devoir mettre sous les yeux du lecteur la 
liste de tous les sujets traités chapitre par chapitre; nous pla- 
cerons ensuite nos remarques. 


Codex Regino-Vaticanus 1661 (2). 

Componas circulum equinoctialem.. lineae supersideat extre- 
mitati. 

Regula vero ita posita. diversitas exstat. 

Hine diligenti consideratione. a se distantes, notas. 


(1) Thes. noviss. anecd. III partie II p. 94 d’après un ms. du couvent 
do S. Pierre de Salzbourg ; reproduit par Migne, Patrol. Lat. p. 379-412. 

(2) Je ne donne que les écrits astronomiques, omettant les autres 
qui y sont mêlés; pour ceux-ci il faut se reporter à la table générale 
qui contient la pagination. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 209 


Hoc in loco... hanc tene sententiam. 

Quadratum geometriae.. in medio centri. Explicit. 

De utilitatibus astrolapsus. 

Quicumque astromicae disciplinae periciam... nunc breviter 
dicam. 

— De perigraphiis. — De signo et gradu solis. — De Nadair 
id est opposito solis. — De altidine solis et horis diei. — De al- 
tidine stellarum et horis noctis. — De distinctione horarum per 
quatuor plagas. — De horis equinoctialibus et artificialibus. — 
De partibus inaequalium horarum diei. — De partibus horarum 


noctum. — De horis aequinoctialibus et orbe diei. — De orbe 
noctis. — Quot hore equinoctiales sint diei et noctis. — De 
aurora. — De ortu et occasu signorum et stellarum. — In quo 
signo sint stellae horarum. — De vocabulis latinis et arabicis 


stellaram et formationibus eorum. — De discretione climatum. — 
Ut scias horas in dorso astrolapsus tantum. — De alio horo- 
logio. — Explicit e de waztalchora. 

Incipit de horologio secundum alkoram et de spera rotunda. 
In primis de horis diei. — De horis noctiss — De altitudine 
cujuslibet terre. — De altitudine stellarum. — De arcu diei. — 
Ut facias horas de directis indirectas. 

Philosophi quorum sagaci studio... ad propositum revertamus. 
Sit circulus sit circulus.. inciso med cireuli in rete LXVI extimi 
cireuli. — (Puis une table qui finit par XVI Cancer Egreget). 

Ad intimas summe philosophie disciplinas et sublimia ipsius 
perfectionis archisteria qui divino lucis inlustracione et sollerti 
veritatis indagatione.. 

Horologium. De tertio vel quarto canali.. quae omnia fieri 
in momento necesse est et simul. 

Une table astronomique. 

De mensura astrolapsus. 

Une table astronomique. 


210 NOTE SUR UNE COLLECTION 


Quomodo orbis mundi in septena partitur climata et ubi sit 
initium et extremitas 1psorum. 

De stellis horarum. 

De altitudine solis. 

Ad cognitionem uniuscujusque diei. 

De labore scientiae astrologii et horologièi interpretatus de 
Arabico in latinum. Qui desiderat scire…. 

Incipiunt capitula libri horologii regis Ptolomei. | 

I. Quomodo scias altitudinem solis. — II. Quomodo scias 
certas horas diei. — III. De altitudine stellarum fixarum. — 
IV. Ut scias certas horas noctis. — V. Ut scias gradus solis 
per singulos dies. — VI. De scientia temporum horarum dierum. 
— VII. De scientia temporum horarum noctium. — VIII. Ut 
scias arcum diei in astrolabio. — VIIIT. Ut scias arcum noctis, — 
X. Ut scias quantas horas plus habet dies quam nox. — XI. Quo- 
modo turnas horas rectas ad horas tortas. Bcberti. Faaschems. 

Outre ces chapitres annoncés à la table le ms. donne. — Quo- 
modo horas tortas facias rectas. — Quomodo tornas horas rectas 
ad tortas (diffèrent du n.° XI quoque le titre soit le même). — 
Quando quaeris stellas quae sunt in astrolabio in qua casa sint 
vel in quo ordine ejusdem casae. — Quando nescires in qua die 
vel in quo mense es. — Quando queris scire quae casa vel stella 
oriatur in die. — Si quaeris scire in nocte quae casa oritur vel 
quae occidat. —+ Ut scias quamprope sit aurora. — Ut scias 
quota pars horae transacta sit vel quota remaneat. — Ut scias 
singulae tabulae ad quod clima pertineant. — Haec est figura 
interpretationis verborum arabicorum in latinum quae sunt in 
astrolapsam. — Ut scias horas in dorso astrolapsus tantum. — 
De alio horologio. — Explicit de awalzzakora. 

Incipit de horologio secundum alchoram id est speram ro- 
tundam. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 211 


Quando quaeris scire hora diei. — Quando vis scire horas 
noctis. — De altitudine cujuslibet terra. — De altitudine solis 
in medio die. — De altitudine stellarum. — De arcu diei. — 


Ut facias horas indirectas de directis. — De horis diei ac noctis 
cum astrolabio inveniendis. — Ad horas cum quadra horologii 
inveniendis. — Ad altitudinem climatis inveniendam. — Item 
aliud theorema de eadem ratione. — Ad altum cum quadra ab- 
strolabsus inveniendam (avec la figure du quart de cercle). 


Codex Vaticanus 4359. 

Quomodo orbis mundi in septena partitur climata ubi sit . 
intétum et extremitas 1psorum. 

De mensura astrolabii. 

Astronomie modus multifarie consistit . . . (sorte de pro- 
gramme terminé par le sommaire des sept climats). 

Zone celi quinque sunt . .. 

Deux figures se rapportant au texte De mensura. 

Almucantarat dicuntur cireuli . . . et ibi scriptum est: al- 
magrib. finis. 

Carnoti ascendit sol LXVII gradus . .. latitudo septimi cli- 
matis; in solstitio hiemali intervalla IL. 

In septimo climate sunt VII de circulis almucantarat . .. 
cum duoqus gradibus. 

De utilitatibus astrolabii (comme le Reg.). 

Quomodo describatur astrolabium. Descriptio astrolabn sive 
plane sphere talis est: sit circulus . . . inciso med circuli in 
rete LX VI extremi cireuli. — Puis une table donnant Altitudo. — 
Latitudo. — Case. — Stelle. — les derniers mots sont: XVI Can- 
cer Egreget. 

Quomodo scias altitudinem soliss — Quomodo scias certas 
horas noctis. -- De apprehensione altidinis stellarum fixarum. 
— De casa solis per singulos dies totius anni. — De scientia 


212 NOTE SUR UNE COLLEUTION 


temporis horarum dierum. — De scientia temporis horarum 
noctium. — De scientia arcus diei. — De scientia arcus noctis. 
—. Quomodo scias quantas horas plus habeat dies quam nox 
Quomodo turnas horas rectas ad horas tortas. — Ut de horis 
tortis facias horas rectas. — Quomodo horas tortas facias rec- 
tas. — Quomodo tornas horas rectas ad tortas. — Quomodo 
queris stellas quae sunt in astrolabio in qua casa sint vel in 
quo ordine ejusdem case. — Quando nescires in qua die vel in 
quo mense es — Quando queris scire que casa vel stella oria- 
tur in die. — Si queris scire in nocte que casa oritur vel que oc- 


cidit. — Ut scias quam propter sit aurora. — Ut scias quanta pars 


hore tramacta sit vel gnota remaneat. — Ut scias ad quod 
clima singule tabule pertineant. — Ut scias horas in dorso 
astrolabii. — De alio horologio. — explicitt Waztalcoram. 


Incipit de horologio secundum alkoram id est de sphera ro- 
tunda et in primis de horis diei. — De horis noctis. — De in- 
venienda altidine cujuslibet terrae. — De altitione solis in medio 
die. — De altidine stellarum. — De arcu diei. — Ut facias 
horas de directis indirectas. 

De horis diei ac noctis cum astrolabio inveniendis. — Ad 
horas cum quadra horologii inveniendis. — Ad latitudinem cli- 
matis inveniendam. — Item aluet theorema de eadem ratione. 
— Ad altum cum quadra Astrolabii inveniendum (avec la fi- 
gure du quart de cercle). 


On comprendra facilement qu’il nous est impossible d'examiner 
en détail toutes ces règles et même tous ces traités. 
Le plus étendu est le De utilitatibus astrolapsus (1), traduit 


(1) L’usus Astrolabii qui occupe les folios 179 à 189 du Vat. Pal. 
1414 n’est pas le de Utilitatibus ; en voici l'incipit: « Omnia instrumento- 
rum sunt haec . . .» Il y a du reste beaucoup d’écrits sur l’astrolabe 
traitant de sujets analogues sous des formes très diverses. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 213 


de l'Arabe, comme nous l’apprend le ms. de Chartres n° 173. Il 
a été édité par Pez (1) qui l’attribue à Hermannus Contractus (2); 
l'attribution à Gerbert n'est pas soutenable d'autant plus que 
dans Richer il n'est pas question d'un ouvrage de ce genre. Le 
texte imprimé (3) est divisé en deux livres ; le premier est composé 
de 21 chapitres; les 18 premiers sont donnés dans le même 
ordre par les mss. de Rome; le chapitre 19 traite de la division 
de la terre en sept climats; le Vat. et le Reg. le placent ailleurs 
et nous y reviendrons. Il semble que le ms. de Salzbourg l'ait 
ajouté ici à tort; il est question dans le chapitre 18 des climats 
au point de vue astronomique et l’on donne la latitude et longi- 
tude des sept climats; il est naturel qu'on ait eu l'idée de mettre 
à la suite une description géographique sur le même sujet; mais 
l'ancienneté du fragment géographique et sa place après et avant 
des règles sur l'usage de l'astrolabe permettent de supposer que 
primitivement le traité de utilitatibus astrolapsus ne le renfermait 
pas. Le chapitre 21 de Pez est donné encore pas nos mss. (après 
le chap. 18); le reste diffère. 

Le livre IT de l'éditeur est visiblement une sorte de pot-pourri 
dont certains éléments se retrouvent dans les mss. de Rome. 

La Mensura Astrolabii est sans rapport avec l'écrit du même 
titre publié sous le nom d'Hermannus Contractus (4) ; très court, 
ce petit écrit est suivi dans le Vat. de deux paragraphes qui 
s'y rattachent assez naturellement ; une fois l’astrolabe construite, 
on en donne l’utilisation astronomique; la mesure de la sphère 
céleste et des cinq zones. — Sol igneus est sed vadens longius ad 
meridiem, hiemem facit; accedens propius ad septentrionem, ae- 


(1) Trithème a raison contre Pez en ne donnant qu’un livre au de 
Utilitatibus Astrolabii; cf. son Catalogus scriptorum ecclesiasticorum paru 
on 1531 (f° 63). 

(2) Chroniqueur célèbre du XI° siècle (1013-1054), moine de Reichenan, 

(8) Migne, Patrol. Lat. CXLII p. 389 à 411. 

(4) Pez et Migne LZ. c. p. 381 à 390. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D’'HIST. V° ANNÉE. 17 


214 NOTE SUR UNE COLLECTION 


statem reddit; mediusinter haec tenens iter, ver et autumnum. — 
Puis viennent deux figures soigneusement tracées auxquelles 
renvoient les lettres du texte; puis une étude sur les cercles 
Almucantarat, et la fin du traité de Mensura, auquel l'auteur 
du Vaticanus rattache évidemment les applications que nous 
venons d'énumérer. Le ms. donne ensuite une précieuse indica- 
tion: — Carnoti ascendit sol LXVIT gradus in aestivo solstitio.…. 
Il semble en résulter que ce groupe d'écrits a été rédigé à Chartres; 
ou du moins copié sur un ms. de Chartres; ceci pourrait s’ap- 
pliquer peut-être à tout l’ensemble de la collection, d'autant que 
Chartres a été un centre scientifique très important; malheureu- 
sement les mss. actuellement existant à Chartres et analysés avec 
soin dans le catalogue de 1840, ne permettent pas de vérifier 
cette hypothèse (1). Il faut observer aussi que cette mention n'est 
pas dans le Reginensis. 

Sur les traités de l'horloge, nous avons peu de chose à dire: 
comme pour les précédents, l'origine Arabe est à peu près cer- 
taine. Il est difficile de savoir si les cinq derniers chapitre se 
rattachent à l'horologium secundum alkoran; ils ‘en sont assez 
nettement séparés dans le Reginensis. La description de l’astrolabe 
nous apparaît dans le Vat. privée de sa préface ; c'est un exemple 
des mutilations que subissaient ces ouvrages au cours des trans- 
criptions successives. 

Des autres fragments le plus considérable est la notice géo- 
graphique sur les sept climats, rapprochée du De Mensura dans 
nos deux mss.; elle est traduite du Grec, et se présente en Grec, 
isolée dans un ms. du fonds Ottoboni, le n° 60. Nous avons déjà 
fait observer qu'il a été imprimé par Pez et par Migne. Quelques 


(1) Ces mss. renferment beaucoup des écrits de notre collection: le 
lettre de Gerbert à Constantin sur l’Abacus (n° 41) — la lettre à l’abbé 
de Mici (n° 173) — une partie des textes sur la géométrie et l'astro- 
labe (n° 173). 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 215 


variantes distinguent cet imprimé de nos mss.; la plus importante 
est relative à la dernière phrase: De insulis quas Ciclades vo- 
cant, dubium est cui deputentur climati; quod diligens inspector 
querat. Hujus latitudo XL VIII gradus et XX XIT minuta. Dies 
ejus X VT horarum. 

Cette phrase montre bien que l'écrit géographique sur les 
sept climats ne fait pas suite à La description astronomique des 
sept climats, sans quoi il ne reproduirait pas à sa dernière ligne, 
la dernière du chapitre précédent. En revanche notre texte n'at- 
tribue pas aux Arabes la division en sept climats; cette attri- 
bution a le caractère d'une glose. 

Il n’y a pas de conclusion générale à tirer de l'ordre dans 
lequel nous sont parvenus les traités sur l’astrolabe, cet ordre 
diffère dans le Reg. et le Vat.; seulement il est remarquable, 
étant donné le grand nombre d’écrits de ce genre, que nos deux 
mss. présentent à peu près les mêmes, et finissent de même ; c’est 
un argument qui concourt à prouver que nous nommes bien en 
présence de deux versions d’une collection d'écrits mathématiques 
dont la composition est définie. 


VI. 


Outre les écrits mathématiques que nous venons d'analyser, 
le Reg. et le Vat. contiennent un bon nombre de fragments 
qu'on ne peut rattacher à aucun des groupes principaux et qui 
diffèrent complétement dans les deux mss. Dans le Reginensis 
ils sont à peu près tous placés au milieu du ms. et le séparent 
pour ainsi dire en deux parties: la première comprenant les 
traités d'arithmétique, ouvrages homogènes dont Ia rédaction a 
un caractère personnel; la seconde les écrits sur la géométrie 


et l'astrolabe, notes ou fragments en grande partie d'origine 


216 NOTE SUR UNE COLLECTION 


arabe, grecque ou romaine, qui paraissent bien n'avoir été 
groupés en traités que plus tard. 

Le Vat. renferme aussi vers le milieu de fragments analogues, 
et de plus, sur les feuilles de garde et les pages finales, un grand 
nombre de notes métrologiques plus ou moins étendues et coor- 
données. 

Dans le Reg. ces fragments occupent les folios 52 à 56; 
folios réglés autrement que le reste du ms., sur deux colonnes ; 
toutefois l’écriture n’est sur deux colonnes que dans les trois 
premiers folios. Les vers de Remus Favinus donnés par beau- 
coup de mss. ont été publiés. On les trouvera dans Hultsch 
(Metrologicorum scriptorum reliquiae tome IT, p. 88 a 98) qui 
donne tous les détails à ce sujet (id. p. IX à XIII et p. 25 à 31). 

Les vers de Béde sur l’horlogs ne figurent pas dans ses 
écrits imprimés et ne sont pas de lui. 

Les vers ad medicine lectorem ne présentent qu'un faible 
intérêt. 

Voici la liste des sept sages de la Grèce d'après le Reg. : 
Tales, Milesius, Anaximander, Anaximenes, Anaxagoras, Archilaus, 
Socrates, Plato. 

Suivent deux écrits grammaticaux, sur la préposition 2n et 
sur la différence entre les mots vesper, vesperis et vespere. 

Enfin au milieu des iadications sur l’Astrolabe, est une re- 
cette De mensura Cere et metalli in operibus fusilibus; elle figure 
dans plusieurs autres mss., notamment Vat. 645. 

Les fragments donnés par le Vaticanus sont plus intéressants ; 
le premier est intitulé 


Fragmentum arithmetice quod Lugduni comperi. 


C’est notre règle de la division: — in compositis numeris si uni- 
tas ultimus aggregatorum fuerit, pars secunda dividendi sumatur: 
si binarius tertia.… 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 217 


A la suite la liste des divisions de l’as: elle mériterait d'être 
reproduite, car elle est, pour les signes, une des plus complètes 
que nous connaissions; voici seulement l'énoncé général qui pré- 
cède la liste: De asse et partibus. Libra, pes, passus, vel quod- 
cunque aliud totum tam in facultatibus quam in liquidorum seu 
solidorum ponderibus, vel quod etiam in ceteris quantitatibus tam 
discretis quam continuis, AS appellari potest dividique ac anno- 
tari eo modo quo inferius patet. 

Vient ensuite De uncia et ejus partibus, puis une note assez 
curieuse que nous croyons intéressant de reproduire. 

De punctis unciarum. 

Prisci nostri sicut pedem in XII uncias dividebant et unciam 
in XIII minucias quasque singulas et propriis nominibus appel- 
labant et suis certisque caracteribus insignibant; ita etiam quia 
uncia in pluribus partibus quam XIIT dividi poterat ; quibus nec 
nomina nec proprios caracteres habebant: factum est ut animad- 
vertere potius ex diurnis nocturnisque horis in quam vetusto 
marmore rome per menses descriptis et ex veteribus codicibus 
maximeque ex vitruvii decimo quod eas unicae partes quae els- 
dem caracteribus atque nominibus carebant tot adnotarent pun- 
ctis quot partes ipse numeris excresceret. Verbi gratia cum ad- 
notare vellent unciae partem quintam quia nec nomen nec ca- 
racteris formam propriam habebant sic faciebant (1) id est unica, 
una et ejus pars quinta; cum septimam sic (2) cum nonam sic (3) 
vel sic (4) cum decimam sic (5) cum undecimam sic (6) cum ter- 
tiamdecimam sic (7) et ita de reliquis. 


| 

(1) L'unité suivie de cinq points, quatre groupés en carré, le cin- 
quième sur la ligne inférieure. 

(2) Six points placés sur deux colonnes, le septième à la suite. 

(3) Les nenf points disposés en carré. 

(4) Les mêmes en cercle. 

(6) Ses dix points en cercle. 

(6) Un cercle de dix points, le onzième au centre. 

(7) Un cercle de onze points, les deux autres au milieu. RE 


218 NOTE SUR UNE COLLECTION 


À la page suivante une liste des lettres grecques et des nom 
bres correspondants jusqu’à © — 90.000. 


Les notes des pages finales et des feuilles de garde se rap- 
portent aux poids et mesures; elles comprennent en premier 
lieu (f°5 133 à 145) de la même écriture que le reste du manuscrit 
quelques paragraphes rédigés probablement vers le XV° siècle, 
d’après les textes connus de l'auteur ; mesures de longueur, me- 
sures de volume (à partir de l’amphore) poids, monnaies, signes 
employés pour le désigner, avec des détails spéciaux sur le de- 
nier et le sesterce, le tout accompagné de nombreuses citations 
de Balbus, de Caton, de Perse, de Pline, d'Hérodote, de Colu- 
melle, et de la réfutation d'une erreur commise par Lampride. 

Les notes qui couvrent le feuille de garde sont d'une écri- 
ture du XVI® siècle, une partie probablement de la main de Co- 
locci (1) ; on sait que ce savant s’est beaucoup occupé de mathéma- 
tiques; il a fait copier un certain nombre de manuscrits pour 
ses études; c'est ainsi que le Vat. 4539 est entièrement repro- 
duit dans le Vat. 3894 et 3895, qui proviennent de la biblio- 
thèque de Colocci. Son attention parait avoir été spécialement 
tournée vers le notions métrologiques. 

Parmi les notes jetées un peu au hasard sur le feuilles de 
garde, je relève les principales: une liste de chiffres grecs 


X — 1000 
[n] — 500 
H — 100 
A= 50 
= 5 
TT — 


avec la remarque “ his notis utebantur Graeci antiquissimi. , 


(1) Colocoi en latin Colotius 1467-1549 évèque de Nocera en 16581. 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 219 


Ces notes renferment un mélange de mots Grecs et Latins 
avec beaucoup de renvois à Festus, à Suidas; mais les renvois 
les plus fréquents se réfèrent à Scipion et à son vocabulaire ; 
il est possible qu'il s'agisse de Scipion Forteguerri surnommé 
Carteromacho (1), protégé d'Ange Colocci; un des renvois se rap- 
porte à l’historia de animalibus ; or Forteguerri a précisément 
composé une dissertation sur un point de l'historia de animalibus. 
Son vocabulaire serait peut-être du même genre que ceux qui ont 
été ébauchés dans d'autres manuscrits (Vat. 3894, 3895 et 5395), 
pour Colocci précisément. 

Les deux dernières notes du ms. sont Cofyle, vide graecum 
scipiontis vocabularium et Actus, vide Festum. | 


VII. 


Il nous reste à dire quelles sont les conséquences à tirer 
de l'analyse de nos deux manuscrits. Nous croyons avoir éta- 
bli que nous sommes bien en présence de deux copies d’une 
même collection scientifique; cette collection a été formée sous 
l'influence de l’école de Reims, et peut-être à Reims même, 
dans le siècle qui suivit la mort de Gerbert; probablement dans 
la deuxième moitié du XIe siècle. Hermann Contractus a vécu 
de 1013 à 1054, et d'autre part il est difficile de reculer au 
delà de la première moitié du XIIe siècle la rédaction du Re- 
ginensis; la plupart de ceux qui l'ont vu le datent même du 
XIe siècle. Or ce n'est qu'une copie et qui suppose probable- 
ment plusieurs intermédiaires, car les fragments insérés au 
milieu n'étant pas les mêmes que dans le Vaticanus, on en 
doit conclure qu'ils ne figuraient pas sur l'original. Celui-ci 
remonte au moins à la fin du XI siècle. 


(1) Greco né en 1466 et mort en 1515; élève de Politien. 


220 NOTE SUR UNE COLLECTION 


L'étude de cette collection d'écrits mathématiques est inté- 
ressante, parce que c'est sans contredit, la plus importante qui 
nous soit parvenue sur le haut Moyen-âge, depuis celle qui 
est mise sous le nom de Bède le Vénérable ; elle jette un cer- 
tain jour sur la littérature scientifique du temps. 

Le premier caractère en est l'émiettement, poussé à un degré 
extraordinaire pour la dernière partie du Reginensis et du Va- 
ticanus : des fragments de toute date et de toute provenance, 
épaves de l'antiquité, traductions de l’Arabe, empilés à peu 
près sans ordre, et dont le trait commun est d'avoir perdu 
toute personnalité pour ainsi dire. Ce sont des notes, des ren- 
seignements pratiques ou des problèmes, recopiés indéfiniment 
sans que rien en rappelle la provenance et puisse faire con- 
naître l’auteur de la rédaction primitive. À l’époque même où 
remontent nos manuscrits, ce travail continue et nous en sui- 
vons les progrès. 

De la lettre à Constantin de Fleury on a détaché la fin, 
les indications immédiatement utilisables pour en faire une 
regula de abaco computi (Vat. 4589 — Mp. — Reg. 1405). D'au- 
tres n’en conservent que la partie relative aux fractions (Vat. 
3166 où elle forme tout le ms.), encore simplifiée dans le 
Vat. 3123. 

La lettre à Adalbold a déjà perdu sa préface (Vat. 4539 — 
Reg. 1661) on l'a débarrassée de ce qu'elle a de personnel pour 
ne garder que les règles d'intérêt plus général qu'elle renfer- 
me; le titre seul en rappelle l’origine. 

Pour la lettre à Constantin de Mici, le nom même du de- 
stinataire a disparu dans le Reg. et le Vat.; ils l’intitulent 
Ratio spherae secundum Gerbertum. 

La description de l'astrolabe est privée de sa préface dans 
le Vat., le même ms. ne donne pas le titre De horologio regis 
Ptolemei ; les chapitres en sont mis à la suite d’autres frag- 


D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES DU MOYEN-AGE 221 


ments sans que rien annonce que là commence un onvrage 
nouveau. 

Ainsi ces écrits tombaient dans le domaine commun et 
revêtalent une forme impersonnelle. En même temps on y 
ajoute d’autres fragments d'origine différente (chap. XVI de la 
lettre à Constantin — XV de géométrie intercalé après la pré- 
face des Practice quaedam geometriae — le programme d’astro- 
nomie qui suit la Mensura Astrolabii dans le Vat). 

C'est que la transformation dont nous venons d'indiquer 
quelques phases n’est pas la dernière que subissent ces écrits ; 
il se produit en même temps un mouvement en sens contraire. 
On réunit les fragments, on les coordonne et des compilations 
se présentent avec l'apparence d'ouvrages d'ensemble : telle est 
la Géométrie éditée par Pez et Olleris; tel aussi ce traité de 
l’Astrolabe en trois livres du ms. de Salzbourg divisé en deux 
par Pez et qu'il faut résoudre en un bien plus grand nombre 
de fragments. 

Mais les deux tendances qui travaillent également à déna- 
turer la physionomie primitive des écrits que nous examinons, 
u'ont heureusement pas fait de grands ravages dans les pro- 
ductions authentiques de l’école de Gerbert ; la collection don- 
née par nos manuscrits & été formée à une époque assez voi- 
sine de la rédaction originale pour que celle-ci ait subsisté dans 
ses lignes essentielles. Les œuvres authentiques de Gerbert et 
de Bernelinus sont la partie de beaucoup la plus intéressante 
des mss. de Rome; leur importance est bien connue depuis 
M. Chasles et nous n'y insisterons pas; le trait commun aux 
trois principales (lettre à Constantin de Fleury — liber Abaci 
— divisio monochordi) est l'emploi des apices de Boëce (1) et 


(1) cf. Bernelini divisio monochordi (Migne, Patr. Lat. CLI) p. 6b7. 
Non queraris aut ignorasse putes nos quod litteras et notas quibus 
Boetius utitur non posuerimus.... 


292 NOTE SUR UNE COLLECTION D'ÉCRITS MATHÉMATIQUES 


de l’Abacus dont la vulgarisation est due à Gerbert. De même 
les études géométriques et astronomiques se rapportent en grande 
majorité à l'emploi de l'astrolabe. L'unité générale de la col- 
lection est d'ailleurs assez visible; elle forme une petite ency- 
clopédie mathématique, avec tout ce qu'on y rattachait (1), arith- 
métique, géométrie, astronomie, musique, métrologie et un peu 
de géographie. 

Il ne faudrait pas que cette énumération fit illusion sur 
l'étendue des connaissances du X° et du XI° siècle; dans ces 
170 pages (du Reg.) il y a peu de faits et peu d'idées: savoir 
se servir de l’abaque et de l’astrolabe, ces deux méthodes rem- 
plissent les neuf dixièmes de nos manuscrits. Idées et métho- 
des n'ont rien d’original; la musique est celle des pythagoriciens; 
les mesures viennent des Romains; les apices sont empruntés à 
Boëce ; les applications de l'astrolabe aux Arabes. Nous retrou- 
vons jusque dans les œuvres d'un homme dont la science fut 
légendaire et parut diabolique aux chroniqueurs du XIT* siècle, 
cebte pauvreté intellectuelle et ce manque d'invention qui carac- 
térisent la littérature scientifique du Moyen-âge. 


(1) Ou sait que les quatre parties des mathématiques étaient l'arith- 
métique, la musique, la géométrie et l'astronomie; Elles sont énumérées 
ainsi par le manuel de quattuor disciplinis mathematicae renfermé 
notamment dans Vat. 4162. Arithmetica est disciplina quantitatis nu- 
merabilis secundum se. Musica est disciplina quae de numeris Joquitur 
qui inveniuntur in sonis. Geometrica est disciplina magnitudinis et 
formarum. Astronomia est disciplina quae cursus celestium siderum 
atque figuras contemplatur. (Id. fo Bb4), 


ANDRÉ BERTHELOT. 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


Il est intéressant d'étudier en les comparant les moyens de 
contrainte, souvent fort extraordinaires, que les coutumes primi- 
tives accordent aux créanciers pour arracher un paiement qui 
leur est refusé. C’est une histoire qui vient d'être présentée dans 
son ensemble à propos du Shylock de Shakespeare (1) et je n'ai 
point l'intention de ‘la reprendre. Mais je voudrais étudier de 
plus près une voie de contrainte d'un caractère particulièrement 
tragique, dont on trouve la trace à diverses époques et dans des 
systèmes juridiques fort différents; il s'agit de l'arrêt mis par 
le créancier sur le cadavre de son débiteur, auquel il refuse ainsi 
le repos de la tombe jusqu'à ce que les proches ou les amis du 
défunt se décident à acquitter la dette. 


Il est parlé de cette ancienne procédure dans des récits dont 
pendant longtemps l'unique emploi fut de distraire les hommes 
ou d'amuser les enfants, mais dont aujourd'hui la critique his- 
torique sait faire son profit. Un certain nombre de contes po- 
pulaires, appartenant à des pays divers, mettent en scène des 
créanciers qui refusent la sépulture à leurs débiteurs défunts ; (2) 


(1) Voyez le livre ingénieux et profond de M. J. Kohler: Shake- 
speare vor dem Forum der Jurisprudenz, Wurzburg, 1883 p. 7 8. 

(2) Benfey : Pantschatantra I, p. 52, 219; Simrock, der gute Ge- 
rhard und die dankbaren Todten; Simrock: Quellen des Shakespeare, 
2° édit. I, p. 285, s.; Kohler, op. ci, p. 19. 


224 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


alors intervient un particulier charitable qui paie la dette et rend 
le mort à la paix du tombeau (1); parfois c'est un prince gé- 
néreux qui désintéresse les créanciers et délivre le cadavre per- 
sécuté (2). Ces contes se retrouvent, avec un parallélisme sou- 
vent frappant, en Orient et en Occident. On les expliquerait mal 
en y voyant une simple fantaisie de l'imagination qui cherche 
le tragique; il est plus naturel de croire qu'ils contiennent un 
souvenir lointain des origines, conservé par l4 tradition populaire. 
1ls nous reportent à un âge de l'humanité où ces pratiques étaient 
de droit commun, et cette action ouverte aux créanciers n'est pas 
d’ailleurs plus extraordinaire que bien d'autres dont nous avons 
la preuve certaine. 

M. Simrock rattache ces refus de sépulture à la coutume an- 
cienne et si répandue qui réduisait en servitude le débiteur in- 
solvable on récalcitrant. “ La servitude pour dettes, dit-il, ne 
“donnait pas seulement au créancier le droit de vie et de mort 
sur le débiteur; après la mort de celui-ci il pouvait encore dis- 
poser de son cadavre , (3). Je ne crois pas que cette association 
d'idées doive être admise. Lorsque le débiteur mourait en ser- 
vitude, sans doute les anciennes coutumes permettaient au créan- 
cier de refuser son cadavre aux amis qui voulaient lui rendre les 
derniers devoirs: mais si l'asservissement déjà consommé n'avait 


(1) Simrock: Der gute Gerhard. 

(2) Voyez par ex.: Contes populaires de la Grande Bretagne, par 
Louis Brueyre, Paris, 1875, p. 18: « Après quelques jours de voyage le 
prince arriva à une ville où il vit une grande foule entourant un convoi 
funèbre. S'en étant approché, on lui dit que le défunt ayant laissé de 
grosses dettes, ses créanciers s’opposaient à ce qu’on l’enterrât ; le prince 
répondit que c'était pitié que des créanciers fussent si cruels, et leur dit: 
« qu’on enterre ce mort, je paierai ce qu’il doit. » Il vint un tel nombre 
de créanciers qu'avant la nuit le prince eut vidé sa bourose. 

(3) Quellen des Shakespeare, 1, p. 231. 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SKPULTURE 225 


pas amené le paiement de la dette, cette dernière rigueur pro- 
bablement devait rester aussi sans effet (1). 

Je donnerais plutôt à l'arrêt du cadavre une autre portée, 
11 devait intervenir lorsque le débiteur mourait avant d’avoir été 
poursuivi par le créancier: il évitait alors à celui-ci les diffi- 
culté et les retards d’un réglement de succession. Peut être cela 
nous reporte à une époque où les dettes mouraient avec le dé- 
biteur et ne passaient point encore sur la tête de ses héritiers. 
On a remarqué dans plus d'une ancienne législation le caractère 
étroitement personnel des obligations, en ce sens surtout que le 
débiteur oblige sa personne plutôt que son patrimoine : (2) peut- 
être est il permis de supposer que l'obligation était au début 
tellement personnelle qu'elle s'éteignait avec la personne même 
de l’obligé. Mais s’il fut un temps où les héritiers du défunt 
n'étaient pas tenus de ses dettes, ils étaient incontestablement 
obligés religieusement et moralement de lui donner la sépulture : 
l’opposition du créancier arrêtant le cadavre au bord de la tombe, 
les obligeait indirectement à payer la dette du défunt, quand 
même en droit ils n'en auraient pas été tenus. 

Mais laissons là ces hypothèses fragiles et ces documents d'un 
caractère douteux; nous pouvons poursuivre nos recherches sur 
un terrain plus solide. Des textes du droit romain constatent les 


(1) Qu'on n'oublie pas que, selon le droit antique, lorsque le débi- 
teur était adjugé comme esclave au créancier, tous ceux qu’il avait sous 
sa puissance, femme et enfants, passaient sous la puissance du créancier. 
C’est du moins ce qu'admettait l’ancien droit romain: Liv., II, 24, 6; 
Dionys. Hal, VI, 26, 29. C’est que rapporte encore un passage des Évan- 
giles. S.t Math., XVIII, 24. 

(2) C’est l'observation que présente pour le droit romain notre maître 
M. Gérardin : « L'obligation, dit il, c’est pour les Romains, personae obli- 
gatio, un acte par lequel je dispose de ma personne plus que de mon 
patrimoine ; les voies d'exécution forcée portaient originairement sur la 
personne du débiteur.» Nouvelle revue historique de droit français et 
étranger, 1884, p. 242. — Peut-être aurai-je l'occasion de développer 
quelque jour l'hypothèse que je produis ici. 


226 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


mêmes pratiques de la part des créanciers; et, chose, remarqua- 
ble, ils nous reportent non pas à l’enfance, mais à la vieillesse 
du droit romain; ce sont en effet des lois des Empereurs Jus- 
tin et Justinien. 

“ C'est un horrible abus et une honte pour notre temps, dit 
l'Empereur Justin, que les attentats commis sur les restes des 
morts par des gens qui s'opposent à leur sépulture, se préten- 
dant créanciers du défunt et exigeant leur paiement. Pour qu'à 
l'avenir le même abus ne se reproduise pas et que ceux qui sont 
tenus de rendre au défunt les derniers devoirs, ne soient pas forcés 
de sacrifier leur bon droit, nous ordonnons de rescinder et d’an- 
nuler tout ce qui sera fait au moment où le mort est conduit 
au tombeau, soit qu'une reconnaissance de la dette ou des fidé- 
jusseurs aient été exigés, soit que des gages aient été saisis. On 
fera restituer les gages, et rendre l'argent qui aurait été payé, 
les fidéjusseurs seront dégagés, et d'une manière générale on re- 
mettra toutes choses en leur premier état, sans aucune modifi- 
cation; ensuite on statuera sur la cause principale, les choses 
restant entières. Pour celui qui sera convaincu d'un pareil crime 
il sera condamné à une amende de cinquante livres d'or, on s'il 
n’est pas en état de les payer, le juge compétent le condamnera 
à une peine corporelle , (1). 

Cette loi de Justin est de l'année 526: en 537 Justinien est 
obligé de renouveler la prohibition en en renforcant la sanction. 
Il s'était en effet produit un nouveau scandale que rapporte 
l'Empereur. “ Un homme se prétendait le créancier d’un autre. 
Apprenant que ce dernier était à son lit de mort, il rassembla 
des hommes armés (2\, des esclaves et d’autres personnes, autant 


(1) L. 6. C. J., IX, 19. 
(2) Le texte porte orpartwraç, De quels soldats est-il ici question? 
Il est difficile de le dire. Si c’étaient des soldats de l’armée ou des 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 227 


qu'il en put trouver, et envahit la maison du moribond. Celui-ci 
ne cessa de protester et de crier au secours jusqu'à ce qu'il rendit 
l'âme, sous le coup de ces violences. Le créancier, ou soi disant 
tel, mit les scellés sur tout ce qui se trouvait dans la maison, 
sans qu'aucune autorité publique fut présente, sans observer en 
rien l’ordre légal et régulier. Ce ne fut pas tout: il ne craignit 
pas d'outrager le cadavre et s'opposa d'abord à ce qu'on lui 
donnât la sépulture. Puis quand on eût obtenu de lui à grand 
peine qu'on pût sortir le mort de la maison, d'autorité et pu- 
bliquement il arrêta le convoi et saisit le brancard, déclarant 
qu'il ne le laisserait point aller si on ne lui payait son dû: 
enfin il accepta un fidéjusseur et permit de remettre le corps à 
la terre , (1). 

Après avoir exposé ces faits, Justinien légifère pour en pré- 
venir le retour. Il prévoit d'abord le cas où le créancier enva- 
hit la maison du débiteur mourant, menace lui et les siens et 
pose des scellés de sa propre autorité. Nous savons par ailleurs 
qu'à cette époque la mort prochaine du débiteur donnait ordi- 
nairement le signal des poursuites contre lui; (2) on voulait éviter 
les difficultés que présenteraient la liquidation de la succession, 
la renonciation possible des héritiers. Lorsque ces poursuites se 
faisaient régulièrement, quelque cruelle que fût leur coïncidence, 
elles étaient parfaitement légitimes; (3) mais plus d'un créan- 
cier, nous le voyons, ne s'attardait point aux lenteurs de la pro- 


agents de la force publique, ils n’agissaient point dans l’accomplisse- 
ment de leurs devoirs; ils prêtaient main forte à un particulier agissant 
de son autorité privée. 

(1) Novelle LX, proemium, edit. Kriegel. 

(2) Sidoine Apollinaire, Lettres, IV, 15 édition Baret; alias, IV, 20. 
« Quum pater tuus morti propinquae, morbo incumbente, succumberet, 
atque ob hoc ipsum publica auctoritas male valentem patrem familias 
violentius ad reformandum debitum arctaret. » 

(8) C'est ce qui a lieu dans le cas cité par Sidoine Apollinaire ; 
c'est l’autorité publique qui agit. 


228 DÉBITEURS PRIVÉS DE 8SÉPULTURE 


cédure légale et opérait de ses propres mains. Justinien décide 
qu'alors le créancier, à tout événement perdra sa créance et sera 
déchu de son droit, s'il était bien fondé: de plus il devra payer 
aux héritiers de la victime une somme égale à celle qu'il récla- 
mait, “ enfin il subira la confiscation du tiers de ses biens et 
sera noté d’infamie, comme il est porté dans les lois de l'Em- 
pereur Marc-Aurèle , (1). 

Quant à l'arrêt du cadavre, Justinien rappelle la loi de Justin, 
mais 1l la trouve insuffisante; il déclare donc que cette seconde 
hypothèse sera réglée comme la première; le coupable sera puni 
des mêmes peines que celui qui exerce des violences sur son 
débiteur mourant (2). 

Voilà des textes curieux et bien précis; mais comment ex- 
pliquer dans l'Empire d'Orient, au VIe siècle, ces pratiques qui 
nous paraissaient caractériser les premiers âges de l’humanité ? 
Il y a là, je crois un phénomène remarquable de renaissance, 


(1) Nov. LX, c. 1. pr. — Pour les lois de Marc Aurèle dont il est 
question, voyez les fragments 7 ed 8 au Digeste, L., XLVTIII, tit. 7. 
Le premier rapporte en son entier la sentence par laquelle « Divus Marcus 
decrevit, creditores, si in rem debitoris sui intraverint 1d nullo conce- 
dente, jus crediti eos non habere. » Le fr. 8. du jurisconsulte Modestin, 
déclare que le créancier est de plus frappé des peines portées par la 
loi Julia de vi privata : «tertia parte bonorum multatur et infamis fit. » 
Cela ne ressortait point directement du decretum de Marc Aurèle mais 
cela y etait contenu implicitement. En effet voici comment se présen- 
tent la défense de l’aceusé et la réplique de l'Empereur : « Cum Mar- 
cianus diceret: « vim nullam feci:» Caesar dixit: «tu vim putas esse 
solum si homines vulnerentur ? Vis est et tunc, quotiens quis id, quod 
deberi sibi putat, non per judicem reposcit. » 

(2) Nov. LX, c. 1 $ 1. — Justinien, dans sa novelle CXV, c. 1 a 
complété cette réglementation par une mesure d’un tout autre caractère. 
A raison des affaires concernant un défunt il a défendu d’exercer aucune 
poursuite, aucune action contre les héritiers, les proches, les fidéjus- 
seurs, pendant les neuf jours qui suivent le décès, et qui étaient plus 
particulièrement consacrés au deuil; pendant le même laps de temps 
il suspend la prescription de ces actions. 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 229 


qui s’est produit plus d'une fois, en particulier dans la déca- 
dence romaine, 

Le souvenir vague des usages antiques se conserve indéfini- 
ment, pour ainsi dire, dans les classes populaires, chez qui l’in- 
struction accumulée n’a pas pénétré et n'a pas pu détruire le 
fond primitif maintenu intact par la tradition: c'est pour cela 
que les contes du foyer réflétent tant de vieilles choses et de 
vieilles idées. Tant que la société reste bien ordonnée sous un 
gouvernement protecteur et régulier, la tradition des gntiques 
coutumes demeure dans le peuple, engourdie à l’état de légende: 
mais, que la société se désorganise dans l'anarchie, tout cela se 
réveille et rentre en activité. Les usages anciens sortent de la 
légende pour rentrer dans la vie réelle ; ils ont trouvé pour leur 
renaissance un milieu favorable, car ils répondent exactement 
aux besoins la société qui retourne à la barbarie. Lorsque l'or- 
ganisme administratif et le gouvernement ne peuvent plus effi- 
cacement assurer à chacun le respect de son droit par une jus- 
stice pacifique et facile, les hommes se font justice à eux mêmes, 
comme aux temps on l'État n'existait pas encore, et la bruta- 
lité domine, comme autrefois, les relations juridiques. C'est ce 
qui se produisait au VIe siècle, non seulement en Occident où 
l'Empire romain était tombé sous les coups des barbares, mais 
même en Orient, où la société byzantine devait longtemps encore 
étaler à la fois ses raffinemens et sa barbarie. La réapparition 
de la coutume barbare, que condamnent Justin et Justinien, est 
l’un des accidents de ce mouvement général. 

Certains textes, il est vrai, pourraient porter à croire, que 
l'opposition des créanciers aux funérailles de leur débiteur se 
pratiquait dans la société romaine avant le Bas-Empire, et que 
de bonne heure la législation lutta contre cette coutume. Voici 
en effet ce que nous dit Ulpien: “ Ne corpora aut ossa mor- 
tuorum detinerentur aut vexarentur neve prohiberentur quominus 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 18 


230 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


via publica transferrentur aut quominus sepelirentur, praesidis 
provinciae officium est , (1). D'autre part le jurisconsulte Macer 
nous à conservé un chef de la loi Julia de vi publica “ qua de 
eo cavetur qu? fecerit quid quo minus aliquis funerctur sepelia- 
“turve , (2). Mais je ne crois pas que ces lois visent les pra- 
tiques que j'étudie. Le texte d'Ulpien se réfère, à n'en pas dou- 
ter, à un rescrit de Septime Sévère qu’Ulpien lui-même cite ail- 
leurs et qui réglait la translation des corps d'un lieu de sépulture 
à un autre: (3) il enjoignait aux présidents des provinces de 
veiller soigneusement à ce que rien ne troublät ces funèbres 
voyages. D'un autre côté il est fort probable que le chef de la 
loi Julia de vi publica plus haut cité avait seulement en vue 
les mouvements populaires qui pourraient troubler ou entraver 
les funérailles des hommes politiques. Cela résulte d’abord de ce 
que cette disposition se trouvait non pas dans la loi Julia de vi 
privata, mais dans la loi de wi publica; de plus, si elle avait pu 
s'appliquer aux créanciers qui s'opposaient à la sépulture de leur 
débitenr défunt, Justinien s'y serait référé sans doute, comme il 
se réfère au Decretum de Marc Aurèle qui punissait les créan- 
ciers envahissant sans autorité de justice les biens de leurs obligés. 


IT. 


Les divers textes du droit romain que j'ai étudiés considèrent 
tous l’action des créanciers comme un fait illicite et punissable : 
il n’en est pas de même d'un document important qui appartient 


(1) L. 88 D, XI, 7. 

(2) L. 8 D. XLVII, 12. 

(3) L. 3 $ 4 D. XX VII, 12 : « Non perpetuae sepulturae tradita cor- 
pora posse transferri edicto D. Severi continetur, quo mandatur ne 
corpora detinereniur, aut vexarentur aut prohiberentur per territoria 
oppidorum transferri. » 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 231 


à la seconde moitié du IV® siècle. Celni-ci en effet voit dans 
l'arrêt du cadavre une voie cruelle mais légitime, non pas un 
abus maïs un droit rigoureux. C'est un passage du traité de 
Saint Ambroise de Tobia; on l'a souvent cité, (1) mais à mon 
sens on n’en a pas cherché une explication entièrement satisfai- 
sante. Voici ce curieux morceau; il est presque intraduisible a 
raison des antithèses forcées et des jeux de mots dont il est plein. 

“ Quoties vidi a fœneratoribus teneri defunctos pro pignore 
et negari tumulum dum fœnus reposcitur! Quibus ego acquievi 
libenter, ut suum constringerent debitorem, ut, electo eo, fide- 
jussor evaderet; hae sunt enim foeneratoris leges. Dixi itaque : 
tenete reum vestrum, et, ne vobis possit elabi, domum ducite, (2) 
claudite in cubiculo vestro, carnificibus duriores, quoniam quem 
vos tenetis carcer non suscipit, exactor absolvit (3). Peccatorum 
reos post mortem carcer emittit, vos clauditis : legum severitate 
defunctus absolvitur, vobis tenetur. Certe hic sortem suam jam 
memoratur implesse; (4) non invideo tamen, pignus vestrum re- 
servate. Nihil interest inter funus et foenus, nihil inter mortem 
distat et sortem (5): personat, personat funebrem ululatum foe- 
noris usura. Nunc vero capite minutus est quem convenitis ; (6) 


(1) Voyez; Kobhler, op. cit. p. 20. 

(2) Dans tout ce passage St Ambroise établit une comparaison con- 
stante entre l'acte du créancier qui arrête le cadavre, et l'exécution sur 
la personne du débiteur vivant, permise ot reglée par la loi romaine. 
Les diverses expressions techniques qui désignaient les différentes pha- 
ses de cette exécution vont tour à tour passer sous nos yeux. — Gaius, 
IV, 21: « qui vindicem non dabat, domum ducebatur ab actore. » 

(3) Ces termes paraissent désigner les accusés détenus préventi- 
vement et les contribuables poursuivis par les agents du fisc. 

(4) Jeu de mots sur le double sens du mot sors, qui signifie «a la 
fois la destinée et le capital prêté. 

(5) Même jeu de mots. 

(6) La capitis minutio était, on le sait une sorte de mort civile; 
ælle atteignait dans l’ancien droit romain, le débiteur insolvable qui, 

après une longue pro cédure, était adjugé, addictus, au créancier et vendu 


232 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


vehementioribus tamen nexibus alligate, ne vincula vestra non 
sentiat: (1) durus et rigidus est debitor, et qui jam non noverit 
erubescere. Unum est quod non timere possitis, quia poscere non 
novit alimenta (2). | 

“ Jussi igitur levari corpus, et ad foeneratoris domum exe- 
quiarum ordinem duci: sed etiam inde clausorum mugitu talia 
personabant (3). Ibi quoque funus esse crederes, ibi mortuos 
plangi putares: nec fallebat sententia, nisi quod plures constabat 
illic esse morituros. Victus religionis consuetudine foenerator (nam 
alibi suscipi pignora etiam ista dicuntur) rogat ut ad tumuli lo- 
cum reliquiae deferantur: tune tantum vidi humanos fœneratores 
gravari me; tamen ego eorum humanitatem memorabam pros- 
picere ne postea se quererentur defraudatos esse, donec feretro 
colla subjecti, ipsi defunctum ad sepulcra deducerent, graviori 
moerore deflentes pecuniae suae funns , (4). 

Sous son enflure et sa déclamation, ce passage recouvre sû- 
rement des fait précis et positifs. Nous avons affaire à un té- 
moin oculaire: “ quoties vidi ,. Et non seulement St Ambroise 


déclare avoir fréquemment assisté à des scènes de ce genre, mais 


comme esclave par celui-ci; Aulu-Gelle N. À. XX, 1, 4 « Tertiis autem 
nundinis capite poenas dabant, aut trans Tiberim peregre venum ibant. » 
Ce détail, qui donne à St Ambroise l’occasion d’un nouveau jeu de mots, 
est emprunté par lui à une législation abrogée depuis des siècles. 

(1) Le créancier, qui détenait le débiteur domum ductus, pouvait 
l’enchuiner. La loi des XII tables contenait à cet égard des prescriptions 
miuutieuses ; Aulu-Gelle, N. 4. XX, 1, 45. Voyez encore: Lex coloniae 
Genetivae Juliae, C. LXI: « Jure civil vinctum habeto. » 

(2) Le créancier qui tenait son débiteur emprisonné chez lui pou- 
vait être contraint de le nourrir. La loi des XII Tables fixait la ration 
quotidienne qu'il était tenu de fournir. Aulu-Gelle, NW. À. XX, 1, 45: 
« Si volet, suo vivito. Ni suo vivit, qui em vinctum haberit, libras farris 
endo dies dato. Si volet, plus dato. » 

(3) Ces cris sont ceux d’autres débiteurs qui ont été domum ducti 
et subissent l’emprisonnement pour dettes chez le créancier. 

(4) De Tobia, c. X. 


L 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 233 


il y jouait un rôle important que je tâcherai de déterminer. Dans 
ce récit, dont les traits essentiels sont sûrement conformes à la 
réalité, (1) le créancier apparaît comme agissant dans la pléni- 
tude de son droit. Il est si bien dans son droit que St Ambroise 
nous dit avoir acquiescé volontiers à cette barbare exécution, a 
fin que les fidéjusseurs, qui garantissaient la dette fussent libérés 
par là-même. La législation romaine on le sait, n'admettait pas 
de plein droit, le créancier, qui avait à la fois un débiteur prin- 
cipal et un fidéjusseur, à poursuivre successivement l'un et l’au- 
tre: il pouvait librement choisir celui des deux qu’il entendait 
- actionner, mais par cette poursuite même il déliait de son obli- 
gation celui qu'il n'avait pas choisi (2). Ce fut seulement Jus- 
tinien qui modifia sur ce point les anciens principes. L'évêque 
de Milan considère donc la mainmise sur le cadavre du débiteur 
comme une poursuite, comme une lifiscontestatio faite avec le 
débiteur vivant, comme un acte juridique produisant les mêmes 
effets que celle-ci. C'est pour cela, dit-il, qu'il accédait à la de- 
mande du créancier et ordonnait de porter le corps non au ci- 
metière, mais à la maison du foenerator, où d'autres débiteurs 
emprisonnés gémissaient en attendant la mort. 

Cependant la rigueur n’était point poussée jusqu’au bout. Ces 
funérailles en définitive pouvaient s'accomplir. Mais ce qui for- 
çait la main au créancier ce n'était pas la loi, c'était seulement 
le sentiment religieux. Le foenerator lui-même demandait qu’on 
conduisit le corps au cimetière. Mais l’évêque ajoute qu'il ne 
faisait point droit immédiatement à cette demande: il voulait 


bien faire constater que le créancier renonçait spontanément à 


| (1) Voyez cependant Fevret: l'railé de l'abus, édit. Lausanne 1778, 
tome I, p. 410: « Saint Ambroise, cap. 10 Lib. de Tobia, exagère la 
cruauté des usuriers, qui cadavera defunctorum oppignerari sibi cura- 
dant, et remarque que cette coutume était suivie en d’autres lieux. » 


(2) Voyez sur cette règle, M. Gérardin, Nouvelle revue historique de 
droit, 1881, p. 253. 


234 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


son droit rigoureux; 1l l’avertissait soigneusement, afin qu'il n’eût 
point dans la suite à se repentir de son humanité. Pour con- 
stater cette libre renonciation il forçait le focnerator à charger 
sur ses épaules le funèbre brancard et à porter le cadavre au 
tombeau. 

Tout cela est bien net et se déroule dans un enchaînement 
logique; mais comment cela peut-il s'expliquer ? La loi romaine 
du VI* siècle ne constate ces agissements que pour les condam- 
ner et les proscrire, est il possible que la loi du IV siècle les 
ait tolérés? Cela me paraît tout à fait inadmissible. Mais alors 
à quel point de vue se place St Ambroise lorsqu'il déclare ces 
actes réguliers et les reconnait légitimes? 

Pour répondre à cette question, il faut rechercher d'abord à 
quel titre St Ambroise intervenait dans ces scènes funèbres, pour 
donner des ordres décisifs et statuer sur la demande des créan- 
ciers. Sans aucun doute il figurait 1à en qualité d'évéque: mais 
ce n’était pas seulement comme pasteur, c'était aussi comme juge 
qu'il statuait. De bonne heure, on le sait, les communautés chré- 
tiennes cherchèrent à substituer leurs chefs aux juges de l'État 
pour le réglement des différends entre les fidèles. Sous Constantin 
les évêques paraissent avoir reçu en matière civile la qualité de 
juges, la volonté d’une seule des parties suffisant pour imposer 
à l’autre leur compétence (1). S'ils ne gardèrent pas longtemps 
ces attributions importantes en matière judiciaire (2), ils con- 
servèrent au moins la qualité d'arbitres privilégiés que Constantin 


(1) Voyez la première des constitutions dites de Sirmond, dans Hae- 
pel, Code Théodosien. Mais voyez sur l’authenticité de cette constitution 
Godefroy : Extravagans de episcopali judicio, Code Théodosien, édit, 
Ritter, VI, 338. Cf. Beauchet, Nouvelle revue historique de droit, 1833, 
p. 404, 5. 

(2) L. 8 C. J. I, 4, constitution des empereurs Honorius, Arcadius 
et Théodose, qui exige le consentement des deux parties pour donner 
compétence à l’evêque. 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 235 


leur avait conférée tout d'abord. On peut croire que, dans cette 
juridiction arbitrale de l'episcopalis audientia, les évêques, fai- 
sant en quelque sorte le droit qu'ils appliquaiïent, sanctionnèrent 
des usages que la loi n'autorisait point, mais que favorisait déjà 
le sentiment populaire. La coutume que nous étudions serait du 
nombre. Quelque dure que fût la contrainte permise ainsi au 
créancier, elle présentait pour la juridiction de l’évêque un cer- 
tain avantage. Les évêques n'avaient point l'autorité de faire 
exécuter eux mêmes leurs sentences arbitrales. Pour les ramener 
à exécution il fallait s'adresser aux magistrats civils dépositaires 
de l'autorité publique, et il faut croire que ceux-ci ne prêtaient 
point toujours un concours empressé, car, au commencement du 
Ve siècle, les Empereurs leur font des injonctivns à cet égard (1). 
L’episcopalis audientia avait donc interêt à admettre des voies 
d'exécution qui lui fussent propres, et dont elle pût disposer à 
son gré. La nôtre d’ailleurs, par son caractère tragique, permet- 
tait à l'évêque d'intervenir utilement pour fléchir le cœur des 
créanciers, comme on le voit dans le récit de St Ambroise (2). 

Cette explication paraîtra peut être forcée; cependant je n’en 
vois point d’autre. Elle gagnera quelque vraisemblance, si l'on 
observe que, d’après la jurisprudence des tribunaux ecclésiasti- 
ques au moyen-âge, le débiteur récalcitrant pouvait aussi être 
privé l4 sépulture religieuse. Il est vrai qu'ici le refus de sé- 
pulture n'intervenait point directement, mais seulement à la suite 


(1) L. 8. C. J, I, 4 (a. 408): « Per judicum quuque officia, ne sit cassa 
épiscopalis cognitio, definitioni executio tribuatur. » 

(2) L'esprit de l'Église réprouvait certainement le prêt a intérêt; 
mais elle en admettait alors pleinement la légitimité, n’employant contre 
lui que son influence morale. Au commencement du VIe siècle les con- 
ciles interdisent seulement le prêt à interêt aux diacres, aux prêtres et 
aux évêques. Concilium Aurelian. LIT, anno 508, c. 27, (Labbe, tome V, 
p. 302). 


230 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


et comme conséquence d’une excommunication prononcée. Je vou- 
drais en terminant étudier ce nouvel aspect de la question, et 
pour cela je me placerai dans la France du moyen-âge (1). 


III. 


Les Cours d'Église avaient au moyen-âge une large compé- 
tence en matière de dettes. Non seulement elles connaissaient 
de toutes les actions personnelles et mobilières dirigées contre 
les clercs (2) et contre certaines personnes, au premier rang des 
quelles étaient les veuves et les croisés, (3) mais encore elles 
pouvaient connaître sous certaines conditions et connaissaient fré- 
quemment des questions de dettes entre personnes laïques. 

D'abord, de quelque manière que la dette eût été contractée, 
les deux parties pouvaient d'un commun accord soumettre leur 
différend à la juridiction ecclésiastique (4) : l’ancienne tradition 
s'était conservée sur ce point. Ensuite les parties en contractant 
pouvaient venir reconnaître leur contrat devant une cour d'Église 
(ou plus tard devant un notaire ecclésiastique) et se soumettre 


(1) Dans cette courte étude je ne parle point à dessein de l’habi- 
tude qu'avaient les Égyptiens de donner en gage les momies de leurs 
proches, usage attesté par Diodore, (I, 92, 93) et par Lucien (de luctu, 
21). Cela se rapporte à un tout ordre d'idées que celui que je poursuis: 
là en effet il s'agit de dettes contractées non par le défunt mais par ses 
héritiers. 

(2) Beaumanoir, Contumes de Beauvoisis, édit. Beugnot, XI, 7: «Li 
quars cas de quoi la juriditions apartient à sainte Église si est des clers, 
c'est à savoir de tous les contens qui poent mouvoir entre clers de 
muobles, de catix et d’actions personeles. » 

(3) Beaumanoir, XI, 8, 9. 

(4) Beaumanoir, XI, 82: « Voirs est que en tel cas de convenences 
et d'obligations se les parties s’assanllent à pledier en le cort de Sainte 
Eglise de lor bone volonté, et il se metent en plet tant qu’il soit enta- 
més, le court de Sainte Eglise a le connoissance du plédoié et le pot 
mener dusqu’à sentence difinitive. » 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 237 


par là à la juridiction ecclésiastique, pour toutes les difficultés 
aux quelles pourrait donner lieu la convention (1). Il est cer- 
tain que la juridiction ecclésiastique, plus savante et plus rai- 
sonnable que les cours féodales dans sa procédure et ses modes 
de preuve, était fort recherchée par les laïques. Les prélats, qui 
parlèrent au nom de l'Église à l'assemblée de Vincennes sous 
Philippe de Valois, purent justement affirmer que les officialités 
n’avaient en ces matières compétence sur les laïques que grâce 
à la faveur populaire et par le libre choix des justiciables (2). 

Mais de quels moyens disposaient les Cours d'Église pour 
forcer les parties à exécuter les sentences qu'elles rendaient ? 
Elles ne pouvaient ni emprisonner le débiteur ni saisir ses biens; 
elles n'avaient qu'une voie de contrainte à leur usage, l’excom- 
munication lancée contre les récalcitrants (3). La justice ecclé- 
siastique prononçait donc l’excommunication soit contre celui qui 
refusait de comparaître devant elle lorsqu'il y était obligé, pro 
contumacia, soit contre la partie condamnée qui refusait d'exé- 


(1) Registre de l’officialité de l'abbaye de Cerisy, édité par M. Gu- 
stave Dupont sur une copie communiquée par M. Leopold Delisle, 
Ne 122, 156. — Le Registre de Cerisy va de l’année 1814 à l'année 1467. 
— Libellus domini Bertrandi cardinalis Sancti Clementis (an. 1829), dans 
Durand de Maillane, Les libertés de l'Église Gallicane, tome III, p. 486. 

(2) Libellus domini Bertrandi adversus Magistrum Petrum de Cu- 
gnertüs, dans Durand de Maillane, op. cit. III, p. 470: « Cum ecclesia 
Gallicana consueverit inter laicos cognoscere in actionibus personali- 
bus... consuetudo videtur introducta magis ex voluntate et electione 
populi, recurrentis ad judicium ecclesiasticum potius quam ad judicium 
seculare et in favorem eorum. » — 7bid. p. 486: « Respons. ad VII: Et 
hoc est pro communi utilitate, quia multi magis eligunt vinculum ec- 
clesiae quam vinculum temporale, et ante dimitterent contractus facere 
sine quibus vivere non possent quam se supponerent curiae temporali. » 

(3) Beaumanoir, XI, 82 : « Et quant l’une des parties est condamp- 
née, ele en pot contraindre le condampné à fere paier le jugié par force 
d’escommuniement, et en autre maniere non, car le laie justice selon 
nostre coustume n’est pas tenue a fere paier ce qu'est jugié en le cort 
de sainte Eglise en tel cas. » 


238 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


cuter le jugement, pro judicato. Même on avait inventé une pro- 
cédure plus expéditive résultant d'une façou particulière de s’obhi- 
ger: le débiteur, reconnaissant sa dette devant la cour d' Église 
consentait a être excommunié sur un seul avertissement, s’il ne 
payait pas au terme fixé: cela évitait d'avoir à prendre un ju- 
gement contre lui. Cette facon de s'obliger s'appelait, obligatio 
cum clausula de nisi, obligatio de nisi, et le registre de Cerisy 
nous en conservé la formule, qui justifiait ce nom (1). La justice 
ecclésiastique faisait donc un grand usage de l’excommunication 
et le registre de l'officialité de Cerisy, dans la seconde moitié 
du XIV® siècle et la première moitié du XV°, nous donne de 
longues listes de personnes excommuniées sur la demande de leurs 
créanciers, pro contumacia, pro judicato, pro judicato de nisi (2). 

L'excommunication était d'ailleurs un moyen de contrainte 
puissant et redouté. À Ia fin du XV® siècle un livre de pratique 
la met sur la même ligne que la contrainte par corps, l'empri- 
sonnement exercé contre le débiteur. (3) Bien plus, après avoir 


(1) Registre de Cerisy, N° 4312 : « Anno domini MCCCLXX die sab- 
bati ante festum Epiphanie ejusdem, in nostra presentia personaliter 
constitatus Robertus le Quoc, clericus, qui voluit et concessit, nisi sa- 
tisfecerit tali de contento in isto judicato cui presentes littere sunt an- 
nexe infra diem... proximo venturam, quod a nobis excommunicetur pro 
judicato de nisi ad instanciam dioti tali, prius a nobis sufficienter mo- 
nitus viva voce una monitione pro omnibus, et quod a nobis vinculo 
excommunicationis innodetur, modo et monitione premissis. » — Le 
N° 431" contient l’injonction adressée par l'official au curé du debiteur 
excommunié, lui ordonnant de publier à l'Eglise cette excommunication. 

(2) Registre de Cerisy, passim ; spécialement Nes 85, 1002, 1162, 1912, 
2113, 2192. 

(8) Doctrinale florum artis nolarie, seu formularium instrumento- 
rum, … Lugduni impressum per Gilbertum de Villiers MCXXLI, f° 19, Vo: 
« Cessionis bonorum beneficium appellatur miserabile refugium.. et fit 
priucipaliter ne incarceretur vel excommunicetur quia excommunicatus 
aequiparatur incarcerato : » — Ce livre est de la fin du XV® siècle; au 
fo 25 Vo l'instrumentum venditionis est daté: « anng incarnationis mille- 
simo quadringentesimo sexagesimo octavo…. serenissimo principe do- 
mino Ludovico Dei gratia rex Francorum regnante. » 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 239 


frappé le débiteur pendant sa vie, elle pouvait l’atteindre après 
sa mort, jusque dans son cadavre: nous voilà par là ramenés au 
sujet principal de cette étude. 

Supposons en effet que le débiteur excommunié fût mort avant 
d'avoir payé, par suite avant d'avoir pu se faire absoudre, l'Église 
devait refuser la sépulture religieuse à son cadavre. Le registre 
de Cerisy montre que les officialités tenaient la main, à ce que 
les excommuniés ne fussent point inhumés au cimetière (1), et 
sans aucun doute le créancier pouvait se prévaloir de cette règle 
et former opposition à l'enterrement de son débiteur excommu- 
nié. Bien plus, si l'enterrement avait eu lieu par erreur ou par 
fraude, le créancier pouvait agir devant le juge ecclésiastique et 
obtenir une sentence ordonnant que le corps fût déterré et rejeté 
hors de la terre consacrée. Durand, dans son Speculum juris, nous 
a conservé la formule par laquelle on intentait cette étrange 
demande, et voici ce curieux document: 

“ Propono contra P. rectorem ecclesiae de Podiomissione, quod 
olim Laurentius de Podomissione, dum viveret, fuit ad meam 
instantiam propter ejus contumaciam per talem judicem excom- 
municationi vinculo innodatus, de qua contumacia, morte prae- 
ventus, nec satisfecit, nec absolutionis beneficium obtinuit, sic que 
funus ipsius excommunicati fuit imprudenter in coemiterio ejusdem 
loci per praefatum sacerdotem sepultum : quare ipsum corpus per 
dictum presbyterum exhumari et eum exhumandum fore decerni 


(1) N° 9e: « Johannes l’Escleuquier, clericus custos ecclesie de 
Listreyo, gagiavit emendam pro 60 quod cum Laurentius Thorel fuisset 
a nobis excommunicatus et idem custos litteram excommunicationis si- 
gillasset, postmodum ipse fecit aut permisit eumdem inhumari in cimi- 
terio de Listreyo, asserens presbitero quod hoc... orabat, qui hoc alias 
non fecisset. Suspensimus ab officio custodis usque ad nostrum bene- 
placitum et taxamus emendam ad X libras. » — Cf. N° B2.bv — Au con- 
traire l'accusé mort en prison était « traditus ecclesie sepulture. » N° 62. 


240 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


et dictum presbyterum ad id sententialiter condemnari; peto 
etiam per vos ipsum pro tanto excessu canonice puniri. , (1). 

Si d'ailleurs les héritiers du défunt, ses proches, ses amis 
payaient la dette, à l'occasion de laquelle 1l avait été excom- 
munié, bien que l'excommunication n'eût pas été régulièrement 
levée on ne lui refusait point sans doute la sépulture religieuse. 
Seulement par ce refus possible la juridiction ecclésiastique exer- 
çait une action indirecte sur les héritiers, qui le plus souvent 
échappaient à sa compétence (2). 

Mais cette exécution sur le cadavre devait blesser la conscience 
publique. Les canonistes en tempérèrent la rigueur en décidant 
que, si le débiteur était vraiment et sans sa fante hors d'état de 
payer, l’excommunication ne serait pas valablement lancée contre 
lui, et, que, s'il venait à mourir en cet état, la sépulture chré- 
tienne lui serait accordée (3). 

Il était réservé au pouvoir civil d’extirper cet abus en en sup- 
primant la cause, c’est à dire l’excommunication employée comme 
moyen de contrainte au profit des créanciers. Les obligations de 
nisi disparurent les premières. Elles avaient été déjà vivement 


(1) Durandi Speculum juris, lib. IV, partic. 3, de sepulturis N° 8, 
édit. Francfort 1592, p. 891. — Cette formule, comme on le voit, suppose 
seulement une excommunication prononcée pro contumacia; mais ce n’est 
là qu’un exemple. L’excommunication pro judicato, pro judicato de nisi 
produisait évidemment les mêmes effets. 

(2) Masuer, Pratica forensis XXXI, 1, édit Lyon 1577, p. 268 : « Si- 
militer (arrestum corporis) cessat in persona heredis sicut et coercitio 
de nisi, quia ambae sunt personales, et extinguitur cum persona. » 

(8). Tractatus de sepulturis, authore Floriano Dulpho, Bononiae 1681, 
p. 56: « Et est advertendum quod sententia excommunicationis contra 
debitorem obligatum in forma Camerae Apostolicae impotentem solvere 
non ligat, quantumvis praecesserit pactum ut debitor possit excommu- 
nicari, Innocentius numn. primo, Hostiensis in 22 colum., in c. P. et G., 
Extra de off. et potest. judicis delegati; et ibi Aucharus num. 1, conclu- 
dit sententiam praedictam non valere, quando quis non potest solvere 
si tamen sua culpa non sit factus non solvendo. » 


DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 241 


attaquées à la dispute de Vincennes (1); au XVI® siècle elles 
furent prohibées et leur nullité poursuivie par l’appel comme 
d'abus. (2) Puis d'une manière générale défense fut faite aux of- 
ficialités de procéder par voie d’excommunication contre les dé- 
biteurs laïques (3) ou même ecclésiastiques. (4) D'ailleurs peu à 
peu et spontanément les laïques et même les clercs (5) déser- 
taient les cours d'Église, pour réserver la connaissance de leurs 
contrats aux seuls tribunaux civils : ceux ci suivaient désormais une 
procédure qui valait bien la procédure canonique et pour faire 
exécuter leurs jugements ils avaient des moyens efficaces et bien 
appropriés au but, tandisque dès le XVIe siècle le vinculum excom- 
municationtis, l'emploi n'en eût il pas été prohibé, avait perdu 
son efficacité première. (6). 


(1) Durand de Maiïllane op. cit., III, p. 447 : « art. XI: Idem, de lo- 
quendo super obligationibus de nisi, per quas aliquis excommunica- 
tur in continenti, cum certa die non solvit, licet solvere nequeat die 
illa. » — p. 487: Responsio, « ad XI art, qui loquitur de obligationibus 
de nisi dixit : quod hoc est secundum formam juris et pro communi uti- 
litate statutum, nec sequitur ex hoc inconveniens: maxime quia in ta- 
libus numquam fertur nec debet ferri sententia, nisi post sufficientem 
terminum ad hoc de consensu contrahentium assignatum. » 

(2) Pitthou: Zébertés de l'Eglise Gallicane, art. 35 : — Fovret: traité 
de l'abus, tome I], p. 171. — D’Argentré : Cout. de Bretagne, art. 6, nt®8: 
« Quare usurpatae pridem obligationes de nisi antiquatae. » 

(8) D'Argentré, Coutume de Bretagne, art. 6. 

(4) Fevret, Traité de l'abus, IT, p. 171. Brodeau sur Louet, lettre 
C. N° 31. 

(b) Fleury, Institution au droit ecclésiastique, troisième partie, ch. 6: 
« En matière pure personnelle un clerc poursuivant un clerc du même 
ressort va d'ordinaire devant le juge laïque, parce que la justice y est 
plus prompte, et que les jugements ont exécution parée.» 

(6) Glose de la Pragmatique, édit. Paris 1516, fo 287, col. 1, (addi- 
tion de Philippus Probus) : « censurae ecclesiasticae non timentur, prop- 
ter quod infinita mala et scandala oriuntur, quae longa essent in de- 
ductione, ideo optarem ut super hoc per concilium Tridentinum nunc 
congregatum provideretur. » : 


242 DÉBITEURS PRIVÉS DE SÉPULTURE 


En dehors de la jurisprudence ecclésiastique le moyen-âge a-t-il 
connu l'opposition des créanciers à l'enterrement du débiteur ? 
M. Kobhler cite une coutume allemande du XIV® siècle qui la 
prohibe; (1) d'autre part dans une addition de Carpentier au 
Glossaire de Du Cange nous trouvons cité des lettres de rémis- 
sion de 1386, desquelles il résulte que “ Jehan Gentil avoit de- 
stourné et empeschié à enterrer le corps de Eulart du Pire, pour 
cause que ledit Gentil disoit que icellui Eulart lui estoit tenu 
en la somme de cinq franz d'or ou environ.» (2) Mais il serait 
bien diffcile de déterminer la portée exacte de ces textes isolés. 

Quoiqu'il en soit, partout où l'on constatera l’usage de ce 
moyen de contrainte, on pourra, je crois, trouver en cherchant 
bien, qu'elle coïncide avec une lacune dans le droit des obliga- 
tions ou un vice dans l'administration de la justice. Là où elle 
sera usitée, le droit du créancier si fortement armé sera trop 
faible sur certains points ou bien le juge sera impuissant à as- 
surer l'exécution de ses sentences. Il en est ainsi de toutes les 
voles d'exécution extraordinaires et exagérés que les anciennes 
coutumes permettent aux créanciers: en cette matière, le droit 
n’accorde le superflu que lorsqu'il refuse le nécessaire. 


(1) Op. cit. p. 20: « Burgdorfer Haudfeste V. 1316 $ 80: nullus bur- 
gensem pro aliquo debito impediat sepeliri, et si abeo petere quod vo- 
luerit, ab heredibus id petatur. » 

(2) Du Cange, Vo Sepultura. 


À. Esueix. 


NOTE SUR UN SARCOPHAGE CHRÉTIEN 


RÉCEMMENT DÉCOUVERT À ROME 


Je dois à l'amitié du commandeur de Rossi d’avoir pu étu- 
dier et faire copier, dans le grand dépôt des Thermes de Dio- 
clétien, un sarcophage (1) auquel une notice de l'illustre savant 
eût prêté un intérêt particulier. Ce marbre chrétien, qui date 
da quatrième siècle, a été trouvé, il y a quelques mois, sur la 
rive droite du Tibre, dans le jardin du couvent de S. Giacomo 
in Settimiana (2); la conservation en est excellente. 


Ainsi qu'en témoigne son inscription 


_L: VC: M: CLAVDIANO 

VP:Q°V:P:M:ANNIS 

XLHI + D : VIII + K + DEC : 
.INP > 


il a reçu les restes d'un personnage qualifié vir perfectissimus, 
décédé en paix à quarante trois ans, le 9 des calendes de dé- 
cembre et nommé Luc(ceius ?) Marcus?) Claudianus. Le cou- 
vercle nous offre son buste décoré de la Zaena et dont la tête 
est d’un travail plus fin que celui des figures qui l’avoisinent. 
Elle a du être taillée après coup à la ressemblance du défunt 
sur une masse laissée simplement dégrossie dans l'attente de 
l'acheteur, selon un usage dont il existe des preuves nombreuses, 
même sur des marbres ayant servi dès l'antiquité à des ense- 


velissements. Ainsi en est-il pour le sépulcre placé dans un 


(1) Planche V. 
(2) Bullettino della commissione archeologica comunale di Roma, 1884, 
p. 10; Notisie degli scavi di antichità, 1884, p. 104. 


244 NOTE SUR UN SARCOPHAGE CHRÉTIEN 


hypogée de la voie latine et portant les noms de deux époux, 
Servienus Demetrius et Vibia Severa; pour un autre tombeau 
appartenant à un marchand de Rome, M. Scalambrini, et sur 
lequel la tête d'Ariane, destinée à reproduire les traits d’une 
morte héroïsée, est demeurée inachevée (1). 

Le buste de Claudianus se détache, comme on le voit sou- 
vent en Gaule et en Italie, sur une draperie que soutiennent 
deux génies ailés: des sujets de moisson et de vendange, com- 
muns aux chrétiens et aux païens, l'accostent à droite et à 
gauche. 

L'autre partie du couvercle représente la nativité du Christ; 
l'enfant divin, emmaillotté, repose dans un berceau entre le 
boeuf et l'âne de la légende ; devant lui un berger est debout, 
appuyé sur son bâton. 

Le relief suivant nous montre la chananéenne voilée, à ge- 
noux devant le Seigneur, les mains enveloppées dans son man- 
teau. Couvrir ainsi ses mains en approchant une personne vé- 
nérée c'était faire marque de respect ; j'ai relevé ailleurs d’autres 
exemples de ce détail iconographique (2). Il en est un qui nous 
présente un intérêt particulier, car il témoigne de plus qu'au 


(1) Ce beau tombeau, sculpté sur tontes ses faces, et qui représente Bac- 
chus dans l'ile de Naxos, porte l'inscription suivante: 


D M 
MACONIANAE : SEVERIANAE 
FILIAE DVLCISSIMAE 
M SEMPRONIVS PROCVLVS 
FAVSTINIANVS VC ET 
PRAECILLA SEVERINA CF 
PARENTES 


Voir pour l’héroïsation et la divinisation des morts, Études sur les sarco- 
phages d'Arles p. 38-40. 

(2) Ibid., n° VI. Les sarcophages chrétiens de Gaule (sous presse) n°° 36, 
121, 128. 


NOTE SUR UN SARCOPHAGE CHRÉTIEN 245 


XV® siècle les modèles de l'antiquité étaient encore reproduits, 
dans une certaine mesure, par les enlumineurs des manuscrits: 
c’est la miniature, récemment publiée par M. Henri Bordier d’un 
codex d'Oppien où l'on voit l'auteur debout, les mains voilées, 
devant l'empereur Caracalla auquel il récite ses vers (1). Il est 
souvent difficile de dire si la figure féminine inclinée devant 
le Christ représente la chananéenne ou bien la juive affligée 
d'un flux de sang; ici, le doute n'est pas possible, puisque la 
suppliante ne touche point le vêtement du Sauveur, ainsi que 
l'a fait l'hémorroïsse. Viennent en suite le sacrifice d'Abraham 
et Moïse recevant les tables de la Loi, accompagné d’un per- 
sonnage introduit par surcroît et sans raison dans la scène, 
tandis que les deux sujets précédents sont incomplets, car ils ne 
nous montrent ni la Vierge assise dans la crèche, ni l’ange ni 
la main céleste près d'Abraham. 

Souvent les sculpteurs de tombeaux plaçaient, aux extré- 
mités de leurs bas-reliefs, des objets disposés en pendants sy- 
métriques. Îl en est ainsi pour la vigne et pour l'arbre qui 
terminent à droite et à gauche le couvercle du sépulcre de 
Claudianus. Quoi qu'il y paraisse moins tout d’abord, sa cuve 
me semble offrir la même particularité. “ Aux deux extrémités 
, des sarcophages, ai-je dit ailleurs, on aimait à placer des ob- 
n jets de forme massive ou élevée qui les terminassent bien 
» pour le regard; un rocher, par exemple, un édifice; Moïse 
, frappant la pierre d'Horeb, Lazare dans son hcroum, voilà ce 
» qui domine, et de beaucoup, parmi les motifs qui occupent 
» les extrémités des tombeaux , (2). Celui de Claudianus nous 
apporte un nouvel exemple de cette disposition qui témoigne 


(1) Description des peintures et autres ornements contenus dans les ma- 
nuscrits grecs de la bibliothèque nationale, p. 271. 
(2) Études sur les sarcophages d'Arles, p. XIII. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 19 


246 NOTE SUR UN SARCOPHAGE CHRÉTIEN 


du goût des anciens sculpteurs pour le parallélisme dans l'agen- 
cement des sujets. 

Sur notre marbre et par un usage presque constant, l’arres- 
tation par deux juifs de Moïse, représenté ici chauve et barbu, 
est juxtaposée au frappement du rocher. La première de ces 
scènes nous offre un détail dont je ne sais pas d'autre exem- 
ple: on y remarque un personnage barbu et chevelu, vêtu 
du pallium, tenant le volumen et qui semble parler. Quel est 
son rôle dans un tableau où saint Pierre figure peut-être sous les 
traits de Moïse ? Faut-il attacher quelque sens à sa présence inat- 
tendue, ou bien ne convient-il d'y voir, malgré la place impor- 
tante qu'il occupe, qu’une image banale d'assistant introduite 
sans réflexion, ainsi qu'on le constate souvent ailleurs ? (1) 

Un mot encore en ce qui touche cette double représentation. 
J'ai déjà dû faire observer que de simples raisons d'agencement 
matériel ont plus d’une fois guidé la main des sculpteurs; que 
souvent même elles ont dominé, fait oublier certaines règles ico- 
nographiques dont l'étude des monuments ne permet pas de mé- 
connaître l'existence. Telle est celle d'après laquelle l'homme 
devait être représenté plus petit que la divinité; l'art païen 
l'avait introduite, les chrétiens l’avaient respectée, en prêtant 
toutefois de plus aux saints de l’ancienne Loi et aux apôtres la 
même taille qu'au Seigneur; le vulgaire seul devait être montré 
dans des conditions d’humilité physique. C’est pour cette raison 
qu’en plaçant sous nos yeux le miracle du rocher d'Horeb, les 
artistes out figuré Moïse dominant les Hébreux par sa très 
haute stature. Dans le tableau suivant, une pareille dissemblance 
ne pouvait trouver - place, si l'on voulait éviter l'image étrange : 
d'un géant saisi et entratné par des pygmées. Les sculpteurs 
l'ont compris et plusieurs tombes nous font voir, dans ces deux 


(1) Études sur les sarcophages d'Arles, p. IX. 


NOTE SUR UN SARCOPHAGE CHRÉTIEN 247 


scènes si étroitement juxtaposées, les juifs représentés, au mépris 
de la règle, grands ou petits, suivant les seules convenances 
du sujet. 

Le groupe qui suit nous offre à la fois, comme nous remar- 
quons sur d’autres marbres, deux faits distincts de l'histoire 
évangélique ; le Christ changeant de la main gauche l’eau en vin, 
en même temps qu'il opère de la main droite une guérison mi- 
raculeuse. 

Au point de vue iconographique, cette dernière représenta- 
tion n'est pas sans intérêt ; l'homme dont le Seigneur touche la 
tête ne peut être l'aveugle, puisque ce dernier figure plus loin 
dans le bas-relief ; est-ce le lépreux ou quelqu'autre malade ? Je 
ne saurais le dire; en tout cas cette image est nouvelle. 

Une orante debout entre les deux bienheureux qui parais- 
sent être d'ordinaire les princes des apôtres, occupe le centre 
de la composition. Ici, comme sur deux autres sarcophages de 
l'Italie et de l'Espagne (1), l'un de ces personage est, par ex- 
ception, représenté imberbe. 

La multiplication des pains, la prédiction de la renoncia- 
tion et l'image de Lazare ressuscité terminent le bas-relief. 


(1) Garucai, Storia dell’arte cristiana, tav. 377 n° 4 et 882 n° 8. 


Epmonp LE BLANT. 


UN DOUTE AU SUJET DE TROGUE POMPÉE 


s 


Nous savons à n'en pas douter qu'après la bataille d'Issos, 
Parménion reçut l’ordre de marcher sur Damas et d'y saisir tout 
ce que Darius et les Perses, pour s’alléger, y avaient envoyé de 
Soches, avant d'entrer en Cilicie. C'est à Damas que la maison 
du Grand Roi, que les familles des plus hauts personnages de 
son royaume et de son armée, que les ambassadeurs de Sparte, 
de Thèbes et d'Athènes accrédités auprès de lui, en somme que 
la capitale mobile, pour ainsi dire, de Darius, alla attendre le 
résultat de la bataille; c'est là qu'elle apprit bientôt l’effroyable 
désastre, la fuite du Roi, la captivité de la famille royale. Cette 
foule n'eut que le temps de songer à elle-même. Du reste Parménion 
arrivait. Une infâme trahison lui venait en aide. Le satrape de 
Damas feignit de vouloir fuir, de vouloir sauver les personnes 
et les trésors qui lui étaient confiés. Il les fit ainsi tomber entre les 
mains de Parménion et de sa cavalerie thessalienne. La résistance 
fut courte. Le butin était si grand que Parménion n'aurait pu 
se tirer d'embarras et assurer le transport, s'il n’avait immédia- 
tement ramené à leur poste, par une menace terrible, les gar- 
diens et conducteurs qui cherchaïent à s'évader. Il rédigea sur 
place son rapport au Roi et l'inventaire détaillé de tout ce 
qu'il avait trouvé. Ce rapport est perdu: il n’en reste qu'un 
fragment. Le soin qu'y met le général à énumérer et qualifier 
tous les serviteurs de la maison royale, nous permet d'imaginer 
qu'il aura fait de même en inventoriant le reste, quelque pro- 
digieuse que fût la quantité des personnes et des choses. Par- 
ménion aurait voulu que son Roi se débarassât, tout en en tirant 
profit, de cette foule difficile à garder, c'est-à-dire qu'il permiît 


UX DOUTE AU SUJET DE TROGUE POMPÉE 249 


le rachat des captifs. Mais Alexandre ne fut point de cet avis. 
Il se fit envoyer les ambassadeurs grecs prisonniers, se réservant 
de les traiter avec clémence ou bien avec rigueur, selon qu'ils 
représentaient tel ou tel autre État ou qu'ils portaient tel ou 
tel autre nom, et il donna l’ordre à Parménion de ramener et 
tenir tout le reste à Damas sous bonne garde. Cette prise de la 
Smalah de Darius, eut un grand retentissement dans l'antiquité. 
Les moralistes s’y sont arrêtés volontiers. C'était la première 
fois que l'or des Perses et les yeux de leurs femmes brillaient à la 
vue des Macédoniens; c'était la première fois que le luxe inoui 
de cette vieille cour s’étalait devant les rudes compagnons d’A- 
lexandre ; c'était le commencement du Persia capta feram cepu 
Macedoniam. 

Tout cela est dans Arrien (II, 6; 11; 15), l'Itinéraire (c. 41), 
Plutarque (Alex. 20,21, 24), Diodore de Sicile (XVII, 32), Quinte 
Curce (II, 8; 12; 13; IV, 1; 11), Polyen (Strat. IV, 5), Athé- 
née (XIII, 607 f.). 

Or, que veut dire au milieu de cet accord des historiens, la 
note discordante de Justin (XI, 10) et conséquemment d'Orose 
(IT, 16)? Après la bataille d'Issos, Alexandre, disent-ils, donna 
l'ordre à Parméuion d’aller occuper, d'aller saisir la flotte 
des Perses (ad occupandam, ad invadendam Persicam classem). 
Qu'est-ce que cette singulière prise d'une flotte dont personne 
d'ailleurs ne parle et à laquelle personne ne songe alors? Pro- 
bablement le mot classis, ici, est îme pure faute dont la res- 
ponsabilité retombe toute entière sur l’ensemble des textes qui 
se rattachent à l'ouvrage perdu de Trogue Pompée. Mais d'où 
vient-elle précisément et depuis quand s’y est-elle glissée ? Est-ce 
uniquement une erreur appartenant au texte de Justin? Ou bien 
remonte-t-elle au texte même de Trogue? Comme cet écrivain 
latin, subissant l'influence de la partie hellénistique de son pays 
(Mommsen, Rôémische Geschichte, V. 101), travaillait sur du grec, 


250 UN DOUTE AU SUJET DE TROGUE POMPÉE 


on ne peut s'empêcher de remarquer qu'en cette langue un mé- 
me mot (Zroko;) voulait dire caravane de terre et caravane de 
mer; on ne peut s'empêcher d’imaginer que quelque historien 
dont le récit n'est plus sous nos yeux, mais dont s'est servi 
Trogue Pompée, au lieu de dire ici, comme les autres qui nous 
sont parvenus, XTOCkEUN, LATAGKEUN, TapxoxEuh, aura employé le 
mot 6t0o:, faisant allusion par là plutôt qu'aux bagages mé- 
mes, à l'agmen, au commeatus, au convoi tombé entre les mains 
de Parménion; on ne peut s'empêcher de soupçonner ici l'exis- 
tence, non d’une fante traditionnelle dans les manuscrits de Jus- 
stin donnant classis au lieu de gaza ou de quelque autre mot 
analogue, mais d’une méprise, d'une inadvertance originelle de 
Trogue Pompée. L'hypothèse serait elle trop hardie? Déjà un 
philologue (Literar. Centralblatt, 1872, 659) a franchement avoué 
la conviction “ dass Trogus nur eine lateinische Bearbeitung eines 
griechischen Originalwerks, dessen Verf. Timagenes war, gelie- 
fert hat, und zwar eine Bearbeïtung mit allen den Flüchtigkeits- 
fehlern und Missverständnissen, deren man sich von Seiten eines 


rômischen Gelehrten zu versehen hat. ,, 


G. LumBroso. 


— ne 


ADDITIONS ET CORRECTIONS 
AU GALLIA CHRISTIAN A 


TIRÉES DES REGISTRES D'HONORIUS IV. 


— ——— ——  ———— = 


On trouvera réunis ici un certain nombre de renseignements 
tirés des bulles transcrites dans les deux registres du pape Ho- 
norius IV, conservés aux Archives du Vatican, et qui sont de 
nature à compléter ou à rectifier sur quelques points les asser- 
tions du Gallia Christiana. Je n’ai donc pas prétendu extraire 
des registres d'Honorius tous les documents relatifs à l'histoire 
de l'église de France, mais seulement ceux qui pouvaient éclairer 
davantage la chronologie et la biographie des dignitaires ecclé- 
siastiques, évêques, abbés ou doyens. Pour faciliter les recherches 
j'ai adopté dans le classement de ces notes l'ordre même suivi 
par le Gallia Christiana. 

Archevôché d'Arles. — Bertrand, archevêque d'Arles, élu 
en 1281, mourut, selon le Gallia Christiana (t. I, col. 573) en 1286. 
Il siégeait encore le 13 mars de cette même année (1), date à 
laquelle Honorius IV lui mande de remettre à des marchands 
de Sienne et de Pistoie le produit de la dtme que Martin IV 
l'avait chargé de percevoir en Provence pour les affaires de Si- 
cile. Il mourut peu après. Les chanoines procédèrent par voie 
de compromis a l'élection de son successeur. Les trois commis- 
saires, choisis par le chapitre, élurent à l'unanimité Rostaing, 
chanoine de l'église d'Arles. Celui-ci se rendit auprès d'Hono- 
rius ÎV, accompagné des procureurs du chapitre, pour présenter 


(1) Registre d’'Honorius IV, a. 1, n° 827, f° 89: “ Venerabili fratri B. 
archiepiscopo Arelatensi. Felicis recordationis Martinus...... Dat. Rome, apud 
Sanctam Sabinam, III idus Marti, anno primo., 


252 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


au souverain pontife le décret d'élection. Mais le pape, sur le 
rapport des trois cardinaux commis à l'examen de l'affaire, cassa 
l'élection comme irrégulière. En effet, les commissaires avaient 
tous ensemble annoncé au chapitre le résultat de l'élection tandis 
que, selon les règles du droit canon, un seul devait prendre la 
parole au nom de ses collègues et proclamer l’élu. Le pape 
néanmoins, usant de son autorité apostolique, conféra l’arche- 
vêché d'Arles à Rostaing, le fit consacrer par Bernard évêque 
de Porto, eb lui remit le pallium. La bulle de provision est datée 
du 5 août 1286 (1). Le 19 septembre suivant, Honorius IV tran- 
smit au nouveau prélat les pouvoirs dont il avait investi son pré- 
décesseur Bertrand pour la levée de la dîime (2). 

Évêché de Marseille. — Le 6 août 1286, Honorius IV per- 
mit à Raimond, évêque de Marseille (3), que son grand âge em- 
pêchait de s'acquitter convenablement des devoirs pastoraux, de 
choisir avec l’assentiment de son chapitre un coâdjuteur qui l’aidât 
à administrer son diocèse an temporel et au spirituel. 

Évêché de Lescar. — Bertrand évêque de Lescar mourut, 
d’après le Gallia Christiana, le 30 octobre 1268. (Gall. Christ., 
t. I, col. 1294). Il eut pour successeur Arnaud, dont on con- 
state la présence sur le siège épiscopal en 1286. Mais son élec- 
tion souffrit maintes difficultés que retrace une bulle d'Hono- 
rius IV datée du 17 mars 1286 (4). Après la mort de Bertrand, 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 91, #° 152: “ Venerabili fratri Ro- 
stagno archiepiscopo Arelatensi. Licet continuata supervenientium....…. Dat. 
Tibure, nonis Augusti, anno secundo. , 

(2) Ibid., a. 2, n° 113, #° 160: “ Venerabili fratri R. archiepiscopo Are- 
latensi. Olim felicis recordationis...…. Dat Tibure, XIII kal. Octobris, anno 
secundo. , 

(3) Ibid., a. 2, n° 87, ° 151: “ Venerabili fratri Raymundo Massiliensi 
episcopo. Sicut in nostra...…. Dat. Tibure, VIIL idus Augusti, anno secundo. , 

(4) Ibid., a. 1, n° 339, P 91: * Venerabili fratri Arnaldo episcopo La- 
scurrensi. Onerosa pastoralis officii.…. Dat. Rome, ap. S. Sabinam, XVI 
kal. Aprilis, anno primo. , 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 253 


_ les chanoiïnes de l’église de Lescar, procédant par voie de scrutin 
à l'élection de son successeur, partagèrent leurs voix entre Ar- 
uaud, alors archidiacre de Batbielle (1) en la même église, et le 
chanoine Bertrand d'Andoins. Les parties en appelèrent au Saint 
Siège. Bertrand mourut au cours du procès. Gervais, cardinal 
prêtre du titre de Saint-Martin, dernier auditeur commis par le 
Saint Siège dans cette affaire, fit son rapport au pape. Mais 
Arnaud ayant renoncé de lui-même aux droits que pouvait lui 
conférer l'élection, le pape, tenant compte des voeux du chapitre, 
du seigneur et des habitants de Lescar, le mit à la tête du dio- 
cèse de Lescar par bulle du 17 mars 1286, après l'avoir fait or- 
donner diacre par l’évêque d'Ostie, et prêtre par l'évêque de Porto. 

Église de Limoges. — Le Gallia Christiana (t. IT, col. 545) 
donne Hélias de Malemort (de Malamorte), doyen de l'église de 
Limoges, comme exécuteur testamentaire d'Aimeri, évêque de la 
même église (2). Une bulle d'Honorius IV, que nous analyserons 
ici (3), fait connaître les noms de cinq autres ecclésiastiques que 
lui avait adjoints Aimeri pour l'exécution de ses dernières vo- 
lontés. De plus ce même document prouve que la mort d'Hélias 
est antérieure au 31 Juillet 1285. Aimeri avait choisi pour exé- 
cuteurs testamentaires, outre le doyen de l'église de Limoges, 
l'abbé du monastère de Tulle, maître Gérard official de Limoges, 
Eble prieur de Brive, Gui archidiacre de la Marche en l'église 
de Limoges, et maître Jean Arnaud chanoine du Mans. Mais 
denx d’entre eux, l’abbé de Tulle et maître Gérard, ayant refusé 
de participer à l’accomplissement des dernières volontés d'Aimeri, 
puis les trois autres étant morts, Hélias resta seul. Il obtint 


(1) La bulle porte Vallis Veteris. Raymond, Dict. topographique des 
Basses-Pyrénées, ne donne pas le nom latin de Batbielle. 

(2) Aimeri est mort, d'après le Gallia Christiana, t. IT, col. 529, en 1272. 

(3) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 267, f° 74: * Venerabili fratri Gil- 
berto episcopo Lemovicensi. Exhibita nobis tua. Dat. Tibure, II kal. 
Augusti, anno primo. , 


254 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


alors du pape Jean XXI (1) l'autorisation de procéder à l'exé- 
cution dont il était chargé et de désigner trois personnes pour 
le suppléer au cas où il viendrait à mourir avant d'avoir com- 
plétement rempli sa mission. La mort vint en effet l'arrêter dans 
son œuvre; mais ceux qu'il avait désignés comme ses succes- 
seurs, à savoir Hugues écolâtre de Saintes, Aymeri chantre d’An- 
goulême et Pierre frère prêcheur de Limoges, restèrent plus de 
quatre ans sans rien faire de la tâche qui leur incombait. De 
telle sorte que le pape manda le 31 Juillet 1285 à Gilbert évé- 
que de Limoges de laisser aux exécuteurs testamentaires leurs 
pouvoirs encore une année, et, ce délai passé, de procéder lui- 
même à l’exécution du testament de son prédécesseur. 

Abbaye de Grandmont. — Pierre de Causac était prieur de 
Grandmont depuis deux ans (2) quand il fut déposé, sous pré- 
texte de simonie, par les visiteurs de l’ordre. Ils lui substituè- 
rent Bernard Rissé. Pierre en appela au Saint Siège de leur dé- 
cision; puis il se rendit auprès d'Honorius IV. Le pape ordonna 
une enquête, à la suite de laquelle Pierre fut rétabli dans sa 
dignité. Tels sont les faits rapportés dans le Gallia Christiana; 
ils sont en accord avec la teneur d'une bulle d'Honorius IV (3). 
Toutefois Bernard y est appelé non pas Rissé ni Bissue, mais 
Rissa. En second lieu, cette bulle porte que l'examen de l'af- 
faire fut confié par Honorius à l'évêque d'Ostie et de Velletri. 
Enfin elle constate que la venue de Bernard à Rome précéda 
celle de Pierre de Causac, qui n'y envoya d'abord que ses pro- 
cureurs. Le pape dut le citer à comparaître en personne devant 
le Saint Siège par bulle datée du 22 février 1285 et adressée 


(1) Jean XXI fut élu le 8 septembre 1276 et mourut le 20 mai 1277. 

(2) Il était devenu prieur en 1282, Gallia Christ. t. II, col. 658-854. 

(3) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 293, f° 80 v°: “ Dilectis filiis.…. 
Sancti Marcialis, et. Sancti Martini Lemovicenaum monasteriorum abbati- 
bus. Cum sicut accepimus....…… Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, VIII kal. 
Martii, anno primo. 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 209 


aux abbés de Saint Martial et de Saint Martin de Limoges. Il 
donnait en même temps tout pouvoir aux dits abbés pour rece- 
voir de Pierre résignation de sa charge au cas où 1l croirait 
devoir abandonner ses prétentions. L'enquête qui suivit fut con- 
fiée, comme le dit le Gallia Christiana, à Bertrand de Montaigu, 
abbé de Moissac, à frère Bernard Géraud, prieur provincial de 
l'ordre des Prêcheurs, et à maître Raoul de Mirabello, doyen de 
Poitiers. Le registre d'Honorius IV nous a conservé la bulle de 
commission envoyée à ces dignitaires ; elle est datée du 22 fé- 
vrier 1287 (1). 

Église du Puy. — Le Galiia Christiana cite parmi les do- 
yens de l'église du Puy (t. Il, col. 743) Raimond Algier (2). 
Une bulle d'Honorius IV nous apprend que le pape l’employa 
en Italie. Car il est chargé le 5 novembre 1285 (3) de citer les 
magistrats de Florence devant le Saint Siège. 

Abbaye Notre-Dame de Saintes. — Le Gallia Christiana 
affirme qu'on trouve Hilaire de Borno comme abbesse de Notre- 
Dame de Saintes dès l’année 1283 (t. IT, col. 1129). Toutefois à 
cette date son élection n'avait pas encore été confirmée par le 
Saint Siège. Elle avait une rivale, Béatrice de Sancta-Leverina ; 
celle-ci n'avait obtenu, il est vrai, que dix-huit voix dans l'élection 
qui suivit la mort de l’abbesse Yve, tandis que Hilaire en avait 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 260, f° 197 v°: “ Dilecto filio Ber- 
trando de Monte Acuto, abbati monasterii Moysiacensis, Caturcensis dio- 
cesis, fratri Bernardo Geraldi priori provinciali ordinis fratrum predicato- 
rum in Provincia et magistro Radulpho de Mirabello decano Pictavensi 
capellano nostro. Occasione amotionis dilecti....… Dat. Rome, apud Sanctam 
Sabinam, VIII kal. Martii, anno secundo. , 

(2) Le Gallia l'appelle Raimundus Algeri, et le registre d'Honorius IV 
porte Raymundus Atgerii. 

(3) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 168, f° 45 v°: “ Raymundo Atgerii 
decano ecclesie Aniciensis, capellano nostro. Sedes apostolica erga.…..… Dat. 
Rome, apud Sanctam Sabinam, nonis Novembris, anno primo. , Bulle citée 
par Potthast, n° 22319, 


256 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


recueilli quarante et une. Mais les religieuses favorables à Béa- 
trice opposaient à Hilaire certains crimes et défauts qui, à les 
en croire, la rendaient inéligible. L'autre parti prétendait que 
Béatrice n’avait pas donné son adhésion au choix qu'on avait fait 
d'elle pour abbesse, ou tout au moins qu'elle n'avait pas demandé 
au Saint Siège dans les délais prescrits par les canons la con- 
firmation de son élection. L'affaire fut portée en cour de Rome, 
et, après de longs débats, le pape Honorius IV reconnaissant 
comme nulle l'élection de Béatrice, et comme régulière, quant à 
la procédure, celle d'Hilaire, manda le 5 août 1286 (1) à l'evêque 
de Périgueux, au prieur des frères prêcheurs et au gardien des 
frères mineurs de la même ville, d'examiner la personne d'Hi- 
laire, et, s'ils trouvaient qu'elle remplissait les conditions exigées 
par les canons, de l'établir abbesse, et de lui faire conférer la 
bénédiction. 

Église de Poitiers. — Raoul de Mirabello, dont le Gallia Chri- 
stiana constate l'existence comme doyen de Poitiers de 1253 à 
1285 (Gall. Christ., t. II, col. 1216, et Animadv., col XX VIT) 
était encore revêtu de cette dignité le 22 février 1287, comme 
le prouve l'adresse d'une bulle citée plus-haut (2). 

Abbaye Sainte Croix de Poitiers. — Isabelle de Marmande, 
que les auteurs du Gallia Christiana (t. IT, col. 1302) disent 
avoir été élue abbesse de Sainte-Croix en 1284, n'était pas en- 
core reconnue comme telle par tout le couvent en 1287. Une 
partie des religieuses seulement l'avaient élue, les autres ayant 
porté leur choix sur Isabelle de Podia, du monastère de Fon- 
tevrault. Cette dernière avait obtenu de l'évêque de Poitiers la 


(1) Registre d’Honorius IV, a. 2, n° 85, f° 150 : “ Venerabili fratri.. epi- 
scopo, et dilectis filiis.. priori predicatorum et. guardiano minorum fratrum 
ordinum Petragoricensibus. Dudum monasterio Sancte.…. Dat. Tibure, nonis 
Augusti, anno secundo ,. 

(2) Voyez l'article Abbaye de Grandmont. 


\ 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 257 


confirmation de son élection ; maïs le parti d'Isabelle de Mar- 
mande en appela au Saint Siège. Le cardinal des Saints Marcellin 
et Pierre fut commis par Honorius IV à l'audition de la cause. 
Mais comme la solution du procès nécessitait la présence des 
deux parties, le pape manda, par bulle du 9 février 1287, aux 
doyen, sous-doyen et écolâtre de Poitiers (1), de citer Isabelle de 
Podia à comparaître devant la cour de Rome dans l'espace de 
deux mois à compter du jour de la citation. 

Abbaye d’Airvaut. — La liste des abbés de Saint-Pierre 
d'Airvaut donnée par le Gallia Christiana (t. IT, col. 1387-1391) 
est fort incomplète. Les auteurs ont laissé une lacune considé- 
rable entre Pierre, dont on constate la présence à la tête de 
l'abbaye en 1197 et 1218, et un autre Pierre qui vivait au mi- 
lieu du XV® siècle. Une bulle d'Honorius IV, donnée à Tivoli 
le 31 Juillet 1285, (2) nous fournit le nom d'un abbé d'Airvant, 
Jean, en même temps qu'elle nous fait connaître les démêlés 
qu'il eut avec Gautier, évêque de Poitiers, au sujet de la provi- 
sion de deux églises du patronage de l'abbaye. L'évêque refusait 
d'y admettre les chanoines d'Airvaut que lui présentait l'abbé, 
prétendant établir à leur place deux autres chanoines du même 
monastère alors sous le coup d’une sentence d'excommunication 
majeure. Îl s'opposait même à la perception par l'abbé des re- 
venus des églises vacantes. Enfin il n'avait pas craint de lancer 
à plusieurs reprises l’interdit contre le monastère. Du moins tels 
étaient les griefs dont l'abbé chargeait l'évêque. Désespérant 
d’obtenir justice eu France, l’abbé Jean en appela au Saint Siège. 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 266, f° 199 vo: “ Dilectis filiis. 
decano.. subdecano, et. scolastico ecclesie Pictavensis. Sua nobis dilecti..…… 
Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, V idus Februari, anno secundo. , 

(2) Ibid. a. 1, n° 185, f° 39 : “ Dilectis filiis.. decano, et. subdecano, ac. 
capicerio ecclesie Pictavensis. Exposuit nobis dilectus.…..…. Dat. Tibure, IL kal. 
Augusti, anno primo. , 


258 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


Par la bulle mentionnée plus haut le pape mande aux doyen, 
sous-doyen et chevecier de l'église de Poitiers de citer l’évêque 
Gautier et les chanoines à qui il avait indûment conféré les 
églises vacantes à comparaître devant son tribunal. 

Évêché de Cambrai. — Les auteurs du Gallia Christiana 
ignorent la date exacte à laquelle Guillaume de Hainaut (Guil- 
lelmus de Hannonia) succéda comme évêque de Cambrai à En- 
gelran de Créqui, mort en septembre 1285. C'est lui vraisem- 
blablement, disent-ils, que désigne la lettre initiale W dans un 
acte de 1286 (Gall. Christ. t. IIT, col. 40). Une bulle d'Hono- 
rius IV datée du 3 avril 1286 (1) vient confirmer l'opinion des 
savants bénédictins. Elle nous apprend en outre que Guillaume, 
avant sa promotion à l'épiscopat, était prévôt de l'église de Cam- 
brai. Il ne figure pas dans la liste que le Gallia Christiana a 
donnée de ces dignitaires (t. III, col. 66). Devenu évêque, il ré- 
signa sa prévôté. Bien que le cardinal de Sainte Cécile, alors 
légat du siège apostolique, en eût réservé la collation au pape, 
celui-ci se déchargea sur les doyen et chapitre de Cambrai du 
soin de choisir un autre prévôt: tel est le but de la bulle citée 
plus haut. Par une autre bulle du 9 mai 1286 (2), Honorius IV 
accorda à Guillaume un délai d'un nn à compter de la Tous- 
saint prochaine pour recevoir la consécration épiscopale. 

Évêché de Liège. — L'évèque de Liége (il s'agit sans doute 
de Jean IV, Gall. Christ., t. III, col. 890-891) étant entré en 
lutte avec la commune de Liége, avait lancé l'excommunication 
contre les magistrats et les bourgeois, et soumis la ville à l'in- 


(1) Registre d’'Honorius IV, a. 1, n° 348, f° 93 v°: “ Dil. fil. decano 
et capitulo ecclesie Cameracensis. Inter sollicitudines alias... Dat. Rome, 
apud Sanctam Sabinam, III nonas Aprilis, anno primo. , 

(2) Ibid., n° 417, f° 106: “ Dil. fil. G. electo Cameracensi. Habet tue 
discretionis..……. Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, VII idus Maii, anno 
primo. , 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 259 


terdit. Il avait même défendu de conférer le baptême aux en- 
fants et de porter le viatique aux mourants. Le pape, trouvant 
cette dernière mesure excessive, à la suite des plaintes que lui 
firent parvenir les échevins, ordonna à l’évêque, par bulle du 5 
décembre 1286 (1), de lever l'interdit en ce qui concernait le 
baptême des enfants et la collation des derniers sacrements, dans 
les huit jours qui suivraient la réception des lettres pontificales. 
I chargea le prieur des frères prêcheurs, un chanoine et l'offi- 
cial de Paris de veiller à l’exécution de son mandement (2). 
Archevôêché d'Embrun: — Le Gallia Christiana ne fait que 
mentionner à l'année 1286 Guillaume, archevêque d'Embrun 
(&. II, col. 1081). Il est donc utile d'analyser la bulle de pro- 
vision qui Ini fut accordée par Honorius IV le 4 août 1286. 
Après la mort de l'archevêque Jacques, les chanoines d'Embrun 
décidèrent de procéder par voie de compromis à l'élection de son 
successeur. Îls donnèrent à trois d'entre eux, parmi lesquels le 
même Guillaume alors prévôt de Saint André de Grenoble, pou- 
voir de choisir trois autres commissaires chargés de désigner le 
candidat au siège vacant. Leur choix tomba sur le prévôt de 
Saint André. Le chapitre et l'élu donnèrent leur adhésion. Guil- 
laume se rendit auprès du pape, accompagné des procureurs du 
chapitre, pour demander au souverain pontife la confirmation de 
son élection. Mais les cardinaux à qui Honorius IV confia l'exa- 
ren du décret d'élection, à savoir Bernard évêque de Porto, 
Geoffroy cardinal prêtre de Sainte Susanne, et Jacques diacre de 
Sainte Marie in via lata, déclarèrent que l’élection n’était pas va- 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 201, f° 184 v°: “ Venerabili fra- 
tri. episcopo Leodiensi. Decet pontificalem modestiam.... Dat. Rome, apud 
Sanctam Sabinam, nonis Decembris anno secundo. , 

(2) Tbid., n° 202, f° 184 v°: “ .. Priori fratrum predicatorum et magi- 
stro Adenulpho de Anagnia, capellano nostro, canonico, ac .. officiali Pa- 
risiensibus. Decet venerabilem fratrem.…. Dat. ut supra. , 


260 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


lable. Nonobstant le vice de procédure, le pape, tenant compte 
des qualités morales de l'élu, et des voeux du chapitre entier, 
l'établit sur le siège d'Embrun en vertu de son autorité apos- 
tolique. Il le fit consacrer par l’evêque de Porto, et lui remit 
le pallium (1). 

Église de Lyon. — Aimard étant archevêque de Lyon, un 
désaccord éclata entre lui et son chapitre au sujet de la juri- 
diction temporelle de la ville de Lyon. Le prélat et les chanoines 
remirent l'affaire entre les mains de Grégoire X, s'engageant par 
acte daté des octaves de Saint Laurent (17 août) 1274 à se sou- 
mettre à la décision du souverain pontife. Le pape rendit sa 
sentence le 11 novembre 1274. (2) (Gall. Christ., t. IV, col. 151). 
Le Gallia Christiana ne donne point d'autres renseignements 
sur cette affaire qui n'avait pas encore reçu de solution en 1285. 
Voici en effet ce que nous apprend une bulle d'Honorius 1V 
datée du 13 Juin 1285, par laquelle ce pape mande à l'arche- 
vêque de Vienne, à l'évêque d'Autun et à l’abbé de Saint-Etienne 
de Dijon de s’employer à mettre fin à cette lutte par voie de 
conciliation (3). Grégoire X mort, le chapitre de Lyon en appela 
de sa sentence au pape Jean XXI, qui cita l'archevêque devant 
le Saint Siège. Jean XXI étant mort à son tour, et l'archevêque 
ayant quitté la cour de Rome, le procès resta pendant jusqu'à 
ce que Martin IV eût cité à nouveau l'archevêque et les chanoi- 
nes ; ceux-ci étaient accusés d'avoir sans motif suffisant cessé 
l'office divin. Les parties comparurent ; maïs la mort d’'Aimard 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 86, f$° 150 v°: “ Venerabili fratri 
Guillelmo archiepiscopo Ebredunensi. In suppreme dignitatis ……. Dat. Ti- 
bure, II nonas Augusti, anno secundo. , 

(2) Potthast, n° 20956. Voyez encore Gall. Christ., t. IV, col. 204. 

(3) Registre d’'Honorius IV, a. 1, n° 58, f° 17 : * Venerabilibus fratribus.. 
archiepiscopo Viennensi,.… episcopo Eduensi et dilecto filio.. abbati mona- 
sterii Sancti Stephani de Divione, Lingonensis diocesis. Felicis recordationis 
Martinus.….. Dat. Rome, apud Sanctum Petrum, idibus Junii, anno primo. , 


AU % GALLIA CHRISTIANA , 261 


vint à nouveau interrompre la procédure, qui fut reprise, après 
l'élection de Raoul au siège archiépiscopal de Lyon, d'abord par 
Martin IV, puis par Honorius IV qui s’efforça de terminer le 
procès à l'amiable. 

Abbaye Saint-Martin de Cures. — Le Gallia Christiana (t. IV, 
col. 446-447.) cite seulement neuf abbés de ce monastère. Une 
bulle d'Honorius IV nous permet d'ajouter deux noms à cette 
liste. Après la mort de l’abbé Renaud (Regnaudus), le prieur et 
une partie du couvent élurent pour lui succéder un religieux du 
monastère, qui répondait au même nom de Renaud. Mais Hugues 
de Cherusiaco, chantre, et ses partisans choiïsirent pour abbé 
Aymon, moine de Moutiers-Saint-Jean. Ceux qui avaient élu 
Renaud en appelèrent au siège apostolique, alors occupé par Mar- 
tin IV. Après de longs débats, Aymon, qui avait refusé d'envoyer 
un procureur à Rome, fut déclaré contumace, et l'élection de 
Renaud confirmée par bulle à lui adressée le 14 février 1287 (1). 

Abbaye de Pouthières. — Le Gallia Chistiana (t. IV, col. 727) 
ne donne qu'une mention relative à l'abbé Pierre, celle d'une 
lettre du 10 septembre 1284, par laquelle il prie le bailli de 
Tounerre de lui faire restituer la maison de Villars qui lui avait 
été enlevée. Ce fait se rapporte à une révolte des moines contre 
leur abbé, sur laquelle une bulle d'Honorius IV nous donne de 
curieux détails (2). Profitant d'une absence de l'abbé, un certain 
nombre de religieux, unis à des laïques, avaient brisé les portes 
de la chapelle abbatiale, celles du trésor, des chambres, des cel- 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 242, f° 192 v° : * Regnaudo abbati 
monasterii Corensis, ordinis Sancti Benedicti, Eduensis diocesis. Dudum mo- 
nasterio Corensi.…. Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, XVI kal. Marti, 
anno secundo. , | 

(2) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 292, f° 80: “ Dilectis filiis.. Sancti 
. Benigni Divionensis et. Reomensis monasteriorum abbatibus Lingonensis 
diocesis. Ex parte dilecti....…. Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, XV kal. 
Januarii, anno primo. , 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 20 


262 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


hiers eb des granges du monastère, et pris l'argent déposé dans 
le trésor, pillé les réserves de vin et de blé, s’emparant même 
du sceau de l’abbaye ; ils avaient en outre chassé le bailli et les 
serviteurs de l'abbé. Celui-ci se présentant pour rentrer dans son . 
monastère, ils avaient refusé de lui ouvrir les portes. L'abbé 
s'était réfugié dans la maison de Villers ( Villerium), dépendance 
de l’abbaye, où les rebelles le tinrent assiègé huit jours proférant 
contre Lui des menaces de mort. Telles étaient du moins les 
plaintes articulées par l'abbé Pierre contre les moines. Ceux-ci 
niaient. [ls accusaient Pierre d’avoir ruiné leur monastère par sa 
négligence et sa conduite déréglée. Ils contaient même qu’à la 
suite d'un meurtre commis dans une maison de l'abbaye, l'abbé 
avait exprimé en public son regret qu'il n’y eût pas eu plus de 
crimes commis. 1] avait fait détruire le village de Pouthières, em- 
porté les privilèges qui devaient se conserver dans le monastère, 
en un mot offensé Dieu et scandalisé les hommes de mille façons 
par les crimes les plus atroces. De sorte que, tandis que Pierre 
demandait au Saint Siège d'être rétabli dans son office d'où les 
moines l'avaient chassé, ceux-ci au contraire prétendaient que l'au- 
torité pontificale l'en déclarât déchu. Honorius [V, embarrassé par 
des accusations si graves et si contradictoires, chargea par bulle 
du 18 décembre 1285 les abbés de Saint Bénigne de Dijon et de 
Moutiers-Saint-Jean d'ouvrir une enquête et de procéder à la ré- 
forme de l’abbaye de Pouthières. 

Évêché de Mâcon. — Hugues, 49?"° évêque de Mâcon, devint 
évêque en 1284, et ne mourut, d’après le Gallia Christiana, 
qu’en l’an 1300 (Gall. Christ., t. IV, col. 1082-1083). Cependant 
un document tiré du cartulaire de Tournus mentionne la vacance 
du siège épiscopal de Mâcon en janvier 1286. Les bénédictins 
supposent que cette vacance était le résultat d’un procès pendant 
entre Hugues et un compétiteur inconnu. En réalité l'évêché était 
vacant par suite de la mort de Hugues, antérieure au 30 Jan- 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 263 


viér 1286 (1), et des difficultés qui s'élevèrent dans le chapitre 
au sujet de l'élection de son successeur. Parmi les chanoines un 
certain nombre élurent B. chantre de l'église de Mâcon, les . 
autres, le jour suivant, demandèrent pour évêque l'abbé de Saint 
Victor de Marseille. Le pape cassa l’une et l'autre élection, la 
première parce que la moindre partie du chapitre y avait pris 
part et que l'élu ne s'était pas rendu à la cour de Rome dans 
le délai voulu, la seconde parce qu'elle avait été faite avant l’an- 
nulation de la première. Le pape pourvut lui-même au siège de 
Mâcon et y établit le 30 Janvier 1286 Nicolas de Bar chanoine 
de Langres. 

Abbaye de Cluny. — Yves IT abbé de Cluny (Gall. Christ. 
+. IV, col. 1149) avait passé son enfance dans le prieuré de 
Saint Vivant de Vergy, comme le rappelle Honorius IV dans une 
bulle datée du 18 mars 1286 (2). 

Archevêché de Mayence. — L’archevêque Wernher étant 
mort le 2 avril 1284, les chanoines de Mayence partagèrent leurs 
voix entre Gérard d’Epestein, archidiacre, et selon d’autres ar- 
chiprêtre de Trèves, d'une part, et Pierre, prévôt de l'église de 
Mayence. L'autorité apostolique trancha la difficulté: Honorius IV 
préposa à l'administration de la province de Mayence Henri, alors 
évêque de Bâle. (Gall. Christ., t. V, col. 490). La bulle par 
laquelle Honorius IV établit Henri archevêque de Mayence est 


(1) Registre d’'Honorius IV, a. 1, n° 260, # 71: “ Dilecto filio Nicolao 
de Barro electo Matisconensi. In suppreme dignitatis.…. Sane Matisconensi 
ecclesia per obitum bone memorie Hugonis Matisconensis episcopi pastoris 
solatio destituta.…… Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, III kal. Februarti, 
anno primo. , 

(2) Ibid., a. 1, n° 397, f° 103: “ Dilecto filio Yvoni abbati monasterii 
Cluniacensis ad Romanam ecclesiam nullo medio pertinentis, Matisconensis 
diocesis. Devota obsequia et. Dat. ut supra. , La bulle précédente est 
datée du 15 des calendes d'Avril. 


264 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


du 15 mai 1286 (1). Elle donne Gérard de Eppesteyn comme 
archidiacre de Trêves et chanoine de Mayence. Elle nous apprend 
que l'affaire de l'élection de Mayence ayant été dévolue au Saint 
Siège, Martin IV donna comme auditeur aux parties Benoît car- 
dinal diacre de Saint Nicolas 2x carcere Tulliano. Enfin c’est 
seulement après la libre renonciation des élus à leurs droits 
qu'Honorius IV conféra l’archevêché de Mayence à Henri, et lui 
fit remettre le pallium par le cardinal de Saint Georges au Vé- 
labre. | 

Abbaye de Seltz. — La liste trés-incomplète des abbés de 
Seltz, donnée par le Gallia Christiana (t. V, col. 835-836), ne 
renferme pas un seul nom d’abbé du XIII°, siècle. Après la mort 
de l'abbé Geoffroy, une partie du couvent élut pour abbé le doyen 
du monastère, l’autre un simple moine, Evrard de Mundevelt. 
Les deux élus renoncèrent entre les mains d'Honorius IV au 
droit que pouvait leur avoir conféré l'élection. Le pape mit à 
la tête de l'abbaye Herbert, alors prévôt du monastère de Wissem- 
bourg. La bulle de provision est datée du 17 Juin 1286 (2). 

Abbaye de Saint-Gilles. — Nous n'avons rien à ajouter à ce 
que dit le Gallia Christiana (t. VI. col. 495-496) de l'élection 
de l'abbé Raimond, successeur d’Astorgius, si ce n’est que la 
bulle par laquelle Honorius IV confirma cette élection est datée 
du 11 octobre 1286 (à). 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 364, #97 v°: * Venerabili fratri 
Henrico archiepiscopo Maguntino. Romani pontificis qui... Dat. Rome, apud 
Sanctam Sabinam, idibus Maïi, anno primo. , 

(2) Ibid., a. 2, n° 88, f° 151 : “ Herberto electo monasterii Salsensis, ad 
Romanam ecclesiam nullo medio pertinentis, ordinis Sancti Benedicti, Ar- 
gentinensis diocesis. Dudum monasterio Salsensi.….. Dat. Rome, apud Sanc- 
tam Sabinam, XV kal. Julii, anno secundo. , 

(8) Tbid., a. 2, n° 132, f° 165 v°: “ Raymundo abbati monasterii Sancti 
Egidii, ad Romanam ecclesiam nullo medio pertinentis, ordinis Sancti Be- 
nedicti, Nemausensis diocesis. Debitum officii nostri…. Dat. Rome, apud 
Sanctam Sabinam, V idus Octobris, anno secundo. , 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 265 


Abbaye de Chelles. — Mathilde, abbesse de Chelles, mourut 
le 16 avril 1274. Après sa mort, disent les auteurs du Gallia 
Christiana, l'abbaye resta longtemps vacante, car nous voyons 
le roi Philippe ordonner par lettres datées du vendredi avant les 
Brandons 1285 (c’est à dire en nouveau style le 9 février 1286) 
de restituer à l'abbesse les biens enlevés au monastère pendant 
la vacance. Cette abbesse serait Marguerite, à s'en rapporter au 
témoignage d’un document daté du 4 novembre 1286. Mais ne 
vaut-il pas mieux dire qu'il y eut contestation pour la dignité 
abbatiale entre Marguerite et Adeline. En résumé, le Gallia 
Christiana ne range pas cette Marguerite au nombre des abbesses 
de Chelles et conclut que la dignité abbatiale passa de Mathilde 
à Adeline de Nanteuil ; Marguerite dans cette hypothèse n'aurait 
jamais été que prétendante. (Gallia Christ., t. VIIL, col. 564-565). 
Cependant une bulle d'Honorius IV (1) établit que Marguerite 
fut réellement investie par l’autorité apostolique du titre d'ab- 
besse. Elle eut, il est vrai, un long procès à soutenir, mais non 
pas contre Adeline. Après la mort de Mathilde, les religieu- 
ses du monastère de Chelles procédèrent par voie de scrutin à 
l'élection de la nouvelle abbesse. Soixante-seize religieuses prirent 
part à l'élection. Les suffrages se partagèrent entre Marguerite, 
alors trèsorière du couvent, Jeanne chanteresse, et quelques au- 
tres. Marguerite avait obtenu quarante voix, et Jeanne trente 
seulement. Les religieuses qui avaient élu Jeanne en appelèrent 
au Saint Siège, prétendant faire casser l'élection de la trésorière. 
Le procès, entamé sous Grégoire X, se poursuivit sous ses suc- 
cesseurs jusqu'à ce qu'une sentence définitive de Gervais, cardinal 
de Saint Martin des Monts, rendue le 20 août 1285 et confirmée 


(1) Registre d’Honortus 1V, a. 1, n° 172, f° 47 w°: * Dilecte in Christo 
filie Margarite abbatisse monasterii Kalensis, ordinis Sancti Benedicti, Pa- 
risiensis diocesis. Ea que judicio..…… Dat. Tibure, nonis Septembris, anno 
primo. , 


266 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


par Honorius IV le 5 septembre 1285 (1) eût déclaré nulle l’é- 
lection de Jeanne et validé celle de la trésorière Marguerite. A 
la même date du 5 septembre 1285 le pape manda à l’évêque 
de Paris de bénir la nouvelle abbesse (2) et de lui faire rendre 
par son couvent l’obéissance qui lui était dûe (3). Il pria en 
même temps le roi de France de mettre l'abesse, reconnue par 
le Saint Siège, en possession du temporel de son abbaye placé 
pendant la vacance sous la main du roi (4). 

Église de Chartres. — Guillaume Durand, doyen de l'église 
de Chartres, ayant été élu évêque de Mende et confirmé dans 
cette charge par Honorius IV le 4 février 1286 (5), dut rési- 
gner son doyenné. Il accomplit cette résignation par procureur 
entre les mains du pape le 9 février de la même année (6). Le 
souverain pontife nomma aussitôt des commissaires chargés de 
faire payer par le chapitre de Chartres à Guillaume Durand tous 
les revenus du doyenné échus avant la date de la résignation. 

Abbaye de la Trinité de Vendôme. — Les auteurs du Gallia 
Christiana ignorent la date à laquelle Simon du Plessis devint 
abbé de la Trinité. (Gall. Christ., t. VIIT, col. 1373). Après la 
mort de l'abbé Jean le couvent chargea treize commissaires de 
nommer le nouvel abbé. Ceux-ci élurent l’un d’entre eux, Rai- 
naud, prieur du Saint Sépulcre de Beaugency. L'élu se rendit à 
Rome, mais ce fut seulement pour résigner ses droits entre les 


(1) Bulle citée précédemment. 

(2) Tbid., n° 174, f° 49 r°. 

(3) Tbid., n° 173, {0 49 v°. 

(4) Zbid., n° 175, f° 49 r°. 

(5) Bulle d'Honorius IV publ. dans le Gall. Christ. t. I, Instr., p. 26. 

(6) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 334, £° 90: “ Dilectis filiis.. abbati 
monasterii sancti Germani de Pratis Parisiensis ac magistro Pandulfo de 
Subura cappellano nostro archidiacono Tripolitano et Bernardo de Vilari 
sacriste secularis ecclesie Sancti Pauli Narbonens. Sua nobis dilectus... 
Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, X idus Febrarii, anno primo.,, 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 267 


mains d'Honorius IV. Le pape par bulle du 25 octobre 1286 (1) 
conféra la dignité vacante à Simon, alors bibliothécaire du mo- 
pastère de la Trinité. 

Église d'Orléans. — Le Gallia Christiana mentionne (t. VIII, 
col. 1468) un procès qui s’éleva entre Jean de Flagitiaco doyen 
de l’église d'Orléans et le chapitre d'une part, et les habitants 
d'Orléans d'autre part, au sujet du droit de main-morte. Le 
doyen prétendait à prendre tous les biens meubles des habitants 
de la cité et des faubourgs, bourgeois et autres, morts ab ?n- 
testat. Le procès se termina par une transaction; les bourgeois 
donnèrent une somme de cinq mille livres tournois, et le doyen 
renonça, pour lui et ses successeurs, à ses prétentions sur leurs 
héritages. Cet accord, daté du 12 mai 1285, est rapporté tout 
au long dans une bulle confirmative d'Honorius IV du 24 sep- 
tembre 1286 (2). Les parties avaient en effet subordonné Ia va- 
lidité de leurs engagements à la confirmation du Saint Siège. 

Abbaye de Saint Benoît-sur-Loire. — Guillaume, abbé de 
Saint Benoit, successeur d'Hélias, dont le Gallia Christiana 
(t. VIIL, col. 1563) rapporte l'élection à l’année 1286, ne fut con- 
firmé par le Saint Siège dans sa dignité que le 18 février 1287 (3). 
Sur cent quarante sept moines qui avaient pris part à l'élection 
qui suivit la mort d'Hélias, cent quatorze lui avaient donné 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2. n° 146, £° 168: “ Symoni abbati mo- 
nasterii Sancte Trinitatis Vindocinensis, ad Romanam ecclesiam nullo medio 
pertinentis, ordinis Sancti Benedicti, Carnotensis diocesis. Etsi juxta pa- 
storalis.….. Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, VIII kal. Novembris, anno 
gecundo. ,, 

(2) Tbid., a. 2, n° 126, # 162 r°: “ Dilectis filiis. decano et capitulo 
ecclesie Aurelianensis. Ea que judicio.... Dat. Tibure, VIII kal. Octobris anno 
secundo. , 

(3) Tbid., a. 2. n° 253, f0 196: ‘ Guillelmo abbati monasterii Sancti Be- 
nedicti Floriacensis ad Romanam ecclesiam nullo medio pertimentis, ordinis 
ejusdem, Aurelianensis diocesis. Debitum officii nostri... Dat. Rome, apud 
Sanctam Sabinam, XII kal. Martii, anno secundo. , 


268 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


leurs voix; mais Ponce, moine de San Pedro de Roda, au dio- 
cèse de Girone, avait recueilli le reste des suffrages. L'affaire 
vint en cour de Rome. Ponce se désista de ses prétentions. Et 
Honorius IV fit bénir Guillaume, qui s'était rendu en personne 
à Rome, par l'évêque de Palestrina. 

Abbaye de Farmoutier. — Havidis, abbesse de Farmoutier, | 
dont le Gallia Christiana (t. VIIL, col. 1705) nous apprend seu- 
lement qu'elle figure dans deux actes l’un de 1274, l’autre de 1283, 
résigna volontairement sa charge, sous le pontificat de Martin IV, 
c'est-à-dire avant le 28 mars 1285. Ce détail nous est fourni 
par une bulle d'Honorius IV (1). À la suite de cette résigna- 
tion le couvent ayant partagé ses suffrages entre deux de ses 
membres, Jeanne, prieure de La Tombe, au diocèse de Sens, et 
Helysande de Grangia, l'affaire fut portée au Saint Siége et Mar- 
tin IV désigna comme auditeur Benoît diacre de Saint Nicolas 
in Carcere Tulliano. Honorius IV désirant éviter aux parties 
les frais d’un procès, mande, à la date du 12 décembre 1285, 
à l'évêque de Beauvais, aux archidiacres d'Auxerre et de Meaux 
de faire une enquête et de ratifier celle des deux élections qu'ils 
trouveraient conforme aux règles canoniques; dans le cas où il 
n'y aurait lieu de confirmer ni l'une ni l'autre, les commissai- 
res devaient en vertu des pouvoirs à eux délégués par le souve- 
rain pontife, nommer directement une abbesse de leur choix. 

Abbaye Saint Rémi de Reims. — Jean de Clinchamp succéda 
comme abbé de Saint Rémi, non pas à Barthélemi de l’Espinasse, 
cormme le porte le Gallia Christiana (t. IX, col. 236), mais à 
Bertrand (2). Ce dernier accusé par son couvent de dilapider 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 222, f° 61 r°: “ Venerabili fratri.. 
episcopo Belvacensi, et dilectis filiis. Antissiodorensi ac. Meldensi archi- 
diaconis. Dudum mouasterio de.…, Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, I 
idus Decembris anno primo. ,, 

(2) Zbid., a. 2, n° 164, f° 171 v°: * Johanni abbati monasterii Sancti 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 269 


LS 


les biens du monastère fut déposé à la suite d'une sentence 
rendue par des chanoines de la cathédrale. Le métropolitain per- 
mit aux religieux de Saint Rémi de procéder à l'élection d'an 
nouvel abbé. Le moine Evrard fut élu, puis confirmé par l'ar- 
chevêque. Mais Bertrand en appela au Saint Siège. Benoît car- 
dinal diacre de Saint Nicolas in carcere Tulliano commis par 
Martin 1V à l'examen de la cause annula l'élection d'Evrard. 
Ce fut au tour d'Evrard d’'interjeter appel. Sur ces entrefaites 
sou rival vint à mourir. À cette nouvelle, les moines de Saint- 
Rémi procédèrent à une autre élection et partagèrent leurs voix 
entre Evrard et Jean de Clinchamp prieur de Solesmes au dio- 
cèse du Mans. Tous deux renoncèrent à leurs droits sur'la di- 
gnité abbatiale. Le pape Honorius IV mit alors Jean à la tête 
du monastère de Saint Rémi le 12 octobre 1286 : les lettres de 
provision ne sont datées que du 15 du même mois. Quant à 
l’autre candidat Evrard, le-pape lui donna l’abbaye d'Anchin, au 
diocèse d'Arras (1). 

Abbaye d’Avenai. — Isabelle, dont le Gallia Christiana (t. IX, 
col. 280) constate la présence à la tête de l'abbaye d'Avenai 
en 1248 et encore en 1274, était morte avant le 10 Janvier 1276. 
Cette date est celle de la mort de Grégoire X. Or nous savons 
par une bulle d'Honorius IV qu'un désaccord s'étant élevé entre 
le religieuses pour l'élection d’une autre abbesse, La cour de 
Rome fut saisie de l'affaire du vivant de Grégoire X. Une partie 
du couvent avait élu Isabelle, alors abbesse de Notre Dame de 
Troyes, l'autre Aëlis, trésorière d'Avenai. Isabelle mourut au 
cours du procès. Honorius IV, sur le rapport de Geoffroy, car- 
dinal prêtre de Sainte Susanne, cassa l'élection d'Aëlis comme 


Remigii Remensis. Ex suscepte servitutis.... Dat. Rome, apud Sanctam Sa- 
binam, idibus Octobris anno secundo. , 

(1) Ce fait est mentionné dans la bulle n° 179 de la seconde année, da- 
tée du 9 novembre 1286. 


270 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


non consentie par la majorité du couvent. Mais il manda le 20 
novembre 1285 (1) à l'archevêque de Lyon et au doyen de l'église 
de Verdun de procéder à l’examen de sa personne, et, suivant le 
résultat de l'enquête, de lui conférer la dignité qu’elle postulait, 
ou d'autoriser le couvent à faire une nouvelle élection. 

Évêché de Châlon. — Remi, évêque de Chalon, mourut le 
19 octobre 1284 ((rallia Christiana, t. IX, col. 889). Le chapitre 
élut à l’unanimité pour lui succéder le chanoine Jean. Le nouvel 
élu n'avait pas l’âge canonique pour être évêque, et de plus il 
n'était que diacre. Mais sa renommée était telle qu'à peine in- 
stallé sur le trône pontifical, Honorius IV lui donna des lettres 
de provision le 24 avril 1285 (2); lettres qu'il confirma après 
son couronnement, le 27 mai 1285 (3). Par une bulle postérieure, 
datée du 4 juin 1285, (4) il accorda à Jean un délai d’un an à 
partir de la Toussaint prochaine pour se faire consacrer. 

Abbaye de Fécamp. — Le Gallia Christiana (t. XI, col. 210) 
rapporte la mort de Richard abbé de Fécamp au 15 septem- 
bre 1286 ou 1284, et constate la présence de son successeur 
Guillaume à la tête de l’abbaye en 1286. Or, la mort de Ri- 
chard est antérieure à l'année 1286, car dès le 17 Juin 1285 
Honorius IV adresse une bulle à Guillaume abbé de Fécamp (5). 


(1) Registre d’'Honorius IV, a. 1, n° 232, f° 64 v° : “ Venerabili fratri.. 
archiepiscopo Lugdunensi et dilecto filio magistro Terrico decano ecclesie 
Virdunensis. Dudum monasterio.….. Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, XII 
kal. Decembris, anno primo. , 

(2) Tbid., a. 1, n° 19, f° 7 v°: “ Johanni electo Catalaunensi. Inter ce- 
tera que... Dat. Perusii, VII kal. Maiïi, suscepti a nobis apostolatus offcii 
anno primo. ,, 

(3) Ibid. n° 20, f° 8 v°: ‘ Dilecto filio Johanni electo Cathalaunensi. 
Inter cetera que. Dat. Rome, apud Sanctum Petrum, VI kal. Junii, pon- 
tificatus nostri anno primo. ,, 

(4) Ibid., n° 20 bis, f° 9 : “ Johanni electo Cathalaunensi. Tue devotionis 
exigunt.… Dat. Rome, apud Sanctum Petrum, Il nonas Junii, pontificatus 
nostri anno primo.,, 

(5) Tbid., n° 39, f° 13 v°: “ Guillelmo abbati monasterii Fiscanensis 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 271 


Évêché de Bayeux. — Le Gallia Cristiana (t. XI, col. 370) 
rapporte que Pierre, evêque de Bayeux, et cousin de Pierre de 
la Brosse, ayant dû se soustraire à la colère de Philippe le Hardi, 
se réfugia auprès de Nicolas III et ne revint en France qu'après 
la mort du roi. En effet une bulle donnée à Tivoli le 23 août 
1285 (1) constate encore sa présence à cette époque auprès du 
Saint Siège. Elle est adressée à Geoffroy de Loches, chanoine de 
Coutances, et au doyen de l'église Saint Cande le [Vieux de 
Rouen. Le pape leur mande de citer à comparaître en cour de 
Rome l'archevêque de Rouen et son official Mathieu de Créve- 
coeur qui avaient enjoint à l'évêque de Bayeux de regagner’son dio- 
cèse ou d'envoyer une personne pour le substituer dans l'office pa- 
storal, alors qu’ils n’ignoraient pas que l’évêque de Bayeux avait 
député des officiaux et des vicaires, officiaux et vicaires qui, à 
cause des vexations exercées contre eux par l'archevêque de Rouen 
et son official, avaient dû se démettre de leurs fonctions. 

Abbaye de Saint Colombe de Sens. — La dignité d’abbé du 
monastère de Sainte Colombe étant devenne vacante par la mort 
de Guillaume (26 décembre 1280, Gall. Christ. t. XII, col. 152) 
les moines partagèrent leurs voix entre deux de leurs frères, 
Pierre, alors prieur de Sarmaise, et Gilon, chambrier. Ni l’un 
ni l’autre ne renonçant à ses droits, l'affaire fut dévolue au 
Saint Siège. Martin [IV commit Geoffroi, cardinal prêtre de Saint 
Susanne, à l’audition des parties. À la suite d'une enquête, con- 
fiée à trois chanoines de Paris, le cardinal fit citer les parties 


ad Romanam ecclesiam nullo medio pertinentis, ordinis Sancti Benedicti 
Rothomagensis diocesis. Ut ex sincere. Dat. ut supra. , La Bulle précé- 
dente, qui est également adressée à l'abbé de Fécamp, mais sans que son 
nom soit exprimé, est datée du 15 des calendes de Juin. 

(1) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 124, f° 37: “ Magistro Gaufrido de 
Lochis canonico Constantiensi, et. decano ecclesie Sancti Candidi senioris 
Rothomagensis. Exposuit nobis venerabilis.…. Dat. Tibure, X kal. Septem- 
bris, anno primo. ,, 


9 
272 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


devant la cour de Rome pour entendre la sentence définitive. 
Mais Gilon négligea de répondre à la citation ; on l’attendit un 
an et plus. Lui et ses partisans furent déclarés contumaces. 
L'élection de Pierre fat reconnue canonique et confirmée par 
Honorius IV le 30 décembre 1285 (1). 

Évêché de Nevers. — D’après le Gallia Christiana trois 
prélats du nom de Gille ou Gillon se sont succédés sur le siège 
épiscopal de Nevers: Gillon de Château-Renard, Gillon du Châ- 
telet (mort en 1283) et Gillon de Mauclatio. Ce dernier aurait 
eu deux rivaux, dont le Gallia Christiana ignore les noms. Ceux-ci 
ayant renoncé entre les mains d'Honorius IV aux droits que 
pouvait leur conférer l'élection, le pape promut Gillon de Mau- 
clatio à l'évêché de Nevers. (Gall. Christ. t. XII, col. 645-646). 
Les Bénédictins sont en désaccord avec une bulle d'Honorius IV 
qui donne à l'évêque de Nevers, promu par lui le 23 Juillet 
1285 (2), non pas le nom de Grille de Mauclatio, mais celui de 
Gille du Châtelet; de plus les candidats, entre lesquels le chapi- 
tre avait partagé ses suffrages, étaient l’archidiacre de Nevers, 
et Jean de Culant, chanoine de la même église. Gille du Chà- 
telet n'avait pas été désigné par le chapitre. 

Église de Slon. — Le Gallia Christiana, qui ne donne que 
quelques uns des doyens de Notre Dame de Sion, (Gall. Christ. 
t. XII, col. 760) ne cite pas Gérard de Oruns à qui le pape 
permit par bulle du 24 février 1286 (3), de conserver, quoiqu'élu 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 248, f° 68 v°: ‘ Petro abbati mo- 
nasterii Sancte Columbe Senonensis ad Romanam ecclesiam nullo medio 
pertinentis, ordinis Sancti Benedicti. In suppreme dignitatis. Dat. Rome, 
apud Sanctam Sabinam, III kal. Januarii, anno primo.,, 

(2) Tbid., a. 1, n° 67, f° 20 v° : “ Magistro Egidio de Castelleto electo 
Nivernensi. Dudum Nivernensi ecclesin.…. Dat. Tibure, X kal. Augusti, 
anno primo. ,, 

(3) Tbid., a. 1, n° 284, $° 78 vo: “ Gerardo de Oruns cantori ecclesie 
Lausanensis. Provenit ex meritis... Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, VI 
kal. Marti, anno primo. 


AU. “ GALLIA CHRISTIANA, 273 


récemment doyen de Sion, la dignité de chantre qu'il occupait 
en l'église de Lausanne, et le doyenné de la chrétienté de Vevey 
( Viviacum). 

Évêché de Toulouse. — Hugues, 43:"°* évêque de Toulouse, 
est encore dit electus dans un acte du 19 mars 1286 cité par 
le Gallia Christiana (t. XIII, col. 32). Mais dans une bulle du 
23 août suivant Honorius IV, lui donne le titre d'episcopus (1), 
ce qui implique qu'il reçut la consécration épiscopale entre le 19 
mars et le 23 août 1286. 

Évêché de Metz. — Les auteurs du Gallia Cristiana disent 
(t. XIII, col. 766) que Bouchard fut promu au siège de Metz, 
en 1282, et qu'il fit son entrée dans son église en 1283. On peut 
préciser davantage en ce qui touche la date de sa promotion. 
En effet une bulle d'Honorius IV du 29 novembre 1285 (2) 
nous apprend qu'il avait obtenu de Martin IV un délai de trois 
ans à dater de son élection pour se faire consacrer; trois ans 
étaient écoulés le 29 novembre 1285, mais nous ne savons depuis 
combien de jours ; à cette date Honorius IV lui accorde un nou- 
veau délai d'un an à compter de la fin de la premiére période 
triennale pour se faire consacrer. Nous pouvons au moins conclure 
de là que l'élection de Bouchard au siège de Metz est antérieure 
au 29 novembre 1282. 

Église de Verdun. — L'évêque de Verdun Henri se plaignait 
au Saint Siège que Thomas, primicier de l'église de Verdun, eût 
profité d'une vacance du siège épiscopal pour percevoir les re- 
venus appartenant à l’évêque et fait tort à la mense épiscopale 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 2, n° 110, f° 159 v° : ‘“ Venerabili fratri 
Hugoni episcopo Tholosano. Tua nobis fraternitas.….. Dat. Tibure, X kal. 
Septembris, anno secundo. ,, 

(2) Zbid., a. 1, n° 208, f£° 59 v°: ‘ Dilecto filio Bouchardo electo Me- 
tensi. Exhibita nobis tua... Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam., II kal. 
Decembris, anno primo. 


274 ADDITIONS ET CORRECTIONS 


d'environ sept mille livres tournois. Le pape manda par bulle 
du 9 décembre 1285 (1) à l'abbé de Saint Paul de Verdun et à 


s 


l'archidiacre de Langres de procéder à une enquête, et, si les 
faits parlaient contre le primicier, de le contraindre à restituer 
à l'évêque la valeur des revenus qu’il avait injustement perçus, 
ou bien, au cas où 1l s'y refuserait, de le citer devant la cour 
de Rome. La vacance du siège épiscopal dont Thomas profita 
pour se livrer à ces déprédations est celle qui se produisit en 1278 
entre l’évêque Gérard et son successeur Henri ; car à l'époque 
de la longue vacance (1273-1275) qui sépare l'épiscopat d'Ulric 
de celui de Gérard, Thomas n’était encore que doyen et il ne 
devint primicier qu’au moment où Gérard fut élevé de cette di- 
gnité à celle d'évêque. (Gall. Christ. t. XIII, col. 1216-1217, 
1259-1260). 

Évêché de Valence et de Die. — Le pape Martin IV, par 
une bulle du 13 février 1283 conféra l'évêché de Valence et 
de Die à Jean, abbé de Saint Seine au diocèse de Langres. 
(Gall. Christ., t. XVI, col. 319) (2). Une bulle d'Honorius IV 
ajoute que Martin IV avait permis au même Jean de retenir 
son abbaye pendant trois ans (3) à compter de son élévation 
à l'épiscopat. Honorius IV confirma le privilège de son prédé- 
cesseur le 2 août 1285, tout en se réservant de pourvoir, les 


(1) Registre d'Honorius IV, a. 1, n° 258, f° 70, r°: “ Dilectis filiis ab- 
bati monasterii Saucti Pauli Virdunensis, et. archidiacono Lingonensi. Sur 
nobis venerabilis.….. Dat. Rome apud Sanctam sabinam, V idus Decembris, 
anno primo. ,, 

(2) Ibid. a. 1 n° 141, #0 41: “ Ad perpetuam rei memoriam. Dudum 
felicis recordationis.….. Dat. Tibure, IV Nonas Augusti anno primo. , 

(3) Le délai de trois ans n'est pas indiqué dans la bulle n.° 141, mais 
dans la bulle n° 240 par laquelle Honorius IV met Guillamme à la tête 
de l'abbaye de Saint Seine: “ Guillelmo abbati monasterii de Sancto Se- 
cano ordinis Sancti Benedicti Lingonensis diocesis. Ad universalis ecclesie.…... 
Dat. Rome, apud Sanctam Sabinam, XV kal. Januarii, anno primo. 


AU “ GALLIA CHRISTIANA , 275 


trois ans une fois écoulés, à l'abbaye de Saint Seine. Mais, dès 
le 18 décembre 1285, il revint sur sa décision et mit à la tête 
de l’abbaye Guillaume, qui venait de résigner entre ses mains 
sa charge d'abbé de Subiaco. 


Maurice PRou. 


NOTE 
SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 


DANS LA PÉRIODE DU BAS EMPIRE 


Les textes juridiques relatifs aux avocats du IV° et du Ve 
siècle (1) nous les montrent en général comme de petits person- 
nages, d'humble condition et souvent même curiales d'origine, 
dont la grande ambition est de s'élever jusqu’au clarissimat. Pour 
être reçu dans les collèges d'avocats (2) auprès des différents tri- 
bunaux, soit des gouverneurs de province, soit des préfets du 
prétoire et des préfets de la ville, il suffit de n'appartenir ni à 
l'officium d'un fonctionnaire, ni à aucune autre corporation et 
encore cette défense est-elle fréquemment éludée dans la prati- 
que (3). Les Curiales sont même admis officiellement, pourvu qu'ils 
remplissent les charges de leur ordre soit par eux-mêmes, soit 
par un représentant (4). Dans le collège, les avocats arrivent 
par ordre d'ancienneté au titre de Patronus fisci (avocat du fisc) (5). 


(1) Cod. Just. De postulaudo IT, 6; De adv. div. jud. II, 7; Nov. 
Theod. X; Nov. Valent. II et XVIII. Pour le détail cf. Bethmann- 
Hollweg der Civilprozess. III $ 148. 

(2) Nous trouvons les avocats réunis en collèges dès 319 (L. 1. c. 
Th. De postul. II, 10); cette transformation est peut-être même anté- 
rieure si nous devons regarder comme remplissant un office permanent 
le personnage qui dans les actes de sainte Dorothée est appelé: «ad- 
vocatus praesidis, scholasticus tuus » (cf. Edmond Le Blant, Les actes 
des martyrs $ 103). 

(3) L. 80 C. Th. De Cohort. VIII, 4; L. 11, 17 C. J. De adv. div. 
Jud. I, 7. 


(4) L. 2 C. J. De adv. div. jud. II, 7; L. 189 C. Th. De decurion. 


XII, 1; L. 35, 55, 566 C. J. De Decurion. X, 31. 


(6) L. 8, 10, 12, 13, 16, 21, 23, 24 C. J. De adv. div. Jud. I, 7; Nov. 


Theod. $ 1 De postulando, tit. X. 


à 


NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 277 


C'est une charge importante (1) qui procure de grands avantages, 
un salaire et l’affranchissement définitif à l'égard de la curie ou 
de toute autre corporation. Après un ou deux ans d’exercice 
l’avocat du fisc obtient comme retraite la dignité sénatoriale avec 
le rang de Respectable (Comte du Consistoire), quand il sort du 
tribunal du préfet du prétoire ou du préfet de la ville, de Con- 
sulaire s'il sort de tribunaux inférieurs (2). Il semble même qu'en 
général après 15 ou 20 années de service, tous les avocats, au- 
près des préfets du prétoire, des préfets de la ville, du Comes 
rerum privatarum et du proconsul d'Asie, qu'ils aient ou non 
exercé la charge d'avocat du fisc obtiennent le clarissimat et mê- 
me postérieurement le titre de respecfables (3) 

Il résulte de ces renseignements que tous ces avocats qui en- 
trent dans l’ordre sénatorial, qui arrivent à de très hautes di- 
gnités et surtout au gouvernement des provinces (4), sortent ce- 
pendant des classes inférieures de la société. 

Au contraire plusieurs inscriptions et plusieurs textes histo- 
riques nous montrent des avocats issus de familles sénatoriales. 
Telles sont par exemple les inscriptions de Ragonius Vincentius 
Celsus (5). 


1° Ragonio. Vincentio Celso V. C. 
a primo aetatis introitu in actu 
publico fideli exercitatione versato 


(1) C. Th. De advocatis fisci X, 15; C. J. De adv. fisci IL 8; L. 6, 
15, 25 De adv. div. Jud. C. J. II, 7. 

(2) L. 8, 13 C. J. De adv. div. Jud. II, 7 Nov. Valent. tit. XVIII, $ 9. 

(8) Nov. Valent. tit. II $ 2 (442); L. 20 C. J. I, 7; L. 15 C. Th. VI, 2. 

(4) Nov. Valent. De post. tit. II, 1.2 $ 1. Cf. dans Ammien (XX VIII, 1) 
la carrière de Maximin — Orelli 2352 («.... V. C. causarum non igno- 
bilis Africani tribunalis orator et in consistorio principum, item magi- 
ster libellorum et sacrarum cognitionum ....»). Cependant l’origine de 
ce personnage est douteuse. 

(5) C. I. L. VI, I, 1769-60. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D’'HIST. V°® ANNÉE. 91 


278 


2.9 


NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 


cujus primaevitas officio sedis urbanae 
advocationis exercito fidem junxit ingenio 
prudentiae miscuit libertatem ita ut nemo de 
ejus industria nisi ille contra quem susceperat 
formidaret ; cujus accessus aetatis amplissimi 
honoris et qui solet senioribus provenire orna 
menta promeruit: nam rexit annonariam potes 
tatem urbis aeternae 


Vincenti 
Ragonio Vincentio V. C 
oratori fori urbani prae 
fect. urbis quaestori prae 
tori triumphali consuli prae 
fect. annonae 


Ragonius Vincentius Celsus est un personnage de famille sé- 
natoriale qui a débuté par la charge d'avocat auprès du tribu- 
nal du préfet de la ville. Il en est de même d'un autre person- 
nage Floridus, dont une inscription chrétienne de 427 nous donne 


la carrière 


(1). 


Liber sed docili laudatus per fora linguae 
urbani primum praetoris fascibus auctus 
auxilio post hunc judex cum posceret.... 

hoc lateris socio crevit vicarius uwrbis; 

mox raptus Romae regimen suscepit . ... 

post Ligurum in populis regum praetoria rexit 
consiliis iterum romana sacraria fovit 

publica post docuit romani foedera juris 


On pourrait croire (2) que ce personnage rentre dans la caté- 
gorie des avocats ordinaires, de famille non sénatoriale, qu’après 


(1) De Rossi, Inscr. christ. I, n° 654. 
(2) C’est l'opinion de M. de Rossi. 


NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 279 


ses 15 ou 20 années de service il est entré dans l'administration 
et en même temps au sénat, qu’il a été Consiliarius (assesseur) 
auprès du Vicaire du préfet de la ville, praeses ou Corrector de 
quelque province, Consulaire de Ligurie; qu'après avoir été de 
nouveau assesseur d'un préfet, il a fini sa carrière dans la pro- 
fession de jurisconsulte et d'avocat consultant. Mais après avoir 
été avocat, Floridus a géré la préture. Ceci nous prouve qu'il 
était de famille sénatoriale. Car la gestion de la préture par un 
personnage d'origine non sénatoriale, ancien fonctionnaire impé- 
rial et surtout ancien avocat serait un fait en contradiction avec 
ce que nous savons sur la condition des magistratures et le re- 
crutement du sénat dans la période du Bas-Empire. 

La questure et la préture ont en effet complètement changé 
de caractère (1). Ce ne sont plus des magistratures, mais des 
charges très lourdes qui pèsent sur l’ordre sénatorial. Tout cla- 
rissime doit à son tour supporter les frais de ces deux fonctions. 
La questure est mentionnée de plus en plus rarement dans le 
courant du IV® siècle ; mais la préture reste jusqu'à la fin la 
charge obligatoire de tous les sénateurs qui n’obtiennent pas une 
exemption spéciale. 

D'autre part le recrutement du sénat subit un profond chan- 
gement. Pendant les trois premiers siècles c’est seulement à titre 
exceptionnel que les empereurs accordent la dignité sénatoriale 
soit à des décurions émérites, soit à des fonctionnaires de l'ordre 
équestre. Dans notre période, au contruire, ils la prodiguent soit 
en élevant directement des personnages d'ordre inférieur aux fonc- 
tions qui confèrent l'Illustrissimat, la Respectabilité ou simple- 
ment le Clarissimat (2), soit en donnant la dignité sénatoriale 


+ 


(1) Voir le commentaire de Godefroy sur le titre IV De praetoribus 
et quaestoribus, C. Th. lib. VI. 
(2) L. 16 De praet. et quaest. C. Th. VI, 4. (Proconsuls et Vicaires); 


280 NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 


en bloc à des catégories entières de fonctionnaires comme récom- 
pense de leurs services et comme retraite. IL serait trop long 
d'énumérer toutes les fonctions qui jouissent de ce privilège (1). 
On ne voit guère que les employés inférieurs des bureaux qui 
ne puissent aspirer au sénat. Mais d’autre part les sénateurs sup- 
portant de lourds impôts et en particulier les frais de la préture 
et de la questure, les empereurs cherchent le moyen de récom- 
penser leurs fonctionnaires sans les astreindre à ces charges. C’est 
ce qui donne naiïssance au nouveau système de l’Allectio. L'AI- 
lectio est proprement la dispense de la préture (2). Elle n’a plus 
de commun que le nom avec l'ancienne Allectio qui avait pour 
but de faire passer le nouveau sénateur par dessus tel ou tel 
rang de la hiérarchie sénatoriale pour le rendre capable de gérer 
les fonctions et la magistrature de rang supérieur. Les empereurs 
refusent souvent l'Allectio aux curiales émérites (3), qui s’obstinent 
à vouloir entrer au sénat, et à certains personnages qui sont 
élevés directement à de hautes fonctions sans avoir d'états de 
services. C’est pour cette raison que nous voyons quelquefois des 
proconsuls, des vicaires, des ducs appelés à gérer la préture 
quoiqu'ils occupent dans la hiérarchie un rang bien supérieur 
à cette dernière magistrature (4). Mais les fonctionnaires du palais 


L. 10, 93, ibidem C. Th. (Consuls et préfets du prétoire); L. 11 ibidem 
(Préfets de la ville, des Vigiles et de l'Annone). 

(1) L. 10 De praet. et quaest. C. Th. VI, 4; L. 8 (2 Godefroy) de 
Senat. C. Th. VI, 2; L. 6 De dom. et prot. C. Th. VI, 24 (les Decem- 
primi parmi les Domestici protectores); L. 2. C. J. XII, 17 iles Primi- 
cerius des Domestici protectores); L. 7, 8 C. Th. VI, 26 (les employés 
inférieurs des Scrinia); L. 10 idem (les Proximi des Scrinia); L. 6, 6, 
10, 20, 22 C. Th. VI, 27 (les agentes in Rebus); L. 2, 8 C. Th. VI, 10. 
(les Notari) ; L. 13 C. J. II, 7 (les Fisci Patroni). 

(2) L. 10 C. Th. VI, 4; Symmachus, VIL 96 (éd. Migne); L. 1 C. 
Th. VI, 38; L. 8, 9, 10 C. Th. VI, 24; L. 7, 8 C. Th. VI, 26; L. 19, 24 
C. Th. VI, 80. 

(3) Nov. Theod. IL, tit. XV, 1 $ 1. 

(4) L. 15 C. Th. VI, 4. 


NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 281 


reçoivent toujours l'immunité, immunité plus ou moins complète 
selon qu'elle s'applique à toutes les charges sénatoriales ou sim- 
plement à la préture. Nous n’avons pas à rechercher ici avec 
quel titre ils entrent au sénat. Q'ils soient assimilés aux vicaires, 
comtes, proconsuls, c'est à dire qu'ils obtiennent la Respectabi- 
lité, ou bien qu'ils reçoivent simplement le nouveau titre de Con- 
sulaires qui équivaut maintenant au simple Clarissimat (1), cons- 
tatons seulement que dans tous les cas ils obtiennent l’Allectio, 
c'est à dire la dispense de la préture. 

Or, dans le code Théodosien, les avocats sont constamment 
assimilés aux fonctionnaires du palais (2). Nous avons vu com- 
ment, après combien d'années de service et avec quels titres ils 
entrent au sénat. Ajoutons maintenant qu'ils y entrent toujours 
avec l'Allectio. 

La mention de la préture dans le cursus de notre avocat Flo- 
_ridus doit donc nous faire supposer qu'il s’agit non d’un person- 
nage de classe inférieure introduit au sénat par diplôme impé- 
rial et avec la faveur de l'Allectio, mais d'un personnage de 
famille sénatoriale, appelé à la préture en vertu de sa nais- 
sance (3). 

Il y a donc un certain nombre de jeunes nobles qui débu- 
tent par le barreau. Ce fait est confirmé par d’autres textes. 
Symmaque recommande au préfet du prétoire Flavianus (4) un 
jeune homme, fils de clarissime qui vient de se faire inscrire 
comme avocat auprès de son tribunal. Aïlleurs (5), devenu pré- 

(1) V. les textes cités à la note 1 de la page 276. 

(2) L. 16. C. Th. VI, 2. 

(3) I semble donc difficile d'accepter la restitution proposée par M. 
de Rossi pour le deuxième vers de l'inscription: « PARVIS MAGNVS 
Geniloribus ortus ». 

(4) Cf. Ann. del'Ist., 1849 (de Rossi Iscrizione di Nicomaco Flaviano) 
— Symmach. Il, 42 (ed. Migne). 


(6) Symmach. X, 43 (éd. Migne), cf. V, 41 « vir clarissimus Epictetus 
causidicorum more prolapsus ». V, 74 


282 NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 


fet de la ville, il parle d’un de ses avocats, également clarissime. 
St Ambroise et son frère Satyrus, (1) fils d'un préfet du prétoire, 
débutent tous les deux comme avocats auprès du tribunal du 
préfet du prétoire et passent de cette charge l’un au gouver- 
ment d'une province, l'autre au conseil particulier du préfet du 
prétoire, pour devenir ensuite consulaire de Ligurie (2). 

Nous trouvons des renseignements analogues dans le dis- 
cours d'Eumène “ pro instaurandis scholis , (3). IL dépeint l'é- 
cole d'Autun comme une espèce d'université où les jeunes Gau- 
lois de bonne naissance apprennent surtout l'éloquence du barreau 
pour être aptes aux fonctions impériales. À la fin de leurs étu- 
des ils peuvent plaider devant tous les tribunaux et passer de là 
aux emplois les plus considérables du palais impérial et de l’ad- 
ministration provinciale (4). Car c'est aux avocats, dit Eumène, 
que l’empereur réserve toutes ses faveurs (5). 

En 368 Valentinien et Valens permettent aux “ Honoratt , 
établis à Rome, de plaider, pourvu que cette occupation ne de- 
génère pas en métier (6). II est probable que ces Honorati, an- 
ciens fonctionnaires sénatoriaux ne faisaient que revenir au bar- 
reau où ils s'étaient exercés pendant leur jeunesse. 

Les textes juridiques ne nous donnent donc pas la composi- 
tion exacte du corps des avocats, surtout auprès des tribunaux 

(1) Vita Ambrosii a Paulino (Migne XIV). 

(2) Vita Ambros. $ V; De Excessu Satyri, lib. I, $ 49, 58 (éd. Mi- 
gne XVI) — Sur l’importance du Consiliarius du préfet du prétoire, 
cf. C. Th. L. 1 De comitib. VI, 16. 

(3) Ed. Baehrens, p. 1117. 

(4) «Ne hi quos ad spem omnium tribunalium aut interdum ad sti- 
pendia cognitionum sacrarum aut fortasse ad ipsa palatii magisteria 
provehi oporteret... ($ V). — Les mots « stipendia cognitionum sa- 
crarum » désignent probablement le bureau dit « scrinium libellorum » 
qui a succédé à l’ancien bureau des « cognitiones ». 

(6) « Palatini honoris oratoriae professioni salvum et incolume ser- 


vantes... ($ XV). 
(6) L. 6. Cod. Just. De postul. II, 6; cf. Macrob. Saturn. I, 2. 


NOTE SUR LE RECRUTEMENT DES AVOCATS 283 


Importants ; 1] devait comprendre à côté des avocats d’origine 
inférieure, astreints à un service d'une longue durée, un certain 
nombre de jeunes clarissimes, qui venaient ainsi faire leur ap- 
prentissage des affaires publiques. Dans quel rapport ceux-ci 
étaient-ils avec ceux-là? Comptaient-ils dans le nombre réglé- 
mentaire ? Nous l’ignorons. En tout cas nous tenons un rensei- 
gnement précis: au IVe siècle les charges d'avocats et d’asses- 
seurs auprès des tribunaux et surtout auprès des préfets du pré- 


torie et du préfet de la ville, ont pris rang dans la carrière 
sénatoriale. 


CHARLES LÉCRIVAIN. 


JACQUES AMYOT 
ET LE DÉCRET DE GRATIEN 


C'est sous le pontificat de Grégoire XIII que parut la célèbre : 
édition romaine du Décret de Gratien. Dès la fin du Concile de 
Trente, Pie IV avait songé à créer une Commission chargée de 
faire la révision du texte et de préparer la réimpression, d’après 
les sources originales, du plus important des recueils de droit 
canonique au moyen-âge. La Commission fut nommée par Pie V 
en 1566 et Grégoire XIII porta à trente-cinq le nombre de ses 
membres, parmi lesquels, outre les cardinaux M. A. Colonna, 
G. Sirleto, Fr. Alciat, Ant. Caraffa, etc., on remarque les plus 
savants érudits que Rome comptait alors. L'édition du Décret, 
préparée par quinze ans de laborieuses études, parut en 1582 (1). 

M. Friedberg, dans ses beaux prolégomènes à la seconde édi- 
tion de Leipzig (2), a recherché quelle avait été la méthode de 
travail des correcteurs pontificaux et montre le plan et la va- 
leur de l'édition romaine. Il ne semble pas avoir connu un des 
témoignages les plus intéressants de l'activité deployée dans cette 
œuvre collective ; on le trouve dans le Vaticanus 4913, qui con- 
tient une partie des papiers du Cardinal François Alciat, parent de 
l'illustre jurisconsulte milanais. Ce prélat, l’un des plus instruits 
du Sacré-Collège, fut chargé en 1572 d'entrer en relation avec 
les savants catholiques de toute l'Europe et d'obtenir d'eux tous 


(1) Decretum Gratiani emendatum et notationilus illustratum 
Una cum glossis, Gregori XIII. Pont. Max. iussu editum. Romae. În 
Aedibus Populi Romani MDLXXXII. — Les membres de la commis- 
sion 8e divisent ainsi: 21 Italiens, 2 Espagnols, 2 Portugais, 2 Belges 
et 2 Français. 

(2) Ex officina B. Tauchnitz, 1879; pp. LXXV sqq. 


JACQUES AMYOT ET LE DECRET DE GRATIEN 285 


les documents et renseignements qui pouvaient aider en quelque 
manière à l'édition projetée. Pour la France, l'appel fut adressé, 
au nom du Pape, au premier président du Parlement de Paris, 


+ 


peut-être à celui de Toulouse, et surtout à l’évêque d'Auxerre, 
grand-aumônier de Charles IX, Jacques Amyot. La teneur des 


SJ 


brefs expédiés à cette occasion se trouve au fol. 62 du manus- 
crit et je ne puis mieux faire que de Ja donner ici. 


“ Christophoro de Thou primo praesidi Parisiensi seri- 
batur breve in quo primum laudetur eius pietas et zelus in ca- 
tholicam religionem, quem hisce turbulentis Galliae temporibus 
ostendit, quod S® D. N. a cardinalibus Gallis et aliis qui illinc 
venerunt intellexit, in quo primum Deo dein hinc Sanctae Sedi 
rem gravissimam fecit, a qua potest omne genus officii sperare; 
addatur exortatio brevis ut in his quae coepit perseveret ; postea 
addatur quod S”°* etiam intellexit de egregia ipsius eruditione 
praesertim canonum et eorum omnium, quae ad disciplinam ec- 
clesiasticam spectant, et quia maxima pars veterum canonum est 
in Decreto Gratiani, qui manibus omnium teritur, propterea iussu 
antecessorum suorum mandatum est, ut in emendatione eius libri 
diligenter laboraretur, et cum nunc quasi ad finem ventum sit 
et desideretur multi canones, quorum indicem mittimus, rogamus 
ut ipse convocatis doctoribus iuris canonici ac theologis illius 
Academiae, his praesertim quos antiquitatis noverit studiosos et 
nominatim Antonio Demochare, theologo Parisiensi, qui 
alias in hoc studio diligenter ac praeclare versatus est, quaerant 
in Regia, Sancti Victoris atque aliis antiquis bibliothecis si qua 
ad rem nostram facientia invenire possint; et sciat de eadem re 
ad venerabilem fratrem Episcopum Altisidorensem esse 
scriptum, ut communi deliberatione vel quisque per se, ut melius 
eis videbitur, de hac re tractare possint, et si qe inveniet ea 
transcribi curet (1). 


(1) La réponse d'Antoine Mouchy (Demochares) au bref de Gré- 
goire XIII est au fol. 61 ; elle est datée, ex Sorbonico theologorum coetu. 
Parisiis 1573 decima die februarii, et parle des recherches qu'il a faites 


286 JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 


“ In eandem sententiam scribendum est Episcopo Altisi- 
dorensi, magno Eleemosinario Regis Christianissimi; mutanda 
tamen erunt verba, quia uterque est Lutetiae et facile omnia 
communicabunt. Primo praesidi Tolosano potest scribi in eandem 
sententiam et eisdem verbis primo praesidi Parisiensi. , 


Suivent les minutes d’autres brefs qui furent adressés dans 
le même but en Flandre à l'évêque d'Arras et à l'évêque d'Y- 
pres, en Espagne, aux évêques de Lérida, de Placentia et de Sé- 
govie, et à divers particuliers tels que Viglius Svichemus prési- 
dent du Conseil privé du roi d'Espagne à Bruxelles, Laurent Su- 
rius moine de la chartreuse de Cologne, le Recteur et les pro- 
fesseurs de l’Université de Louvain, ete. La réponse à ces brefs 
et les correspondances originales échangées à cette occasion se 
trouvent pour la plupart dans notre manuscrit. Il y a notamment 
un grand nombre de lettres fort intéressantes du célèbre évêque 
d'Arras, François Richardot, au Cardinal Alciat (1). 

Amyot n’est pas le dernier à répondre à l'appel. Cette grande 
œuvre historique intéresse singulièrement le traducteur de Plu- 
tarque; il prend tout à fait au sérieux le rôle de représentant 
de l'érudition française qui lui est attribué à la cour pontificale. 
Il ne se contente pas de fouiller la bibliothèque Royale et les 
autres grand dépôts de Paris; il fait imprimer le catalogue des 
desiderata de la Commission, tel qu’il l'a reçu de Rome; il l’en- 
voie dans les provinces, afin qu'on recherche les conciles et les 
collections demandés. Ne recevant pas de réponse de ses corres- 
pondants, il fait lui-même le voyage de Beauvais, et dans les 
archives du chapitre de la Cathédrale, au milieu d’un amas de 


Li 


en commun avec Christophe de Thouet Amyot. Je n'ai pas trouvé trace 
de la réponse du premier président. 

(1) On y trouve aussi des lettres de Jacques de Pamèle (Pamelius), 
chanoine de Bruges, d'Ambrogio Moralès, historiographe de Philippe II, 
ainsi que quelques procès-verbaux de la commission romaine. 


JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 287 


livres poudreux, il découvre un volume des Capitulaires de Char- 
lemagne et quelques autres documents, dont il s'empresse d’en- 
voyer la copie au cardinal Alciat. | 
_ Il a paru intéressant de recueillir les documents qui attestent 
cette collaboration, et particulièrement les trois lettres de la main 
du célèbre écrivain qui n'avaient pas été signalées jusqu'ici. Nous 
respectons leur orthographe parfois irrégulière. Les deux premières 
sont de la même date, 7 mars 1753, l’une au pape, l'autre au 
cardinal; la troisième est une réponse à de nouvelles requêtes du 
cardinal; elle est du 13 septembre 1573. 


(Au dos:) 
Sanctissimo ac Beatissimo Patri Domino Dño Gregorio XIII 
Pontifici Maximo (1). 


Sanctissimo ac Beatiss° Patri et Domino D'° Gregorio XIII 
Pontifici Maximo. 

Post devota beatorum pedum oscula. Magnum profecto sen- 
tire coeperat animus meus laeticiam, Beatissime Pater, quod me 
non indignum iudicasses ad quem ultro literas dares, idoneum- 
que cui aliquid quod ad utilitatem publicam pertineret commit- 
teres propter aliquam, quam de meo studio ac pietate erga ca- 
tholicam ecclesiam sedemque istam apostolicam concepisses opi- 
nionem. Et si enim benefactorum beneque cogitatorum in ipso 
tacitae conscientiae sinu, praecipuos domini pio tructus esse debet, 
non poteram tamen non iucundo bhilaritatis sensn exilire atque 
affici, cum meam operam animique propensionem calamitosis istis 
Franciae nostrae temporibus perspectam acceptamque esse vide- 
rem, et qui Principein dignitatis et auctoritatis locum in eccle- 
sia Dei teneret, et cui propter summam Imperii in me potesta- 
tem, actiones omnes meas vehementer probare desiderarem. 

Itaque ut primum mihi literae Sanctitatis tuae redditae sunt, 
quod fuit ad decimum januarii, cum essent Romae datae ad vi- 
gesimum sextum novembris, feci sedulo ut omnes omnium biblio- 


(1) Fol. 78 et 81. 


288 JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 


thecas et publicas et privatas excuterem si forte aliquid reperire 
possem quod ad sacros canones emendandos usui esse valeret, 
adhibitis etiam ad exquisitionem primi nominis Theologis nostra- 
tibus, sed neque Concilia ulla vetera, neque Decretales summo- 
rum Pontificum epistolas adhuc reperire tota urbe potuimus, quae 
non essent plenius et emendatius perscriptae in tomis illis am- 
plissimis Conciliorum, qui sunt Coloniae aediti anno M.D.LXVIT. 
sicuti conferendo diligenter eius argumenti libros manuscriptos 
qui sunt in bibliothecis Sancti Victoris, Sancti Germani, Na- 
varrae et Sorbonae, cum codicibus impressis experimento didici- 
mus. Neque est quisquam nostrorum Theologum aut Canonista- 
rum qui vel nomina solum audierit eorum conciliorum quae tota 
a vobis desiderantur, nisi quantum in opere sanctionum ecclesia- 
sticarum Îouerii quas ille ex collectoribus decretorum Gratiano, 
Yvone et Burchardo congessit, ea legerunt. In bibliotheca autem 
Regia nihil eiusmodi scriptorum est, praeter acta Niceni Concilii 
primi et Ephesini graeco sermone conscripta, sed omnia diffu- 
siora et correctiora sunt in libris excusis. Est quidem privatus 
aliquis qui septimae Synodi nonnulla acta graeco etiam sermone 
scripta habet, sed meliora omnia in operosis illis Conciliorum vo- 
luminibus leguntur, quod sane mihi praeter expectationem acci- 
dit, et grave ac molestum extitit, propterea quod Concilia illa 
omnia quae in Gallia certe caelebrata fuerant, in illis bibliothecis 
nullo negotio reperire posse mihi persuaseram et tuae Sanctitati 
operam, fidem industriamque meam probare vehementer cupie- 
bam. Quapropter eum cathalogum, qui mihi Roma missus fuerat, 
typis excudendum curavi elusque varia exempla ad remotiores 
provintias et urbes, ad quas haereticorum perduellium furor non 
persuasit, idoneis hominibus misi, si forte alicunde adiumenti 
quidpiam ad id quod agimus nancisci possem. Sed responsi nihil 
adhuc accepi, quoniam ad ejusmodi scripta, quae rara sunt, con- 
quirenda atque invenienda et cum inveneris conferenda cum im- 
pressis et describenda tempore non modico opus est. 

Interim vero cum pigeret puderetque tamdiu quaerendo mo- 
ratum in conspectu Domini vacuum apparere, pauca quaedam 
quae dum illa investigamus in manus nostras inciderunt excri- 
benda curavi, quae nunc ad te, Beatissime Pater, perferenda 


JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 289 


dedi (1), orans atque obsecrans ne quid in ea re a me cessabum 
aut minus diligenter curatum esse putes et quod adhuc praestare 
potui aequi bonique consulas, tibique persuadeas nihil mihi an- 
tiquius perpetuo fore, quam ut aequissimis et sanctissimis man- 
datis tuis, qua debeo pietate, studio atque observantia paream. 
Dominus et Deus noster Iesus Christus te, Beatissime Pater, quam 
diutissime incolumem sedere faciat ad clavum Ecclesiae suae san- 
ctae. Bene vale. Lutetiae Parisiorum, Non. Martii 1575. 
Sanctitatis vestrae devotissimus servus 
Ja. Amyotus Antissiodori Eps. 


(Au dos:) 
lit ac R" Domino Dfo Cardinali $S. Sixti Domino meo 


observandissimo (2). 


Illustrissimo ac Reverendissimo Dño Domino Car! S. Sisti. 

Scrutatus sum diligenter quoad eius fieri potuit omnes biblio- 
thecas publicas ac privatas quae in hac civitate sunt. Si forte 
aliquid eorum librorum de quibus ad me Sanctissimus D. N: 
scripsit invenire possem, sed cum eius argumenti codices manu- 
scriptos in quibus antiqua Concilia et Decretales Summorum Pon- 
tificum ÉEpistolae continentur aut collectanea atque excerpta 
conciliorum compararem cum impressis libris, praesertim cum 
operosis illis tomis conciliorum qui Coloniae aediti sant Anno 
Dai M.D.LXVIT°. Comperiebam omnia in illis et pleniora esse 
et emendatiora quam in istis, et certe Ioverius theologus qui opus 
suum de sanctionibus ecclesiasticis in hac urbe ante annos quin- 
decim consarecinavit et foras dedit, si quid tale in bibliothecis quae 
patent omnibus reperire potuisset nunquam praetermisisset. In 
bibliotheca autem Regis et Reginae inveniuntur quidem acta pri- 
mae Nicenae Synodi et Ephesinae graeco sermone conscripta, sed 
pauciora et minus correcta, quam quae typis excusa in manibus 
hominum versantur, quod sane sicut nobis praeter expectationem 
accidit. Ita non mediocriter displicuit molestumque extitit. Spe- 


(1) En marge on a écrit: Ubi sunt? 
(2) Fol. mp a 80. 


290 JAOQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 


rabam enim Concilia illa vetera, praesertim quae in Gallia cae- 
lebrata essent, facile apud nos posse reperiri, et Sanctissimo D. N. 
in re adeo utili et honesta parere atque obsequi valde cupiebam. 
Verum prima illa spe destitutus ad seeundam quasi navigationem 
me converti: cathalogum enim illam, qui Roma mihi missus 
fuerat, typis excudendum curavi eiusque exempla ad complures 
earum urbium quae in potestate haereticorum non fuerunt misi, 
idoneisque hominibus scripsi, ut si quid eius generis scriptorum 
apud se haberent, quamprimum ad nos mitterent. Nam reliquis 
in civitatibus et passim per agros ecclesiastica omnia aedificia 
scripta et instrumenta ab Eluvione immanium istorum barbaro- 
rum his annis duodecim pari crudelitate atque ignorantia vastata, 
delaeta et perdita fuisse apud nos non ignoratis; sed ad ea 1in- 
vestiganda et cum inveneris conferenda, cum impressis codicibus, 
et postea describenda non modico temporis spatio opus est, ve- 
rum cum nulla ex parte responsi quicquam adhuc acciperem 
mihique vehementer displiceret, et turpe videretur, multum in 
quaerendo temporis operaeque trivisse et ad ultimum etiam va- 
“cuum abire pauca quaedam non absimilis argumenti, quae mihi 
la quaerenti quae vos desideratis in manus venerunt describenda 
putavi, ut si id quod a me peteretur, non possem, certe aliquid 
praestarem ac mitterem. 

Mitto ergo ad vos duas Epistolas Innocentii secundi et Ca- 
nones triginta Concilii ab eo in Gallia caelebrati, quo loco in- 
certum mihi est, sed Remis et Claromonte duas Synodos habuisse 
legitur; item Concilium provintiale ab Herveo Remensi archie- 
piscopo et comprovintialibus elus episcopis, circa annum nongen- 
tesimum nonum (1), Canones Concilii cuiusdam Andegavensis per- 
vetusti:; item sessiones duas Lemovicensis Concilii imperfectas, 
sub Henrico primo Francorum rege coacti. Praeterea tractatum 
quendam de praedestinatione et praescientia Dei, quem reperi- 
mus adiunctum Concilio Valentino Galliae, quod sub rege Lo- 
thario celebratum est, nomine Lugdunensis ecclesiae scriptum, 
qui quia mihi pius et doctus visus est eodem tempore et eadem 


(1) On trouve dans l’index des livres consultés, en tête de l'édition 
du Décret de 1582, la mention suivante: Remense Concilium in pago 
Trosleiano habitum, missum ab Episcopo Antissiodorensi. 


JACQUKS AMYOT ET LE DÈCRET DE GRATIEN 291 


de re scriptus et contra eundem häereticum Ioannem Monachum 
qui in eo Concilio damnatus est, visus mihi est non indignus, 
qui velut appendix illius Concilii mitteretur. Sunt et ali duo mi- 
nores tractatus de libertate humani arbitrii qui si iste placuerit 
mitti etiam posthac poterunt. 

Quod ad Isidori opera attinet, decretum eius habemus, sed 
ad verbum plane descriptum est in primo tomo Conciliorum 
Coloniensium. Praeterea opusculum cuius haec sunt capita: De 
contemptoribus mundi, De sanctis qui se a consortio mundi sepa- 
raverunt, De praeceptis altioribus monachorum, De professione 
monachi, De monachis qui curis seculi occupantur, De his qui 
mundi amore praepediuntur, Laus psalmorum; ego eum librum 
impressum esse non puto; De natura rerum, De norma vivendi. 
Item tractatum qui incipit “ duobus modis peccatum committi- 
tur. , Si quid ex his in nobilissima atque instructissima illa Va- 
ticana bibliotheca non habetur et a vobis desideratur, certiorem 
me facite. Ego vobis describendum, cum his quae in diem ad me 
adferentur mittendumque quam celerrime potero curabo, neque 
quicquam praetermittam, quod ad fidem observantiamque Sm° D. N. 
prestandam pertinere intelligam. Bene vale. Lutetiae Parisiorum, 
Non Marti. 

Dominationis vestrae Ils ac Rae observantiss. 
Ja. Amyotus Antissiodorensis Eps. 


Invenimus etiam volumen satis magnum Epistolarum Clemen- 
tis quinti, si vobis usui esse possit; sed posterior est Gratiano 
et omnibus Decretorum collectoribus. 


mo Dfo Iac. Amioto Episcopo Antissiodorensi 
[Fr. card. Alciatus] (1). 


Gratissimae fuerunt litterae tuae Sm°o D, N. qui valde com- 
mendat diligentiam tuam in Concilus illis ac libris perquirendis, 
quibus ad emendandüm Gratianum indigemus. Mihi etiam quas 
ad me misisti fuerunt iucundissimae ac speramus in illis scriptis 


(1) FoL. 64. Minute corrigée de la main d'Alciat, 


292 JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 


quae a te mittuntur, praesertim in Epistolis Innocentii 2i et Con- 
ciliis Remensi et Andegavensi nos aliquid quod ad rem facere 
possit inventuros. Si quid etiam ex eo indice quem ad te misi- 
mus invenire poteris, curabis ad nos perferendum. Hoc tibi nunc 
significamus, Antonium Contium (1), in codicibus iuris canonici 
quos nuper curavit imprimendos, profiteri se habere Concilium 
ab Eugenio celebratum, quod rogamus ut vel ab ipso Contio, vel. 
ab eo ad cuius manus ipsius libri pervenerunt cures haberi et 
transcribi. Intelleximus etiam in Gallia esse multos codices capi- 
tularium Caroli Magni, Ludovici Pi, quae Angisius Abbas col- 
legit, quem librum valde optamus. Codex etiam sedecim libro- 
rum et liber Paschasii Abbatis Corbiensis de corpore et sanguine 
Christi, qui fortassis apud vos habetur impressi nobis sunt valde 
necessaril, quos si ad nos miseris rem 5" ac mihi facies gra- 
tissimam. Nec tibi sit molestum curam hanc tuis multis occu- 
pationibus adjungi nam et nos hic pro rebus tuis si opus fuerit 
parem ac maiorem laborem subire parati sumus. Vale, Romae. 


(Au dos:) 
Ii ac R" D. Dño Car Si Sixti Domino meo observan- 
dissimo (2). 


Illw ac °° D. Dño Car! St Sixti. 

Cum diu frustra expectassemus ut ab hiis, ad quos indicem 
scriptorum quae ad emendationem Gratiani a vobis desiderantur 
dedissemus, aliquid ad nos mitteretur, nihilque quod ad rem certe 
faceret a quoquam responderetur, aut praestaretur, tandem per- 
taesi longam adeo moram hominumque ignaviam, Bellovacum 
ipse profecti sumus, ibique ad ecclesiam maiorem, in magno 
acervo veterum librorum temere congestorum a situque et pul- 
vere oppletorum, volumen Capitularium (ut vocant) Caroli Magni 
ab Ansegiso Abbate et aliis nonnullis collectorum, cum aliis qui- 
busdam opusculis invenimus, eiusque describendi cum nobis a 


(1) Antoine Leconte professait alors à Bourges. 
(2) Fol. 75 a 79. Endossée: Parigi. Del vescovo Antisidorense di 12 
di Setembre, ricevuta a  d’ottobre. 


JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 293 


Canonicis copia liberaliter facta esset, sex primos libros qui for- 
mis imprimi reperiebantur transcribere supervacaneum nobis vi- 
sum est. Caeteros autem quales quaies erant exscribendos cura- : 
vimus, quos nunc una cum sex primis impressis, si forte ad id 
quod agitis usul esse possint, mittimus (1). 

Libellum etiam Pascasii Abbatis Corbiensis de Veritate Cor- 
poris Domini et alia quaedam aliorum, et ipsius opuscula plu- 
ribus jam locis excusa, si forte istic non reperiantur, adiungenda 
duximus, quoniam in posterioribus vestris litteris diserte de eo 
libro scriptum erat. Decreta vero Eugenii tertii quae una mit- 
timus ex vetere libro descripta, Contius iurisconsultus ipse nobis 
in manum dedit, asseverans nihil aliud Eugenii penes se habere, 
nec unquam habuisse, seque existimare illud esse quod Eugenii 
synodus vocatur, can. II ext. de Tudiciis. Domi quidem se Bi- 
turigibus habere alia quaedam quae huic instituto non inutilia 
fore iudicaret eaque se lubenter esse nobis communicaturum quae 
si ad nos mittentur, curabo sedulo ut cito ad vos perferantur. 

Piget pudetque profecto nos, R*° Domine, quod meliorem 
plenioremque operam navare Sanct.” D. N. et vobis in hone- 
stissimo et utilissimo proposito non possumus; sed eius magna 
ex parte causa est temporum nostrorum calamitas et barbarus 
haereticorum furor in multis adhuc hodieque Regni huius pro- 
vintiis perseverans, qui bibliothaecas omnes praesertim ecclesia- 
sticas subvertit, diripuit, incendit et perdidit, nobisque faculta- 
tem praeripuit, maiora sicut valde optabamus praestandi, si quid 
tumen in diem eius argumenti posthac in manus nostras inciderit, 
nobis non deerimus. [nterimque Ill” atque =" D. Vestram 
etiam atque etiam rogamus, ut quod possumus boni aequique 
consulatis nosque de eo S. S. aut excusetis aut etiam commen- 
detis. Bene vale. Lutaetiae, Prid. Id. Septembris MDLXXIIT. 

Vestrae lllustrissimae ac Rever.”* Dominationi devotissimo 
atque addictissimus 

Ia. Amyotus Antissiodori Eps. 


(1) Dans l'index cité plus haut on lit: Capitularium liber VIT et Ca- 
pitularia adiecta missa a Iacobo Amioto episcopo Antissiodorensi, ex 
bibliotheca ecclesiae Belvacensis.… Fulberti Episcopi epistola, ex vetusto 
codice ecclesiae Belvacensis, a Iacobo Amioto Episcopo Antiss. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V® ANNÉE. 29 


294 JACQUES AMYOT ET LE DÉCRET DE GRATIEN 


Comme on le voit, les temps ne se prêtaient pas en France 
aux paisibles recherches de la science. Beaucoup de documents 
se perdaient pour l’histoire dans cette destruction des bibliothè- 
ques ecclésiastiques, si douloureusement ressentie par le bon 
Amyot. Mais si la collaboration de l’évêque d'Auxerre, rendue 
difficile par tant de causes, n'a pas été aussi fructueuse qu'il 
l'eût désiré, il n'en a pas moins été le plus actif représentant 
de la France dans la grande publication de 1582. 


PrerrE DE Norac. 


NOTE SUR UN MANUSCRIT 
DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS. 


Muratori a publié au tome [V de ses Anfiquitates des Ex- 
cerpta ex chronico Jordani (1). Cette Chronique de Jordanus est 
une histoire universelle, comme le moyen âge en a tant produit; 
elle commence aux origines mêmes du monde, et finit au règne 
de l’empereur Henri VIT. Elle est absolument sans valeur jus- 
qu'à la fin du XII° siècle; mais, à partir de cette époque, l’au- 
teur a eu à sa disposition des documents et des témoignages qui 
ne nous sont pas tous parvenus (2), et cette partie de l’œuvre 
mérite d'être étudiée avec plus de soin qu'on ne l'a fait jus- 
qu'ici (3). 

La Chronique de Jordanus nous a été conservée dans deux 
manuscrits dont l’un se trouve à Bamberg (4) et l'autre au Vati- 
can (5). Le manuscrit du Vatican est de beaucoup le plus im- 
portant. C’est un manuscrit en parchemin, de 438 millimètres 
de haut sur 264 de large, relié en cuir rouge sous le pontifisat 
de Pie IX. Il comprend 271 folios, d’une belle écriture du XIV siè- 
cle, disposée sur deux colonnes ; les initiales sont alternativement 


(1) Antiquitatis italicae medis aevi, t. IV, fol. 948. 

(2) Jordanus a été le témoin d’une partie des faits qu'il raconte; par 
exemple, il a vu le phénomène astronomique dont il est question dans son 
ouvrage au premier mars 1314. 

(3) On n'a pas encore consacré d'étude spéciale à la Chronique de Jordanus. 
Cf. Archio der Gesellschaft für ältere deutsche Geschichtkunde, t. V, p. 195; 
t. VI page 55; t. XII pag. 460. 

(4) Archiv, t. VI, page 56. 

(5) Ms. Vat. Lat. 1960. On a confondu souvent l'auteur de la Chronique 
qui nous occupe avec le chanoïne Jordanus d'Osnabruck, auteur d'une 
Chronica qualiter Romanum imperium translatum in Germanos sit. (fin du 
XITI° siècle). 


296 NOTE SUR UN MS. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 


rouges avec filets violets, et bleues avec filets rouges. Les marges 
inférieures, très-larges, sont ornées de dessins à la plume, qui 
illustrent le texte. Ces dessins, bien que d'une exécution rapide, 
sont dûs à un artiste de talent et méritent une mention spéciale 
dans l'histoire de l'art. Ils ont en même temps un intérêt archéo- 
logique, et on y peut relever plus d'un détail curieux pour le 
costume, l’architecture ou le blason (1). 

Les dernières pages contiennent des figures, des cartes et des 
plans relatifs aux différents objets dont il est traité dans le ma- 
nuscrit (2), tels que l'astronomie, la géographie, la mythologie 
et le jeu d'échecs. Nous ne nous arrêterons que sur les cartes 
géographiques (3). 

Le manuscrit contient une Mappemonde, deux cartes de la 
Terre Sainte, deux cartes de l'Italie, les plans de Rome, de Jé- 
rusalem, d'Antioche et de St Jean d’Acre. Seul le plan de Rome 
a été publié par M. de Rossi (4); le reste est encore inédit. 


(1) Cf. Muratori, In excerpta ex Jordani Chronico praefatio, Antiquit. 
t. IV, col. 949. 

(2) Fol. 264-270. 

(3) Voici le titre des différents traités contenus dans le manuscrit: 

Explicatio ad intelligentiam subjectarum linearum in quibus summa 
totius operis continetur (fol. 1). 

Incipit prologus in mapa mundi cum trifaria orbis divisione (fol. 13). 

Explicit de mapa mundi. Incipit provinciale Romane curie (fol. 21 v°). 

Explicit provinciale Romane curie. Incipit secundum ordinem fratrum 
minorum. (fol. 23) 

Incipit tractatus de diis gentium et fabulis poetarum cum prima par- 
ticula de ortu Idolatrie. (fol. 25) 

Explicit de diis gentium et fabulis. Incipit tractatus de ludo scacorum 
cum prima particula de inventione ejus. (fol. 27) 

Explicit de ludo scachorum. Suit un Index général qui commence ainsi 
Prima tabula super evangelia totius anni. (fol. 28) 

Prologus in satiricam gestarum rerum regum atque regnorum et sum- 
morum pontificum ystoriam a mundi creatione usque ad Henricum VII" 
Romanorum Augustum. (fol. 49) 

(4) Piante icnografiche e prospettiche di Roma anteriori al secolo XVI 
Rome 1879. 


NOTE SUR UN M8. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 297 


Sans entreprendre l'étude détaillée de ces différents monuments 
(étude qui fera l'objet d’un travail distinct), nous pouvons cepen- 
dant résoudre quelques questions générales qui se posent de prime 
abord. | 

Quelle est l’origine de ces cartes, et quelle est leur date? 
La chose vaut la peine d'être examinée, si l’on songe au petit 
nombre de cartes que le XIV® siècle nous a laissé, 

L'œuvre de Jordanus est l’œuvre d’un Vénitien. Muratori re- 
marquait déjà l'importance que l'auteur donne aux choses de 
Venise et l’amour avec lequel il parle des expéditions vénitiennes 
en Orient {1). Il aurait pu ajouter que Jordanus connaissait les 
archives de Venise. Nous en avons la preuve dans ce privilège 
de Lucius IIT qu'il nous dit avoir vu (2), et qui était conservé 
(nous le savons d'autre part) dans le couvent de Saint-Zacharie 
de Venise (3). Il est donc très-probable que les cartes de notre 
manuscrit sont d'origine vénitienne. 

Il ne faut pas oublier en effet qu'elles font partie intégrante 
de l’œuvre. Jordanus nous parle lui-même des cartes qui accom- 
pagnent son livre, et nous dit comment elles ont été faites: Pic- 
tura autem hic posita ex mapis variis est composita sumptis ex 
auctoribus qui scripturis actorum (sic) concordant illustrium quos 
imilamur (4). Il va même jusqu’à nous mettre en garde contre 


(1) Antiquit. t. IV, page 349. 

(2) Antiquit. t. IV, col. 980, C. Vidi privilegium istius Lucii III in quo 
tpse subscripsit sic: Ego Lucius Catholicae Ecclesiae episcopus subscripsi. 

(3) Cornelius, Eccles. Venet. XI, 376. 

(4) Vat. lat. 1360, fol. 13. D'ailleurs Jordanus cite ici ses sources et nous 
croyons devoir transcrire le passage en entier: Pictura autem hic posita ex 
mapis vartis est composita sumptis ex auctoribus qui scripturis actorum 
concordant tllustrium quos imitamur, videlicet Ysidori in libro Ethimolo- 
giarum, Johannis de distantia locorum, et librorum quoque Hugonis de 
Sancto Victore, et Hugonis Floriacensis in sua ecclesiastica historia, Orosii 
de Ormesta mundi, Solini de Mirabilibus terrarum, Pomponii Mela de situ 
orlis, Honorii de Ymagine mundi, Eusebii, Bede, Justini, Baldrici Dolen- 
8is episcopi in itinerario transmarino et aliorum plurium scribentium 


298 NOTE SUR UN MS. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 


les fautes de l’enlumineur : Quod vero per pictores non vicictur 
pictura magna cest cautio adhibenda. Par conséquent, ce n'est 
pas Jordanus qui a dressé ces cartes; il s'est servi de cartes 
antérieures qu'il a plus ou moins modifiées par la comparaison. 

C'est ce qui. explique les anomalies du plan de Saint-Jean 
d'Acre, où toutes les positions des croisés se trouvent indiquées, 
bien que la ville fût retombée depuis 1291 au pouvoir des Mu- 
sulmans, et l'absence, dans le plan de Rome, de dénominations 
qui appartiennent à la fin du XIII siècle (1). 

Quant à la date où furent exécutées les cartes en question, 
nous pouvons la déterminer avec assez de certitude. La Chronique 
de Jordanus nous mène jusqu'en 1320 (2); mais l'ensemble de 
l'ouvrage, ou tout du moins la rédaction du manuscrit Vat. 1960 
est postérieure de plusieurs années. Le premier chapitre, intitulé 
Explicatio ad intelligentiam subjectarum linearum in quibus sum- 
ma tolius operis continctur, se compose d’une série d'arbres gé- 
néalogiques, depuis l'époque des patriarches jusqu'aux contempo- 
rains de Jordanus. À ne considérer que certaines parties de ce 
chapitre, on pourrait se croire dans les premières années du 
XIV° siècle; par exemple, la fille du roi de Naples Charles If, 
Béatrice, mariée en secondes noces dès 1309, est représentée avec 
son premier époux, Azzon VIII marquis d'Este et de Ferrare. 
Mais François Dandolo, nommé doge de Venise le 8 janvier 1328, 
figure dans la table, et avec lui Philippe VI de Valois couronné 
roi de France la même année. On y trouve même le nom du pape 
Benoît XII, ce qui nous reporte après le 24 décembre 1334. Il 


maxime de situ Terre Sancte et circumstantium regionum Syrie et Egypti 
que ad multos passus intelligendos Scripture Sacre necessarin sunt in quibus 
studiosissimum doctorem Johannem plurimum laborasse qui legit intelligit. 
Quod vero per pictores non vicietur pictura magna est cautio adhibenda. 
(1) Cf. De Rossi, Piante icnografiche, page 81-82. 
(2) Muratori, Antiquit. col 1034, B. 


NOTE SUR UN M6. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 299 


est vrai que le nom de Benoît XII n’est accompagné d'aucune 
mention, ce qui semble indiquer que le manuscrit n'est pas très- 
postérieur au couronnement de ce pape. Nous savons d'ailleurs que 
le manuscrit ne peut qu'être antérieur à 1339, puisque le doge 
Dandolo est mort cette même année; et, par conséquent, c'est 
entre 1334 et 1339 — vraisemblablement plus près de 1334 — 
qu'il faut placer la rédaction de notre manuscrit. 

Nous reproduisons ici deux cartes du manuscrit de Jordanus: 
la mappemonde et une carte d'Italie (Planches VI et VIT). 

La première mappemonde connue est celle que le Vénitien 
Marino Sanuto, contemporain et compatriote de Jordanus, a 
insérée dans son Liber secretorum fidelium crucis, offert au pape 
Jean XXII le 24 septembre 1321. Elle a été publiée par Bon- 
gars dans les Gesta Dei per Francos à la suite du traité de 
Marino Sanuto (1). Les rapports de cette mappemonde avec 
celle de Jordanus sont évidents à première vue, et cette 1m- 
pression se confirme quand on remarque l'exacte concordance 
des plans de St Jean d'Acre et de Jérusalem donnés par Jor- 
danus avec ceux qui accompagnent l'ouvrage de Sanuto. La 
mappemonde de Sanuto est assurément une des mapac variae 
dont Jordanus s'est servi. Il faut ajonter que Jordanus a dû 
puiser à d'autres sources, car sa mappemonde est plus riche 
en indications que celle de Sanuto (2). Il mentionne par exemple 
les Orcades, la Perse, la Médie, l'Alanie (au nord de la Géorgie), 
la Piridalia et la Rutenia (Russie méridionale) avec le Don et 
le Dniéper, la ville de Riga sur la Baltique, une île d'Elfari 
sur la côte orientale de l'Afrique (peut-être Socotora) et un 
archipel voisin qui pourrait être celui des Seychelles. Il place 
l'ile de Kis à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate au lieu 


(1) Gesta Dei per F'rancos, éd. 1611, entre la page 284 et la page 285. 
2) Cf. Bongars, loc. cit. 


300 NOTE SUR UN MS. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 


de la mettre à l'extrémité méridionale du golfe Persique; il 
indique sur la mer Rouge des échelles que Sanuto n’a pas men- 
tionnées ; hic descendunt mercaciones, hic descendunt mercatores ; 
et, chose plus remarquable encore, il mentionne à l'ouest du Nil, 
dans la direction dun Congo, un fleuve, tracé d’ailleurs d’une 


manière assez incertaine, et qu'il appelle Ramus Nili (1). 


(1) Nous donnons ici les têtes de chapitres du traité intitulé De mapa 


mundi. (Vat. lat. 1960, fol. 13): 


Jacipit prologus in mapa mundi cum trifaria orbis divisione. 


Explicit prologus. Incipit tractatus cujus primum capitulum de Asyu et 


locis in ea contentis et capituli prima pars de paradyso terrestri. 


De Iudea. 
De Samaria. 
De Galilea. 


. particula de 
. particula de 
j particula de 


particula de 


. particula de 
. particula de 
. particula de 


particola de 


. particula de 
. particula de 
1. particula de 
1. particula de 
il. particula de 
j. particula de 
. particula de 
1. particula de 
. particula de 


. pars de India. 

. pars de Parthia. 
. particula de 
. particula de 
. particula de 
. particula de 
j. particula de 
. particula de 
. particula de 


Asiria. 

Mecha. 

Persia. : 
Mesopotamia et Syria Large dicta. 
1j. Syria que dicitur Celes. 

üj. Syria que dicitur Fenicia. 
iij.4 Syria que dicitur Palestina. 


v.4 Syria que Arabia dicitur. 
montibus Arabie sitis Trans Jordanem. 


‘divisione terre inter dictos montes et Jordanem. 


montibus nobilibus cis Jordanem. 
aquis et fluminibus Terre Sancte. 
contrada maritima Syrie. 
principalibus parcialibus regionis Arabie. 
Egypto et Nilo. 

maritima et civitatibus Egypti. 
itinere a ‘l'erra Sancta ad Kayrum. 
Scithia et Sere. 

Bactria. 

Yrcania et Albania. 

Armenia. 

Capadocia. 

altera divisione Scithie. 

Asya Minori. 


NOTE SUR UN MS. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 301 


La mappemonde de Jordanus est donc autre chose qu’une 
réplique de Sanuto; elle a sa valeur propre, et mérite d’être 
étudiée avec soin, surtout si l’on songe que la mappemonde Ca- 
talane, dont on a fait tant de bruit, date seulement de 1375 (1). 
La carte de Jordanus est d’ailleurs d’une exécution assez gros- 
sière ; les montagnes sont teintées en rouge, les eaux en vert; 
les terres sont en blanc, entourées d'une bordure noire. 

La carte de l'Italie que nous publions est au quart environ 
de l’original. Dans le manuscrit, elle occupe le revers d'un folio 
et le recto du folio suivant (2), ce qui explique la disposition, 
quelque peu bizarre au premier abord, de notre reproduction. — 


Secundun capitulum de Europia et locis ejus. Cajus prima par- 
ticula de terminis et situ Europe. 
1j. particula de Scithia inferiori. 
li. particula de Germanix. 
lij. particula de Messia. 
v. particula de Panonia. 
vJ. particula de Ystria. 
vij. particula de Tracia. 
viij. particula de Grecia. 
ix. particula de Ytalia. 
x. particula de Gallia. 
xi. particula de Yspania. 
xi particula de Anglia et vicinis insulis. 
Capitulum tertium de Africa et partibus ejus, cujus prima pars 
de terminis et situ Africe. 
ij. particula de Libia Cyrenensi sive Pentapoli. 
dj. particula de Libia Tripolitana. 
li}. particula de Libia Bizacena. 
v. particula de Zeugis. 
v}. particula de Numidia. 
vij. particula de Mauritania. 
vi}. particula Ethyopia. 
ix. particula de ceteris que sunt in Africa. 

(1) Cf. Notices et Ertraits des manuscrits, tome XIV, deuxième partie 
(1841), étude de MM. Buchon et Tastu. Nous ne prétendons pas d'ailleurs 
établir d'autre comparaison entre notre mappemonde et la mappemonde 
Catalane. Cette dernière est infiniment plus considérable. 

(2) Fol. 267 v° et fol. 268. 


302 NOTE SUR UN M8. DE LA CHRONIQUE DE JORDANUS 


Ce n'est pas une carte savante; son caractère pratique, com- 
mercial pour ainsi dire, se déduit assez de la forme des noms 
géographiques qui y figurent; ils sont tous en langue vulgaire, 
c'est à dire en Italien. Il est à remarquer en outre qu'on a tenu 
grand compte dans cette carte de la distance relative des dif- 
férents points indiqués. À défaut des méridiens et des parallèles 
terrestres, l'Italie est partagée dans le sens de la longueur et dans 
le sens de la largeur par des lignes idéales dont l'intersection 
donne la situation exacte d'un point par rapport à un autre. 
Il y a ainsi 41 divisions transversales de. l'est à l'ouest, et 21 
longitudinales du nord au sud. De cette façon on peut diviser 
la carte en autant de segments que l'on voudra, sans crainte 
d'en détruire l'unité, et c'est pourquoi toute la partie méridio- 
nale de la Péninsule a pu se placer sur le folio 468, tandis 
que le nord se trouve au folio 467. La concordance s'établit 
d'elle-même, grâce à l'exacte correspondance des divisions (1). 
Ce premier essai d'exactitude mathématique dans la représen- 
tation graphique d'une contrée est un fait notable dans l'his- 
toire de la cartographie au moyen âge, et il est curieux de le 
rencontrer précisément dans la première carte que nous ayons 
de l'Italie au moyen âge. 


(1) La partie méridionale vient tout simplement se placer par le XXIII° 
degré de latitude, et entre le IX et le XVI® degré de longitude, si on peut 
ainsi parler. 


Pauz FaBre. 


ee ee ee ee 


NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS. 


La sculpture chrétienne, née, semble-t-il, dans les ateliers 
païens, et lentement développée par des ouvriers malhabiles, 
attendit la paix de l'Église pour exprimer le dogme avec pré- 
cision et liberté; encore dut-elle vivre d'imitation le plus sou- 
vent, privée qu'elle était de types spéciaux, de documents pri- 
mitifs. Les légendes, sans doute, parlaient dejà de portraits de 
la Vierge et du Christ, comme on parla plus tard de ces pieuses 
images de Saint Luc, de cette Face divine merveilleusement 
imprimée sur le voile d'une sainte femme; mais où chercher 
pareils modèles ? Eussent-ils existé un temps, les eût-on vénérés, 
peu à peu les persécutions répétées des empereurs, et même 
les rigueurs chrétiennes dont fut peut-être victime le culte des 
images, devaient les faire disparaître. En réalité, les renseigne- 
ments nous manquent presque de tout point, si nous voulons 
caractériser de façon un peu nette le vrai type de Jésus; les 
descriptions des Pères, que l’on s’est plu souvent à réunir avec 
intention religieuse, ne peuvent nous présenter, parmi leurs 
contradictions diverses, que des traits de roman, une fantaisie. 
Un seul texte a donné de plus sérieuses espérances: c'est le 
passage de l'Histoire Ecclésiastique où Eusèbe cite ce groupe 
d’airain que l'hémorroïsse guérie aurait fait élever sur la place 
de Panéas, à la gloire de son Sauveur. En voici la traduction: 

« Cette hémorroïsse qui, les Saints Évangiles nous l'appren- 
nent, reçut du Sauveur guérison de son mal, naquit, paraît-il, 
en cet endroit (Panéas); et l'on montre dans la cité sa maison, 
et d'admirables témoignages de la bienfaisance du Sauveur en- 
vers elle y subsistent. Car il y aurait sur un haut piédestal de 


304 NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 


pierre, à côté des portes de sa propre maison, l'image en ai- 
rain de cette femme, agenouillée et tendant les mains en avant, 
comme une suppliante. En face, une autre statue du même 
métal, représentant un homme debout, vêtu décemment d'une 
diploïde, et tendant la main vers la femme; à ses pieds, sur 
la base même, croîïtrait une sorte de plante étrangère, qui, 
s'élevant jusqu'à la frange du manteau d’airain, offre un re- 
mède efficace à toute espèce de maladies. On a dit que cette 
statue portait la ressemblance de Jésus. Elle a subsisté jusqu'à 
notre temps, et nous-même l'avons vue à notre passage dans 
cette ville. Et il n’y a rien d'étonnant que les gentils d'alors 
qui avaient reçu des bienfaits de notre Sauveur aient fait pa- 
reilles œuvres, quand nous avons vu les images de ses apô- 
tres Paul et Pierre, et celle du Christ même, conservées par 
les couleurs sur des tableaux; il est vraisemblable en effet que 
les anciens avaient la coutume païenne d'honorer de cette sorte 
indifféremment leurs bienfaiteurs (1)., 

Ce texte d'Eusèbe, un des plus importants qui touchent 
l'art chrétien primitif, a soulevé d'intéressantes controverses. 


+ e En « % 64 + L 2 + ° 2 % e L 9 

(1) Tév Yi aiuopso00aav, ñv Ex Tôv lepov s0ayyshio mpèç TD curipes RUÔv 
109 mddous amalhayay ebpiobar meuaôrxanev, ivbivôe Eu yov Gpudoôar, Tév re 5xov 
aoThs Eri This ToktuÇ Celxvvoat, xai TAç UTD 700 GWT pes sis AUTHY eepyeoias Oau- 
MaoTk ToiTOIX Tapxuivelv ÉoTavar Yap ÉD JYnASD Ace mpds mév Taîs mUdats TOÙ 
aûuthe cÜxou quvarxds ÉxTÜTuuX paXxeov ETi VOVU XERDULEVSY Mai TATRUIVAIS Er Tè 
Rpoobey Tais xepoiv, ixeteuobon écixès, Tourou Ci avrixpus MAO Ts aÛTRe VAS hvÔpès 
Gphisy oyiua, dithcièa xsouiwg meptfeBruive, xai Thv jeipa TE Juvatxi mporeïvey, 
v = ñ , + , 9 , d « , an ,» un 
OÙ mapà Trois moaiv éni TRS oTnins QUTR G Gévoy tt Boravrs elos œustY, Ô piyps Tcù 
xpaonidon Thç Toù pannsD Cinhciècs hvièv, ahebiodpuaxiv T1 TavtToiuv vconmaTey 
TUyävaev TobrTov Tôv àvôpidvra ToÙ ’Inacd eixovx pépiv EAsyev Émerve Où xai ais 
Gus, Ds rai de maparabety émiônunanvras adrobs Th nou xai Daumaorv cbdiv 
Tods Tékar 5 Édvov ebepyerndivras mpès ToÙ cuTipss Ludv TaÜra TiToimxivat, ÊTe 

s % , Ÿ D * d La NS , N + æ ! … LA 
xai Toy &roatiwy aUTeS rés six ovag, Iaukou xai Ilirozu xai auto ôn +eù Xpiorsb, 
O1 JpuudtTuy év ypapais cwbouevas ioroproauey, ws sixès TOY makudy krapapu- 
häxtuws; cie cuTripas iôvixr oumôeia mas éaurcis rodrToy Tiuv tiwbdTwy Tèy TpéTov 


H, ÆE, VU, 18, éd. Dindorf, Teubner, p. 315, 


NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 305 


Il était difficile de récuser un témoignage si clair, les mots 
“ Nous avons vu ,; aussi n’a-t-on pas mis en doute l'existence 
du groupe, mais bien son sujet. Pourquoi interpréter au sens 
chrétien un motif habituel à la statuaire impériale ? la figure 
de femme agenouillée, c'est une province; l'homme debout, 
étendant la main, c'est un empereur; on n’a ici qu'une va- 
riante de ces représentations symboliques fréquentes sur les 
médailles et les bas-reliefs. Raoul Rochette, qui développe l'hy- 
pothèse d'après Heinichen, va jusqu'à reconnaitre la Judée aux 
pieds d'Hadrien (1). 

Pour la légende de l'hémorroïsse, elle se serait formée par 
une suite étrange d'associations d'idées : l'hémorroïsse se nom- 
mait Véronique (2); et Véronique était aussi le nom de cette 
pieuse femme qui reçut, disait-on, des mains de Jésus le voile 
portant l'empreinte de la Sainte Face. La confusion se serait 
faite entre les deux femmes; et, comme les gnostiques préten- 
daient posséder d’authentiques portraits de Jésus, ils furent por- 
tés à créer ou compléter ces curieuses légendes. On sait qu'une 
étymologie hybride du moyen âge donnait le nom de Véronique 
au voile lui-même, à la sainte Image, et qu'au douzième siècle, 
à Rome, les marchands qui en fournissaient les nombreuses copies 
s'appelaient les “ Vendeurs de Véroniques , (3). D'autre part, 
Véronique, ou Bérénice, c'est encore Prunice (4), une forme du 
Désir des cosmogonies asiatiques, qui dut être représentée dans 


(1) Raoul Rochette, Discours sur les types imitatifs qui constituent l’art 
du christianisme, 1834. L'édition de Heinichen est de 1829. 

(2) Kai quvn rt5 évouart Bapovixr krd uaxpober xpékouaa eme: Aiucppooboa runv 
(év reot Gexaôbw,) xai rhäunrv rc xpaoridou Toù iuariou adrod, mai sus Éctr 
R poais Toù aimadrec, à itov Gœôrxa. Évangile de Nicodème, VII; Thilo, I, 
p. 560, 562. 

(3) V. Garrucci, Storta dell'arte cristiana, t. IX, p. 9. 

(4) Ipsovnxis, lascif. V. Maury, Croyances et légendes, p. 333 et suiv. Cf. 
Renan, L'Église chrétienne, p. 172 note, p. 345, et Marc-Aurèle, p. 541-542. 


306 NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 


le culte des Carpocratiens (1), interprétant à leur façon les Évan- 
giles. On peut en conclure, si l'on veut, que le nom de Véro- 
nique était en honneur chez les gnostiques; tirer de là même 
que le groupe de Panéas fut une représentation allégorique des 
gnostiques, serait subtilité pure. 

Quant à chercher ici une province aux pieds d'un empereur, 
c'est oublier singulièrement les circonstances que nous connaissons. 
Comment tous les habitants d’une ville, et des visiteurs de pas- 
sage tels qu'Eusèbe, se seraient-ils trompés au point de mécon- 
naître les traits d'un empereur, surtout d'Hadrien, dont l'effigie 
a tant de caractère? Il y a bien quelques médailles qui nous 
montrent Hadrien dans l'attitude que décrit Eusèbe: vêtu de la 
toge, et la main étendue vers la figure de femme inclinée sur 
un genou; d'autres fois, il est en conquérant, avec la cuirasse 
et les insignes du commandement ; quant à la Judée, elle a pour 
caractéristique le palmier, auquel elle est souvent enchaînée (2). 
Comment conclure des vagues similitudes d'une médaille à la 
signification d’une œuvre de sculpture considérable ? 

On a dit qu'Eusèbe doutait lui-même (3); mais sa discrétion, 
la réserve de ses termes portent plutôt sur l'exactitude de la 
ressemblance divine que sur l'attribution des personnes ; il n'ose 
affirmer que ce soit là le visage du Christ; mais c'est une sta- 
tue de Christ. D'ailleurs le second concile de Nicée ne s'est 
point mépris sur la réelle affirmation du texte, puisqu'il y a 
puisé un argument formel en faveur du culte des images (4). 

Enfin au témoignage d'Eusèbe viennent s’en ajouter d'au- 
tres, moins détaillés peut-être, mais qui le confirment évidem- 


(1) Irénée, I, 25, 6. 

(2) Médailles d'Hadrien: Restitutori Hispaniae, Restitutori orbis terra- 
rum; Cohen, Médailles impériales, IX, pl. V. Pour la Judée, voy. I, pl. XVI. 

(3) Bayet, Recherches pour servir à l’histoire de la peinture... en Orient, 
p. 29. 
(4) Voy. Hétélé, Conciliengeschichte, t. III, p. 470. 


NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 307 


ment. Tel est le récit de Macarius Magnès, reproduit et com- 
menté dans les Antérrhetica de Nicéphore: 

“ En ce temps-là, Bérénice, femme très connue, qui pos- 
sédait des domaines fort vastes, et gouvernait la grande pro- 
vince des Édessiens, étant délivrée depuis longtemps déjà d'un 
flux de sang impur, et promptement guérie de l'amère souf- 
france (après avoir été pendant nombre d'années torturée par 
une foule de médecins qui n'avancèrent à rien qu’à croître la 
maladie en une pire douleur), sauvée par le toucher de la frange 
du Sauveur, fit célébrer jusqu’à nos jours en Mésopotamie, et 
mieux même par toute la terre cette grande guérison. Car cette 
femme fit représenter de manière vivante en airain l'image de 
l'acte même, en sorte qu'il parût chose récente, non d’au- 
trefois (1)., 

L'ancienneté de l’ouvrage de Magnès n'est pas douteuse: 
son apologie du christianisme répond aux pamphlets philoso- 
phiques qui se produisirent au temps de Dioclétien ; à le sup- 
poser même un peu postérieur aux premières années du qua- 
trième siècle, encore demeure-t-il au moins le contemporain 
d'Eusèbe (2). Son récit, tout confus qu'il soit et mal écrit, 
est donc absolument précieux, nous apprenant que la renom- 


(1) Tôre Ôs Bepevixnv Giamsivav émionuou yupiou mai Évrmuev, GPYOUTAY TRÇ Le- 
van "Ebroonvov nrohsws, éxmakat TUYX A VOUS ENT TAN kralkayetouv &xa0dpru 
aiuaros, xai rébouc Couvrpoo Téyes ibrabeïoav (ñv moAdoïe ppôvors moxkoi Bacuvi- 
cavreç larpoi mpès To pnôis mpeñaat, eg getpiarny Couvny Tà mélos sionténdav), 
tés ubeîcav Ewrnpicu xpaaridcu, méppr reÙ v0v hcidmoy dv TA Méon rüv Toraudv 
&ôsoûar Émoinas, LÆXAIY Où v réon TA YA T0 EVE xaTÉphwUa. AdTOÙ Jap ToÙ rpay- 
AivTros h UV Thv iotopiav, cauvaç knogakxatouca 15 Biw Tapéôwxev, Dç &pre TOUPYCY 
qurémevoy, 6 zäkau Nicéphore, de Magnete, LI. Je donne le texte du Spici- 
legium Solesmense, I,.p. 332-333, à défaut de l'édition Blondel-Foucart. 

(2) Voyez la thèse latine de M. l'abbé Duchesne, De Macario Magnete 
et.scriptis ejus, 1877, p. 9 et suiv. M. l'abbé Duchesne paraîtrait aujourd'hui 
abaisser la date de Magnès jusqu'a 360 ou 870 environ; une note du Spi- 
cilegium Solesmense (de 1852), I, 388, le portait jusqu'au II° siècle. 


308 NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 


mée de ces statues chrétiennes s'était répandue au delà même 
de l'Asie Mineure. 

Astérius, évêque d'Amasée vers l’an 400, parle aussi du groupe 
de Panéas, et dit que Maximin le fit disparaître (1). Ce doit être 
une erreur, puisqu'Eusèbe affirme l'avoir vu; et la destruction 
en est plus justement attribuée à Julien par Philostorge et Sozo- 
mène (2). Si ce n’eût été qu'une statue d'empereur, est-il vraisem- 
blable que l’Apostat l’eût fait mettre en pièces, pour la rempla- 
cer par la sienne propre ? Et mentionnerait-on les miracles qui sui- 
virent, la foudre tombant sur l'image de Julien, s'il ne s'était 
conservé une tradition indignée du sacrilège ? Ce n’est pas tout: 
Sozomène raconte que le peuple recueillit pieusement les débris 
des statues, traînées avec injure au long des rues, et que les 
images vénérées furent rétablies en secret dans un temple. Elles 
existalent encore au septième siècle, selon le chronographe Jean 
Malala: “ On voit toujours, dit-il, ces statues dans la ville de 
Panéas, non plus à l’endroit où elles se dressaient, sur la place 
centrale, mais transportées à la sainte maison de l’oratoire. Et 
J'ai trouvé ce monument dans la dite ville , (3). 

Il y eut donc réellement à Panéas un groupe d'airain de sta- 
tuaire chrétienne primitive; on n’en peut malheureusement fixer la 
date; au moins doit-on dire à coup sûr qu’on en parlait, à la fin du 
troisième siècle, comme d'une chose déjà ancienne et bien connue. 

Représentons-nous, à pareille époque, cette place de petite 
ville orientale, (4) ses fontaines ornées de figures chrétiennes, (5) 
et, proche de la maison de l’hémorroïsse, peut-être transformée 


(1) Excerpta photiana, Lugd. 1677, t. V, p. 842. 

(2) Philost., VII, 2; Sozom. V, 21. 

(3) Chronographia, X, p. 237, Bonn. Voy. aussi Jean Damascène, éd. Le- 
quien, I, p. 368. : 

(4) Panéas, appelée aussi Césarée de Philippe, était une ville de Palestine, 
près de lx source du Jourdain. 

(5) Philost., H. E., VII, 2; dans Bottari, I, 137. 


NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 309 


en temple, ce Christ Sauveur tendant une main protectrice à la 
femme qui s'agenouille humblement à ses pieds (1). 


D’après une hypothèse ingénieuse indiquée par Bottari (2), et 
brillamment reprise par M. De Rossi (3), un sarcophage célèbre du 
musée de Latran donnerait une idée plus précise du groupe de 
Panéas. Il s'agit du beau sarcophage (4) dont la face principale, 
divisée en sections par les colonnes décorées de vigne d’un riche 


A 


portique, offre, à son centre, le Christ assis sur un trône drapé, 
au dessus de la demi-figure du Ciel qui soutient un voile ; aux deux 
extrémités, Abraham sacrifiant, et le Christ devant Pilate. Sur 
la paroi de gauche, Jésus prédit à Saint Pierre son triple renie- 
ment (5). Sur la paroi de droite, Moïse frappe le rocher; un Hé- 
breu se penche pour boire; l'hémorroïsse s’agenouille devant Jésus. 


(1) Je ne parle pas de la plante miraculeuse, parce qu'elle ne faisait 
point partie de la sculpture, quoi qu'on en ait pensé (voyez l'édition d'Oxford, 
1842, Annot. Var., t. I, excurs. X). Les curieux d'oisives discussions ont eu 
beau jeu snr cette merveille de botanique, et ont torturé à plaisir la phrase 
grecque, pourtant des plus simples. Valois n’a-t-il pas prêté à Eusèbe cette 
belle imagination que la plante ne dépassait pas la frange du manteau pour 
témoigner au Seigneur sa révérence par son humilité ? C'est là d'ailleurs un 
emprunt à Nicéphore, qui a l'audace, montrant cette intelligence des textes, 
d'invectiver ensuite les “ balivernes,, d'Eusèbe (Taÿüra obv r& FdoeGiou Anpnuara 
— Antirrh., IV, 81,1). Non; le sens n'est pas douteux, et Rufin l'avait bien 
rendu. Il s'agit d'une petite herbe qui poussait dans une fente du socle, 
comme :l est naturel; mais une fois qu'elle eut touché, elle aussi, ce mapn- 
teau divin qui avait guéri la femme malade, elle en garda toujours une vertu 
bienfaisante; ressemblance délicate et charmante entre la femme et la fleur, 
qui participaient également de la générosité divine. 

(2) T. I, p. 137. | 

(3) Ct. Grimouard de St Laurent. Guide de l’art chrétien, t. I, p. 215. 
C'est à la haute bienveillance de M. De Rossi que je dois la meilleure part 
de ces observations. 

(4) On en trouvera une bonne photogravure dans Roller, Catacombes, II, 
pl. 58. 

(5) 11 le signifie par trois doigts ouverts de la main droite. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 23 


610 NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 


Ce sujet de la guérison de l’hémorroïsse est très fréquent sur 
les sarcophages: on l'y voit prosternée aux pieds du Christ, 
comme Marthe et la Chananéenne, dont elle ne diffère que par 
un point: ses mains touchent le manteau du Sauveur. Des com- 
positions aussi analogues devaient s’attirer et se répondre sur les 
bas-reliefs, par une simple loi de rythme que l’ouvrier sculpteur 
observait de lui-même, sans en avoir peut-être bien nettement 
conscience : il agençait parmi les grandes figures du Christ et 
des apôtres ces figures inclinées, de moindre dimension (c'était 
la tradition de l'art païen de grandir Ia divinité, et même les 
personnages de marque, au dessus de l’ordinaire taille humaine). 
Il n'en va pas de même ici; la scène accoutumée prend une im- 
portance spéciale: la femme agenouillée dont la taille est pro- 
portionnée à celle du Christ, offre un type plus caractéristique, 
et original ; la tête voilée, elle étend les mains en avant, comme 
une suppliante, sans toucher le manteau, à la différence de tous 
les types similaires des sarcophages. La description d'Eusèbe ne 
s'applique-t-elle pas ici tout naturellement? Le Christ est debout, 
vêtu d'une sorte de toge, la tête de profil, regardant la suppliante 
vers qui sa main droite est tendue; de sa main gauche il serre 
les plis du manteau, comme l’Hadrien à tête laurée de certaines 
médailles (1). Surtout il faut noter qu'il est barbu; et n'est-ce 
point là un signe curieux, alors que sur le même sarcophage, 
au centre de la façade, et sur la paroi de gauche, le Christ est 
représenté imberbe ? D'un côté, la figure classique d'Apollon 
citharède aux traits délicats et juvéniles, aux longs cheveux bou- 
clés et flottants, que la peinture primitive des Catacombes trans- 
mettait à la sculpture; de l'autre, une tête forte, barbue; une 
personne, plutôt qu'un type convenu; une sorte de portrait (2). 


(1) Cohen, IL, pl. 5. 
(2) Comparez avec le sarcophage de St Celse, à Milan (Garrucci, t. V, 
tav. 315), dont une des parois présente la guérison de l'hémorroïsse. Là nous 


NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 811 


Ce détail est d’autaut plus important qu'il est une des rares 
exceptions à la règle commune des bas-reliefs chrétiens: le Sau- 
veur au cours de sa vie mortelle est généralement représenté 
imberbe; après la Résurrection il est barbu (1). 

Enfin les monuments du fond de la scène, aux deux parois 
du sarcophage, ne vont pas sans ajouter une grande vraisem- 
blance à l'opinion qui reconnaît ici le groupe de Panéas. Immé- 
diatement derrière les figures, on remarque une construction rec- 
. tangulaire en forme de basilique; plus loin, tout à l'arrière-plan, 
deux temples analogues, l'un avec son abside, dont on distingue 
très bien le chevet cintré, et, de part et d'autre du second tem- 
ple, deux édifices ronds à coupole, probablement des baptistères. 
Trois gradins donnent accès au temple le plus rapproché. Sur 
l'autre flanc du sarcophage apparaît une même disposition; on 
voit plus nettement sur La porte de la première église les roses 
de métal qui l'ornaient, et l'anneau (2). Au tympan de chaque 
édifice, une petite fenêtre vitrée ; aux architraves sont suspendues 
des draperies nouées aux montants des portes: Constantin ornait 
de rideaux de ce genre le front des églises (3). Faut-il énumérer 
ici, avec le P. Garrucci, les basiliques constantiniennes de Rome ? 
M. De Rossi préfère voir celles de Jérusalem sur la paroi gauche. 
De fait, un sarcophage de Milan (4) présente un Saint Sépulcre 


voyons la tradition évangélique : Jésus qui marche se retourne, sentant que 
la femme touche son manteau; l’hémorroïsse est courbée, non agenouillée. 

(1) On s'est autorisé de cette règle pour voir ici un Noli me tangere, 
la Madeleine aux pieds de Jésus; mais elle n’est pas invariable : le Christ 
est parfois imberbe dans sa seconde vie (Garrucci, t. V, p. 850, 4; t. VI, 
tav. 446, 4; 447, 6. 

(2) Garrucci, t. V, p. 46. 

(3) Ces édifices, indépendamment du style de l'œuvre entière, pourraient 
dater le sarcophage: un peu antérieur peut-être à celui de Junius Bassus (359), 
il aurait été exécuté dans ces années de triomphe qui suivirent la paix de 
l'Église, à l'époque de cette grande expansion des monuments chrétiens. 

(4) Cité plus haut, note 2, page 310. 


312 NOTE SUR LE GROUPE DE PANÉAS 


d'extérieur tout semblable; et, si l’on fait attention au coq mo- 
numental perché sur une colonne, entre Jésus et Pierre, on se 
rappellera l'église ad galli cantum, devant laquelle se dressait 
cette stèle avec son coq de bronze (1). Pourquoi n’aurions-nous 
point, sur l'autre paroi, les édifices sacrés de Panéas ? Ces con- 
structions-là n'ont pas l’air d'un simple ornement; elles ont dû 
exister quelque part. Il est agréable, en les voyant, de nous trans- 
porter à Panéas; et ce premier temple, le plus proche, serait 
donc l'ancienne maison de l'hémorroïsse, conservée, nous dit Eu- . 
sèbe, mais conservée sous forme de temple. 

Assurément il faut supposer à l'artiste une intention peu com- 
mune de vivifier son sujet par le décor, et comme un désir de 
couleur locale; pourquoi non? le sarcophage est d’un rare tra- 
vail, œuvre d’habile ouvrier. Les parois latérales sont manifes- 
tement moins soignées, comme il convenait à des bas-reliefs des- 
tinés à la demi-obscurité; encore ont-ils cette visible originalité 
de facture. L'artiste a pu connaître les statues du Christ et de 
l'hémorroïsse, soit à Panéas même, soit par une copie quelcon- 
que; l’on n’ignore pas quel constant usage on faisait des anciens 
modèles dans ces officines de bas-reliefs funéraires (2). 

C'est ainsi que l’on posséderait une réduction, affaiblie sans 
doute et lointaine, de cette œuvre légendaire et réelle de l'art 
chrétien primitif. Il serait vain d'y chercher une image un peu 
fidèle de Jésus, et d'en conelure, avec Tertullien ou Saint Jean 
Chrysostome, à sa laideur ou à sa beauté; mais ce bas-relief a 
du moins le rare mérite de nous fournir peut-être un nouvel 
argument de l'existence si discutée du groupe de Panéas. 


(1) On voyait à Rome une colonne du Reniement toute pareille, devant 
la basilique constantinienne du Latran. 
(2) Cf. Le Blant, Les ateliers de sculpture chez les premiers chrétiens, 1884. 


(ANDRÉ PÉRATÉ. 


DEUX DOCUMENTS 
SUR L'ÉGLISE DE S' MAXIMIN EN PROVENCE. 


Les princes de la maison de France qui succédèrent à Naples 
aux Hofenstaufen y apportèrent aussi le goût du beau et l’ha- 
bitude de libéralités intelligences. Leur cour fut dès l’origine le 
centre d'un mouvement artistique d'autant plus intéressant à étu- 
dier, qu'appartenant à la fois à la France et à l'Italie, ils faisaient 
appel aux artistes des deux pays. Les monuments de cette période 
ont beaucoup souffert; les nombreuses églises de Naples encore 
debout, où l'on pourrait étudier l'importation de notre style go- 
thique ont été modifiées et défigurées ; les peintures ont été re- 
couvertes de chaux. Trop souvent c'est dans les documents qu'il 
faut chercher la preuve des goûts intelligents de cette dynastie 
française. 

L'étude des registres angevins conservés aux archives de Na- 
ples permettrait de reconstituer ce chapitre intéressant de l’his- 
toire de l’art aux XIIIe et XIV* siècles. On y a retrouvé la trace 
des œuvres exécutées par Giotto pour le roi Robert. Nous pu- 
blions ici deux pièces curieuses nous montrant Charles II envoyant 
d'Italie un architecte français pour construire l’église de St Maxi- 
min qui est encore aujourd'hui le plus beau monument gothi- 
que de la Provence. 

Lors de son voyage en France, en 1295, le roi avait chargé 
son ancien compagnon de captivité, Pierre d'Alamanon, devenu 
évêque de Sisteron, de veiller de concert avec le prieur du nou- 
veau couvent à la construction de l'église et du monastère qu’il 


314 DEUX DOCUMENTS 


faisait élever en l'honneur de St Maximin et de St° Madeleine (1) : 
il lui avait même assigné un traitement de 15 sous de coronats 
par jour pour toutes les fois qu’il s'en occuperait. Mais Char- 
les Il ne sut abandonner à personne le soin d’une œuvre qui lui 
tenait particulièrement à cœur; tandis que ses représentants en 
Provence choisissaient pour l'exécution des travaux un certain 
maître Mathieu et concluaient même une convention avec lui, il 
cherchait de son côté un architecte. Il le trouva sans doute à 
Naples, et le 5 décembre 1296 il écrivait de Rome à l’évêque 
de Sisteron et au sénéchal de Provence pour leur annoncer l’ar- 
rivée du nouvel élu, le français mattre Pierre “ expert dans la 
construction d'édifices, églises et autres ,. Il le mettait à la tête 
de tous ceux qui prenaient part à l'œuvre; maître Mathieu de- 
vait rester employé aux travaux et suppléer son collègue, ou 
plutôt son chef, en cas d'empêchement. Le roi recommandait 
tout particulièrement de bien accueillir celui qu'il avait choisi, 
de lui payer ses gages, de le traiter de façon à ce que pendant 
tout le temps des travaux il ne manquât de rien, et de lui fournir 
un logement. Les lettres royaux devaient rester en la possession 
de maitre Pierre. 

Quelques jours après, le roi adressait à maître Pierre lui-même, 
qui probablement se trouvait dans le royaume de Naples, puis- 
qu'il est qualifié à la fois de français et de “ sujet , son brevet 
de nomination et les moyens de le faire respecter. On pouvait 
craindre un peu de mécontentement sur les chantiers de St Ma- 
ximin: le nouveau venu n’y serait sans doute pas très bien reçu 
par l'architecte disgracié et ses collaborateurs. — Le roi y avait 
pourvu, et “ pour que les maîtres et autres ouvriers se laissassent 
d'autant mieux diriger dans les travaux qu'ils seraient plus cer- 


(1) Abbé Albanès, Le couvent royal de Saint-Maximin en Provence. Mar- 
seille. — Camoin, 1880. Pièce 4, page 7°. 


SUR L'ÉGLISE DE ST. MAXIMIN EN PROVENCE 315 


tains de la punition de leurs manquements , il déléguait à l’ar- 
chitecte toute juridiction pour corriger et même châtier les mai- 
tres, contre-maitres et autres ouvriers pour tout ce qui concerne 
les travaux ; ils restaient justiciables pour leurs autres délits 
des juges ordinaires. 

C'était, on le voit, une véritable dictature artistique, et maître 
Pierre partait bien armé. Pourtant, s'il dirigea quelque temps les 
travaux, il n'eut pas la gloire de les achever, et le savant his- 
torien du couvent de St Maximin a retrouvé aux archives des 
Bouches du Rhône des lettres d'exemption prouvant qu'en 1305 
l'architecte de St Maximin était Jean Baudici (1). 


Charles II ordonne à l'évêque de Sisteron et au sénéchal 
de Provence de mettre à la tête des travaux de l'église de Saint 
Maximin, maître Pierre français. 


Rome, 5 décembre 1295. 

Pro magistro Petro fabricatore gallico. 

Scriptum est venerabili patri Sistaricensi episcopo, consiliario 
et familiari, nec non senescallis Provinciae presenti scilicet et 
futuris, fidelibus suis etc. . . 

Magistrum Petrum gallicum, in hedificiarum ecclesiarum et 
etiam aliaram expertum operibus, ad vos pro opere ecclesie sancti 
Maximini et beate Marie Maddalene, quod nostris instat affectibus, 
presentialiter ecce transmictimus, et quia sufficiens ad ea et ido- 
neus valde approbatur testimonio plurimorum, ipsum magistrum 
ceteris ad dictum opus deputatis per vos prefici volumus et ju- 
bemus. Ita quidem quod magister Matheus, cum quo ad certa 


(1) Op. laudat., pièce n° 85, page 167. 


316 DEUX DOCUMENTS 


pacta pro predicto opere dicimini devenisse, ab'opere non recedat, 
et si alter eorum impedimenta aliquo gravaretur, remaneat alius 
in opere supradicto. Prefatum itaque magistrum Petrum gratanter 
recipientes ad opus predictum, ipsum curialiter pertractetis de 
gagiis suis donec in opere ipso fuerit, taliter provisuri quod con- 
tentum inde se requirat deturque sibi mansio in dicto opere re- 
manenti: presentes litteras autem nostras apud eundem magis- 
trum Petrum, valituras sibi in antea, volumus remanere. 

Dat. Rome per Bartholomeum de Capua etc... Die V De- 
cembris X Indictionis. 


(Archives de Naples, reg. Angioin. vol. 80, an. 1295-1296, fol. 157.) 


Charles IT écrit à maître Pierre qu’il le met à la tête de la 
construction de l'église de Saint Maximin et il lui attribue ju- 
ridiction sur les maîtres et ouvriers pour tout ce qui concerne 
la direction des travaux. 


Rome, 9 décembre 1296. 
Pro curia et opere ecclesie sancti Maximini in Provincia. 

Scriptum est magistro Petro gallico, fideli suo etc. . . 
Confisi de experiencia tua in ministerio artis fabrice de qua 
multipliciter commendaris, te operi et opificio fabrice, quam fieri 
facimus in ecclesia beati Maximini in Provincia, duximus tenore 
presentium preferendum et, ut magistris et ceteri laborantes in 
in opere ipso eo regularius dirigantur ad operam fabrice memo- 
ratam quo se certius noverint correctionis debite regule subjacere, 
tibi de scientia nostra certa commictimus, ut singulos magistros, 
manipulos et operarios ceteros, cujuscumque ministerii denomi- 
nacione notentur, in opere scilicet laborantes eodem in his utique 
que ad ipsum ministerium pertinent delinquentes modo debito 


SUR L'ÉGLISE DE ST. MAXIMIN EN PROVENCE 317 


corrigere valeas et etiam castigare, juridictione tibi ad hoc, prout 
decet et expedit, presentibus attributa, superioritate tamen dicte 
jurisdictionis in aliis contra delinquentes hujusmodi ordinariis eo- 
rum in hac parte judicibus reservata. 
Dat. Rome per Bartholomeum de Capua militem etc... Die 
VITIT Decembris X Indictione. 
(Archives de Naples, reg. Angioin. vol. 80, an. 1295-1296, fol. 157.) 


GEorces Dicarn. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V* ANNÉE. 24 


LES SARCOPHAGES DE LA VIA SALARIA 


C'est à la parfaite obligeance du Commandeur Maraini que 
l'École française de Rome doit la communication d’une série iné- 
dite de monuments de premier ordre trouvés par lui, en deçà des 
murs d'Aurélien, à 16 mètres de la Via Salaria, dans un ter- 
rain ayant fait partie de la Villa Bonaparte. Des hypogées 
voisins du lieu où furent rencontrés les beaux cippes des L4- 
cinii Crassi, auxquels M. Henzen vient de consacrer une sa- 
vante étude (1), on a extrait dix sarcophages sculptés du plus 
grand prix. Des monnaies d'Antonin le pieux, de Caracalla et 
Claude le gothique ont été trouvées avec ces tombes. Une pu- 
blication d'ensemble sera faite par M. Maraini au sujet de cette 
fouille si féconde et dont la continuation promet encore d'au- 
tres résultats non moins précieux. Nous serions donc indiscrets 
en entrant dans de plus longs détails et c’est seulement au point 
de vue de l'art que nous offrons aux lecteurs des Mélanges six 
des tombes de cette série, les seules photographiées jusqu'à cette 
heure et que nous sommes reconnaissants d’être autorisés à re- 
produire. 


Voici la description très sommaire de ces sarcophages: 


Planche VIIL Tombe d'enfant sculptée sur les quatre faces avec cou- 
vercle en forme de toît. Sur la cuve, génies tenant des guirlandes ; entre eux 
un masque et les bustes d'un jeune garçon et d'une jeune fille, le premier 
non achevé, le second simplement dégrossi; aux angles, des figures de Vic- 
toires ailées (L. 1 m. 30). 


(1) Bullettino dell’ Instituto di corrispondensa archeologica, 1885, p. 9. 


LES SARCOPHAGES DE LA VIA SALARIA 319 


Planche IX. Tombe à couvercle terminé par deux masques et orné 
de génies ailés montés sur des bêtes marines à têtes de bœuf, de tigre, de 
lion et de cheval. Sur la cuve, quatre griffons affrontés (L. 1 m. 57). 

Planche X. Tombe à couvercle terminé par deux masques et décoré 
de sujets de chasse à l'ours, au lion, au sanglier. Sur la cuve, masques scé- 
niques et génies tenant des guirlandes (L. 1 m. 20). 

Planche XI. Tombe à couvercle terminé par deux masques et portant 
des sujets bacchiques. Sur la cuve, naissance de Bacchus, Silène ivre et : 
suivants du dieu (L. 1 m. 80). 

Planche XII. Tombe à couvercle terminé par deux têtes colossales, 
barbues, avec ailes au front et oreilles de satyre; elles encadrent des figu- 
res de Victoires ailées égorgeant des taureaux. Sur la cuve, les Dioscures 
enlevant les Leucippides (L. 2 m. 15). 

Planche XIII. Sarcophage sans convercle. Bacchanales (L. 2 m. 20). 


LES ARTS A LA COUR DES PAPES 
NOUVELLES RECHERCHES SUR LES PONTIFICATS 


DE MARTIN V, D’EUGÈNE IV, DE NICOLAS V, DE CALIXTE IN, 
DE PIE II ET DE PAUL IL. (1) 


LE PAPE EUGÈNE IV. 


Architecture. 


Aux constructions signalées dans mon premier volume (p. 32 
et suiv.), il convient d'ajouter la mention de quelques travaux 
secondaires, mais dont il importe néanmoins de tenir compte 
dans cette enquête minutieuse sur l'histoire des arts à la cour 
de Rome. Je rapporterai en premier lieu le témoignage de Cy- 
riaque d'Ancône relatif aux travaux entrepris à Ancône par le 
cardinal Gabriel Condulmer, avant son exaltation au pontificat. 
Le tableau que Cyriaque trace de la Ville éternelle au début du 
pontificat d'Eugène IV mérite également d'être placé sous les 
yeux du lecteur, quoiqu'il ne soit pas non plus inédit. Puis vien- 
nent des documents sur les réparations effectuées dans les mo- 
numents de Rome et des environs, ou encore à Florence. 


Exinde vero concedens Anconitanam civitatem tuam, nostram 
et dulcem patriam revisi; nam et tuam merito civitatem dixi, 
quam et a te bis denos ante annos pro Martino Pontifice legato 
dignissima in parte restitutam cognovimus, et quem Trajanus 
olim optimus et prudentissimus Princeps condiderat portum, tu, 
: Pater piissime, Brincio concive, necessarioque nostro curante 
præfecto, meque ratiocinante quæstore, ruinam magna ex parte 
minantem reparasti, ac magno studio, solertia, diligentiaque tua 
terra marique omni cum ornatu cultuque ad pristinam fere sui 


(1) Voyez les Mélanges, année 1884, p. 274. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 25 


322 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


formam, splendoremque restituisti. — Kyriaci Anconitani - 
nerarium, éd. Mehus, p. 38. | 

Quid et magnis de Principibus dicendum? Quod quum Ro- 
mæ, te Pontifice, ad Sigismundum Cæsarem me tui suique gratia 
contulissem, postquam de rebus agendis, meaque de potissima 
rerum indagandarum cura Majestati Suæ, quæ pro re digna visa 
sunt, detexi, dum sæpe tanto cum Principe vetustatum reliquias 
undique per Urbem disjectas inspectamus, talia et sibi Roma- 
norum priscorum afflatus numine, dixi: “ Non equidem parum 
putabam Opt. Aug. Cæsarei Principis animum lacessere, quod 
qui nune vitam agunt Romana inter mœnia homines marmorea 
ingentia, atque ornatissima undique per Urbem ædificia, statuas 
insignes, et columnas tantis olim sumptibus, tanta majestate, tan- 
taque fabrum et architectorum arte conspicuas ita ignave, turpi- 
ter, et obscene in dies ad albam tenuemque convertunt cinerem, 
ut eorum nullam brevi tempore speciem vestigiumve posteris 
apparebit. Proh scelus! Et o vos inclytæ Romuleæ gentis manes 

Aspicite hæc, meritumque malis advertite numen. (Kyriaci 
Anconitani Jéinerarium, p. 21, 22). 


(1432) 13 janvier. (Aliquibus baronibus) Cum ex injuncta 
nobis universalis Ecclesiæ cura et sollicitudine fabricis ac repa- 
rationibus omnium ecclesiasticorum edificiorum quæ ubique sunt, 
exactam diligentiam habere debeamus, reparationi potissimum 
palatii ecclesiæ S. Johannis in Laterano cujus miserabilem rui- 
nam ante oculos nostros diutius versari pati non possumus, ani- 
mum intendentes, pro nostro et ejusdem ecclesiæ possibilitate 
præfatum palatium Laterani reficiendum restituendumque decre- 
vimus. Quam ob rem devotionem tuam in domino requirimus et 
hortamur, quatenus certam lignorum quantitatem dictæ fabricæ 
deputandam, eam videlicet quæ in cedula præsentibus interclusa 
continetur.…., tribuas. — Reg. n° 370, fol. 57 (Publié par M. d'Ot- 
tenthal, dans les Miltheilungen des Instituts für üsterreichische 
Geschichtsforschung, t. V, p. 443). 


1431. 10 mars. Mag. Marcus Rossi de Burgo Sancto Sepulcro 
confessus est habuisse a domino Marcelino depositario predicto libr. 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 323 


unam, solbidos quinque et den. sex pro sexaginta scalarïis pro scalis 
turris palatii. Item pro uno montone et uno colonnello lignami- 
uis pro ponte portæ Plebis. Item pro uno alio montone de quer- 
cia et pro sex planis castaneis et pro tredecim petiis assidum 
et pro quindecim libris ferri et pro octo operibus et pro una 
clavi pro dicto ponte - in totum libr. viginti tres, sol. decem et 
octo et den. quatuor — À. S. V. Intr. et Exit. Cam. 1431-1433, 
n. 394, fol. 34 (Reg. de Borgo San Sepolcro) (autre paiement, 
même folio, “ pro turri , etc.). 

1431. 26 avril. Tadeus Antonii et Nicolaus Johannis de Burgo 
magistri carpentarii fuerunt confessi habuisse a dicto Marcelino 
depositario, videlicet pro coppis (?) et pro aportatura ipsorum pro 
porta $. Nicolai, videlicet pro tectis domus libr. quinque, sol. quin- 
que. Item pro una trabe pro dictis tectis libr. unam, sol. decem 
— in totum libr. 24, s. 6, d. 11. — Ibid., fol. 84 v.° Cf. fol. 63 vo. 

, 7 juin. Pierdormi (?) de Monterchio et Andreas de Silcio 
magi lapidum confessi sunt habuisse a d° depositario pro eorum 
labore et mercede pro 4 operibus cum dimidia pro murando dic- 
tos merlos ad rationem pro quolibet et quolibet die libræ unius, in 
totum libr. quatuor, sol. decem. — Ibid. fol. 37 ve. 

, 23 juin. Bartholomeus Mughionis fuit confessus habuisse 
a d. depositario pro quadringentis quadraginta quinque mactonis, 
calcina, etc. pro remurando tres merlos, pro pingendo arma s. 
d. n. Eugenïi papæ IV libr. sex, sol. sexdecim, et den. tres, — 
Ibid., fol. 37. Cf. fol. 38. 


1432. 26 janvier. Fratri Leonardo de Roma ordinis prædica- 
torum pro reparacione dormitorii beatæ Mariæ super Minerva 
destructi tempore conclavis flor. auri de camera quadringentos. 
— A. S. V. Intr. et Exit. Cam. 1431-1433, n° 390, fol. 53. 
Cf. mon tome I, p. 49. 

» 11 juillet. Arneo (?) mag. foreriæ fl. auri de camera qua- 
tuor, videlicebt pro reparatione sacri palatii in sancto Johanne et 
pro pavilione d. n. papæ. — Ibid., fol. 67. 

, 9 décembre. Venerabili patri Paulo abbati monasterii S. Gau- 
dentii pro fabrica sacri palatii flor. auri de cam. sexaginta. — Ibid. 
fol. 78 v°. 


324 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


1435. 17 juin. Fr. Petro de St* Maria Novella [Florentiæ] 
pro murando in conventu flor. auri de camera III, s. XVII. — 
À. $S. V. Intr. et Exit. Cam. 1434-1435, n° 397, fol. 79. 
___, 22 avril. Abbati abbatiæ St Gaudentii pro reparatione ab- 
batiæ præfatæ fl. auri de camera centum. — Ibid., fol. 73. 


14388. 17 mars. Mago Baptistæ de Padua mag. hostiario s. d. n. 
papæ pro expensis per eum factis in faciendo carceres soldani 
ut continetur in dicto mandato facto usque in diem octavam præ- 


dictam flor. similes triginta, sol. triginta sex, et den. tres dictæ 
monetæ. — A. S. V.Intr. et Exit. Cam. n. 404, fol. 124. Cf. fol. 142. 


1440. 19 février. Hugoni Albici de Florencia… pro totidem 
per eum solutis Antonio mag” lignaminis de Florentia pro certis 
tabulis et fabrica cam. ap. IL. VI, s. XXXIII, d. IIIT. — À, S. V., 
Intr. et Exit. Cam. 1440-1441, n° 406, fol. 102. 


1441. 28 juin. (Florence) Magistro Dominico Francisci de Pe- 
rusio s. penitentiariæ scriptori ac super fabrica et reparatione ec- 
clesiarum ac palatii nostri in alma urbe consistentium commis- 
sario per nos deputato….. Hinc est quod, cum tu aliter de man- 
dato nostro diversas pecuniarum summas recepisti et eas super 
nostrum mandatum exposuisti in reparationibus et fabrica non- 
nullarum ecclesiarum et nostri palatii de urbe, prout constat de 
quodan libro introitus et exitus per te in camera apostolica pro- 
ducto, incepto die XVII mai MCCCCXXXIX et finito die XXII 
aprilis MCCCCXLI, cujus introitus ascendit ad flor. MMCMLXXX, 
exitus qui continetur in paginis XLIX ascendit....... similiter 
MMMXLII florenos. — Reg., n° 382, fol. 135 (publié par. M. 
d'Ottenthal, loc. cit.). 


1444. 5 mars. (Antonio de Marignano, commissaire de la voi- 
rie, 110 florins.) — À. S. V. Intr. et Exit. n. 410, fol. 132). 

» 29 mai. Mag'° Benedicto mag'° lignaminis pro parte sui 
salarli, ut apparet per mandatum factum XXIIIL ejusdem, flor. 
auri similes triginta. — A. S. V. Intr. et Exit. Cam. 1443-1445. 
fol. 141 vo. 


LES ARTS A LA COUR DES PAPES 325 


1444. 31 août. Antonio de Piis de Carpo pro reparatione ca- 
stri Cipriani, ut apparet per mandatum factum XVIIIT ejusdem 
flor. auri similes ducentos. — Ibid. fol. 152 vo. 

, 22 novembre. Præfatus Thomas [de Spinellis] depositarius 
retinuit flor. auri similes octuaginta quatuor et sol. quadraginta 
octo monetæ romanæ per eum solutos pro reparatione cameræ 
apostolicæ et panno viridi pro eadem camera, ut apparet per 
mandatum factum die XX ejusdem. — Ibid., fol. 119. 

» 13 novembre. Præfatus Thomas depositarius retinuit flor. 
auri similes centum octuaginta et sol. viginti quatuor pro toti- 
dem per eum solutis pro duabus copertis equorum de carmisino 
missis ad dominum Dalfinum (sic) et pro reparatione domus cam. 
ap. ut apparet per mandatum factum die VI ejusdem. — Ibid. 
fol. 162. 


1445. 3 décembre. Venerabili viro fratri Jacobo de Cayeta 
pro fabrica sive reparatione ecclesiæ Sancti Petri de Urbe, ut 
apparet per mandatum factum die XXIIII mensis novembris, flor. 
auri similes septuaginta quinque. — A. $S. V. Intr. et Exit. Cam. 
1445-1447, fol. 132. 

» Venerabili patri domino Angelo abbati monasterii sancti 
Anastasii extra muros Urbis pro reparatione arcis Civitavetule (s?c) 
facta de mandato s. d. n. papæ, ut apparet per mandatum factum 
XVII mensis novembris flor. auri de camera centum. — Ibid. 


1447. 13 février. Baptistæ de Cana (?) flor. auri similes oc- 
tuaginta quinque pro magisterio et mercede sua in recuperando 
et de novo constituendo certas cameras in palatio s. d. n. ut 
apparet per mandatum factum die XXX mensis januarii proxime 
præteriti. — n° 412, fol. 196. 


Sculpture. 


On a vu, dans le premier volume de mon recueil (p. 56 et 
suiv.) que le célèbre sculpteur Silvestro Ariscola d'Aquila tra- 
vailla pour Eugène 1V en qualité d’orfèvre. Un document publié 


326 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


plus loin, dans la section de l'orfèvrerie, confirme ce fait. Je 
dois ajouter que, dans les dernières années, la biographie de cet 
artiste a été complétée par les recherches de M. V. Bindi (1). 

L'histoire des sculpteurs qui ont travaillé aux portes de 
bronze de Saint Pierre de Rome, sous la direction de Filarete, 
a été de son côté complétée par M. de Tschudi, conservateur 
aux Musées royaux de Berlin. Ayant obtenu la permission de 
gratter et d'étudier à loisir l'inscription tracée à l'intérieur de ces 
portes, inscription que j'avais signalée d’après un estampage com- 
muniqué par M. A. de Villefosse (2), M. de Tschudi a réussi 
à déchiffrer les noms d'Angniolus, de Jacobus, de Jannellus, de 
Pasquinus, de Jovannes, et de Varrus Florentie (3). Nous pos- 
sédons, enfin, grâce à cette découverte, la liste des collaborateurs 
de Filarete. 

La consolidation des portes exécutées par ordre d'Eugène, IV 
fournit à Léon Baptiste Alberti l'occasion de faire une consta- 
tation importante, que je crois devoir rapporter ici: “ Affermano 
che in Efeso le porte del tempio di Diana, essendo d’arcipresso 
durarono quattrocento anni; e che mantennero la bellezza tal- 
mente che parevano del continuo nuove. Io in Roma nella chiesa 
di san Pietro, ho veduto nel rassettar le porte che fece papa Eu- 
genio, che dove le mani degli inimici non li avevano fatto ingiu- 
ria per spogliarle de l’argento, del quale erano coperte, che elle 
si erano mantenute salde ed intere più di cinquecento anni, per- 
ciocchè se noi andiamo annoverando bene gli annali de'pontefici 
di Roma, tanti ne furono dal tempo di Adriano papa terzo, che 
le fece, insino ad Eugenio quarto (4)., 


(1) Artisti abruzzesi; Naples 1883, p. 38 et suiv. M. Bindi n'a pas connu 
les travaux exécutés à Rome par Silvestro dell'Aquila. 

(2) Les Précurseurs de la Renaissaace; Paris, 1881, p. 91. 

(3) Repertorium für Kunstwissenschaft, 1884, p. 291-294. 

(4) Architettura, liv. IT, ch. VI, éd. Ticozsi, p. 45. 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 327 


Avant de quitter la basilique de Saint Pierre, je tiens encore 
à rapporter, d'après Mgr Barbier de Montault, la description 
d’un ouvrage intéressant qui a pris naissance pendant le règne 
d'Eugène IV.“ On voit, dit notre savant compatriote, près de la 
chapelle de la Pietà, une colonne que l'on croit provenir du 
temple de Jérusalem et être celle à laquelle s'adossait Notre Sei- 
gneur, quand il prêchait ou priait. Elle est en marbre blanc, 
torse, d'ordre composite et du genre de celles appelées vitinées 
à cause des guirlandes de pampres, où se jouent des enfants et 
des oiseaux, qui entourent son fût. Elle est protégée par une 
grille élégante en fer forgé, datée de l’an 1438. L'inscription 
suivante est gravée au soubassement, qui porte également les 
armes du cardinal Orsini et celles du chapitre: 


HAEC EST ILLA COLVMNA . IN QVA 
DOMINVS NOSTER YHESVS XPISTVS APPO 
DIATV . DVM POPVLO P 
REDICABAT ET DEO PATRI PRE 
CES IN TEMPLO EFFVNDE 

BAT . ADHERENDO STABAT: 

QVE VNA CVM ALIIS VND 

ECIM HIC CIRCVMSTANTIBVS 

DE SALOMONIS TEMPLO 

IN TRIVMPHVM HVIVS 

BASILICE HIC LOCATA 

FVIT: DEMONES EXPELLIT . ET 

AB INMVNDIS SPIRITIBVS . VE 
XATOS LIBEROS REDDIT . ET 
MVLTA MIRACVLA COTID 

IE FACIT: PER REVERENDISSIMVM 
PATREM ET DOMINVM . DOMINVM 
CARDINALEM DE VRSINIS OR 
NATA: ANNO DOMINI 

M CCCCXKXX VII 


328 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


“ Des onze autres colonnes indiquées ici et rangées autrefois 
en avant de la confession, je n’en connais plus que dix qui ont 
été employées à la décoration de la nouvelle basilique. Huit sont 
placées, deux par deux, à l'extérieur des chapelles pratiquées 
. dans l'épaisseur des piliers qui soutiennent la coupole et les deux 
autres forment rétable à un des autels de la chapelle du S. Sa- 
crement (1)., 


Peinture. 


Son long séjour à Florence, ses relations incessantes avec les 
Médicis, initièrent Eugène IV aux aspirations de la nouvelle École. 
Ayant reçu de Cosme quelques “ storiette , peintes par Fra 
Filippo Lippi, le pape prit l'artiste sous sa protection (2). Il fit 
_ également un accueil gracieux à Cyriaque d'Ancône, qui lui pré- 
senta, la douzième année de son règne, une médaille en argent 
d'Hadrien (3). Enfin, d'après le témoignage de Bocchi, le grand 
florentin Brunellesco ne s'honora pas moins de la protection du 
souverain pontife (4). 


1431. 27 juin. (Rome) Universis etc. Cum dilectus filius Ja- 
cobus Finalis pictor habeat facere deferri de civitate nostra Pe- 
rusii ad urbem certam quantitatem vitri pro faciendis et repa- 


(1) Les Souterrains et le Trésor de S. Pierre à Rome; Rome, 1866, p. 65, 66. 

(2) “ Alcune storiette che si mandarono a donare da Cosimo a papa Eu- 
genio IV vinixiano. Laonde Fra Filippo molta grazia di quest'opera acquistd 
presso il papa , (Vasari, éd. Milanesi, t. Il, p. 616). 

(3) “ Jam et Pontifici Maximo Hadriani argenteum numisma dono ab 
dis mihi largitum ostendi, summeque laudavit , (Commentariorum Cyriaci 
Anconitani nova fragmenta, p. 18). 

(4) “ Avendo Eugenio IV chiesto un architetto, per certa sua fabricca, 
a Cosmino de’ Medici, questi gli mandd il Brunelleschi, accompagnato con 
una sua lettera la quale diceva : “ Io mando a Vostra Santith un uomo, a 
cui (cosi ë grande la sua virtù) basterebbe l'animo di rivolgere il mondo. 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 329 


randis finestris basilicæ principum apostolorum de Urbe..., man- 
damus quatinus eundem Jacobum cum socis et fannliaribus usque 
ad numerum ÎV nec non totidem salmis vitri hujusmodi per civi- 
tates. vestras sine aliqua pedagii. solutione libere transire per- 
mittatis. — Reg. no 371, fol. 68 (Publié par M. d’Ottenthal, 
dans les Mittheilungen des Instituts für 0: Geschichtsforschung, 
t. V, p. 442). 


1432. 4 juin. Mag. Baptistæ de Padua hostiario portæ pa- 
lacii s. d. n. papæ pro emendo certam quantitatem auri et azurri 
ultramarini et aliorum diversorum colorum et pictura fienda in 
palatio prædicto flor. auri de camera decem. — A. S. V. Intr. 
et Exit. Cam., n. 390, fol. 64 v°. 

» 26 juillet. Universis etc. Cum dil. fius Pisanellus pictor 
familiaris noster qui ad præsens in alma urbe cominoratur, ha- 
beat aliquando pro diversis negotiis ad diversas Italiæ partes se 
conferre, nos cupientes eundem Pisanellum cum somo et fami- 
liaribus usque ad numerum sex equestribus vel pedestribus, equis, 
rebus et bonis suis omnibus in eundo, stando et redeundo plena 
ubique securitate gandeat, universitatem vestram requirimus… 
Præsentibus post biennium a data præsentium minime valituris. 


— Reg. 372, fol. 53 (Publié par M. d'Ottenthal, Loc. cif.). 


Orfèvrerie. 


En 1437 l'orfèvre romain Paolo (Paulus Romanus) obtint du 
roi Alphonse V un privilège important, celui de “ marcandi et 


bullandi argenti legæ de carolenis sculpendorumque cuneorum 


Letta la lettera (cosi il Bocchi, il quale racconta questo fatto nelle sue Bel. 
lesze di Firenze), poichè ebbe il papa dato d'occhio a Filippo, che, come 
era, gli pareva piccolo e sparuto, per dolce modo disse: Questi e l'uomo a 
cui basta l'animo di dar la volta al mondo? E Filippo gli disse: Diami 
Vostra Santith il luogo dove io possa appoggiare la manovella, e allora 
conoscerà quello ch'io vaglia. Filippo, aggiunge poi il Bocchi, tornd a Fi- 
renze carico di lodi e di premi onorati. , (Note de M. Milanesi dans son 
édition de Vasari, t. Il, p. 378-379). 


330 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


regiæ siclæ. , Le décret qui lui confère ce droit est publié dans 
l'ouvrage bien connu de Schulz (1). 

Nous voyons par contre deux autres sujets d’Eugène IV faire 
parler d’eux d’une manière moins flatteuse. En 1441, Antonio de 
lo Scrofolaro, de Rome, et son fils Lorenzo furent condamnés à 
la peine de mort, à Sienne, pour crime de fausse monnaie. Grâce 
à l'intervention de nombreux cardinaux, cette sentence fut com- 
muée en celle de La prison perpétuelle (2). 


1431. 2 octobre. “ Antonius Mathei Ghini de Florentia , reçoit 
100 écus d’or pour ün sceau destiné aux bulles du pape, dont 10 
florins “ pro factura et scultura dictæ stampæ et pro expensis; , et 
90 pour l'entretien du dit sceau pendant le Pontificat d'Eugène IV. 
— Divers. Cameral. n° 16, fol. 116 (D'après M. d’Ottenthal). 

» 24 octobre. Antonio Mathei Ghini de Florentia alias mae- 
stria (en marge — aurifici) pro factura stampæ bullæ plumbeæ 
s. d. n. quam suis sumptibus fecit et eam suis sumptibus rma- 
nutenere promisit, florenos auri de cam. centum. — À. $. V. 
Intr. et Exit. Cam. 1431-1433, n° 390, fol. 45 (cf. l’article pré- 
cédent). Voyez en outre le n° 393, fol. 42 v°. 


1432. 1 mars. Antonio Mathei Ghini aurifici pro parte ex- 
pensarum rosæ donandæ per d. n. in quadragesima flor. auri de 
cam. centum. — Ibid. fol. 56 vo. 


1436 (n. s.). Rosa data a santa Maria del Fiore. À di 18 di 
Muarzo 1435, in Domenica, papa Eugenio IV essendo in Firenze 
mandû la rosa, com'è d'usanza in tale di alla chiesa di S. Ma- 
ria del fiore di Firenze, fecesegli incontro al vescevo di Pia- 
gienza che la portava, i detti priori alla porta di detta chiesa, 
e lui l’offerse all’altare e partissi, (Aïazzi, Raicordi.. di Filippo 
di Cino Rinuccini, p. LXXXI). 


(1) Denkmäler der Kunst in Unteritalien, t. III, p. 146-147, t. IV, 
180-181. 


(2) Gualandi, Memorie risguardanti le belle arts, t. IV, p. 194. 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 331 


1436. 28 mars. Raynaldo Johannis aurifici pro residuo rosæ de 
auro et pro factura dictæ per d. n. papam Ecclesiæ florentinæ [do- 
natæ] flor. auri similes quadraginta et sol. triginta sex. — À. 
S. V. Int. et Exit. Cam. 1436-1437, n° 402, fol 68. 


1438. 8 juillet. Provido viro magro Baptistæ de Padua flo- 
renos auri de Camera sexdecim et solidos 23 monetæ romanæ pro 
campana et campanili pro capella 7. n. papæ. — M. 1434-1439, 
fol. 177 v°. 


1439. 19 février. Antonio Angeli de Angelis florentino orfo 
(sic) pro emendo aurum pro rosa, ut apparet per mandatum fac- 
tum die dicti X florenos similes centum. — A. $S. V. Int. et Ex. 
Cam. 1438-1439, n° 404, fol. 57. 

» 19 juillet. Nobili viro Thomæ de Spinellis mercutori flo- 
rentino pro uno lapide zafireo posito in rosa data per s. d. n. 
papam in medio quadragesimæ proxime præteritæ, ut apparet per 
dictum mandatum factum die XVIII mensis junii proxime præ- 
teriti flor. similes sex. — Ibid. fol. 69. 

» 30 septembre. Jeronimo Francisci de Montepesulano pro 
uno Zzafiro posito in rosa missa de mandato s. d. n. papæ ad se- 
renissimum dominum Romanorum regem, ut apparet per man- 
datum factum die XXVII dicti mensis flor. similes tresdecim. — 
Ibid., fol. 75 v°. 

» 8 octobre. Nobilibus viris Cosmæ et Laurentio de Medicis 
pro certis pannis quos dari fecit d. n. aliquibus Græcis, pro cer- 
tis bullis aureis quibus fuerunt bullata decreta unionis et pro 
d. Blondo (1) secretario, sicut apparet per dictum mandatum fac- 
tum die VI dicti mensis flor. similes trecentos sexagintasex et 
sol. vigintiquinque monetæ romanæ. — Ibid., fol. 77. 


1440. 6 janvier. Paulo ante dicto (de Fastellis) pro V zaf- 


lis (sic) ligatis in auro, qui fuerunt dati v. R. d. Cardinalibus 
per s. d. n., ut apparet per dictum mandatum factum die IT 


(1) Flavius Blondus. 


392 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


dicti flor. similes sexagintaseptem et sol. vigintiquinque. — A. 
S. V. Intr. et Exit. 1440-1441, n. 406, fol. 97. 

1440. 21 janvier. Silvestro Paci de Aquila mag° sigillorum pro 
argento et factura duorum sigillorum, quorum unum est pro usu 
dictæ cameræ et aliud pro officio Auditorum fl. XXX. — Ibid. 
fol. 98 v°. 

» 31 décembre. Raynaldo Johannis Gini aurifici pro uno si- 
gillo et certis aliis rebus ab ipso factis pro usu Cameræ aposto- 
licæ fl. XVIII, s. XXV. — A. S. V. Int. et Ex. Cam. 1440-1441, 
n° 406, fol. 134. 


1442. 23 janvier. Rinaldo Johannis de Florentia aurifici pro 
parte solutionis rosæ dandæ per s. d. n. papam die dominica de 
Iætare Jerusalem proxime futuro — fl. C. — À. S. V. Int. et 
Exit. C. 1442-1443, n. 409, fol. 111. 


1444. 14 février. Symoni de Florentia aurifici pro ense dato 
per s. d. n. papam die Nativitatis d. N. Jhesu Christi, ut ap- 
paret per mandatum factum die VIIT ejusdem flor. auri similes 
octuagintaquinque, solidos sex et den. sex. fl. LXXXV,s. VI, d. VI. 
— À. S. V. Int. et Ex. Cam. 1443-1445, n. 410, fol. 129 v°. 

, 9 mai. Thomas (de Spinellis depositarius) retinuit flor. auri 
similes centum viginti, sol. VIIT, et den. ITII per eum solutos 
pro uno ense misso ad regem Poloniæ, ut apparet per mandatum 
factum die II ejusdem — fl. CXX, s. VIII, d. IIII. — Ibid. 
fol. 139 v°. 

» Dicta die præfatus Thomas ut supra retinuit flor. auri si- 
miles centum quadraginta novem per eum solutos pro rosa data 
per d. s. papam die dominica de lætare, ut apparet per manda- 
tum factum die XXVIIT aprilis — fl. CXVIIIL — Îbid. 

» 31 juillet. Sancti Johannis de Florentia pro una virga auri 
puri pro uno experimento pro Zecha d. n. papæ, ut apparet per 
mandatum factum die XXT ejusdem, flor. auri similes sexdecim 
et sol. vigintiquinque — fl. XXI,s. XXV.—n° 410, fol. 148 vo. 

, 1 septembre. Johanni de Ungaria argentario pro certis fac- 
tis s. d. n., ut apparet per mandatum factum die XXVIHII Au- 
gusti flor. auri de cam. quatuor. — Ibid. fol. 154. 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 333 


1444. 19 octobre. Sancti Johannis de Florentia florenos auri 
similes sexaginta octo et sol. vigintiquinque monetæ romanæ pro 
duobus vexillis per s. d. n. ad ill. dn. dalfinum (sic) viennen- 
(sem), ut apparet per mandatum factum die X ejusdem — 
fl. LXVIIT, s. XXV — Ibid. 1443-1445, n°. 410, fol. 159 ve. 


1445. 10 février. Simoni de Florentia aurifici pro expensis 
et factura ensis dati die nativitatis d. n. Jhesus Christi per s. d. n. 
papam, ut apparet per mandatum factum die X ejusdem, flor. 
auri similes centum duodecim et sol. vigintinovem — fl. CXII, 
s. XXVIIII. — Ibid. fol. 171 v°. 

» 30 avril. Praefatus (Thomas de Spinellis depositarius) re- 
tinuit flor. auri similes centum quadraginta quinque, sol. triginta 
novem et den. octo monetæ romanæ per eum solutos pro rosa 
data per s. d. n. papam die dominica qua cantatur Lætare Jeru- 
salem.. ut apparet per mandatum factum die XX VI ejusdem. — 
À. S. V. Intr. et Exit. 1445-1447, n. 412, fol. 106. 


1446. 11 février. Præfatus Thomas depositarius retinuit flor. 
auri similes centum quadraginta, videlicet centum quatuordecim 
quos ipse exposuit in ense, et viginti sex in capello pro præte- 
rito festo pascalis Nativitatis (sic). — À. S. V., Intr. et Exit. 
1445-1447, n. 412, fol. 141. 


1447. 13 janvier. Præfatus Thomas depositarius retinuit flor. 
auri similes ducentos quadraginta, sol. viginti unum tam pro 
ense quam pro capello dato in proxime præterito festo nativitatis 
Domini, et cera alba pro candelis proxime futuri festi purifica- 
tionis beatæ Mariæ, ut apparet per mandatum factum die X ejus- 
dem. — Ibid., fol. 191. 

» 6 février. Mag° Symoni de Florentia flor. auri de cam° 
quinquaginta pro quatuor anulis cum zaphiris nuper datis per 
8. d. n. ITIT Reverendissimis dominis Cardinalibus, nuper creatis, 
ut apparet per mandatum factum die XXVIII mensis januarii 
proxime præteriti, fl: L. — A. S. V., Int. et Exit. Cam. 1445- 
1447, fol. 195°. 


334 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


Broderie. 


Les documents relatifs à des commandes de broderies ou à 
des achats d’étoffes sont trop nombreux pour pouvoir être re- 
produits ici. Il me suffira de renvoyer le lecteur désireux d’en 
connaître le détail aux registres originaux conservés dans les Ar- 
chives du Vatican, fonds de l’Introitus et Exitus. Il y trouvera 
notamment des mentions plus ou moins curieuses dans les regis- 
tres suivants: 1421-1433, ff. 47 vo, 57 vo, 60, 63 v°, 75 vo: 
1431-1434, fol. 78 v°; 1436-1437, ff. 71 v°, 77, 81, 83, 212 v°; 
1437-1438, ff. 117% v°, 118 v°, 120; 1435-1439, ff. 84, 85; 
1440-1441, ff. 100, 127, 147, 149, 169; 1442-1443, ff. 112 v°, 
133; 1443-1445, ff. 95 v°, 129 v°, 145; 1445-1447, ff. 112, 153, 
153 v°, 190 v°; n. 412, ff. 107, 111, 118, 124 v°, 134, 154, 
169 v°, 180, etc. 


Couronnement. Funérailles. 
Fêtes et cérémonies diverses. 


1432. 22 septembre. Flor. auri de camera tria milia quin- 
gentos viginti sex, sol. triginta sex monetæ romanæ, quos 
exposuit præfatus Franciscus (de Bossolis) pro expensis coro- 
nationis præfati d. n. papæ — A.S. V. Intr. et Exit., n° 390, 
fol. 7 vo. 

, Consagrd in Firenze con grandissima pompa la chiesa di 
Santa Maria del Fiore. Il ponte era coperto di sopra di panni 
azzurri e bianchi, che era l'arme del papa; 1 legni che regge- 
vano questi panni, erano tutti coperti di mortine e d'alloro e 
d'abete e d’arcipressi; appiccati i panni dall'uno lato e dall'al- 
tro, erano drappelloni dall'una chiesa all'altra; erano pancali 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 33) 


nel medesimo modo dall'uno lato all’altro ; in sul palco erano 
tappeti coperti dall'una chiesa all'altra, che era cosa mirabile 
a vedere. Su per questo palco venne il pontefice con tutti i 
cardinali e tutta la corte di Roma; il papa, parato in pontifi- 
cale con la mitera; e tutti i cardinali, co’ piviali ricchissimi; 
e vescovi e cardinali, con le mitere di damaschino ; e vescovi, 
di boccacino bianco; e la croce innanzi al modo pontificale, e 
co’ soddiaconi apostolici a posto loro co’ camici, secondo la 
consuetudine ; e la corte di Roma parata secondo la loro de- 
gnità. Erh in quello tempo in Firenze una bellissima corte di 
prelati e d'ambasciadori d'ogni luogo; in modo che andavano 
il pontefice e tutta la corte di Roma su per quello palchetto, 
e tutti 1 popoli a piè; che era uno concorso generale, d'intorno 
e discosto, de’ sudditi de’ Fiorentini. Venuti in Santa Maria 
del Fiore il pontefice con tutta la corte, la chiesa era orna- 
tissima, e piena d'ornamenti e di panni e d'altre cose usitate 
a una simile solennità. Era fatto all’altare uno degnissimo piano, 
tutto coperto di tappeti, dove stava il collegio de’ cardinali e 
prelati, e ‘’l papa in una sedia coperta tutta di damaschino 
bianco e oro, e eranvi intorno panche dove stavano i cardinali. 
Era la sedia del papa dal lato dove si dice il Vangelo, e dal- 
l'altro lato istavano 1 cantori; intorno al papa era il collegio 
de’ cardinali, e dall’altra mano vescovi e arcivescovi e prelati; 
e gli ambasciadori, ritti presso al papa, secondo, le loro de- 
gnità. Cantd la mattina il papa la messa pontificale, secondo 
la loro consuetudine. Fu questa delle degne cerimonie che fusse 
fatta già è lunghissimo tempo. Consagrd Santo Marco di Fi- 
renze, dove intervenne tutta la corte di Roma, nel medesimo 
modo (1), 


1447. 20 mars. Retineri faciatis per ipsum depositarium 
[Thomas de Spinellis] infrascriptas pecuniarum summas pro pre- 
ciis rerum infrascriptarum per eum de commissione nostra 
emptarum, oportunarum in funeribus et exequiis felicis recor- 
dationis d. Eugenu papæ III, ut infra patet. Et primo: 


(1) Vespasiano, Vite, éd. Bartoli, p. 11-12. Voir aussi p. 14. 


330 LES ARTS À LA COUR DES PAPES 


Pro XXXII brachiis panni sericei brocati auro ad coperien- 
dum feretrum, ad rationem XII florenorum auri de camera cum 
dimidio pro brachio, in totum florenos auri de camera qua- 
dringentos. 

Item pro salario unius cursoris eunti (sic) Florenciam pro 
dicto brocato et redeunti in octo dies (sic) florenos auri similes 
sexdecim. 

Item pro castro doloris [et] ejus manifactura, florenos auri 
de camera centum quadraginta. 

Item pro libris octo zetani abrasi, ad rationem V similium 
florenorum pro libra, florenos similes quadraginta. 

Item pro taffetta ad conficiendum arma papæ circum pal- 
hum, florenos auri similes viginti. 

Item pro manufactura pallii et foderatura florenos auri si- 
miles triginta. 

Item pro manufactura nonaginta duorum armorum d. n. pa- 
pæ circum castrum doloris florenos similes viginti duos. 

Item pro septem libris et octo unciis cum una quarta taf- 
fetta (sic) pro drappellonibus circum castrum doloris florenos 
similes quinquaginta quatuor. 

Item pro duobus milibus quadringentis viginti libris cum di- 
midia ceræ non laboratæ ad rationem duodecim similium floreno- 
rum pro centinario florenos auri similes ducentos nonaginta quin- 
que et solidos viginti quinque monetæ romans. 

Item pro laboratura ceræ oportunæ in funeralibus florenos 
auri similes quinquaginta unum, solidos triginta septem, denarios 
sex dictæ monetæ. 

Item pro precio duorum candelabrorum in sancta Maria ma- 
jori florenos auri similes quatuor. 

Item florenos auri de Camera centum quos ipse depositarius 
de mandato nostro solvit canonicis sancti Petri pro exequiis. 

Item florenos auri similes nonaginta, solidos duodecim et de- 
narios sex dictæ monetæ pro precio decem novem canor. (sic) 
pannorum nigrorum pro [III vestimentis per eum de nostra 
commissione ultimo traditis inftascriptis, videlicet dño Auditori 
Cameræ cannas quinque — Antonio de Rido Castellano Castri 
Sancti Angeli cannas quinque — Juliano ser Roberti de Urbe 


LES ARTS À LA COUR DES PAPES 337 


cannas quinque — Nicolao de Vitellis de Urbe cannas quatuor. 
In totum florenos auri de Camera nonaginta, solidos XII et de- 
narlios Sex. 

Constituentes in totum florenos auri de camera mille ducen- 
tos quinquaginta octo et solidos vigintiquinque monetæ romanæ 
quos, etc. Datum Romæ, die XX mensis mare MCCCCXLVII° 
Ind. X, Pontificatus etc. anno primo. L. Card. Aquileyensis dni 
papæ Camerarius. G. de Vulterris. — Diversor. Nicolai V 1447- 
1452, fol 4. Cf. À. S. V. n° 412, ff. 201, 203, où sont enregis- 
trées des dépenses de 3198 f., 38 s., 6 d. et de 1196 f., 125. 
6 d. pour le même objet. 


EucÈne Münrz, 


Note. — La planche jointe au présent fascicule représente le tombeau 


du cardinal Pierre Stefaneschi degli Annibaldi ({ 1417), à Sainte Marie du 
Transtévère. Nous avons fait valoir dans le fascicule précédent les raisons 
qui autorisent à identifier l'auteur de ce monument, encore fort archaïque, 
magister Paulus, au sculpteur Paoluccio Romano, dont le nom figure si 
souvent dans les comptes des Papes, à coté de celui de son homonyme et 
émule, un artiste bien autrement distingué, Paolo Romano. 


MÉLANGES D'ARCH, ET D'HIST. V® ANNÉE, 26 


CAIUS SERENUS 
PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 


———— + 


Juste-Lipse, à la page 34 de son Auctarium inscriptionum 
veterum, — dont la préface est datée de 1588, et qui parut la 
même année, à Leyde, à la suite des Inscriptiones antiquae de 
Smetius, — donne l'inscription suivante, avec ces indications que 
nous transcrivons intégralement : 


NT 
AS 


IL O M. -I G-NO LOCI 
HVIVS : Q: CAECILI 
VS.  SECVNDVS 
LEG-: C: SERENI 
PROCOS: GALLIAE 
TRANSALPINAE 
V: S: L: M: 


Cliuis, in aedibus Jo. Blessij, è ruinis castri antiqui Qualburgensis. 


CAIUS SERENUS 339 


Cette inscription aurait été vue par van der Bruch à Clèves, 
dans la maison d'un particulier, et serait provenue des ruines du 
vieux château de Qualburg. Qualburg, dans ia Prusse rhénane, 
arrondissement de Dusseldorf, est une antique station romaine: 
on y a trouvé, dans le premier quart du dix-septième siècle, une 
inscription dédiée “ aux déesses des carrefours et au génie du 
lieu , (1). À toutes les époques, le sol des environs de Qualburg 
a fourni un grand nombre de débris antiques, monnaies, poteries, 
briques, — une brique, entre autres, avec le cachet : 


.. EX GER, 


vexillatio exercitus Germaniae (2). — Tout porte à croire qu'il 
y avait là en garnison un détachement de soldats romains: aussi, 
la situation du lieu, les découvertes qui y ont été faites, la si- 
militude des noms, ont décidé beaucoup de géographes et d’'ar- 
chéologues à placer près de Qualburg la forteresse de Quadri- 
burgium, qui, au dire d'Ammien Marcellin, fut, en 359, reprise 
et fortifiée à nouveau par le césar Julien (3). Quoi qu'il en soit 
de cette identification, la présence à Qualburg d'un monument 
consacré par un légat romain n’a rien qui puisse étonner. 


(1) Le texte exact de l'inscription: 


III 
QVADRVbrtis 
ET GENIO LOai, etc. 


est donné pour la première fois, d'après un ms. de 1635, par Brambach, 
Corpus inscr. rhen., n° 166. — Le patriotisme des savants locaux avait 
interpolé les premières lignes et dénaturé ainsi le commencement de l'ins- 
cription (cf. Orelli, 2090) : | 
MATRIBVS 
QVADRVBVRG 
| ET : GENIO : LOCI 
(2) Brambach, 167. 
(3) 18, 2, 4: Civita'es occupatae sunt septem: Castra Herculis, Quadri- 
burgium, Tricensimae, Novesium, Bonna, Antennacum et Bingio. 


340 CAIUS SERENUS 


Aussi l'inscription a-t-elle été acceptée sans hésitation, sur 
la foi du correspondant de Juste-Lipse, — la seule personne au 
monde qui l’ait jamais vue. D'après le texte donné par Juste- 
Lipse, elle a été publiée par Gruter, dans son Thesaurus, p. IX, 
n° l; par Orelli, dans son Amplissima Collectio, n° 186; enfin 
deux fois par Steiner, d'abord dans son Codex inscriptionum Ro- 
manarum Rheni, en 1837, n° 730, puis dans son Codex inscrip- 
tionum Romanarum Danub et Rhent (1852-1864), n° 1357. Le 
baron Bimard de la Bastie n'hésitait pas à accepter cette inscrip- 
tion comme authentique et en parlait en ces termes dans la lettre 
célèbre qu’il écrivit sur l'inscription d'Albinus, lettre parue en 
tête du Thesaurus de Muratoni, t. I, col. 164: “ On trouve dans 
Gruter une inscription qui parle d'un C. SERENVS qui y est 
dit PROCOS. GALLIAE. TRANSALPINAE. Ce qui semble 
marquer un gouverneur général des Gaules. Mais à l’égard de 
ce dernier monument, je répondrois que suivant les apparences 
il est plus ancien que la division des Gaules en quatre Provin- 
ces, et dans un temps, où par Gaule Transalpine, on n’entendoit 
que la Narbonoise, la seule qui fut alors au pouvoir des Ro- 
mains, d'autant plus qu'il y a lieu de croire que c’est le même 
C. Serenus dont il est-fait mention dans un endroit de Cicéron 
(Cic. Or. pro Plan. n. 5)., 

M. Henzen, dans ses Supplementa à Orelli, page 28, a ré- 
voqué le premier en doute l'authenticité de cette inscription, et 
cela, à cause surtout du titre insolite de “ proconsul de Gaule 
Transalpine ,: Spurius, vel certe interpolatus, dit le savant Di- 
recteur de l'Institut Archéologique: Bimard ad C. Serenum re- 
fert a Cicerone laudatum (Plane. V, 12); al falso îta pro Ser- 
rano legitur. Nota practerea praenomen cum cognomine conjunc- 
tum, Galliacque fines liberac rei publicae temporibus ad has 
usque regiones prolatos. Quapropter Sleinerus ad id temporis 
spatium refcrt, quo a Caesare subjecta neque tamen ab Augusto 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 341 


in provincias divisa Gallia erat; at quum priores post Cae- 
sarem praesides satis noti sunt, anni saltem restant 714-727, 
quorum altero Octavianus Gallia potitus erat, altero novam pro- 
vinciarum formam instituit. Accedit, quod Gallia a Caesare de- 
victa nunquam Transalpina, sed Celtica vel Nova diccbatur, id 
quod sciscitanti mihi Borghesius adnotavit. Brambach, qui a 
donné cette inscription, inter spurias, n° 17, souscrit complète- 
ment à l'opinion de M. Henzen: Titulus quin spurius sit post 
Henzeni adnotationem dubitari nequit. Enfin, tout dernièrement, 
dans le troisième volume de son magnifique ouvrage sur La Gaule 
romaine, p. 43, M. Desjardins parle en ces termes de l'inscrip- 
tion de Qualburg et du proconsulat de C. Serenus: “ L'illustre 
épigraphiste, — Borghesi, — a inséré dans ses schede ou fiches 
provinciales un certain C. Serenus, qui aurait été proconsul Gal- 
liae Transalpinae, soit à la fin de la République, soit sous Au- 
guste: il faut retrancher ce nom de la liste, l'inscription, — 
document isolé, qui fait connaître ce personnage et sa prétendue 
fonction, — étant fausse ... On pourrait s'étonner que Borghesi 
l'eût mentionnée dans ses fiches inédites, mais il se réservait sans 
doute d'en démontrer la fausseté. , 


Je ne sais ce qu'aurait dit Borghesi sur la question, quoique 
il est assez probable, d'après la lettre qu'il écrivit à M. Henzen, 
qu’il aurait abondé dans son sens. Mais je me demande si, en dépit 
des condamnations portées par des juges aussi intègres et aussi 
savants, le procès de l'inscription de Qualburg ne doit pas être 
révisé. 

Tout d’abord, le monument n’a rien en soi de bien anomal: 
c'est un autel à couronnement surmonté de volutes, forme clas- 
sique des autels gallo-romains ; il est dédié à Jupiter optimus 


342 CAIUS SERENUS 


mazimus, le génie des Romains, leur divinité nationale, — et au 
génie local, au dieu protecteur de la contrée: Caecilius a voulu 
associer dans un commun hommage les deux divinités, en donnant 


la place d'honneur à celle de sa nation. Les lettres liées de la 
première ligne, qu'il faut lire ainsi: 


1-0-M-"E GANO LOCI 


n’ont rien d'étonnant : elles sont conformes aux règles usitées en 
cette matière chez les lapicides de la Gaule ; même, jusqu'à un 
certain point, elles sont une garantie d'authenticité : car les sa- 
vants de la Renaissance ne songeaient guère, dans leurs fraudes, 
à imiter ces détails paléographiques. Les noms du légat, Q. Cae- 
cilius Secundus, n'offrent rien de bizarre : les deux derniers noms 
sont ceux de Pline le Jeune et d'un personnage dont parle Martial 
dans un de ses épigrammes (1). Restent, il est vrai. les trois 
objections, infiniment plus graves, tirées du titre de proconsul 
Gallhiae Transalpinae, de la date qu'il faudrait assigner à ce mo- 
uument, et des noms de Caius Serenus. 


Le titre de proconsul Galliae Transalpinae renferme à lui seul 
deux difficultés: y a-t-il eu une province qui se soit appelée, dans 
le langage officiel, Gallia Transalpina ? Cette province a-t-elle 
été jamais été gouvernée par d'autres proconsuls que Jules César? 
— Il va sans dire, en effet, que Caius Serenus, s’il a existé, n'a 
jamais pu paraître en Gaule avant la fin du proconsulat de César 
et le passage du Rubicon en 49. 


(1) Dum mea Caecilio formatur imago Secundo (7, 84). 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 343 


Tout d'abord, quelle était l'appellation administrative de la 
province gauloise située au-delà des Alpes, et dont le gouverne- 
ment fut donné, en 59, à Jules César ? Cette province, comme 
on sait, fut plus tard la Narbonnaise: elle ne dépassait pas Tou- 
louse à l’ouest, et Vienne au nord. 

Aucune inscription, aucun document d'une valeur vraiment 
officielle ne nous apprend son nom. Nous pouvons cependant le 
deviner à l’aide des écrits contemporains qui semblent avoir em- 
prunté le plus de termes à la langue du droit public: les dis- 
cours de Cicéron et les Commentaires de Jules César. 

Les plus ancien texte, à ma connaissance du moins, qui donne 
un nom à la province de Gaule se trouve dans le discours de 
Cicéron pour Murena, qui est de l'an 690 de Rome, 64 avant 
notre ère. Or, c'est l'expression de Gallia Transalpina dont se 
sert Cicéron (1). 

Un peu plus tard, dans les discours de Cicéron sur les pro- 
vinces consulaires, dans ses lettres, dans sa septième Philippique, 
et ailleurs, nous voyons apparaître une expression nouvelle, celle 
de Gallia ulterior. On la retrouve chez Salluste ; on la retrouve 
souvent dans les Commentaires de Jules César (2), qui l’emploie 
du reste concurremment avec celle de Gallia Transalpina (3). 

Quant aux écrivains postérieurs qui ont écrit sur l’histoire 
de cette province d'avant les guerres civiles du premier triamvirat, 
Strabon, Appien, Aulu-Gelle, Dion Cassius, ils emploient indiffe- 
remment les expressions de Gallia Transalpina (celle-ci domine 
chez Appien), Gallia ulterior, Gallia Narbonensis, cette dernière 
étant purement et simplement un anachronisme. 


(1) Pro Murena, 14, 41: Gallia Transalpina, quem nuper summo cum 
imperio libentissime vidit, eumdem lugentem, moerentem, exulem tvideat. 

(2) Cicéron, De prov. cons., 15; Ad Att., 8, 3; Ad fam., 16, 12; Philipp. 
7, 1. Salluste, Catilina, 42. César, De b. g., 1, 7, 1; 1, 7,2; 1, 10, 8; 1, 
10, 4; De d. c., 1, 33. 

(3) César, De b. g., 17, 1, 2; 7, 6, 2. 


344 - CAIUS SERENUS 


La Gaule conquise par Jules César fit longtemps partie inté- 
grante de l’ancienne province. Jusque vers l'an 22 avant notre 
ère, 1l n’y eut qu'une seule province gauloise entre les Pyrénées 
et les Alpes, l'Océan et la Méditerranée. Quel nom portait-elle ? 

Nous n'avons malheureusement sur cette période que des do- 
cuments postérieurs: mais il n’y a pas lieu de croire que son 
ancien nom ait été modifié. Quelle que soit l’appellation que l’on 
préfère, (rallia ulterior ou Gallia Transalpina, l'une et l’autre 
convenaient également bien à la province, même agrandie. 

Pour nous, nous n’hésitons pas à croire que la seconde était 
la plus usitée, et, même, la seule employée dans la langue officielle. 
Nous le pensons, d'abord parce qu'elle a en sa faveur les plus 
anciens textes, ensuite, parce qu'elle correspond à l'appellation 
de l’autre Gaule, de celle qui était située en-decà des Alpes. 

En effet, si les historiens nomment cette dernière, tantôt Gallia 
citerior, tantôt, mais bien plus souvent, Gallia Cisalpina, elle n'a 
qu’un nom dans la langue officielle, qui est le dernier. Dans les 
fastes Capitolins (1) (gravés entre 36 et 30), la grande guerre 
contre les Gaulois du Pô, en 226, est désignée par ces mots: 


BELLVM : GALLICVM : CISALPINVM 


Dans la loi KRubria, qui est de l’an 49, la Gaule du Pô est tou- 
jours (2) désignée sous le nom de GALLIA CIS ALPEINA, 
sauf une seule fois (3), où l'on trouve GALLIA CIS ALPEIÏS. 

Si donc, des deux provinces de Gaule, l’une portait officiel- 
lement le nom de Gaule Cisalpine, pourquoi l'autre n’aurait-elle 
pas eu celui de Gaule Transalpine? N'oublions pas que lorsque 
les Romains du dernier siècle de la république voulaient parler 


(1) Corpus, I, p. 435. 
(2) Lex Rubria, 1, 7: 2, 8; 2, 58. 
(3) Lex Rubria, 2, 26. 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE | 345 


d’un Gaulois originaire de la province du Rhône, ils disaient 
couramment Transalpinus. Cicéron énumère ainsi, dans son dis- 
cours pour la loi Manilia, les guerres terminées par Pompée : 
Civile, Africanum, Transalpinum, Hispaniense bellum. — Tran- 
salpina bella, ce sont les guerres faites en Transalpine (1). 

En 22, il y eut deux provinces en Gaule. Celle du sud, la 
première formée, commença à s'appeler, du nom de Narbonne 
sa métropole, Gallia Narbonensis: ce nom se trouve pour la 
première fois dans Strabon, qui écrivait au commencement du 
règne de Tibère. 

Quant au reste de la Gaule, celle que Jules César avait con- 
quise, je ne sais trop quel nom elle a reçu. Cicéron l’appelait 
dans ses Philippiques, Gallia ultima (2). — Et à ce propos, 
remarquons que si l’on trouve chez Cicéron un nom particulier 
pour la Gaule nouvellement annexée, c'est qu’au moment où il 
prononça les Philippiques, l'ancienne province en avait été déta- 
chée, et réunie à l'Espagne que gouvernait Lépide. Ce qui prouve 
qu'on a eu tort jusqu'ici de croire que Gallia ultima désignait 
toute la Transalpine. — Je doute toutefois que ce fût une ex- 
pression officielle, et il semble plus probable que pendant le dé- 
doublement passager des années 44 é 43, la Gaule de César 
s'appela toujours Gallia Transalpina. ” 

Entre la séparation définitive des deux provinces, en 22, et 
le morcellement administratif de la Gaule du Nord, sous Tibère, 
nous ne possédons aucun document contemporain, qui nous donne 
l'appellation officielle de celle-ci. Il est fort possible qu'on ait 
simplement nommé ses gouverneurs, legati (ralliae; peut-être 
même, — car la division exécutée en fait par Tibère, fut admise 
en principe par Auguste, — legati trium Galliarum. C'est en 


(1) Cicéron, Pro lege Manilia, 12, 20 ; cf. Post reditum in senatu, 7; 
De Officiis, 2, 8; Ad familiares, 9, 15, etc., etc. 
(2) Philippiques, 7, 1; 8, 9. 


346 CAIUS SERENUS 


effet le pluriel que l'on trouve presque toujours chez Suétone, 
Tacite et Dion Cassius, lorsqu'ils font allusion au gouvernement de 
la Gaule chevelue avant le morcellement. On lit également, dans 
le testament d’Auguste, Gallias et Hispanias provincias pacavi (1). 

Les savants modernes ont voulu donner à cette partie de la 
Gaule le nom de Gallia nova: Gallia a Caesare devicta, Celtica vel 
Nova dicebatur, dit M. Henzen, qui s’appuie précisément sur l’ab- 
sence du mot nova dans notre inscription pour en nier l'authenti- 
cité. M. Desjardins semble préférer cette expression; M. Mommsen 
lui a donné sa sanction dans le cinquième volume de son Histoire 
romaine. Nous ne pouvons croire cependant, ni qu'elle ait jamais 
eu une valeur officielle, ni même qu'elle ait été bien usitée dans 
le langage courant. Nous ne la trouvons chez aucun écrivain latin; 
elle n’a pour elle que l’autorité d’'Appien qui encore l’emploie une 
fois seulement: pendant sa première dictature, nous dit-il, César 
envoya Decimus Brutus gouverner “la Gaule récemment conquise, 
TAY vEOANTTOV l'xhariav; plus loin il nous apprend que le même 
Bruëtus avait aussi reçu gouvernement “ de l’ancienne Celtique , , 
Th; Taha; Kekrix; (2), et qu'Antoine se réserva en 43 la pro- 
vince “ qu’on appelait l’ancienne Celtique ,, Av rælæzv Exæhouv 
Kearixv. Évidemment, ces trois textes ne sauraient suffire pour 
autoriser à se servir couramment de l'expression Gallia nova. 
Du reste, eût-elle été usitée, — ce qui est encore à démontrer, — 
que son absence sur l'inscription de Qualburg ne saurait rien 
prouver contre l'authenticité de cette dernière. Car nous la plaçons 
à une période où il n’y avait ni Gallia vetus ni Gallia nova, mais 
une seule Gallia Transalpina (3). 


(1) 5, 10-11. 

(2) Appien, B. c., 2, 48 et 3, 98; 4, 2. 

(3) Nous ne dirons rien des expressions Gallia comata, braccata, togata, 
encore moins de celle de Gallia celtica qui n'eurent jamais une valeur of- 
ficielle ; cf. Desjardins, IH, p. 19. 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 347 


Or ce fut précisément dans cette période, entre l'an 49 et 
l'an 27 que la Gaule fut gouvernée par des proconsuls. 


Il est vrai que ce titre de proconsul, donné à un gouverneur 
de province au temps des dernières guerres civiles, n'est pas sans 
offrir, lui aussi, quelque difficulté. Il semble que depuis l’avène- 
ment de César comme dictateur jusqu'à la fin du triumvirat en 
27, — sauf le court intervalle de la restauration républicaine, — 
il ne put y avoir aucun fonctionnaire portant ce titre de pro- 
consul. En effet, au temps de Jules César comme sous Ia domi- 
nation des triumvirs, les vrais proconsuls des provinces étaient 
les souverains de l'État: ceux qu'ils nommaient n'étaient que 
leurs lieutenants ou légats. “ Nulle part, sous la dictature de 
» César, il n’est question d’un sénatus-consulte concernant la ré- 
» partition des provinces. Nulle part il n’est fait mention d'un 
, tirage au sort. C’est le dictateur lui-même et lui seul qui dis- 
, tribue les provinces, comme il l'entend, aux consuls et aux pré- 
,» teurs sortant de charge ,. De même le triumvir “ administre ses 
, provinces soit par lui-même soit par des légats, nommés d'or- 
» dinaire, il est vrai, parmi les préteurs ou consuls sortis de 
» Charge, mais cependant nommés uniquement par le triumvir et 
» dépendant entièrement de lui, (1). 

Il ne peut donc pas être question, dans cette période, de pro- 
consuls dans le sens propre du mot, puisque les gouverneurs ne 
tiennent pas le pouvoir du sénat, mais qu'ils sont envoyés par 
le chef de l'État, qu'ils n'administrent pas au nom du peuple, 
qu’ils ne combattent pas sous leurs auspices, suis auspiciis. 

Que cependant les gouverneurs de province sous Jules César 
aient pris le titre de pro consule (peut-être, — mais la démon- 


(1) Willems, Le sénat romain, II, p. 724 et 764. 


348 CAIUS SERENUS 


stration de cette hypothèse nous entraînerait trop loin, — peut- 
être celui de legatus pro consule), c’est ce que personue ne peut 
aujourd'hui contester. Le nombre est grand des proconsuls dont 
les anciens nous ont conservé, pour le temps de César, et les 
noms et les titres: les uns étaient de rang prétorien, les autres 
de rang consulaire. M. Willems a dressé la liste de tous ceux 
qui ont porté le titre de pro consule sous la domination de Jules 
César. Elle est assez longue, assez complète, et assez concluante 
pour qu'il nous suffise d'y renvoyer (1). 

Les triumvirs agirent-ils autrement que César? les gouver- 
neurs de province se sont-ils appelés, sous leur administration, 
simplement légats? ou bien ont-ils conservé, comme au temps 
de César, le titre de pro consule ? La dernière hypothèse, comme 
l'a bien montré M. Willems (2), est seule admissible, et pour 
les motifs suivants: 

1° Tous les gouverneurs de province de la période trium- 
virale dont il est fait mention dans les Actes triomphaux, célè- 
brent leur triomphe en qualité de pro consule, par exemple en 
727 (3): 


M: VALERIVS.-M:F-M:N:MESSALA.A .DCCXXVI 
CORVINYS : PROCOS . EX : GALLIA : VII.K:OCT 


Il est vrai que M. Mommsen prétend que les triumvirs ont fait 
reconnaître à leurs légats, maïs seulement pour le jour de leur 
triomphe, un imperium proconsulare fictif (4). Jusqu'à nouvel 
ordre, cette objection n’a la valeur que d'une simple conjecture. 


(1) Le sénat romain, t. II, p. 724. 
(2) I, p. 764. 

(3) Corpus, I, p. 461. 

(4) Staatsrecht, I, p. 127. 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 349 


2° Des inscriptions de cette période mentionnent le titre 
de proconsul dans le cursus honorum de certains sénateurs. Ainsi 
M. Titius, consul en 31 avant notre ère, fut, successivement, 
comme le montre une inscription que lui dédièrent les marchands 
romains de Mytilène (1), | 


PRO : COS : PRAEF : CLASSIS + COS : DESIG. 


3° Une monnaie d'Antoine, frappée en 35 et 34 avant 
notre ère, porte cette légende: (2) 


M SILANVS AVG Q PRO COS 


Tout nous autorise donc à croire que jusqu’à la fin du trium- 
virat, il y a eu des gouverneurs de province portant le nom de 
proconsuls. Par conséquent, puisque la question n'existe plus à 
partir de l'avènement d'Auguste, rien ne s'oppose à ce qu’un 
gouverneur ait porté en Gaule, sous la dictature de César ou à la 
fin du premier siècle avant notre ère, le titre de proconsul Gal- 


liae Transalpinae. L 


IT. 


Ÿ a-t-il maintenant place, dans la série des gouverneurs de la 
Gaule, pour notre Caius Serenus? Quelle date peut-on assigner 
à notre inscription? Les listes soigneusement dressées par M. Des- 


(1) Corpus, IIT, 455; cf. d'autres cursus honorum, qui sont peut-être de 
la même époque, où se trouve également le titre de pro consule, Corpus, I, 
640; Orelli, 3142; Corpus, 1425-1439. 

(2) Eckhel, V, p. 231; Borghesi, Œuvres, V, p. 180. 


350 CAIUS SERENUS 


jardins dans le troisième volume de sa Gaule Romaïine nous four- 
niront tous les éléments nécessaires pour étudier la question. 

De 58 à 49 il n’y eut en Gaule qu'un proconsul, Jules César. 

En 49, Decimus Junius Brutus, questorien, reçoit de César 
toute la Gaule, qu'il garda jusque vers 46 (1). 

En 46, Tiberius Claudius Nero, questorien, est envoyé par 
César pour conduire des colons dans le sud de la Gaule (2). 

En 44, au temps de l'assassinat de Jules César, À. Hirtius, 
prétorien, exerçait un commandement en Gaule (3). 

Du milieu de 44 à la fin de 43, L. Munatius Plancus, pré- 
torien, administra la Gaule, — moins la Narbonnaise, momenta- 
nément réunie à l'Espagne. 

Depuis la fin de 43 jusqu'au milieu de 40, la Gaule dépend 
d'Antoine qui y envoie des lieutenants, — sous le nom de pro- 
préteurs ou de proconsuls, on ne sait, — L. Varius Cotyla 


(1) L'épitome CXIV de Tite-Live l'appelle legatus Caesaris. J'ai peine 
à croire que ce soit son vrai titre. Appien, 2, 48, dit qu'il fut envoyé en 
Gaule en même temps et de la même manière que Lépide en Espagne: or 
Lépide était pro consule. 

(2) C'est le père de l'empereur Tibère: Pater Tiberii, raconte Suétone 
dans la vie de ce dernier, $ 4, quaestor Caii Caesaris, alexandrino bello 
classi praepositus, plurimum ad victoriam contulit. Quare et pontifexz in 
locum Publii Scipionis substitutus, et ad deducendas in Galliam colonias, 
in queis Narbo et Arelate erant, missus est. Or, la guerre d'Alexandrie et 
le séjour de César en Egypte ayant pris les premiers mois de l'an 47, Né- 
ron ne put venir en Gaule avant la fin de cette année: peut-être même, 
si l'on admet que Suétone a classé chronologiquement les honneurs décer- 
nés à ce dernier, faut-il placer sa légation en Narbonnaise après avril 46, 
car il n’a pu être pontife avant cette date, qui est celle de la mort de 
Scipion, et son pontificat serait antérieur à son gouvernement. Il suit du 
récit de Suétone que Néron était déjà de retour à Rome en mars 44. 

(3) Cicéron, Ad Atticum, 14, 9. M. Desjardins a raison d'en faire le pré- 
décesseur de Plancus. Zumpt, De Gallia Romanorum provincia (Studia ro- 
mana), p.91, suppose que César partagea la Gaule chevelue entre Hirtius 
et Plancus: Reliquam Transalpinam, quam tpse primus a barbaris ceperat, 
in duas partes disiunxit, quarum unam A. Hirtius absens per legatos rexit, 
alteram L. Munatius Plancus ipse administravit. 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 391 


d'abord, puis les deux consulaires P. Ventidius Bassus et Q. Fu- 
fius Calenus. Au milieu de 40, l'autorité d'Octave se substitue 
en Gaule à celle d'Antoine. 

A la fin de 40, le prétorien Salvidienus Rufus se trouve exer- 
çant un commandement sur les bords du Rhône. 

En 39 se place le premier voyage d’Octave en Gaule. 

En 38 le prétorien Agrippa gouverna toute la Gaule (1). 

En 35 Antistius Vetus, prétorien, fait la guerre aux Sa- 
lasses (2). | 

En 34 Valerius Messala, prétorien, achève cette guerre. 

En 30 le consulaire C. Carrinas gouverna toute le Gaule (3). 

En 29, M. Nonius Gallus combat les Trévires. 

En 28 se place le second gouvernement de Messala, alors 
consulaire, et sa guerre contre les Aquitains. 

En 27, l'administration de la Gaule est transformée et les 
légats impériaux succèdent aux proconsuls. 

Il suit de cette liste que les années ne manquent pas, où 
l'on peut placer le proconsulat de Serenus. Et même, les lacunes 
sont sans doute plus considérables qu'elles ne semblent: car il 
est infiniment probable que quelques-uns des personnages que 
nous venons de mentionner, et qui ont alors fait la guerre en Gaule, 
commandaiïent non en qualité de proconsuls, mais, — comme le 
Q. Caecilius Secundus dé l'inscription de Qualburg, — en qualité 
de légats d'un proconsul dont le nom ne nous est pas connu: 
tel est sans doute le cas d’Antistius Vetus et de Nonius Gallus. 
Quant à porter à deux ans la durée des gouvernements de ces 


(1) On le trouve en effet aux prises avec les Germains et les Aquitains. 

(2) C'est la date que donnent les schede de Borghesi. M. Desjardins sup- 
pose avec assez de raison qu'Antistius Vetus fit la guerre aux Salasses pen- 
dant deux ans. 

(3) L'étendue de son gouvernement est indiquée par ses guerres contre 
les Suèves, les Morins et les Aquitains; la date, par celle de son triomphe, 
qui est de 29. 


92 CAIUS SERENUS 


proconsuls, nous ne sommes autorisés à le faire que pour celui 
de C. Carrinas et le second de Messala : car eux seuls, en qua- 
lité de consulaires, ont pu rester deux ans dans leur province, 
d'après les termes de la loi provinciale de Jules César. Encore 
faut-il admettre qu'Octave, qui devait réduire à un an la durée 
légale de tout proconsulat, de consulaire aussi bien que de pré- 
torien, n'ait modifié qu'après son avènement à l'empire le régle- 
ment de son prédécesseur. 

Rien ne nous empêche donc de placer, par exemple en 37 
ou en 36, en 33 ou en 32, l’arrivée en Gaule de C. Serenus, 


comme proconsul (ralliae Transalpinae. 


IT. 


Rien, sauf le nom même du fonctionnaire, Caius Serenus. 
Serenus, dit-on, est un surnom et est employé ici comme gen- 
tilice : voilà qui est contraire à toutes les règles. 

D'abord, est-il donc bien vrai que jamais un cognomen n’est 
employé comme gentilice ? Je ne pense pas qu'on puisse poser 
en cette matière, — comme en n'importe quelle matière épigra- 
phique ou autre, — une règle absolue. Ainsi Sora, qui a tout à 
fait l'air d’un cognomen, qui l’est en effet, et est employé comme 
tel dans une inscription de Côme (1), sert de gentilice dans une 
inscription de Campanie des plus authentiques, qu'ont copiée 


(1) Corpus, V, 5442: | 
MERCVRIO 
V°:S'L'M 
C * EAPELLINVS 
SORA 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 353 


MM. Mommsen et Nissen (1). C'est ainsi que Geminus, que tout 
le monde connait comme surnom, est gentilice dans une inscrip- 
tion fort lisible de Bordeaux, publiée par M. Allmer (2) C'est 
ainsi que Varro sert à la fois de l’un et de l’autre (3). Nous 
pourrions citer de ce fait, non pas trois, mais vingt exemples. 

L'emploi de Serenus comme surnom a du reste son explication 
toute naturelle. Serenus est presque toujours un cognomen, sans 
doute: mais je ne sais pas s’il ne faut pas complètement distinguer 
le Serenus surnom et le Serenus nom de famille, si ce ne sont pas 
deux noms très différents l’un de l’autre. 

Il y a en effet toute une classe de gentilices en enus, par- 
faitement connus et caractérisés. Ils se rencontrent à peu près 
tous dans les inscriptions du Picénum et des régions voisines ; 
ils sont formés de noms de lieux, — comme d'ailleurs presque 
tous les gentilices qui s’écartent de la forme commune en ius. — 
Ainsi, pour ne prendre que les plus connus: Aufidenus, Alfenus, 
Salvidienus, Vetulenus, Billienus, Calenus (lequel, comme Serenus, 
esë tantôt gentilice, tantôt surnom). M. Hübner en avait compté, 
en 1854, vingt chez les écrivains, cent dans les insgiptions. Il 
serait aisé aujourd'hui de doubler ce chiffre, peut-être d'atteindre 
trois cents. 

Serenus doit, sans aucun doute, être rangé dans cette caté- 
gorie de gentilices, — la plus nombreuse après celle des genti- 
lices en 1us. Peut-être est-ce par suite de la ressemblance de sa 
terminaison avec celle des noms de famille en enus que Serenus, 


(1) Corpus, X, 3923: 
L':SORA‘'L'F 
L' ARRIVS‘'M:F 
HIT : VIR:PR:D:S:Ss 
TERM :C 
(2) Revue épigraphique, n° 455. 
(3) Huebner, Quaestiones onomatologicae latinae (1854), p. 20. 
MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V® ANNÉE 27 


354 CAIUS SERENUS 


cognomen à l’origine, sera devenu nom de famille. Peut-être 
Serenus, “ serein ,, qui sert de cognomen, n'a-t-il pas la même 
étymologie que Serenus, nom de famille, et ce dernier vient-il 
aussi d’un nom de lieu. 

En tout cas l’existence de Serenus comme gentilice ne peut 
faire l'ombre d'un doute, d'abord pour les raisons que nous ve- 
nons de donner, ensuite parce qu'il fut porté par un écrivain 
très connu du troisième siècle, le médecin Serenus Sammonicus, 
et qu'il se retrouve dans la plus lisible et la plus grandiose de 
toutes les inscriptions de Bordeaux, dont nous donnons ici la re- 
production photograghique. 


IV. 


Lorsqu'en septembre et octobre 1865 on établit à Bordeaux 
un square autour de la Cathédrale Saint-André et de la tour 
Pey-Berland, on fut obligé de creuser profondément le sol et 
l’on rencontra des substructions considérables. C'étaient “ deux 
fortes niuraglles ayant par la solidité de leur construction l’ap- 
parence d'un travail dû à la civilisation romaine. Ces deux mu- 
railles, épaisses d'environ 1" 50, allaient du midi au nord à partir 
du mur de ville et perpendiculairement à sa direction... Entre 
ces deux murailles, établies parallèlement à quelques mètres à 
l’ouest de la tour Pey-Berland, on a trouvé une aire de béton 
parfaitement nivelée, épaisse de deux à trois centimètres seule- 
ment, d'une excellente construction... Les gros murs ne descen- 
daient que de quelques centimètres au-dessous du niveau actuel des 
rues; ils reposaient même sur ces débris d'incendie qui avaient 
servi, ainsi que nous l'avons dit, à former le terre-plein des rem- 
parts [romains du quatrième siècle]. Ainsi, les deux gros murs 
et l’aire de béton avaient été établis plus ou moins longtemps 
après la constitution des remparts. 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 355 


“ Au milieu des débris gallo-romains et autres on a trouvé...: 

» Un fragment d'inscription ne contenant que les deux let- 
tres PI... 

» En creusant plus profondément à l'endroit où avait été 
trouvé le fragment d'inscription PI. il a été possible d'en re- 
trouver le commencement... On lit en très beaux caractères ,, etc. 

Ainsi, d'après ce récit, qui est de Sansas, archéologue et 
député bordelais, les deux fragments de l'inscription de Bor- 
deaux qui nous occupe ont été trouvés au même endroit, sous 
une muraille construite postérieurement à l'époque romaine, au 
milieu de débris de toutes sortes, non-employés dans la cons- 
truction des remparts du quatrième siècle. C'est à quelques 
mètres à l’ouest de la tour Pey-Berland, par conséquent dans la 
partie du square comprise entre lu tour et le choeur de la Ca- 
thédrale, qu'ont été faites ces découvertes (1). 

L'inscription se lit sur trois fragments de pierre, de longueur 
variable (les deux premiers réunis mesurent 1" 92), hauts tous 
trois d'environ 50 centimètres. Les deux premiers se suivent et 


l'on peut bre : 


C 4 SERENVS 


sur le troisième, les deux lettres : 


PI 


Qu'il s'agisse d'une seule ct même inscription, c'est ce dont il 
est absolument impossible de douter: les lettres ont la même 


(1) Sansas, Le Progrès, UI, p. 593 et 631. 


356 CAIUS SERENUS 


forme, la même profondeur, le même âge, la même hauteur, qui 
est très exactement de 22 centimètres et demi. 

On peut hésiter à fixer une date à cette inscription. Les 
règles paléographiques ordinaires se trouvent singulièrement en 
défaut lorsqu'on les applique à l’épigraphie de Bordeaux; à pre- 
mière vue toutefois, il me semble difficile de placer l'inscription 
avant le règne de Claude. Je laisse à de plus compétents le soin 
de juger d’après la photographie. 

En tout cas, cette inscription ne laisse aucun doute sur l’exis- 
tence de Serenus comme gentilice. 

En dépit de l'âge que nous lui assignons, elle peut se rap- 
porter au même Caius Serenus que l'inscription de Qualburg. 
Rien n'empêche en effet qu’un monument élevé par les soins d’un 
gouverneur, détruit ou tombé en ruines, réparé ou reconstruit 
ensuite, n'ait porté, gravés sur sa façade, les noms de celui qui 
Péleva une première fois, qui le premier en dota la cité. 

Et cette dernière hypothèse peut être justifiée par la nature 
du monument sur lequel se lisait l'inscription de Serenus. Par 
la dimension des lettres et par la forme des blocs de pierre, les 
débris trouvés à Bordeaux semblent avoir appartenu à l’enta- 
blement d'un arc-de-triomphe ou d'une porte monumentale. Or 
si Serenus avait donné à la ville de Bordeaux un arc-de-triomphe 
ou des murailles, il importait que le souvenir de son bienfait ne 
disparût jamais. 

En outre, un monument de l'importance de celui auquel ap- 
partient l'inscription, n’a pu être l’œuvre d'un particulier, à peine, 
même, d'un magistrat municipal. Sur les arcs-de-triomphe dont 
la dédicace est conservée, on ne lit que des noms d'empereurs 
ou de gouverneurs de province. 

Ce qui fait qu'on peut lire l'inscription de Bordeaux : 


e G SERÉNVS procos. Galliae transalP Îuue, 


PROCONSUL GALLIAE TRANSALPINAE 357 


et à la suite: arcus, ou muros, ou portas aedificari jussit, ou 
quelque chose d'analogue. 

Ce ne sont là que des hypothèses, et que nous nous gardons 
bien de défendre outre mesure: mais ce sont des hypothèses dont 
il ne sera pas impossible de reconnaître un jour l'inanité ou la 
justesse, — ce qui n'est pas le cas du plus grand nombre. Si le 
Caius Serenus de Bordeaux est celui qui fut, entre 40 et 30 avant 
notre ère, proconsul de la Gaule Transalpine, s’il a doté Bordeaux 
de murailles ou d'un arc-de-triomphe, si, par conséquent, dès la 
fin du premier siècle, il y avait ici un établissement romain de 
grande importance, il sera facile de le savoir en fouillant à l’en- 
droit où les autres débris ont été rencontrés. Bordeaux renferme 
dans son sol les documents de sa première histoire, je n'hésite 
pas à dire son acte de naissance, — ou tout au moins un extrait 
conforme: il n’en coûterait pas beaucoup, si on y tenait, d'en 
prendre connaissance. Ÿ tiendra-t-on? 


Bordeaux, Avril 1885. 


CAMILLE JULLIAN. 


EVANGELIORVM 
CODEX GRAECVS PVRPVREVS BERATINVS Ÿ. 


Les pages qui suivent ne sont qu'une préface à l'édition que 
nous préparons d'un manuscrit oncial nouvellement découvert des 
évangiles de S. Mathieu et de S. Marc. Elles ont pour but: — 
1° de faire un court historique du ms., — 2° de le décrire, — 


8° de le classer. 


Les mss. sur vélin pourpre étaient les éditions de grand luxe 
des librairies anciennes (1) et quoi qu'en dise $S. Jérôme qui ac- 
cuse les plus beaux mss. d'être les pires de tous, ces mss. de luxe 
étaient copiés avec trop de soin pour ne pas présenter des textes 
mieux conservés que d’autres. De là leur double valeur, paléogra- 
phique et critique. 

Les mss. latins sur vélin pourpre ne sont pas très rares, par- 
ticulièrement du huitième au neuvième siècle. Mais il en est tout 
autrement des mss. grecs. On les tenait naguère encore pour albo 
corvo rariores (2) et, même après les découvertes récentes, le mot 
ne laisse pas d'être vrai. De mss. grecs sur pourpre à encre d’ar- 
gent on ne connait, en tout, que la Genèse illustrée de Vienne, 


(1) Au moins à dater du troisieme siècle de l’ère chrétienne: West- 
wood, Palaeographia sacra pictoria, art. Purple greek manuscripts. 

(2) Ce mot de Breitinger, l'éditeur du Psautier de Zürich, est cité 
par MM. Harnack et von Gebhardt, Evangeliorum codex Rossanensis, 
Leipzig 1880, p. V. 


EVANGELIORUM 3b9 


le Psautier de Zürich, l'évangile de Patmos, l'évangile de Kos- 
sano, tous quatre du sixième siècle ; si nous y ajoutons les feuillets 
palimpsestes de Dublin (VIe siècle) et l’évangéliaire de Vienne 
(IX°® siècle), nous aurons le catalogue complet des mss. grecs sur 
pourpre connus jusqu'à ce jour. 

I y à pourtant plus de quinze ans on en signalait un nouveau 
dans un volume imprimé à Corfou et auquel personne ne prit 
garde. Ce petit livre (L) était une description du diocèse orthodoxe 
de Bérat. L'auteur, Mgr Anthyme Alexoudi, avait consacré un 
chapitre (2) aux “ Saints livres manuscrits sur parchemin , de la 
Métropole, où il citait: “ un évangile très ancien renfermant le 
texte des saints évangélistes Mathieu et Marc, propriété de l'é- 
glise Saint-Georges. Les caractères, ajoutait-il, sont tracés sur 
parchemin couleur cerise foncée et les majuscules sont écrites avec 
de l'or et de l'argent en forme de ronde , (3). Il semble que 
M. Duchesne soit le seul érudit à avoir lu la zeprypxpn de Mgr Ale- 
xoudi jusqu’en 1884. Il y fit allusion en rendant compte du Codex 
Rossanensis (4), et M. Gregory, l’homme d'Allemagne le mieux 
au courant de ces matières, ne trouvait en 1884 qu'à enregistrer 
la note du Bulletin Critique, en constatant que le ms. en question, 
s'il existait, était ilo tempore prorsus inaccessus (5). Au mois 
d'octobre 1884, M. Duchesne, qui s'était jusque là promis d'accom- 


(1) Le titre en est: Eüvroucs istopxh maprypaph The lipac mnrponékiws Be- 
Arypédwv Lai This dm Tv nvvmarixAy adtAs dioboaiav dmayoutvmne OPA VÜY TPUTOY 
cuvraybaîon xai idiaug valwuaot rumcts ixÔcbaîon nd ToÙ pnrpomokirou Beksypaëwy 
’Avbiucu A. "Akebouèn Toù êx Madoruv rç Gpaxixñg Xupaovnoov. iv Kapxooa Tumo- 
youprtor an ’Icvia» hdskqüv Kéwv. 1868. 

(2) Ch. XI, pag. 118 sqq. 

(8) « AÏ Xite Toÿ xemévou siaiv koyupoyeypapuéves ÉTi TpYaUn VA LPUMATO 
Guaaivoudoës Gabios, Th Où kpxrixd TobTuy ypéuuara dTépyouor xepapayuiva Êx 
xevocd xai äpyopou orpoyyoku ». Op. cit. p. 114. 

(4) Bulletin critique du 15 Avril 1881. 

(6) Gregory, Prolegomena (p. 409) au Novum Teslamentum graece 
ed. oct. crit. major de Tischendorf, Leipzig 1884. 


360 EVANGELIORUM 


plir lui-même le pélerinage de Bérat, voyant le temps s'écouler 
sans trouver le loisir d’un si long voyage, voulut bien me pro- 
poser de le faire à sa place. En février 1885 le ministère de l'm- 
struction publique me chargeait d'une mission scientifique en 
Albanie, et, dans les premiers jours d'avril, j'arrivai à Bérat (1). 

Depuis quand notre ms. est-il à Bérat et comment s'y trou- 
ve-t-il? C'est là une question obscure et l’on n'a pour y répondre 
que deux documents, l'un bien négatif, l'autre bien probléma- 
tique. — J’ai eu entre les mains un diptyque provenant de l'é- 
glise St Georges de Bérat et qui doit avoir été écrit au com- 
mencement du quinzième siècle. Parmi les personnages qui figu- 
rent au #emento, comme l'on dit chez les Latins, se trouve un 
certain Skouripékis, qui doit cet honneur à un signalé service 
par lui rendu à l’église du Théologue et à celle de St Georges 
en 1356. Cette année là, dit le texte du diptyque, les Serbes 
marchèrent sur Belgrade; la ville ne pouvait leur résister, il 
fallait à tout prix sauver les trésors des églises et Skouripékis, 
à la prière “ du papas Théodoulos ,, s'y dévoua courageusement. 
À eux deux ils chargèrent sur leurs épaules les “ vingt-six ma- 
nuscrits précieux que possédaient les églises du Théologue et de 
St Creorges , et se jetèrent dans la montagne. Tout ce récit et 
la fin, que je n'en cite pas, me paraissent avoir été fort dra- 
matisés par les “ pères saints , de St Georges: c'est affaire à 


(1) Bérat, que l’on a identifiée à tort, peut-être, avec l’ancienne 
Antipatria, est une petite ville albanaïise, la blanche-citadelle-des-Al- 
banais, Arnaout Beli-grad, située au pied du Tomor, à l'entrée des 
gorges de l’Apsus. On débarque au nord des monts Acrocérauniens, à 
Avlona, et de là en dix-huit heures de cheval on est à Bérat. La ville 
basse est toute moderne et exclusivement musulmane. La ville haute, 
le Xastro, entourée de remparts à moitié ruinés, ne remonte pas plus 
haut que la fin du moyen-age: c’est un quartier tout grec et chrétien, 
et c'est là que se trouvent les églises de St Georges, du Théologue, 
et la « Sainte Métropole ». L'évêque de Bérat est toujours Mgr Alexoudi, 
un des prélats les plus cultivés de l’église orthodoxe. 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS 361 


d’autres. Ce qui nous importe, c'est le catalogue de ces vingt- 
six manuscrits, et ce catalogue fait suite au récit (1). Or parmi 
ces vingt-six mss., je retrouve bien le codex aureus Anthymi (2), 
mais Je ne retrouve pas le codex Beratinus. Y a-t-1l dès lors grande 
invraisemblance à supposer que ni l'église du Théologue, ni celle 
de St Georges ne le comptaient parmi leurs richesses, et à avancer 
que le codexz Beratinus n'était pas encore à Bérat en 1356? — 
Où pouvait-il être? Sur une des gardes du ms. se trouve une 
note (3) dont l'écriture remonte à une centaine d'années environ, 
mais dont la rédaction grammaticale témoigne d'une époque plus 
ancienne certainement. Il n'est pas nécessaire de solliciter beau- 
coup ce texte pour reconnaitre qu'il n’a pu être rédigé à Bérat. 
“ Le ms., dit-il, a été écrit de la main même de St Jean Chry- 
sostome alors qu'il était diacre à Antioche. , La mention de 
St Jean Chrysostome n'est pas discutable; mais pourquoi parler 
d’Antioche ? à tant faire que de se donner une relique de St Chry- 
sostome, n'y eut-il pas eu avantage à la rapporter au temps où 
St Jean était évêque patriarche de la ville impériale ? N'était-ce 
pas ainsi qu'on l'avait compris pour le codex aureus Anthymi® 
Celà soit dit pour relever, en passant, la mention d'Antioche. 
La note ajoute: “ Le fondateur du Théologue a apporté cet 
évangile dans son monastère à la suite d'un rêve miraculeux... , 
Quel est ce monastère du Théologue? À Bérat il n'y a de mo- 
nastère que celui de la Panagia Ardéoussa, qui remonte au moins 
au XV® siècle (4), et à porter le nom du Théologue je ne trouve 
qu'une simple église. Par contre on connait à Patmos un monas- 


(1) Ce diptyque fait actuellement partie de la collection privée de 
Mgr. Alexoudi: j'en publierai incessamment des extraits. 

(2) Cf. Bulletin critique, 1°" Juillet 1885, la courte notice qui lui est 
consacrée. 

(8) Elle a été imprimée par Mgr Alexoudi, op. cit. p. 114 not, 1. 

(4) Id. pag. 18 seqq. 


302 EVANGELIORUM 


tère bien célèbre du Théologue, le monastère de St Jean fondé 
par St Christodule, dont la légende, bien qu'elle soit muette sur 
le rêve miraculeux en question, ne répugne pas à de pareils dé- 
tails (1). N'est-ce pas de ce monastère qu'entend parler la note? 
Une ligne plus bas se présente comme la confirmation de cette 
conjecture. Le ms. en effet contenait les quatre évangélistes, mais 
St Luc et St Jean sont disparus, et “ cette disparition remonte 
à l’époque où les Francs de Champagne saccagèrent la biblio- 
thèque du Théologue. , Or on voit bien à la fin du onzième 
siècle et au commencement du douzième, au temps de Robert 
Guiscard et de Bohémond, des invasions normandes en Albanie: 
je ne sache pas que les Francs, et ici le mot Francs est très 
exactement précisé, je ne sache pas que les Francs de Cham- 
pagne se soient jamais aventurés dans les montagnes de la haute 
Epire. Tandisqu'il est bien vraisemblable que les croisés qui ac- 
compagnaient en 1240 Thibaut de Champagne et qui pillèrent 
si bravement l'archipel pour se dédommager de leurs défaites en 
terre sainte, aient mis pied à terre dans l’île de l'Apocalypse et 
rançonné le couvent de St Jean. La note se termine par quel- 
ques mots dont le sens est mal intelligible, mais qui ne peu- 
vent que confirmer ma conjecture (2). — Voilà des données évi- 
demment bien peu certaines et l'on aurait grand tort de presser 
les conclusions qui s'en dégagent: il n'est pas impossible que le 
codex Beratinus soit venu de Patmos à Bérat depuis le quator- 
zième siècle et peut-être d'Asie Mineure ou de Syrie à Patmos 
avant le treizième, c'est là tout ce qu'on pourrait avancer, et à 
la condition expresse de ne pas trop y tenir. 


(1) ‘Axokoubia fspd rod éciou…. Xpioreouaou ro Gaumarcüpyeu. Ed. ILT3, Athè- 
nes, 1884, 

(2) ’AXX& val Td edayyékey Toù Beoldyeu Tà Ypapiv Ev TH Téruw Auré eiot ré 
rcbTou ypéuuata, xañe Tobro éwpaxa oixeicts nc Opharuots év 7% ’Epiaw. 0p. 


cit. p. 114. 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS 363 


IL. 


Le codex Beratinus est dans une reliure qui date du com- 
mencement de ce siècle; les deux plats sont en bois, la cou- 
verture est d'argent repoussé et ciselé, médiocre travail d'orfè- 
vrerie qui porte la date de 1805. Les gardes sont garnies cha- 
cune d'une feuille de papier à la cuve, grossier et malpropre sur 
lequel on a écrit quelques notes, l'une, dont on a vu la teneur 
plus haut, deux autres, qui sont une courte description du ms. 
de la main de Mgr Anthyme Alexoudi. 

Le ms. se compose de 190 feuillets non paginés: ils ont été 
solidement cousus; les feuillets dont le bord intérieur était rongé 
ont été montés sur des onglets de papier, sauf le fol. 69 qui est 
volant, ceux qui étaient déchirés ont été faufilés adroitement, 
mais les fol. 74, 115 et 134 sont demeurés en deux morceaux. 
En somme la restauration du ms. n'aurait pas été mauvaise, si 
l'on n'avait eu le tort de rogner les feuillets au lieu de les laisser 
ébarbés. 

Les six premiers feuillets ont beaucoup souffert; les lettres 
sont oxydées, les piqûres de vers sont nombreuses, la pourpre 
est fort éteinte. Mais à partir du fol. 7 le ms. se présente dans 
un excellent état de conservation, sauf les feuillets 75-78 qui 
sont très altérés. L'évangile de St Matthieu prend fin à la moitié 
de la seconde colonne du fol. 110 recto; le 110 verso n'est pas 
écrit; les fol. 111-112 portent les xepæhaux de St Marc, et l’é- 
vangile de St Marc commence au fol. 113. Les fol. 175-179 sont 
abîmés, mais les suivants sont très beaux jusqu'aux quatre der- 
niers qui sont au même point que les six premiers. Les lacunes 
se réduisent à celles-ci: Mt. I-VIIT. 7, soit vingt-cinq feuillets 
environ (non compris les feuillets des xspaaxix de Mt.); Mt. VIT. 


364 EVANGELIORUM 


26-VIIT. 7, soit un feuillet; Mt. XVIII, 25-XIX. 3, soit deux 
feuillets; Mt. XXIII, 4-XXIII. 13, soit un feuillet; enfin Marc. 
XIV, 62-XVI. 20, en comptant, c'est nécessaire ici, la fin ha- 
bituelle Mc. XVI, 9-20, soit une douzaine de feuillets environ. 
Le parchemin est fin, très sec, et assez fort pour que les lignes 
ne éransparaissent pas d’une page à l’autre. Il est teint en pour- 
pre violacée tournant aux tons de lie de vin. Mais les bords des 
feuillets, au contact de l'air, sont généralement très altérés et 
ont jauni. 

Les 190 feuillets sont assemblés par quaternions, mais tous ne 
sont pas complets, témoin les lacunes que nous avons signalées. 
Le feuillet a une hauteur moyenne de 0,314 et une largeur de 
‘0,268. Les réglures des marges et des lignes sont tirées à la 
pointe sèche, et dans la marge médiane on en distingue parfai- 
tement le pointillé. Chaque ligne comporte un double trait ser- 
vant à fixer le sommet et la base des lettres, comme dans les 
cahiers d'exercices d'écriture de nos petites écoles. Chaque page 
a deux colonnes de dix sept lignes; le nombre des lettres varie 
pour chaque ligne entre 8 et 12, la moyenne étant plutôt 9 que 10. 
Chaque colonne mesure 0,210 de hauteur et 0,109 de largeur. 
La marge qui sépare les deux colonnes de chaque page a une 
largeur moyenne de 0,035. — Les xepxAatx, et aucun autre titre 
courant, sont écrits dans la marge supérieure, sur une réglure 
spéciale, très près du bord et exactement au dessus de la colonne 
à laquelle 1ls renvoient: mais comme ils ont été plus que tout 
le reste exposés au contact de l'air, ils sont généralement oxydés 
et passés au noir. — Les chiffres des sections ammoniennes et 
des canons d'Eusèbe sont écrits dans les marges, avec un carac- 
tère plus rapide que celui du texte: comme les xspähax, ils sont 
moins bien conservés que le texte. | 

L’encre est d'argent: le ductus de la plume est très régu- 
lier, bien lié et sans bavure. Il n’y a d'écrit à l'encre d'or que le 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS 365 


titre et la première ligne de S. Marc, et, dans les six premiers 
feuillets, les mots zmatnp, imoous etc. 

Le ms. ne contient aucune espèce d'ornement. Les lettres ini- 
tiales des paragraphes, en saillie sur la marge à peu près de toute 
leur largeur, sont deux fois plus grandes que les lettres courantes: 
mais elles n'ont aucune décoration ; seul, O est orné d’une petite 
croix en son milieu. St Mathieu finissant à mi-colonne, un ban- 
deau, à l'encre d'argent, et du motif géométrique le plus simple, 
garnit l'espace vide. — Les citations de l’Ancien Testament sont 
signalées par des guillemets en marge. — De ratures, il n’y 
en à qu'une. — Ïl arrive que le scribe, pour terminer son mot 
sans aller à la ligne, empiète sur la marge et se serve de ca- 
ractères plus petits, mais rarement. 

Tel est l'aspect sous lequel se presente le codex Beratinus. 

Pour fixer le date d’un ms. uniquement d’après son écriture, 
la paléographie onciale ne fournit que des règles fort générales : 
le problème se complique quand il s'agit de mss. comme le codez 
Deratinus, car il est de règle que des mss. calligraphiques soient 
écrits avec des caractères reçus, traditionnels, toujours plus an- 
cieus que leur date réelle. En pareil cas les conclusions ne sau- 
raient être que des approximations, et, quand on fixe ainsi des 
dates, on ne peut prétendre à être exact à moins d’un siècle près. 
C'est avec ces réserves que j’aborderai la question. 

L'écriture du codex Peratinus est très franchement de vieille 
onciale (1). — Les lettres rondes, comme EE OC ne s’allongent 
Jamais, et les lettres carrées, comme HMNITT ne sont jamais 
rectangulaires, pas même à la fin des lignes. Très régulières, les 
lettres ne dépassent pas la ligne, pas même B, Z et 7 ; il n'y 
a que P et YŸ dont le jambage vertical descende au dessous et 


(1) Pour toute cette discussion voir Gardthausen, Griechische Pa- 
lacographie p. 140 sqq. 


3606 EVANGELIORUM 


a pe et Ÿ qui la dépassent en dessus et en dessous. La panse de À 
est nettement anguleuse. La barre horizontale de À est déliée, 
mais s'écrase légèrement à ses extremités, sans toutefois accuser 
rien qui ressemble à ce que les paléographes allemands appellent 
la keulenform. On peut en dire autant de F,de FT et de F. 
La barre horizontale de © ne sort pas du cercle et le divise en 
deux sections égales. Celle de € passe exactement et suivant 
une ligne droite par le foyer du segment lunaire et s'écrase un 
peu à son extrémité droite. Les deux pointes de l'arc de € et 
de C s'écrasent aussi légèrement. L’ (LD est presque fermé. Les 
majuscules débordent sur la marge, mais elles appartiennent, avec 
des dimensions plus grandes, au même système graphique (1). — 
On le voit, nous sommes en présence d'une écriture qui offre les 
mêmes caractères que celle des mss. de la fin du Ve et du com- 
mencement du VI siècle. Elle est certainement plus ancienne que 
celle du Dioscoride de Vienne, daté de 506 environ, plus ancienne 
que celle de l'évangile P de Wolfenbüttel, qui est du VI° siècle; 
et l'on peut la rapprocher sans hésiter des fragments palimpsestes 
de l’évangile Q de Wolfenbüttel qui est du V° siècle, ou mieux 
encore du fragment palimpseste de l'évangile I, 7, de St Péters- 
bourg, donné comme du VIe (2). 

Ce premier point se fortifie des observations suivantes: — Le 
ms. ne présente aucun signe d'accentuation, ce dont je n'oserais 
rien conclure, mais de plus il ne présente aucune trace d’esprits, 
ce qui est une bonne marque d’antiquité (3). — Le texte ne pro- 
cède pas par otéyer, il est écrit à pleine ligne et les mots ne sont 


(1) Cf. la planche XVI ci-après. 

(2) Pour tout ce qui est de la notation et de la description des mss. 
du N. T. nous renvoyons aux Prolégomènes cités plus haut de M. Gre- 
gory, ou à Scrivener, À plain introduction to the Criticism of the N. T. 
8° édit. Cambridge 1884. 

(3) Tel est le cas d’une petit nombre de mss. du VIe siècle comme 
le Porfirianus chiovensis 6", le Dublinensis Z, le N'itriensis R; mais 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS 367 


pas séparés. La ponctuation consiste à marquer la fin des phrases 
d'un point un peu allongé, qui est indifféremment simple (,) ou 
double (?), après quoi le scribe laisse un espace vide ou passe à 
la ligne. L'apostrophe n'est pas constamment employée pour 
marquer les élisions, par contre on la met toujours à P final 
(PAP") (1). — Les ligatures se bornent à trois: Mt pour 
MO Y qui est déjà dans le Sinaïticus, ” pour À Ÿ fréquent dès 
le V® siècle, et un très petit nombre de fois le groupe bien connu de 
AY FOYŸ comme dans le Guelpherbytanus P. Les abrévia- 
tions sont les plus anciennes en usage: EC, IC, KC, YC, 
XC, FIHP, MHP, FINX, ANOC, OYNOC (mais 
souvent aussi O YPANOC), ÀAAX, IHAX, une fois 
LAHM (toujours ailleurs IEPOYCANAHM). Sans parler 
de l'abréviation du N final qui est constante, j'ai rencontré un 
petit nombre de fois K pour KAI (2), une fois IN pour 
EIN AI (3), une fois AOYN pour AO YNAI (4), et 
ÆAIROI pour AIKAIOI (5). 

À ne considérer que le caractère général et les accidents de 
l'écriture on pourrait faire remonter le codex Beratinus au com- 
mencement du VIe siècle, peut-être à la fin du Ve. 

Mais ce ne pourrait être qu'à la condition de supprimer une 


donnée importante du problème. Nous avons signalé les numéros 
des sections ammoniennes et des canons d'Eusèbe, les titres cou- 


les autres onciaux de la même époque ont des esprits, et déjà au cin- 
quième siècle on en trouve: dans le Borgianus T? quelques uns, dans 
le Guelpherbytanus Q constamment. 

(1) Cf. Gardthausen op. cit. p. 272. 

(2) Fol. 60, 8; 60, 4; 96, 4, etc. 

(8) Fol. 56, 8. 

(4) Fol. 57, 8. 

(6) FoL 92, 8. Remarquons que le texte de S. Mathieu relativement 
renforme un bien plus grand nombre d’abréviations que celui de S. Marc: 
on n'a pas lieu de croire cependant à une différence de main sur ce 
seul indice. 


368 EVANGELIORUM 


rants du haut de chaque page, enfin les xepahaix des feuillets 
111-112. Or l'écriture en est d’un caractère tout différent de celle 
du texte: moins soignée et plus rapide, elle s’amincit et s'allonge 
tout en restant droite et nous offre les formes de l'onciale ovale 
et rectangulaire telle qu'elle apparait au VIIC siècle (1). On 
pourrait supposer que cette seconde écriture est d’une autre main: 
d'autant que l'encre est moins riche et a mal résisté à l'oxy- 
dation, ce qui serait la preuve qu'elle ne procède pas de la même 
source que celle du texte. Mais la différence d'encre n'est qu'ap- 
parente et doit tenir simplement à la différence d'instrument, 
et dès lors la question qui se pose est-celle-ci: de ces deux écri- 
tures, quelle est celle à qui nous devons demander l’âge exact du 
ms. ? est-ce celle du Ve-VI® siècle? est-ce celle du VIIe ? 

Le cas n’est heureusement pas unique, et pareille question à 
été soulevée déjà pour trois autres mss. Pour le codex Zacynthius Æ 
tout d’abord, qui donne le texte de St Luc accompagné d'une chaine: 
l'écriture de l'évangile est du VIE siècle, celle du commentaire du 
VIe, et le ms. est considéré par Tregelles comme du VIII (2). 
Mais le système graphique du Zacynthius est trop particulier pour 
que ce premier exemple puisse être un précédent. Il en est autre- 
ment -des deux autres. Le Guelpherbytanus P a été cité plus haut 
pour sa ressemblance avec le Beratinus: or dans ce ms. les xepa- 
aix sont d’une écriture allongée et plus récente que le texte, 
cette seconde écriture, comme celle du Beratinus, a toutes les 


(1) Par exemple dans le fragment palimpseste des Actes, Petropo- 
litanus Caesareus Iv. Tischendorf Monumenta sacra inedila nov. coll. 
vol. 1, fac-sim. I, 6. 

(2) Tregelles, Codex Zacynthius, Londres 1861. Scrivener cependant 
le tient pour plus ancien: « The general absence of accents and brea- 
things also would favour an earlier date.» Scrivener, op. cit. p. 145. 
Et M. Harnack est de l’avis de Scrivener, Texte und Untersuchungen 
zur geschichte der altchristlichen Literatur, de ©. von Gobhardt et Adolf 
Harnack. Tome I, fasc. 4 pag. XXV, Leipzig 1888. 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS 369 


apparences d’une écriture du VII® siècle, sans que personne ait 
mis en doute les conclusions de Tischendorf qui attribue le Guel- 
pherbytanus P au sixième siècle (1). Le même fait se produit pour 
le codex Rossanensis Z, et la ressemblance est frappante entre les 
xepékaux de Rossano et ceux de Bérat: isolés ils ne sauraient être 
attribués qu'au VI[* siècle. Cependant M. Harnack (2) n'hésite 
pas à attribuer le ms. au VI siècle, Nous ne ferons pas autre- 
ment pour le Beratinus. 

Aussi bien, et c’est une remarque importante de M. Harnack, 
l'emploi simultané de deux écritures différentes était chose fami- 
lière déjà au premier scribe du N.T du codex Alexandrinus. Que 
l’on examine la souscription de l'évangile de St Mathieu dans 
l'Alexandrinus, on sera surpris que personne n'ait eu l'idée d'y 
voir une addition postérieure, c’est pourtant la même écriture que 
celle du titre toù xard päpxov ebayyeXlou ai meproyal qui ne peut 
avoir été écrit après coup (3). Ajoutez que l'onciale carrée est 
une facon d'écrire lente, calculée, impersonnelle ; pour peu que le 
scribe se hâte ou s'abandonne il sera amené à allonger et à pen- 
cher ses traits, et son écriture prendra immédiatement une appa- 
rence plus moderne. Tel est bien le cas du codex Beratinus. 

On peut donc tirer les conclusions suivantes: — 1° La pré- 
sence dans le Beratinus d'une écriture analogue à celle que l'on 
rencontre au septième siècle, n’est pas une preuve que le ms. est 
du septième siècle; — 2° il est difficile de ne pas soupçonner 
l'onciale du texte d’être plus récente qu'elle ne parait et par con- 
séquent difficile de la faire remonter jusqu'au cinquième siècle; 
— 3° on peut tenir pour très approchée la date du VIS siècle. 


(1) Tischendorf, Monum. sacra inedita vol. VI pag. XII sqq. Leip- 
zig 1869. 

(2) Gebhardt et Harnack op. cit. pag. XXIII sqq. 

(8) Gebhardt et Harnack op. cit. pag. XXVI. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V* ANNÉE 28 


310 EVANGELIORUM 


IL. 


Les mss. du Nouveau Testament se répartissent entre quatre 
traditions (1). La plus commune est la tradition gréco-byzantine, 
qui s'est perpétuée dans tout le moyen-âge : elle porte le nom de 
byzantine ou de syrienne. Il s'en faut de beaucoup que ce soit 
la tradition le plus ancienne : d’autres traditions existent qui se 
sont partiellement fondues en elle: la tradition dite alexandrine, 
qui remonte jusqu'au IIL° siècle, et la tradition dite occidentale, qui 
remonte à la fin du second. Le type dont dérivent ces trois tra- 
ditions et qui représente un texte qui n'est ni byzantin, ni alexan- 
drin, ni occidental, est ce qu'on appelle le texte neutre. 

En dehors du texte byzantin, très richement représenté par les 
onciaux de basse époque et par la grande majorité des cursifs, 
il n'existe point dans les mss. grecs, ni dans les versions anciennes, 
de témoin pur d'aucune des trois traditions primitives du texte (2) 
et l'on peut dire des mss. grecs onciaux de bonne époque qu'ils 
sont des éditions mixtes, dont la valeur est plus on moins grande 
selon qu'ils sont plus ou moins directement apparentés à une tra- 
dition ou à une autre. 

De ce chef le codez Beratinus ne rentre pas dans la classe 
des exceptions ; il est certainement mixte, comme on pourra s'en 
convaincre sans qu'il faille l’établir par une argumentation spé- 
ciale. Le seul point qu'il importe de bien éclaircir c'est son pa- 


rentage. 


(1) Telle est la classification aujourd'hui généralement admise et 
dont on trouvera la justification dans Hort et Westcott, The New Te- 
stament in the original greek. Introduction. Cambridge 1881. 

(2) Il faut faire une quasi-exception pour le Vaticanus que l'on tient 
pour un représentant assez pur du texte neutre et pour le codex Be- 
zae D qui est un bon témoin du texte occidental. 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS % 371 


Un mot tout d'abord sur le caractère de ses formes. Les unes 
tiennent à des fautes d’itacisme. Le scribe écrira } pour EL 
(reriva, ace yux, ypnyopire), EU pour D (ourov), AT pour E 
(auodw, œyiôvov, warsov), D pour O et pour O Y dans la 
conjugaison: cela très fréquemment. Plus rarement il écrira H 
pour El et pour €. — Les autres tiennent à des particularités 
dialectales et, indice bien remarquable du caractère mixte du texte, 
elles ne sont pas constantes. Nous lisons sxecav (Mt. XVII, 6), 
eucc0are (VII, 13), nA0ate (XXV, 36), sA0ato (X, 13) etc. 
pobons, Aever etc. Mais nous lisons aussi, et ce sera le plus sou- 
vent, «dou, eEnAôete, eA0eto, uoons etc. (Mt. XXVI, 55; VI, 10; 
XXVI, 39; Me. XIV, 48, etc.). On reconnaît là quelques unes 
des formes alexandrines, mais très fortement mélangées de formes 
communes (1). 

L'influence de la tradition alexandrine sur le texte du Bera- 
tinus est sensible. En voici quelques exemples: 


Math. VII, 24. ouowônoctat avôpr... N B Z. 1, 13... 
À VIIL, 18. ev rn œpa exeuwn <Qxat vroorpeÿxs o exxrov- 
TAPHOG ELG TOY OIXOY ŒUTOU EV ŒUTN TN 
OPA EUPEV TOY T&iÔX AUTOU VYLXIVOYTE >. 
C X. 33... Vers. acgypt. 
2 IX, 13. az auaprokous <Teux peravoruv > C L X 
Vers. aegypt. 


: X, 10. unôe pabdou; C L X T etc. 

; XI, 16. mœuduors xobnmevots ev syopats CL X F. etc. 

: XXI, 1. nov ex Gnpayn <Czxzxt Bnaviav >> C. 13. 
33. 69. 


(1) Relevons des accommodations du genre de auvéntouvrss, Anustai, 
ouvoraupwbavric... (Mt. XX, 29; XXVII, 44, eto.); et des redoublements 
de consonnes, comme sarmiaav, xpaGarros, paxxous, axyuvvouiov (Mt. XX VI, 
68; IX, 16; XXVI, 28, etc.). 5 


Math. XXL 28. 
.. XXIL 7. 


. XXIV, 5. 
.  XXV, 18. 


, XXVI, 63. 
Marc. XI, 13. 
. XIV, 45. 


. EVANGELIORUM 


avôporos Cris > eryev Texva C... A. 33. 

<a axouoag D 0 Bactheus <Exetvos > wp- 
yon C X A... 

Acyovres Cort eyu eut C... 

Tv OPAY KCEV N 0 US TOU AVOU EPST > 
omEp…. C... 

xara rou Deou <rou Éwvros >> CA...vers. acgypt. 

ouBev eupev Et un quAAx <Quovov >. C. 33. 

Aeyer <Cyaupe>> pablr. C. 1. 13... 


Mais cette influence alexandrine n'est pas prépondérante: et 
le texte du Beratinus est foncièrement occidental. Le dépouille- 
ment complet des leçons occidentales est un travail superflu ici, 


je relèverai les plus caractéristiques. 


Math. VII 21. 


VIII, 28 
. IX, 36 
: X, 12 
, X, 15 
: XII, 10 
. XI, 7 
, XIV, 


2 


TOU MATOS [LOU TOU EV OUPAVOIG KT RUTOG ELT= 
eheucetat ets rnv OuorAeuxY TV OUpavov > 
itala, cureton, C. 33. 


. Ka eA6ovros aurou, téala, N B C. 1. 13. 22. 33. 
, or noxv ecxvhuevot, ifala, N B, C, D .... 


X, Tr. 


. aomaouofe aurnv <TREYOVTES E1PNVN TU OiXW TOU- 


ro > itala, cureton, K D. 1. 22. 209. 


. youoppzxs, C D. 1. 22. 


. a ou nv avôpuros exe > ms.; xx 10ou 


avôporos nv exe > D, iéala, cureton. 


. xar envËav, N D. 13. 124... 
2. Lunt> ovtos eoTiv toavvns Co Garriorns 


ov yo arextoxkox >, téala, D. 


. n TN pnrpe Crophxv 0 EcTIV > dœwpovy,  solus. 
. tt <Oe> vutv doxer, D, cureton. 


Math. 


Marc. 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATINUS 313 


XXI, 9. 


XXIV, 36. 
XXVI, 8. 
XXVIL, 9. 
XX VII, 17. 
XXVII, 34. 
XXVII, 35. 


XXVII, 40. 


II, 24. 


…Vhiorois <Larnvruv Ôe auto roAlot yaipov- 
Tes kat dobatovtes rov Ütov Tape Tavruv 
&Y 180v>>, cureton solus. 

oude où æYyyE ho Tuv oupavev <Louûs o u105 >, 
itala, K B D. 13. 28. 86. 124. 

Ep Ti n amoÂEx auTn <UTou uupou >, #ala, 
61. 63. 71. 157. 

Gux Trou mpopnrou, ifala, 33, 157... 

cuvnyuaævov ds, ifala, D, 13, 69. 

xauoux n0eAncey (B D E, 1. 33. 69. 124. stala). 

<iva TAnpuôn ro pnôey dix Tou mpopnrou Bue- 
JLEPIGRYTO TX ULATUX [LOU EŒUTOLS XL ERL TOY 
LaTioLov Lou ebxdov xAnpov>>, ifala, 4, 1. 

ka Acyovres <Coua > o xarakuovy, #ala, D 
M A. 

«Je Te motouauy <Cot maËnrar aou >> Tous ax 
Gxouv, itala, D M, 1. 13. 28. 69. 102. 124, 
cureton. 

et un Tous <Capyi>epeucr <Tuovots >, #éala, 
D, 13. 33. 69. 124. 


. moXdot œxouovres sÉerAnscovro <Cemt tn Ôt- 


dayn œurou>> Acyovres, ifala, D, 118. 
ru uadloyiheofe <Lev Tai; xapdiars vuuwv (ifala, 
D, 28. 67. 124) owyomioror >, 13. 28. 61. 
69. 124. 
AtYuOY <TUTAYE EU TOY OLXOY GOU HAL SAV > EG 
Tnv xounv, Sala, 13. 28. 61. 69. 
Aeyovtes <ÙTL EUTOUEV > Exv etmœuev.. #fala, 
13, 28, 69, 124. 
sv Ta œyopars <Crouutcbar >, D solus. 


Olubess oùxe ou VEyovzv OUDETOTE TOLXUTAL, 


üala, D. 


314 EVANGELIORUM 


Il faut ajouter à ces leçons celle-ci (Math. XX, 28) qui est 
la plus convaincante (1): 


AuTpoy avri rukdov. Cuers de EnTire x puxpou auvËnoat ar ex 
pelovos elarrov euvat. eucepyomevor De xat mapaxAnñevtes dire 
VnGat [un Ets TOUS EbEyovTæs TOmous avax Avec DE UNTOTE evSo- 
Éwrepos cou eneA0n xar mpoceAfwv 0 GinvoxAnTup eme co Et 
XATO YOPL XX XATAUTH{UVONON. ExV ÔE AVATETNS EL TOY NTTOVX 
TORov EmEÀËN où nTTUV Eper Got 0 Gin voxAn Top ŒYE ETL avo 
XAL EUTAL GOt TOUTO YPNOWLOTEPOV >. Exropeuouevov . ... 


Dans un très petit nombre de cas le Beratinus sort de la 
tradition occidentale et par des conflate readings qui lui sont 
propres l'explique au lieu de la supposer. En Math. XVI, 4 le 
passage das yevouévns.. où Güvaole est omis par aleph, BVXT, 
cureton, etc.; il est donné par DC... l’ifala, etc. L’omission re- 
présente la lecon neutre et authentique. Le Beratinus nous en 
fournit une preuve significative en lisant o de axoxpilets eitev 
œurou ofuxç ysvouevns ou Ouvaols o Ôe œxoxpiletg eimEv œurots 
yevez… xTX. — En Math. XXIV, 45 la leçon neutre, telle qu'elle 
est donnée par B, doit être Ent rs oixerelas a«broù, tandisque la 
tradition occidentale nous donne ër! TAs Peparelxs «droù (DlII... 
l'ifalu). Le Beratinus a suivi ici la tradition occidentale, mais il 
n’a pas laissé de se rattacher au texte neutre, en lisant ext ®nç 
Oepæruxg vou ouxou. — En Marc VI, 17 le texte comporte une 
double leçon : ëxpérnaey Tov 'Imévyny xat Éônoev abrov Ev quhaxÿ, 
c'est la leçon neutre, al Édnoev abrbv xat EGadev ëv ouAax%, c’est 
la leçon occidentale (D... ifala). Le Beratinus présente lui seul 


(1) On sait que cette intrusion est propre à D, à l'ifala et à la ver- 
sion, Cureton exclusivement. 


CODEX GRAECUS PURPUREUS BERATITUS 379 


la leçon intermédiaire d'où découle le conflate reading occidental : 
EXPATNOEY TOY WOavvnv Xat EbxhEY œuTov ev Tn quaxxn (1). 

Les lecons propres du Beratinus sont assez nombreuses. Je 
laisse de côté celles qui doivent être considérées comme des va- 
riantes purement graphiques et ne sauraient rattacher par elles 
mêmes le ms. à une famille déterminée; je signalerai seulement 
quelques leçons paraphrastiques, comme il s’en trouve bon nom- 
bre dans notre ms. et qui, tout en lui étant propres, rentrent 
bien dans le caractère des lecons occidentales. 


Math. VIII, 14. dev nv xevbepav œurou GebAnpevnv <Cert xA- 
VA KG TUPEGGOUGEV. | 
: IX, 28. #poonAdov avr où ruplor <Côcouevor > ar 


Xcyet... 

IX, 30. xar <Lraprypnue> avEWy0noxv «uTov ot 6p- 

| Oxauor. 

; XI, 18. ne ya woxvvns <Co Garriorns >> pnre…. 

à XII, 18. o œyawnros [uou] ei; ov evdoxnoev. 

a XIV, 23. aveôn ets ro opos xat' Oiav poceuEaoba <Cora- 
Gious moXdOUS axeyov aro Fnç YNS>. 

: XX, 6. eupev œA dou; eoTora;, <TEv Tn ayopa > apyous. 

y  XXIV, 10. xx œXAndous rapadQowWT LV etg Gavaror >> 
xæt.... 


»  XXIV, 18. pn emtorpehare <eus Ta > omtow 
»  XXVII, 16. eryov de rore deopuov emionuov Acyouevov 6x- 
pabbav <Cos dix povoy xx craoiv nv 6e- 
Ganpevos eg puhaxnv >. cuvnyevoy Ôc. 
Marc. IT, 3. xx cpyovra mpo; aœurov <T rives > pepovtes 
FRAPANNITIKOY... 


(1) Cette leçon lui serait commune avec la version syriaque peschito, 
si l’on s’en rapporte à l'appareil critique de T'schendorf. 


376  EVANGELIORUM COD. GRAECUS PURPUREUS BERAT. 


Marc. II, 26. oux ebeotiy payeuv et un Tots <apyi>speuot 


LLOVOLS . 

= IV, 10. npwTnoay œurov ot rüpt auToy auv Tots JudExx 
ppasov niv Tnv rapabornv. 

: V, 26. .. darammouca Ta <Curapyovtra >> autnç 

; VI, 51. exomacev o aveuo; <{xat mepuwcucey œurouç >. 

: VIIL, 38. ...ev æn yevex taurn rn <[rovnpz xx > mot- 
AAÔ Lau auaprwko . 

: IX, 47. ...exbæde œurov <xxr Gade are cou. 


En résumé le Beratinus présente un texte mixte, mais se 
rattachant étroitement à la tradition occidentale: il a accueilli un 
certain nombre de leçons alexandrines, mais en même temps il 
offre quelques lecons singulières que nous pourrions appeller 
pré-occidentales. | | 

I y aurait encore plus d’un point à déterminer, notamment 
les rapports du Beratinus avec les autres mss. pourpres du VI° 
siècle. On me permettra de remettre au jour où je publierai le 
texte même du ms. le soin de compléter et d'approfondir. 


Paris. École des Hautes Études. Juin 1885. 


Pierre BATIFFOL. 


NOTE SUR UNE FRESQUE 
DE SAINT-MARTIN-DES-MONTS. 


On assure que les travaux qui renouvellent entièrement l'ab- 
side et le transept de la vieille cathédrale de Rome, Sacrosancta 
Lateranensis ecclesia omnium ecclesiarum mater et caput, seront 
achevés pour la fin de l’année prochaine, 1886. Que subsistera-t-il 
aux yeux de l’archéologue, de cette célèbre basilique désormais 
plus remplie de souvenirs que de constructions antiques, si on 
laisse de côté ses deux dépendances, le cloître et le baptistère ? 

Parmi les parties anciennes encore visibles à l'intérieur, nous 
pouvons marquer le baldaquin du maître autel qui fut élevé à 
frais communs par le pape Urbain V (un français) et le roi de 
France, Charles V, et où furent transférés de la chapelle du 
Sancta Sanctorum, en 1639, les chefs de St Pierre et de St Paul. 
Menacé de destruction sous Alexandre VII et réparé de nos jours, 
ce ciborium gothique conserve ses peintures de l’école Siennoise 
du XIVe siècle (1). Au XIIIe ou au XIV® selon les uns, au XV° 
seulement selon les autres, remonterait le dallage actuel de la 
nef centrale exécuté par les soins d’un membre de la famille 
Colonna (2), dont on retrouve en un endroit les armes. Ce qu’il 


(1) On voit aujourd’hui sur le revers d’un pilier de la nef le frag- 
ment de la fresque de Giotto qui représente Boniface VIIT proclamant 
le jubilé de 1800, et qui a été ici même l’objet d’une étude intéressante 
de la part de M" E. Müntz, Mélanges, 1881. 

(2) Peut-être le cardinal Jacques Colonna, contemporain du pape Ni- 
colas IV, le restaurateur de la mosaïque de l’abside. Au sujet de cette 
mosaïque, qui vient d’être aujourd’hui entièrement faite à neuf, consul- 
ter le travail du même auteur Sur les éléments antiques dans les mo- 
saïques romaines du moyen âge dans la Revue archéologique, nov. 1878, 
août 1879 et sept. 1882. 


MÉLANGES D'ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE 29 


378. NOTE SUR UNE FRESQUE 


y a de certain, c'est que le pape Martin V Colonna en ordonna 
par bref du 1° juillet 1425 la restauration, permettant à cet 
effet de se servir des marbres disponibles que présenteraient les 
églises en ruines, tant au dedans qu’au dehors de la ville (1). 
Quant au pavé qui s’étendait le long des gros pilastres édifiés au 
XVIIe siècle, il fut remanié alors, ainsi que le mentionne une 
inscription: Innocentio X pont. opt. max. strata marmoribus va- 
riis laterum pavimenta MDCLV. 

Si nous considérons maintenant la voûte, le beau plafond à 
caissons que nous y apercevons est de l’année 1564 et porte les 
armoiries de Pie IV. Attribué par quelques uns à Michel-Ange, 
il serait, d’après Letarouilly, de Pirro Ligorio. L'architecte Bor- 
romini le respecta, lorsqu'il transforma si complètement la partie 
inférieure de la basilique, que pourtant il avait reçu mission de 
conserver autant que possible en la consolidant. On sait comment 
il fit disparaître dans des massifs de maçonnerie, non pas les 
anciennes colonnes de marbre que, sauf sept, les incendies suc- 
cessifs de 1308 et 1361 avaient détruites, mais celles qui avaient 
été refaites en briques et garnies de stucs, et qui, complétant le 
nombre de trente, bordaient la grande nef ; seules, les deux gros- 
ses colonnes de granit rose placées à l'extrémité continuèrent à 
soutenir l'arc triomphal. Cette reconstruction fut terminée pour 
le jubilé de 1650 (2). 


(1) Müntz, Les arts à la cour des papes, Lire partie (1878) p. 4. Cf. apud 
Muratori, S. BR. I.: « Pavimentum quoque Lateranensis ecclesiae sump- 
tuose valde fecit construi lapidibus porphyreticis et serpentinis ». C'est 
au milieu ce pavé que Mr de Rossi a reconnu des morceaux d'inscription 
provenant de la catacombe de St Hippolyte sur la voie Tiburtine, Bul- 
lettino di archeologia cristiana, 1881, p. 39 et pl. I. 

(2) «Innocentius X Pont. Max. | Lateranensem basilicam | Constan- 
tini magni imperatoris | liberalitate et magnificentia extructam | Sum- 
morum Pontificum pietate saepius instauratam | vetustate jam fatiscen- 
tem | nova molitione ad veterem | ex parte adhuc stantem conformata | 
ornatu splendidiore restituit | anno jubilaei MDCL | pontif. VI». 


DE SAINT-MARTIN-DES-MONTS 379 


Quelques années auparavant, avait été peinte sur l’une des 
murailles de l’église de St-Martin-des-Monts une vue de l’intérieur 
de St Jean de Lateran tel qu’il apparaissait avant les travaux. 
L'intérieur du vieux St Pierre lui faisait pendant un peu plus 
loin. Nous n'avons pas à nous occuper ici de cette seconde re- 
présentation qui a été jugée déjà par plus d'un n'être point dé- 
pourvue d'intérêt (1). Mais, ce qu’il nous importe de savoir, c'est 
si l’autre fresque que nous reproduisons ici (PL. XIV), nous rend 
bien, malgré sa dégradation, l'aspect de notre basilique: la ques- 
tion ne semble pas avoir été étudiée jusqu’à présent. 

À priori, la coïncidence de la transformation de St Jean de 
Lateran avec l'exécution de cette peinture indique plutôt une 
préoccupation soucieuse de l’ancien état du monument, et permet 
d'exclure l’idée que l'artiste se soit simplement laissé aller au 
caprice de son imagination. De plus, le général des Carmes, An- 
tonio Filippini, par les soins duquel St-Martin-des-Monts se voyait 
si richement décoré, était un amateur éclairé de l'antiquité, comme 
le prouve la notice qu'il a publiée sur son église (2). Malheu- 
reusement cette notice parue en 1639 est muette sur les travaux 
considérables d'embellissement entrepris presque aussitôt après. 
Le livre de Titi, où sont énumérés tous les artistes dont le talent 
fut mis à contribution, appelle l'attention sur les beaux paysages 
de Gaspard Dughet (appelé aussi Poussin), lesquels font face à 
la fresque qui nous occupe; mais de celle-ci, il ne dit mot (3). 
Comme, au rapport de Piazza (4), la décoration ordonnée par 
Filippini eut lieu sous le pontificat d'Urbain VIII, nous sommes 


(1) La Rome de Francis Wey en reproduit un dessin pris par Viollet 
le Duc. 

(2) Ristretto di tutto quello che appartiene all'antichità e venerazione 
della chiesa dei ss. Silvestro e Martino ai Monti di Roma, dal P. Anti. 
Filippini romano, Roma 1639. 

(8) Titi, Studio di pittura etc. (6d. 1721), p. 261. 

(4) Carl. Bart. Piazza, La Gerarchia cardin aligia, Roma, 1708, p. 424. 


380 NOTE SUR UNE FRESQUE 


seulement autorisés à conclure que la vue de l’intérieur de St Jean 
fut peinte de 1640 à 1644. L'auteur, quel qu'il soit, avait cer- 
tainement été à même de contempler de ses propres yeux les 
nefs à colonnes de la basilique. 

Il resterait à contrôler, autant que possible, d'après des des- 
criptions écrites, l'exactitude de son œuvre. Nous allons signaler 
plusieurs détails qui témoignent en sa faveur. Onofrio Panvinio, 
dans sa description justement estimée du Lateran (il mourut en 
1568), atteste que les fenêtres percées à la partie supérieure de 
la nef centrale étaient gothiques. Or notre fresque leur donne 
effectivement la forme ogivale, tandis qu'elle reproduit en plein 
cintre celles des nefs latérales. Les nefs latérales elles-mêmes, 
au nombre de deux pour chaque côté, avaient des hauteurs iné- 
gales, les plus éloignées du milieu étant les plus basses, ce que 
nous pouvons vérifier aisément par la position respective des 
rangées de fenêtres, telles que les a peintes l'artiste (1). Ajoutons 
qu'une gravure de l’année 1508, conservée dans les archives da 
la basilique, et représentant une prédication de cette époque, nous 
montre la chaire à la place où nous la voyons sur la fresque 
de St-Martin-des-Monts, c'est à dire, en haut de la nef à gauche, 
tonrnée vers le transept (2). Là, il est vrai, d’après cette même 
gravure, devaient se trouver devant l'autel les quatre fameu- 
ses colonnes de bronze antique; mais, sous le pontificat de Clé- 
ment VIII, 1592-1605, elles avaient été transportées dans une 
chapelle de côté. On objectera sans doute contre la fidélité de 
la fresque le fait de la charpente découverte qui, depuis près 


(1) Ms. de la Bibl. Nat. fonds latin b179, f. 112 : « Medianae parietes 
‘ habent fenestras more germanico oblongas cum cratibus sexdecim ». — 
f. 113: «(Naves) quarum proxima medianae ea longe humilior, rursum 
novissima parietibus adhaerens altera paulo inferior est ». 

(2) Le Latran au moyen âge, par G. Rohault de Fleury, Paris 1877, 
pl. XIX. 


DE SAINT-MARTIN-DES-MONTS 381 


d’un siècle, avait été remplacée, comme nous l'avons dit, par un 
plafond à caissons, et que par conséquent l'artiste n'avait pas 
vue telle quelle. Chargé de reproduire l'ancien état de choses 
condamné à disparaître, il a pu toutefois faire abstraction du 
plafond que Borromini laissait subsister dans sa reconstruction ; 
il a pu aussi vouloir donner un pendant plus uniforme à l'intérieur 
de St Pierre dont le toit n'avait pas cessé d'être apparent. 

En résumé, nous pensons que les historiens du Lateran doi- 
vent attribuer à la fresque de St-Martin-des-Monts plus de va- 
leur archéologique qu'ils ne semblent l'avoir fait jusqu'à cette 
heure (1) et que cette vieille image nous montre, non sans fidé- 
lité, ce qu'était autrefois le célèbre sanctuaire. 


(1) M' Rohault ne la mentionne point dans son texte; il en publie 
seulement un croquis petit et peu exact avec cette légende: « Nous ne 
donnons ce document qu'à titre de simple renseignement, mais comme 
émanant d'un artiste qui pouvait avoir vu les anciennes nefs. Un ta- 
bleau placé au Quirinal l’a reproduit ». 


H. Dovuzcer. 


INVENTAIRE DES MEUBLES 


DU CARDINAL GEOFFROI D'ALATRI. 
(1287.) 


Geoffroi d’Alatri fut élevé à la dignité de cardinal diacre de 
Saint-Georges au Vélabre par Urbain IV en décembre 1261 (1). 
Ciacconius affirme qu'il mourut en 1287 pendant la vacance du 
siège apostolique (2). Ce qui est certain, c’est qu'il était déjà mort 
le 31 mai 1287, jour où fut dressé l'inventaire de ses meubles. 

Cet inventaire, conservé aux Archives du Vatican sous la cote 
469 À des Archives d'Avignon, est divisé en huit chapitres, où 
sont successivement énumérés : 1° les vases d'argent à couvercle; 
2° les vases d'argent sans couvercle, et quelques autres objets 
du même métal ; 3° l’argenterie de chapelle; 4° les livres; 5° les 
ornements ecclésiastiques et les étoffes de soie et dr toile; 6° les 
autres étoffes, les couvertures, les tapis, réunis à quelques objets 
tels que couteaux et vases de bois ou de verre (3); 7° les meu- 
bles déposés dans le cellier ; 8° les ustensiles de cuisine. Le poids 
des vases d'argent et leur valeur ont été évalués en bloc, sauf 
pour un très-petit nombre dont le poids est indiqué spécialement. 
A partir du chapitre IV jusqu’au chapitre VI inclusivement, on a 
pris soin d’estimer, généralement en florins, mais souvent aussi 
en provinois et en tournois, la valeur de chaque objet. 

Les vases d’argent avec couvercle sont tous des coupes; ces 
coupes sont dorées; deux sont ornées d'émaux (art. 4, 5), quatre 
ont un couvercle surmonté d'un pignon (art. 2, 4, 6, 7). Les vases 


(1) Voyez Ciacconius, Vitae pontificum Romanor., éd. 1677, t. IT, col. 160 ; 
Raynaldi, Ann. eccles., t. III, p. 98. 

(2) Ciacconius, Ibid. col. 160, 254. 

(3) On a cependant inséré dans ce chapitre des vases d'argent et des 
étoffes de soie, sans doute oubliés aux chapitres I et V. 


INVENT. DES MEUBLES DU CARD. GEOFFROI D'ALATRI 383 


non couverts appartiennent à différents genres: d'abord des cou- 
pes (art. 12 à 18); trois sont en madre (1) (de mazara, art. 41) 
montées sur un pied d'argent; puis viennent les sciphi ou ha- 
naps (2), tous sans pied (art. 19 à 23). D’autres vases sans cou- 
vercle sont désignés par le terme urcet (art. 24 à 27, 50); trois 
d’entre eux sont destinés à contenir de l’eau (art. 26); l’un est 
de façon espagnole (ad modum hyspanicum, art. 25); nn autre 
est ce que les inventaires français appellent pot à aumône (art. 
27, 36). On trouve un certain nombre d’écuelles (art. 28, 29, 81). 
Sous le numéro 30 figurent tria gradalia cum pedibus. Du Cange 
dans son Glossaire cite une charte de 1010 où 1l est question de 
deux gradales d'argent ; il se demande s'il s'agit de graduels avec 
une couverture d'argent. Mais, comme dans ce texte ces deux 
objets figurent à côté de deux hanaps, et que de plus ils sont 
munis de pieds, il n’est pas possible de voir dans les gradales 
de la charte de 1010, pas plus que dans les gradalia de notre 
inventaire, des livres à reliure de métal; ce sont des vases dont 
la forme, croyons-nous, est encore à déterminer. Gradale est de- 
venu en français graal (3); c'est dans le Saint-Graal que Joseph 
d'Arimathie avait recueilli le sang de Jésus-Christ. Au même 
chapitre sont inventoriés les plateaux (art. 32 à 34), les saucières 
(art. 35), les bassins (art. 37, 38, 49), dont un pour la barbe 
(art. 38), un vase avec manche pour l'encens (art. 39), puis des 
cuillères, et des broches (art. 40) qui jouaient sans doute le rôle de 
nos fourchettes. On a réuni aux vases quelques monnaies d'argent 
(art. 42) et une monnaie d’or avec deux pierres de Saint-Blandain 
(art. 43) ; je n'ai pas su déterminer la nature de ce dernier objet (4). 


(1) Voyez de Laborde, Glossaire, p. 371. 

(2) Voyez plus loin la note de l'article 19. 

(3) Voyez de Laborde, Glossaire, v° Grasal. 

(4) Peut-être s'agit-il de saint Brandan, abbé de Cluainfert en Irlande 
au VI° siècle, fameux au moyen âge par ses voyages et ses découvertes 
d'îles merveilleuses, et dont la légende eut un grand succès. On peut en- 


384 INVENTAIRE DES MEUBLES 


Viennent ensuite les anneaux d’or avec ou sans pierre (art. 44, 45), 
une statuette d'argent (art. 46), une très-petite croix d'argent 
destinée à étre portée au cou (art. 47), et une paire de flacons 
(art. 48). L'argenterie de chapelle est peu nombreuse ; j'y relèverai 
seulement deux vases pour le vin et l'eau du sacrifice dits wrceoli 
(art. 55) et d’autres vases nommés sciphi, dont les uns sont en 
cristal avec pied d'argent, (art. 60) et les autres en madre (art. 61). 
La liste des livres qui composaient la bibliothèque du cardinal 
Geoffroi offre un intérêt tout particulier. Sur 52 articles, 28 se 
rapportent au droit. Ces livres juridiques sont classés au premier 
rang. C'est qu'en effet les cardinaux avaient souvent à remplir 
le rôle de juges. Le pape leur confiait l’audition des causes ec- 
clésiastiques. Geoffroi d’Alatri fut à maintes reprises commis par 
Honorius ÎV à l'examen d'affaires portées en cour de Rome. Il 
n'y a donc pas témérité à conclure que les livres de droit qui 
figuraient dans sa bibliothèque étaient ceux dont le tribunal su- 
prême de la chrétienté faisait le plus fréquent usage à la fin du 
XIIT° siècle. L'inventaire nous fournit en outre des renseignements 
utiles pour l’histoire de la reliure ; beaucoup de livres sont recou- 
verts de simples ais, cum tabulis (art. 75, 82); l’article 113 ne 
permet pas de douter du sens de l'expression cum éabulis; quel- 
quefois les ais étaient recouverts de cuir (art. 88); nous trouvons 
aussi un épistolier avec une reliure de cuir vert (art. 108), un 
missel avec une reliure de cuir rouge (art. 111). Quelques volumes 
n'ont qu'une couverture de papier (art. 80, 85, 113). Le samit 
était aussi employé à protéger les livres (art. 104, 116). Enfin 
pour certains volumes la couleur de la reliure est seule indiquée 
(art. 81, 98). 
core supposer qu'il s'agit de pierres, sortes de talismans, qu'on croyait 
provenir de l'île à laquelle le saint irlandais avait donné son nom. Voyez, 
sur saint Brandan, Boll., Acta Sanctor., Mai, t. II, p. 599 et Gaffarel, 


Étude sur les rapports de l'Amérique et de l’ancien continent avant FOR 
stophe Colomb, p. 173 et suiv. 


DU CARDINAL GEOFFROI D’ALATRI 8385 


Le chapitre V comprend les vêtements ecclésiastiques, les 
étoffes de soie et les fouailles. Les couleurs des habits liturgiques, 
chasubles, chapes, dalmatiques, etc. sont très variées: le blanc, 
le violet, le rouge, le pourpre, le vert, le noir. Plusieurs de ces 
ornements, et surtout les nappes dont on couvrait l'autel, sont en- 
richis de broderies d’or. Une chasuble a des images brodées (art. 
121); sur le parement d'un amict sont figurés des cerfs (art. 134); 
les apôtres sont représentés sur un autre parement (art. 137); 
une tunique et une dalmatique blanches sont rehaussées d'argent 
et de perles (art. 127). Quant aux espèces d'étoffes énumérées 
dans ce chapitre, ce sont d'abord le samit (art. 157, 160, 167, 
168, 173), le gastesamit (catassamitum, art. 124, 152, 158), le 
diapre (art. 128, 165), le cendal (art. 156), le bougran (art. 172), 
le canzi, qui n’est probablement autre chose que le kandj des 
Arabes (1) (art. 161), le pannus Tartariscus (art. 129), le pannus 
de Indico (art. 166), les étoffes de Venise (art. 130) et de l'empire 
d'Orient (de Romania, art. 132), l’orfroi anglais (art. 175), des 
étoffes fabriquées dans la province de Lecce à Cursi (art. 173), 
et à Surano (art. 174). 

Le chapitre VI renferme l'inventaire des vêtements non ec- 
clésiastiques, des pièces d'étoffes non employées, des tapis et des 
couvertures. Parmi les vêtements nous remarquons les manteaux 
(mantellus, art. 186, 191, 192); l'un d'eux est muni d'un capu- 
chon fourré de petit gris (art. 186). Une autre sorte de manteau 
est la chape (art. 187, 192 à 196, 203); elle a quelquefois un 
capuchon fourré de gris (art. 187, 193, 194) ou doublé de cendal 
(art. 195, 196); elle-même est faite de brune (art: 187, 194, 195), 
de serge (art. 196) ou d’étoffe de Surano (art. 203). Le cardinal 
Geoffroi possédait encore des gonnes (guna, art. 188, 193, 198, 


(1) Voyez Molinier, Inventaire du trésor du Saint Siège sous Bonifa- 
ce VIII, dans Bibl. de l’Ecole des Chartes, t. XLVI, p. 26, et Michel, Re- 
cherches sur les étoffes d’or et de soie, t. LI, p. 157. 


386 INVENTAIRE DES MEUBLES 


202), des garnaches, fourrées ou non (art. 188, 191, 192, 202). 
Les couvertures sont dites culfra, en français coutre, ou cohoper- 
torium, en français couvertoir (1). Les coutres sont en cendal 
(art. 177) ou en samit (art. 178 à 180). Un couvertoir est fait 
de drap violet d'Irlande (art. 184), un autre de peaux de belettes 
(art. 189), d'autres encore sont de bleue et fourrés soit de petit 
gris (art. 185), soit de peaux d'écureuils (art. 190). Je remarque 
huit chemises de lin (art. 235), des pièces de drap de Lombardie 
(art. 209, 210), des fouailles ou nappes de Reims (art. 215) et d'Al- 
lemagne (art. 217 à 219), un grand nombre de tentures (fenforium 
seu cortina, art. 205, 225 à 230). Enfin viennent les matelas 
avec leurs traversins (cum capitali, art. 238, 239), des oreillers 
de plume (art. 233), des taies d'oreillers (art. 281), puis des tapis 
(art. 240 à 249) d’Espagne (art. 240), de Roumanie (art. 241, 
244, 251), de Reggio (art. 243, 246, 247). 

Les menus objets figurent à la suite des étoffes; ce sont des 
peignes d'ivoire avec leurs étuis (art. 255); des couteaux (art. 256, 
à 266, 292, 293) avec des manches d'ivoire, d'os ou de pierre, 
et la plupart dans des fourreaux; un objet de corail pour être 
porté au cou (art. 274), quelque chose sans doute comme la corne 
de corail qu’on porte aujourd’hui encore en Italie; un chalumeau 
d'or pour le saint sacrifice (art. 278); deux coupes de noix de l'Inde 
(art. 283); un autel portatif entouré de quatre lames d'argent 
(art. 284), et enfin un jeu d'échecs tout en ivoire (art. 295). 

L'inventaire du cellier et de la cuisine ne saurait donner lieu 
à aucune remarque intéressante. 

Le même manuscrit 469 À nous a transmis le compte des 
exécuteurs testamentaires de Geoffroi d'Alatn, à savoir Gervais, 
cardinal prêtre de Saint Martin, Benoît, cardinal diacre de Saint 
Nicolas in Carcere Tulliano, et François, chanoine d'Alatri et 


(1) Je trouve cette expression dans des inventaires rédigés à Naples pour 
Charles d'Anjou, publ. dans Riccio, Saggio di codice diplomatico, t. I, p. 155. 


DU CARDINAL GEOFFROI D’ALATRI 387 


chambrier du défunt. Ce document nous fait connaître les noms 
des. personnages qui composaient la maison ou, pour parler la 
langue du temps, la famille du cardinal. Tout d'abord il avait 
auprès de lui deux évêques, un médecin, un chambrier, des cha- 
pelains et des clercs: c'étaient les familiers du premier rang; la 
récompense qui leur fut assignée, aux termes du testament de 
Geoffroi, fut établie sur le pied de deux livres de petits tournois 
par année de service. Les damoïseaux viennent ensuite; ils ne 
reçurent qu’une livre par année de service. On remarque que la 
plupart d'entre eux avaient d’abord rempli auprès du cardinal la 
charge d'écuyers. À ceux-ci il ne fut alloué qu’une récompense 
d'une demi-livre par an. Des marchands de Sienne furent les in- 
termédiaires entre les exécuteurs et la plupart des légataires à qui 
ils durent remettre les sommes qui leur revenaient. Le cardinal 
Benott et le chambrier distribuèrent les autres legs. 
L'inventaire et le compte ont été écrits, le premier sur un 
cahier de papier de huit feuillets, le second sur un cahier de 
quatre feuillets. Le compte occupe les folios 1 à 3 et le folio 12 
du volume actuel. En effet entre le troisième et le quatrième 
feuillet du compte, on a maladroiïtement inséré l'inventaire. J’ai 
cru cependant devoir publier en première ligne ce document, dont 
la rédaction a nécessairement précédé la répartition des legs; 
d’ailleurs nous en avons la preuve au huitième chapitre du compte 
où se trouve mentionné le salaire attribué aux scribes qui avaient 


transerit l’inventaïre. 


(fol. 4.) In nomine Domini amen. Anno ejusdem Mo CC° LXXX 
VI’, indictione XV, sede apostolica vacante pastore, mensis Maii 
die penultima. 

Hoc est inventarium factum per discretos viros dominum magis- 
trum Johannem, cappellanum reverendi patris domini Gervasii tituli 
Sancti Martini presbyteri cardinalis, dominum Raynaldum Spatam, 


388 INVENTAIRE DES MEUBLES 


canonicum Anagninum, cappellanum reverendi patris domini B. Sancti 
Nicolai in carcere Tulliano cardinalis, nomine ipsoram cardinalium, 
et magistrum Franciscum, canonicum Alatrinum, olim camerarium 
bone memorie domini Gottifridi Sancti Georgii ad Velum Aureum 
diaconi cardinalis de bonis mobilibus ipsius domini G. cardinalis. 


L: 


In primis inventarium de argento seu vasis argenteis (1). 


1) In primis, una cupa deaurata cum coperclo ad ymmagines. 

2) Item, una cupa deaurata cum coperclo sine opere cum pingnaculo. 

8) Item, una cupa deaurata cum coperclo cum opere ad modum 
rose (2). 

4) Item, una cupa deaurata cum coperelo cum pingnaculo et smaltis. 

5) Item, una cupa deaurata cum coperclo cum sex maltis. 

6) Item, cupa deaurata cum coperclo et longo pingnaculo et acuto. 

7) Item, cupa bassa deaurata cum coperclo cum pingnaculo rotundo. 

8) Item, cupa parva deaurata cum coperclo. 

9) Item, cupa deaurata cum coperclo ad modum antiquum. 

10) Item, cupa deaurata cum coperclo cum pede fracto. 

11) Item, cupa cum coperclo deaurata in aliqua parte sui. 


IT. 
Vasa inferius descripta fuerunt sine coperclo. 


12) In primis, cupa deaurata cum castellis in medio ipsius. 
13) Item, cupa deaurata cum cervo in medio sculto. 

14) Item, cupa deaurata cum smalto in medio. 

15) Item, due cupe veteres deaurate. 

16) | Item, cupa deaurata cum tribus scutis in pede. 


(1) Je n'expliquerai pas les mots dont le sens est donné soit dans le 
Glossaire de Du Cange, soit dans les glossaires spéciaux, ou qui sont connus 
par les inventaires précédemment publiés. 

(2) Inventaire de Charles V, art. 264 : « Une couppe d'or à façon de roze ». 


DU CARDINAL GEOFFROI D'ALATRI 389 


17) Item, due cupe cum cristallis. 

18) Item, cupa parva per pecias deaurata. 

19) Item, tres sciphi (1) intus deaurati sine pedibus. 

20) Item, IX sciphi sine auro et sine pedibus, cum scultis ad undas. 
21) Item, V scipi largi sine auro et sine pedibus veteres. 
22) Item, sex sciphi curvi sine auro et sine pedibus. 

23) Item, sex alii sciphi minores sine auro et sine pedibus. 
24) Item, duo urcei magni sine aliquo opere. 

25) Item, alius urceus ad modum Yspanicum. 

26) Item, tres urcei parvi pro aqua. 

27) Item, urceus pro helimosina. 

28) Item, XXIIT scutelle. 

29) Item, IIIT magne scutelle. 

80) Item, tria gradalia cum pedibus. 

81) Item, due scutelle cum pedibus. 

82) Item, duo platelli magni. 

33) Item, VI alii platelli parum minores prioribus. 

34) Item, V alii parviores platelli, 

85) Item, XIII salserii. 

386) Vas ad modum navicule pro helemosina (2). 

37) Item, duo baccilia. 

38) Item, unum baccile pro barba. 

39) Item, vas cum manico pro incenso. 

40) Item, XXII coclearia cum tribus broccis. 

41) Item, tres cupe de mazara cum pedibus de argento. 
42) Item, monete argentee cum quibusdam pannis in uno sacculo. 


(1) Voyez sur les sciphi une note de M. Molinier à propos d'un article 
de l'Inventaire du Trésor du Saint Siège sous Boniface VIII, dans Biblio- 
thèque de l'Ecole des Chartes, t. XLII, p. 302. Je crois qu'on doit traduire 
écyphus par hanap. En effet dans l'Inventaire des biens de la comtesse Ma- 
haut d'Artois (1313), dont nous possédons deux textes, l’un en latin, l'autre 
en français, hanap correspond à ciphus, art. 32, 33, 34, dans Bibl. de l’Ec. 
des Chartes, 3° série, t. III, pp. 61, 62, 72. 

(2) Ces sortes de vases se nommaient en français pots à aumône. Voyez 
l'Inventaire de Charles V, art. 360. 


390 INVENTAIRE DES MEUBLES 


48) Item, quedam moneta aurea cum duobus lapidibus Sancti Blan- 
dani. 

44) Item, XX anuli aurei cum lapidibus suis. 

45) Item, tres anuli fracti, unus cum lapide et alii sine lapidibus. 

46) Item, quedam ymago parva de argento. 

47) Item, crux parvissima de argento ad portandam in co. 

48) Item, uoum par flasconum de argento. 

49) Item, duo baccilia. 

50) Item, unus urceus. 


II. 
Argentum capelle. 


51) In primis, crux deaurata cum pedibus. 

52) Item, duo candelabra. 

53) Item, unum turibulum. 

54) Item, unus calix deauratus. 

55) Item, duo urceoli pro vino et aqua sacrificii. 

56) Item, quoddam vas ad modum navicule pro incenso. 
57) Item, cupa pro hostlis. 

58) Item, duo baccilia legata ecclesie Alatrine. 

Surama totius argenti non deaurati facit CXXXII libras 
et IX uncias et quartam uncie, quod quidem facit C nona- 
ginta novem marchas et unam unciam et quartam uncie. 

Summa argenti deaurati facit XLIIT libras, quod qui- 
dem facit LXIII marcas et dimidiam. | 

Samma (1) totalis tocius argenti domini Guodofredi car- 
dinalis, exceptis duabus cupis con cristallo et uno canali 
parvo pro sanguine Christi recipiendo in calice et modica 
quantitate super una cupa de auro quam Lentus habet in 
pignus, quod argentum fuit ponderatum in domo domini 
Benedicti cardinalis in ipsius presencia et domini Gervasii 
cardinalis, IT: LXVI marchas, VI uncias, et dimidiam. Va- 
lent ad tur. grossos VI: LXVII libr. Valent ad florenos 


(1) Ce paragraphe a été ajouté. 


DU CARDINAL GEOFFRO!I D’ALATRI 391 


auri M Ill: x flor. Et est sciendum quod dicti cardi- 
nales dederant mercatoribus quamlibet marcham pro L tur. 
grossis, et, quia in dicto argento erat malum argentum, 
dederunt dicti cardinalas mercatoribus cifos de mazaro cum 
pedibus argenti et IIII marchas de argento ...... (1) 
et quedam parva frustra argenti. 


(fol. 5.) 59) Item, crux capelle ponderat IIII° marcas. 

60) Item, sciphi cristallini cum pedibus ponderant IIT marcas et tres 
uncias et quartam uncie. 

61) Item, tres sciphi de mazara predicti ponderant III maercas et 
mediam quartam uncie. 

62) Item, baccilia legata ecclesie Alatrine cum duobus sciphis pre- 
dictis legatis Ambaldo et Gottifrido nepotibus domini car- 
dinalis, ponderant VIII marcas et unam unciam et quartam 
uncie. 

63) Item, inventa fuerunt per predictos dominos quinque platelli 
magni. | 

64) Item, due scutelle. 

65) Item, X sciphi sine pedibus qui debent dari domino Riccardo 
notario prout dicabat dictus dominus Franciscus olim ca- 
merarlus. 

66) Item, duo flascones argenti, duo baccilia et unus calix qui sunt 
in providentia dicti camerarii prout ipse dicebat. 

67) Item, unus urceus qui est restituendus mercatoribus Lucanis 
prout ipse camerarius dicebat. . 


IV. 
Inventarium factum de libris dicti domini cardinalis. 


In primis, Digestum vetus cum apparatu Accursi (2), extima- 
tum flor. auri LX. 
(1) Mot illisible. 
(2) Accurse, jurisconsulte italien qui vivait à la fin du XII° et au com- 


mencement du XII siècle. Voyez Savigny, Geschichte des Rümischen Rechts, 
c. XLII, t. V, p. 262. 


INVENTAIRE DES MEUBLES 


392 
#69) Item, Infortiatum cum apparatu suo, ext. flor. L. 
+ 4) Item, Digestum novum cum apparatu, ext. flor. LX. 


{TM Item, Summa Goffredi super Decretalibus (1), ext. flor. VI. 
/ ) V 42/72) Item, quoddam volumen antiquum qui incipit Ad decorem sponse, 
ext. flor. VI. 


LH) Item, Glose Ugolini super Digesto veteri (2), ext. flor. III. 
+ D) Iteno, liber Institutionum et Autentice glosatus in ano volumine, 
ext. flor. XV. 
1-76) Item, Saumma Aczonis (3) cum tabulis, ext. flor. XV. 
(78) Item, Infortiatum cum apparatu antiquo in tribus partibus, ext. 
flor. XVI. 
+77) Item, Casus decretorum, ext. flor. III. 
+ 76) Item, liber Institutionum sine apparatu, ext. flor. II. 
F 79% Item, aliud Digestum vetus cum apparatu antiquo, ext. flor. X. 
70) Item, Decretales sine apparatu cum cohopertorio de cartis, ext. 
| flor. VII. 
+91) Item, Decretales cum’ apparatu communi et Goffridi (4) cum 
cohopertorio nigro, ext. flor. X. 


PA p) Item, alie Decretales cum apparatu Bernardi (5) cum tabulis, 
ext. flor. XX. 


* 98 Item, Liber Codicis (6) cum apparatu antiquo et tribus libris 
cum tabulis et cohopertorio viridi, flor. XVI. 


. 84) Item, alius liber Codicis cum apparatu antiquo sine tabulis, ext. 
flor. VI. 


(1) Geoffroi de Trani, mort en 1245. On lui doit un ouvrage intitulé: 
Summa super rubricis decretalium. Voyez Schulte, Die Geschichte der Quel- 
len und literatur des Canonischen Rechts, t. II, p. 88. 

(2) Hugolin mourut peu après 1238. Voyez Savigny, oP. cit., c. XXX VIII, 
t. V, p. 45, et plus spécialement sur les gloses du Digestum vetus, p. 52. 

(3) Azon, mort vers 1220. Voyez Savigny, op. cit., c. XXX VII, t. V, p. 1; 
et Langlois, La Somme Ace dans Mélanges d'archéologie et d’histotre de 
l'Ecole fr. de Rome, t. V, p. 110. 

(4) Geoffroi de Trani avait fait, outre sa Somme, des Gloses sur les Dé- 
crétales de Grégoire IX. Voyez Schulte, op. cit., t. II, p. 88. 

(5) Bernard de Parme, mort en 1263. Voyez Schulte, op. cit., t. IL, p. 114. 

(6) I s'agit du Codez Canonum de Denys le Petit. 


LU CARDINAL GEOFFROI D'ALATRI 398 


x Item, alie Decretales cum Glosa Goffridi (1) cum cohopertorio 
de cartis, ext. flor. VIII. 


F (fol. 5 v°.) 226) Item, libellus Roffredi de Benevento (2) in jure ci- 
| vili non tamen completus, ext. flor. II. 
x #f) Item, Samma Johannis (3) super Decreto, ext. floren. V. 
/ 88) Item, liber Codicis cum apparatu Acursi cum tabulis et corio 
albo, ext. floren. XXX,. 
& 89) Item, summa Goffridi cum Casibus et quibusdam aliis Rationibus, 
ext. flor. VIII. 
K 90) Item, Commentum sive Glose super Codice, ext. flor. II. 
91) Summa predictorum librorum legalium CCCLXIIT floren. 
\ Item, una Biblia, ext. flor. XXX. 
* 95) Item, alia Biblia minor, ext. flor. XXV, 
\ 94 Item, alia Biblia glosata in XIII voluminibus, ext. flor. CCL. 
Item, decem volumina super alia Biblia: 
*% Primus, Genesis. 
x Secundus, Numeri. 
x  Tertius, Paralipemeonon. 
* Quartus, Ysaias. 
+ Quintus, Jeremias. 
= Sextus, quinque libri Salomonis. 
x Septimus, Actus Apostolorum, epistole canonice et Ap- 
pocalipsis in uno volumine, ext. flor. C. 
‘ Octavus, Evangelium Mathei et Marci. 
X Nonus, Duodecim prophete minores. 
, Decimus, Epistole Pauli. 


(1) Voyez 8 81. 

(2) Sur Roffredus de Benévent, jurisconsulte de la première moitié du 
XITT* siècle, voyez Savigny, op. cit. t. V, p. 185 et 206. 

(8) Il s'agit probablement de Jean de Faenza (Johannes Faventinus), 
mort vers 1190. Voyez Schulte, op. cit. t. I, p. 137. Jean d'Espagne a fait 
aussi une glose sur le Décret, mais elle est d'ordinaire désignée sous le titre 
de Lectura super decreto. 


MÉLANGES D’ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 80 


394 INVENTAIRE DES MEUBLES 


6) Liber Sententiarum, ext. flor. XII. 
‘ tem, Distinctiones fratris Mauritii (1), ext. flor. X. 
2 nn Postille fratris Thome de Aquino (2) cum cohopertorio 
rubeo, ext. flor. XX. 


æ 99) Item, liber Philosophi qui incipit: « Quoniam autem contingit», 


ext. flor XVI. 


+190) Item, Summa derivationum Uguitionis (3), ext. flor. X. 
— 191) Item, duo antiphanaria (sic) diurna cum nota quorum unum est 


cm 


F2 


ext. flor. XV et aliud flor. V. 
J02) Item, liber epistolarum, ext. flor. V. 
198) Item, missale, ext. flor. XVI. 


— J04) Item, aliud missale cum cohopertorio samiti, ext. flor. XX. 


Item, breviarium in duobus voluminibus cum nota, ext. flor. 
XXXVI. 
106) Item, evangelistarium cum corio viridi, ext. VIII. 
197) Item, aliud evangelistarium cum corio samiti rubeiï, ext. flor. 
| VII. 
MB) Item, aliud epistolarium cum corio viridi, ext. flor. VIII. 
109) Item, ordinarium, ext. flor. X. 
(fol. 6) 110) Item, manuale, ext. flor. X. 


æ141) Item, missale parvum cum corio rubeo, ext. flor. VI. 


119) Item, liber Sequentiarum, ext. flor. II. 

— 1x3) Item, tres libri sermonum quorum duo sunt cum cohopertorio 
de cartis et alius cum tabulis, flor. XIIII. 

11) Item, antiphanarium diurnum gallicum cum coperhoptorio (sic) 
corii, ext. flor. VI. 


1e) Item, missale novum non ligatum, ext, flor. VIII. 


(1) Maurice l'Irlandais, dominicain. Fabricius dit qu'il écrivit les Dis- 


-tinctions, sorte de dictionnaire des expressions bibliques, vers 1290 (Fabri- 


cius, éd. 1858, vol. LIT, p. 56). Mais le présent inventaire prouve que c'est 
là une erreur. Du reste Salimbene dit qu'il composa son œuvre à Provins 
vers 1248. 

(2) Saint Thomas d'Aquin, mort en 1274, écrivit entre autres ouvrages 
Postilla seu Expositio aurea in librum Geneseos. 

(8) Huguccio, canoniste de Bologne, mort en 1210. 


‘ 
x 
L , 


V 


| DU CARDINAL GEOFFROI D'ALATRI 395 
6 Item, Apolegia Beati Ambrosii cum cohopertorio samiti violati, 
ext. flor. IL 


17) Item, alia apolegia non ligata, ext. flor. IL 
“8) Item, unum psalterium cum missale antiquo, ext. flor. III. 
9) Item, antiphanarium parvum nocturnum, ext. flor. I. 
)) Item, liber Interpretationum Hebraicorum nominum, ext. flor. II. 
Summa librorum ecclesiasticorum capelle et theologie, CCCCC 
LXXV flor. 


V: 


(fol. 6 v°.) Inventarium ornamentorum pannorum de seta, 
et tobaliarum. 


121) Inprimis, planeta violata cum ymaginibus in frisio, ext. flor. 
XXX. 

122) Item, pluviale violatum. ext. flor. XX V. 

123) Item, planeta violata vetus, ext. flor. XV. 

124) Item, tunica, dalmatica, planeta et pluviale de catassamito ru- 
beo, ext. flor. LXX. 

125) Item, tunica et dalmatica rubee nove, ext. flor. LXXV. 

126) Item, tunica et dalmatica virides que sunt legata ecclesie 
Ulixbonensi, ext. flor. XXX. 

127) Item, tunica et dalmatica albe cum argento et pernis, ext. flor. 
LXXX, 

128) Item, pluviale novum de dyaspero albo, ext. flor. XL. 

129) Item, pluviale de panno tartarisco, ext. flor. XLV. 

130) Item, tunica de panno Veneto, dalmatica de panno Januensi 
voteres, ext. flor. XXV. 

131) Item, aliud pluviale album de dyaspero, ext. flor. XXV. 

132) Item, tunica et dalmatica veteres de panno albo de Romania, 
ext. flor. XVIII. 

183) Item, planeta nigra, ext. flor. XXV. 

134) Item, alba cum amicto cum paramento ad ymaginét et cervos, 
ext. flor. XXV. 


396 INVENTAIRE DES MEUBLES 


185) Item, alba cum paramento violacio ad ymagines, ext. flor. XXV. 

136) Item, alba cum amicto ad pernas et paramento rubeo ad yma- 
gines, ext. flor XXXIII. 

137) Item, stola, manipulus cum amicto rubei coloris ad ymagines 
apostoloram, ext. flor. XITII. 

188) Item, stola, manipulus et cintorium violatum, ext, flor. IX. 

139) Item, due stole, duo manipuli albi cum cintorio, ext. flor. VII. 

140) Item, stola et manipulus rubi cum cintorio ad aurum, ext. 
flor. VII. 

141) Item, LIL: cintoria rubea, ext. flor. IIIT°*. 

142) Item, stola foderata zendati violati, ext. flor. I. 

143) Item, tria laquea rubea pro capella ad aurum, ext. flor. III. 

144) Item, alba cum duobus amictis, ext. flor. VIII. 

145) Item, stola et manipulus nigri coloris cum cintorio viridi ad 
ymagines, ext. flor X. 

146) Item, duo stole, duo manipuli cum cohopertura corporalis, ext. 
flor. IX. 

147) Item, pannus de sirico pro altari ad aurum. ext. flor. III. 

148) Item, unus pannus ad aurum pro altare, ext. flor. IIL 

149) Item, alius pannus de purpura cum tobalia Alamanie pro al- 
tari, ext. flor. II. 

150) Item, tobalia cum frisio pro altari, ext. flor. I et dimid. 

151) Item XVI tobalie ad setam, ext. flor. XI. 

152) Item, tres cotte, ext. flor. V. 

153) Item, due burse ad setam et due alie de lana alba cum cin- 
torio, ext. flor. VI. 

(fol. 7.) 154) Item, una mitra cum frisio, ext. flor. I. 

155) Item, pannus novus ad aurum pro altare cum tobalia frisata 
et alie due tobalie pro altari et alia tobalia pro patena ca- 
licis, ext. flor. XVI. 

156) Item, IIT planete de zendato, una alba, alia viridis, et alia in- 
dica et unus pannus ad aurum pro altari cum tobalia fri- 
sata ot aliis pro capella cottidiana, ext. flor. XII. 

157) Item, due pecie de samito viridi, ext. flor. LXV. 


158) Item, 
169) Item, 
160) Item, 
161) Item, 
162) Item, 
163) Item, 
164) Item, 
165) Item, 
166) Item, 
167) Item, 
168) Item, 
169) Item, 
170) Item, 
171) Item, 


DU CARDINAL GEOFFROI D'ALATRI 397 


una pecia panni catasamiti Lucani rubei, ext. flor, XXV. 
pecia zalda (1) de catasamito, ext. flor. XII. 

una pecia indica de samito, ext. flor. VIII. 

IUT pecie virides de canzi, ext. flor. XV. 

pecia una virgata coloris viridis, ext. flor. XII. 

una pecia purpure, ext. flor. III. 

una pecia panni celestrini cum auro, ext. flor. V. 

una pecia dyasperi albi, ext. flor. XIHII. 

una pecia pani de Indico, ext. flor. ILII°r. 

due pecie de samito viridi, ext. flor. VIII. 

due pecie de samito violato, ext. flor. VII. 

unus tallus panni rubei, ext. flor. III. 

IT" tobalie de seta alba incannulate, ext. flor. XIII. 
una pecia panni pro tobalia altaris circumdata rubeo, 


ext. flor. ILII°", 


172) Item, 


una pecia de boccarano cum duobus tollie, ext. flor. II. 


173) Item, unus tallus panni de Cursi (2) et alius tallus de samito 
| albo, ext. flor. IX. 
174) Item, due pecie de Suriano (3), ext. flor. VII. 


175) Item, 


due pecie aurifrigii anglicani et duo talli. aufrigii de 


Romania et quidam alii talli de frisiis, ext. flor. XII. 


176) Item, 


XX tobalie cum aliis pannis, ext. flor. XVII. 
Samma ornamentorum, pannorum de seta et tobaliarum 


que sunt in IIII° scrineis extimata preter ornamenta le- 
gata septingenti floreni et dimidius. 


(fol. 


VL 


7 v°.) Inventarium de pannis, cultris, tappetis, 
et aliis rebus dicti domini cardinalis. 


177) In primis, una cultra de zendato rubeo ex parte una et ex parte 
altera de zendato zaldo et indico, ext. flor. XVI. 
(1) Zalda, jaune, ital. giallo. 


(2) Cursi, commune de la province de Lecce, arrond. de Gallipoli. 
(8) Surano, même arrondissement. 


398 INVENTAIRE DES MEUBLES 


178) Item, cultra de catassamito indica, ext. flor. IX. 
179) Item, cultra de samito zaldo cum fundo pani ad aurum, ext. 
flor. VI. . 
180) Item, alia cultra de samito rubeo ex parte una et ex alia parte 
de samito viridi, flor. XXIIII. 
181) Item, quedam trapuncta laborata, ext. flor. IIII°". 
182) Item, alia trapuncta nova, ext. flor. V. 
183) Item, alia trapuncta, ext. flor. III. 
184) Item, unum cohopertorium panni violati de Irlandia, ext. flor. 
II et dimid. 
185) Item, cohopertorium de blaveto foderatum pellibus de gliso, 
ext. flor. XII et dimid. 
186) Item, matellus de bruna cum caputio foderato pellibus de gliso, 
ext. flor. XII. 
187) Item, capa de bruna foderata flancis de conillis et caputio fo- 
derato de gliso, ext. flor. X. 
188) Item, guna et guarnacia ad manicas foderata pellibus de scu- 
roliis cum guarda coria, flor. IX. 
189) Item, cohopertorium de mustela foderatum pellibus de iro (sic) 
ext. flor. Ii. 
190) Item, cohopertoriaom parvulum de bleue pro capite foderatum 
pellibus de scuroliis, flor. I. 
191) Item, mantellus et guarnacia de bruna sine fodera, ext. flor. VI. 
192) Item, capa, matellus, et guarnacia sine manicis de bleue cum 
caputio infoderata, flor. XIIII et dimid. 
193) Item, capa cum capucio foderato de gliso et gunna, ext. flor. VIII. 
194) Item, capa de bruna cum capucio foderato de gliso, ext. flor. 
VII. 
195) Item, alia capa de bruno cum capucio foderato de zendato, ext. 
flor. V. 
196) Item, capa de sarza rubea cum caputio foderato de zendato, 
ext. flor. III. 
197) Item, VII brachia panni de bruna, ext. flor. VII. 
198) Item, gunna de camelina, ext. flor. I. 


DU CARDINAL GEOFFROI D’ALATRI 399 


199) Item, unum zelon. (sic) franciscum, ext. turon. XVI. 

200) Item, carpita ultramarina, exstimata flor. VII. 

201) Item, mantellus cum caputio de Suriano, ext. flor. III. 

202) Item, gunna et guarnacia de Suriano, foderata de zendato, ext. 
flor. VI. 

208) Item, capa de Suriano foderata de zendato indico, ext. flor. VI. 

204) Item, unum papilionem panni linei circumdato zendato nigro, 
ext. flor. V. 

205) Item, tentorium seu cortina de diversis pannis, ext. flor. XV. 

206) Item, unum pecium panni XXIX brachiorum cum listis rubeis 
in capicibus, ext. flor. III. 

207) Item, unum pecium panni de cortina remensi XXV brachio- 
rum, libras VI provisenensium et solidos V. 

(fol. 8) 208) Item, unum pecium panni de Lombardia XLII bra- 
chiarum, lib. III‘ et sol III provis. 

209) Item, aliud pecium panni de eodem XXIIII° brachiorum, sol. 
XLVIIX provis. 

210) Item, aliud pecium panni de eodem XX brachiorum, sol. XL 
provis. 

211) Item, V brachia de cortina, solid. XV provis. 

212) Item, unus tallus de cortina et alius de guarnello VII brachia 
ext. sol. X provis. 

218) Item, XXVI brachia panni romani, ext. XXVI sol. provis. 

214) Item, duodecim brachia ejusdem panni, ext. sol. XII provis. 

215) Item, una tobalia X brachiorom de Remis, ext. turon. XX. 

216) Item, alia tobalia de decem brachiis, ext. turon. X. 

217) Item, quedam tobalia de VIII brachiis de Alamania, ext, flor. II. 

218) Item, alia tobalia de Alamania, ext. flor. III. 

219) Item, tobalia stricta de Alamania, ext. turon. V. 

220) Item, due tobalie ad setam in capitibus, ext. turon. VIII. 

221) Item, due alie tobalie in uno pecio cum listis de bombacio, 
turon. VI. 

222) Item, UT tobalie pro manibus cam listis de bombacio, turon. VI. 

223) Item, XXI tobalie, ext. turon. XXIIII*. 


400 


224) Item, 
225) Item, 
226) Item, 
227) Item, 
228) Item, 
229) Item, 
280) Item, 
231) Item, 
232) Item, 
283) Item, 
234) Item, 
285) Item, 
236) Item, 
287) Item, 
238) Item, 


INVENTAIRE DES MEUBLES 


IITI°" paria linteaminum, ext. flor. VIII. 
tentorium de samito supra lectum, ext. flor. VIII. 
tentorium de sarza rubeo supra lectum, flor. II. 
tentorium de purpura supra capellam, ext. flor. II. 
cortina de Alamanie ante lectam, ext. flor. II. 
cortina virgata de lana, flor. III. 

cortina de panno venator. (sic) (1), ext. flor. I. 
tria coria pro cohopertura, ext. flor. III. 

IIIT° tobalie, ext. turon. XII. 

VII auricularia de pluma, ext. flor. III et dimid. 
III coscini de corio, ext. turon. XII. 

VIII camisie line, ext. flor. IIII. 

III cornue de osse, ext. flor. ITIT®. 

duo mataracia cum uno capitali de pluma, ext. flor. XXX. 
unum mataracium eum capitali de bombacino, ext. flor. 


II et dimid. 


289) Item, 
(fol. 8 v°.) 
241) Item, 
242) Item, 
243) Item, 
244) Item, 
245) Item, 
246) Item, 
247) Item, 
248) Item, 
249) Item, 
250) Item, 
251) Item, 
252) Item, 
253) Item, 


unum mataracium cum capitali de lana, ext. flor. II. 
240) Item, unum tappetum Yspanicum, ext. flor. IIIT*. 
aliud tappetum de Romania, ext. flor. IL. 

aliud tappetum fractum, ext. flor. I. 

aliud tappetum longum de Regio, ext. flor. III. 
aliud tappetum de Romania, ext. turon. XII. 

aliud tappetum, ext. turon. XII. 

aliud tappetum de Regio, ext. flor. III. 

aliud tappetum de Regio, ext. flor. II. 

aliud tappetum, ext. flor. II. 

aliud tappetum, ext. turon. V. 

una cortina de lana, ext. turon. XII. 

tappetum longum de Romania, ext. flor. II. 

aliud tappetum longum fractum, ext. flor. III. 

aliud tappetum, ext. turon. XV. 


(1) Peut-être faut-il corriger venatorlum] en Venetorum. 


DU CARDINAL GEOFFROI D’ALATRI 401 


254) Item, aliud tappetum, flor. L 

255) Item, V pectines de ebore cum casollulis eorum, ext. flor. III. 

256) Item, duo cultelli cum manicis lapideis et vaginis, flor, IIIL”. 

257) Item, duo cultelli cum manicis eburneiïs et cum duabus vagi- 
nis, ext. flor. II. 

258) Item, duo cultelli cum manicis rubeis in una vagin, flor. I. 

259) Item, duo cultelli cum manicis de cristallo et cum uno cul- 
tello acuto, turon. XV. 

260) Item, unus cultellus sine vagina cum manico de osse albo la- 
borato, turon. VI. 

261) Item, duo cultelli cum manicis nigris fractis, turon. III. 

262) Item, duo cultelli cum manicis nigris et vagina rubea, VI. 

263) Item, IIIT° cultelli in una vagina, turon. V. 

264) Item, unus cultellutius cum manico de metallo, turon. III. 

265) Item, alius cultellutius parvulus cum manicis de ebore, turon. I. 

266) Item, alius cultellutius cum manica lapidea rubea et cum be- 
rillis deauratis, turon. IIII. 

267) Item, due manice de ebore, turon. III. 

268) Item, una manica lapidea de dyaspero pro cultello, turon. VI. 

269) Item, duo lapides de cristallo, floren. I. 

270) Item, V ancoria de seta, ext. turon. XXX. 

271) Item, quedam ymago Beate Marie de ebore, flor. I. 

272) Item, una zona vetus de seta nigra cum apparatu de argento, 
turon. XV. 

273) Item, alia zona vetus de seta rubea cum apparatu de argento, 
turon. XII. 

274) Item, quoddam instraumentum de corallo quod portatur ad col- 
lum, ext. flor. I. 

275) Item, unus cultellus cum manicis de corallo, flor. I. 

(fol. 9) 276) Item, unum cintorium de seta viridi, ext. turon. XVI. 

271) Item, una pecia de buccarano, turon. XVIII. 

278) Item, unus cannulus de auro pro sacrificio, non ponderatus. 

279) Item, due brocce de argento fracte et coclearia de argento et 


402 INVENTAIRE DES MEUBLES 


una brocca argentea cum cornu serpentino et alia frustra 
parva argentea, non ponderata. 

280) Item, unus sciphus parvus de mazara cum pede de argento 
fractus. 

281) Item, tria cohopertoria de auriculariis. 

282) Item, unum pecium panni lini subtilis, ext. flor. I. 

283) Item, due cupe de nuce Indie, non ext. 

284) Item, altare visticum, cum IT* lamnis argenteis in circuitu, 
non extimatum. 

285) Item, unum pomum de ambra ligatum argento, non ext. 

286) Item, due tobalie operate de seta, turon. II. 

287) Item, LXX matassele auri filati et XX matassele argenti filati, 
non ext. | 

288) Item, unum vas vitreum cum balsamo, non ext. 

289) Item, unum auricolarium, turon. III. 

290) Item, unum dentillonum do argento, non ext. 

291) Item, calamare ereum, turon. IL. 

292) Item, duo cultelli veteres cum manicis eburneis, ext. flor. I. 

293) Item, duo alii cultelli veteres cum manicis de cristallo, flor. I. 

294) Item, V urcei de metallo, ext. turon. XXX VI. 

296) Item, tabularium de ebore cum tabulis et scalchis eburneis, 
non ext. 


VII. 


Inventarium de rebus cellarii. 


296) In primis, tres ydrie de here. 

297) Item, TT urcei de here. 

298) Item, una conca de here. 

299) Item, una urcea de here. 

3800) Item, IT sportelle. 

801) Item, duo barilia lignea. 

802) Item, X mantilia pro tabula mense inter magna et parva. 


DU CARDINAL GEOFFROI D'’ALATRI 408 


303) Item, VI cultelli pro mensa. 

804) Item, IX vegetes (1) magne. | 

305) Item, IX vegeticule parve et due sunt apud Sanctam Sabi- 
nam (2). 


VII. 
(fol, 9 ve.) Inventariwm de rebus coquine. 


306) In primis, caldarie due magne et una parva. 
307) Item, V pulzonenti (3) de here. 
308) Item, I sartagina (4) de here. 

309) Item, due catene de ferro. 

810) Item, I tripedium de ferro. 

311) Item, Ï concatella de here pro aqua. 
812) Item, I caza de here. 

313) Item, duo paria testorum de here. 
314) Item, I craticula ferrea. 

815) Item, I caldarocia de here. 

316) Item, I mandaria de ferro. 

3817) Item, duo cutelli. 

318) Dua spica de ferro. 


(fol. 1.) In nomine Domini amen. Hec est ratio pecunie expense 
pro anima bone memorie domini G., Sancti Georgii ad Velum Au- 
reum diaconi cardinalis, per executores suos, secundum quod ipse 
mandavit (b). 


(1) Tonneaux. 

(2) Le cardinal Geoffroi avait sans doute un hôtel près du palais ou dans 
le palais de S*-Sabine qui fut la résidence habituelle du pape Honorius IV. 

(3) Je n'ai pu déterminer le sens de ce mot, non plus que celui du mot 
mandaria à l'article 316. 

(4) Poële à frire. | 

(5) Au dos du fol. 14 et dernier on lit: «....usque ad diem mortis sue, 
mille VII< L. flor. XI s. V d. proves. ». Et sur la même page: « Hec est ratio 


404 INVENTAIRE DES MEUBLES 


L 


1) In primis, domino Valdebruno episcopo Avellinensi (1) III 
libre turonensium parvorum pro duobus annis quibus stetit cum ipso. 
2) Item, domino electo Saonensi (2) V libr. et med. turon. parvor. 

8) Item, magistro Roberto medico de Velletri XIII libr. turon. 
parvor. pro VII annis quibus stetit in servitio suo. 

4) Item, magistro Francisco olim camerario suo XXX lLibr. tu- 
ron. parvor. pro XV annis quibus stetit in servitio suo. 

5) Item, domino Gregorio de Judice capellano suo XVIII libr. 
turon. parvor. pro VIIIT annis quibus stetit in servitio suo. 

6) Item, magistro Johanni de Cavis capellano suo XVII libr. 
turon. parvor. pro VIII annis et dimidio quibus stetit in servitio suo. 

7) Item, domino Leonardo de Ferentino (3) capellano suo XII 
Dbr. turon. parvor. pro VI annis quibus stetit in servitio suo. 

8) Item, magistro Bartholomeo de Anag{nia] (4) capellano suo 
XVIII libr. turon. parvor. pro VIIII annis quibus stetit in ser- 
vitio suo. 

9) Item, Johanni Tringanti de Paliano (6) IX lLibr. turon. par- 
vor. pro IIIT‘ annis quibus stetit in servitio suo. 

10) Item, magistro Andree Maniarante de Verulis (6) capellano 
suo XL sol. turon. parvor. pro uno anno quo stetit in servitio suo. 


rerum pertinencium ad executionem testamenti domini Guodofredi card., ex- 
ceptis quibusdam libris et aliis postea venditis que continentur in una cedula 
que est in cofino domini Benedicti cardinalis con florenis ibidem legatis ». 

(1) Avellino, évêché suffrag. de Bénévent, royaume de Naples. Cet évê- 
que Vuldebrunus n'est pas indiqué par Ughelli, Italia sacra, t. VIIT, col. 194. 
Mais c'est sans doute le même qui figure dans Gams, Series episcoporum, 
p. 854, sous le nom de Valderunus. 

(2) Evêché de Sagona en Corse. 

(8) Ferentino, commune de la Province de Rome, arrondt de Frosinone. 

(4) Anagni, arrondissement de Frosinone. 

(5) Paliano, même arrondt. 

(6) Veroli, même arrondft. 


DU CARDINAL GEOFFROI D’ALATRI 405 


11) Item, Theodino de Ceccano (1) clerico suo XVI libr. turon. 
parvor. pro VIIL annis quibus stetit in servitio guo. 

12) Item, fratri Jacobo de Senis (2) de ordine sancti (sic) XXTIIT*" 
Lbr. turon. parvor. pro XII annis quibus stetit in servitio suo. 

(fol. 1 v°.) 13) Item, magistro Odoni qui docuit nepotes domini 
cardinalis XII libr. turon. parvor. pro remuneratione servitii sui. 

14) Item, Petro Razactaro de Alatro (3) clerico suo XL sol. 
turon. parvor, pro servitio suo. 

15) Item, Johanni de Monte Sancti Johannis (4) clerico suo XX 
sol. turon. parvor. pro servitio suo. 

16) Item, presbytero Adulfo XX sol. turon. parvor. pro ser- 
vitlo suo. 


IT, 


Damicelli. 


17) Item, Roggerio de Alatro XXII libr. turon. parvor. pro 
XXII annis quibus stetit cum ipso tanquam damicellus. Item, pro 
tribus annis quibus stetit tanquam scutifer XXX solidos turonensium. 

18) Item, Gottifrido de Oliva X libr. turon. parvorum pro X an- 
nis quibus stetit cum ipso tanquam damicellus et pro VIIIT annis 
quibus stetit tanquam scutifer IIIT°* libr. et dimidiam turonensium. 

19) Item, Johanni de Cereperano (sic) (5) damicello suo XI libr. 
turon. parvor. pro XI annis quibus stetit in ejus servicio. 

20) Item, Castellino damicello suo X libr. turon. parvor. pro X 
annis et IX mensibus quibus stetit in servitio suo. 

21) Item, Landulfo Zeteketella de Alatro XI libr. turon. parvor. 
pro XI annis quibus stetit in servitio suo. 

22) Item, Gregorio de Vico XV sol. turon. parvor. pro uno anno 


(1) Ceccano, arrondissement de Frosinone. 

(2) Sienne. 

(3) Alatri, arrondt de Frosinone. 

(4) Monte San Giovanni Campano, même arrondi, 
(5) Ceprano, même arrondt, 


406 INVENTAIRE DES MEUBLES 


quo stetit tanquam damicellus et IX lib. tur. parvorum pro XVIII 
annis quibus stetit tanquam scutifer. 

23) Item, Adenulfo V libr. et dimidiam turon. parvor. pro re- 
muneratione sui servitii. 

24) Item, Stephano Saraceno XI Libr. turon. parvor. pro XI an- 
nis quibus stetit in servitio suo. 

25) Item, Johanni dicto Caputio de Sculcula (1) XXXV sol. tu- 
ron. parvor. pro servitio Suo. 

26) Item, Ambrosio Lombardo VI libr. turon. parvor. pro VI an- 
nis quibus stetit in servitio domini. 

27) Item, magistro Aldrebandino coquo IT°* Libr. VI sol. VIII 
den. turon. parvor. pro III° annis et parum plus quibus servivit 
domino. 

(fol. 2.) 28) Item, Petro de Reate (2) coquo XXXV sol. turon. 
parvor. 

29) Item, XX flor. pro expensis nepotum domini cardinalis quando 
recesserunt. 


III. 


Seutiferi. 


30) Item, Bonovino pro XIIII annis et dimid. quibus stetit in 
servitio domini VII libr. et V sol. turon. parvor. 

81) Item, Canturino pro VI annis quibus stetit in servitio do- 
mini III libr. turonensium parvorum. 

32) Item, Theodorico pro VI annis, I libr. turon. parvor. 

33) Item, Aymoni, pro IX annis quibus stetit in servitio domini 
UIT°" libr. et dimidia turon. parvor. 

34) Item, Zutio pro XI annis quibus stetit in servitio domini, 
V libr. et dimid. turon. parvor. 


(1) Sgurgola, arrondissement de Frosinone. 
(2) Rieti, dans l'Ombrie, province de Pérouse. 


« 


DU CARDINAL GEOFFROI D'’ALATRI 407 


35) Item, Johanni Angelerii pro VIIT annis quibus stetit in ser- 
vitio domini, IIIT°* Libr. turon. 

86) Item, Jacobo Porcelle de Alatro pro uuo anno et VITII men- 
sibus quibus stetit in servitio domini, XVII sol. et dimid. turon. 

87) Item, Rivo pro uno anno et dimidio quibus fuit in servitio 
domini, XV sol. turon. 

88) Item, Greco pro uno anno et IX mensibus, XVII sol. et 
dimid. turon. pro servitio suo. 

39) Item, Landulfo Zogo de Alatro pro uno anno, X sol. turon. 
pro servitio suo. 

40) Item, Iohanni magistri Giraudi de Alatro pro VIII annis 
quibus stetit in servitio domini, VIIL libr. turon. parvor. 

41) Item, fratri Jacobo de Senis, XX libr. provis. 

42) Item, pro pannis filie Rofridi de Sculcula monialis Sancti 
Andree de Fractis (1), floren. VI. 

43) Item, Odoni Palanga pro XX annis, XX libr. tur. 

44) Item, Gualterius, XXI libr. turon. 

45) Item, Leonus, XLVI sol. et VIII d. turon. parvor. £ 

46) Item, Stephanus Sarracenus pro testamento VIIII flor. auri. 

47) Solverunt supernis scripta mercatores. Summa III: VI libr. 
X den. turon. parvor. qui valent VII: XLIX flor. auri VII 801. 
VIII den. tur. parvor. (2). 


IV. 


48) Item, dominus Riczardus de Alatro pro Plubella et Riczar- 
dina filiabus suis, II flor auri. 
49) Item, Petrus Cascus, LXXX flor. auri. 


(1) Saint-André delle F'ratte, monastère de Rome, à l'administration du- 
quel le cardinal Geoffroi d'Alatri avait été commis par Honorius IV le 
24 septembre 1285 (Bulle n° 108, fol. 33 du registre de la première année 
d'Honorius IV, Archives du Vatican). 

(2) Le 8 47 a été ajouté. 


408 INVENTAIRE DES MEUBLES 


50) Item, magister Andreas Maniarant de Verulis, XII turon. 
cro8808. 

(fol. 2 v°) 51) Item, mercatores habuerunt pro pannis familie et 
pellibus variis missis domino Petro CLXXIITI flor. et med. auri 
minus LIT den. provis. 

52) Item, Blasius speciarius habuit pro cera exequiarum, medi- 
cinis, candelis et speciebus : CLXXV flor. auri et XVII sol. provis. 

53) Item, Emanuel judeus pro tunica et dalmatica nigris, XXI 
flor. auri. 

54) Item, Rogerius XLVIII flor. auri et XVIII s. provis. 

55) Item, Philippus de Ceccano, JIIT flor. auri et med. 

56) Item, Nunzuli, I flor. auri. 

57) Item, dominus Johannes Petri Henrici habuit XC flor. auri 
et restituit unam cupam coperclatam et unum par baccilium. 

58) Summa de hiis que dominus Benedictus cardinalis solvit et 
camerarius domini Guodefridi que scripta sunt post illa que solve- 
runt supernis mercatores, est: floren VII: LXXXX VI floren. XI 
sol. VIII den. prov. 

59) Summa totalis pro misiis supernis scriptis persoluta per mer- 
catores, dominum Benedictum, et camerarium domini Guodefredi, 
est mille Ve XLV flor. XI sol. VIII den. turon. parvor. (1). 


V. 


(fol. 3.) ec est ratio in grosso de bonis testamenti domini Got- 
tifridi cardinalis que apparet per particulas in libro rationum. 


60) Summa totalis argenti venditi, substractis duabus cuppis et 
duobus bacinis legatis in testamento certis personis et locis que va- 
lent LXXV flor., est M. CCC. V flor. auri. 

61) Samma totalis paramentorum cum pertinentiis venditorum 
VI: XXXII flor. 


(1) Les $$ 58 et 59 ont été ajoutés. 


DU CARDINAL GEOFFROI D’ALATRI 409 


62) Summa robe et tapetorum venditorum totalis CCCLXV flor. 

63) Summa totalis equorum venditorum LXXVI flor. 

64) Summa totalis cellarii et coquine, vegetibus exceptis XX VII 
flor, 


65) Summa summarum totalis pro omnibus supradictis MMCCC 
LXXXXI flor. 


VI. 


Hic continentur in grosso solutiones et misie facte ratione dicti 
testamenti que particulariter apparent in libro rationum. 


66) Primo, mercatoribus Senensibus solutum est VIII: LIX flor. 
auri IX sol. ITII den. provis. 

67) Item, summa totalis soluta familie VII: XLIX flor. VI sol. 
VIII den. turon. parvor. 

68) Item, summa totalis soluta domino Ricardo de Alatro et Pe- 
tro Casco et domino Johanni Petri Henrici et pro pannis familie 
exequiis et cera, medicinis et aliis VII: LXXX VI flor. XI sol. VIII 
den. pruvis. | 

69) Summa summarum totalis solutionis et expensarum predic- 
tarum MMCCCCIUI flor. VI sol. VIII den. turon. parvor. et XXI 
sol. pruvis. | 

70) Sciendum enim est quod de M. VII: L flor. et XI sol. V 
den. pruves. satisfactum est mercatoribus Senensibus de VIII: LIX 
flor. IX sol. ITIT den. pruves., prout superius dictum est, et in fina- 
lem rationem factam cum eisdem debent habere dicti mercatores per 
totum VIII: LXXXXI flur. XXIII d. pruves. 

71) ....(1) sciendum est quod facta collatione et defalcatione 
de omnibus misiis et receptis superius nominatis recepta excedit .... 
in uno floreno auro. 


(1) Mots effacés. 


MÉLANGES D’'ARCH. ET D'HIST. V® ANNÉE 31 


410 INVENTAIRE DES MEUBLES 


VII. 


(fol. 8 v°.) Post omnia vero supradicta contenta in pagina pre- 
cedenti recepimus de hiis que vendita fuerunt ea que sequuniur. 


72) Primo, pro una biblia glosata domino Jordano cardinali ven- 
dita C et XL flor. auri. 

73) Item, pro uno epistolari et evangelistario, XVI flor. 

74) Item, pro ff. (1) novo et inforciato venditis domino H. car- 
dinali, C flor. 

75) Item, pro derivationibus Huguexionis (2) et uno ordinario, 
XVI flor. 

76) Item, pro uno alio evangelistario et epistolari, XVI flor. 

77) Item, ab eodem cardinali pro duobus anulis, XLIIIT flor. 

78) Item, pro omnibus aliis anulis, LX VI flor. et XI tur. grossos. 

79) Item, pro Distinctionibus fratris Mauritii (3), X flor. 

80) Item, pro Decretalibus cum apparatu Gaufridi (4), X flor. 

81) Item, pro ff. veteri vendito domino Albano, XLV flor. 

82) Item, pro duobus bacinis et una cuppa cooperta quos red- 
didit domino Benedicto Johannes Petri Henrici, qui ponderant XV 
marchas et I unciam, LXXXTI flor. et dimid. 

83) Item, pro parva moneta de oblationibus dicti domini Got- 
tifredi, IIL flor. et dimid. 

84) Item, pro vegetibus venditis, XX VIIT flor. 

86) Item, pro quibusdam peciis argenti que erant circa quoddam 
altare portatile, III flor. XV sol. V den. pruves. 

86) Item, pro scutellis de stamine seu de latonno, pro una ve- 
gete, pro scriniis fractis, pro uno mitrario, pro duobus coriis, pro 


(1) Sur l'abréviation ff désignant le Digeste voyez Fitting, Ueber die 
Entstehung des Zeichens ff für die Digesten, dans Zeitschrift für Rechts- 
geschichte, vol. XIT, p. 300. 

(2) Voyez plus haut l'Inventaire, art. 100. 

(3) Inventaire. art. 97. 

(4) Inventaire, art. 81. 


DU CARDINAL GEOFFROI D'’ALATRI 411 


residuo vini post recessum camerarii quod residuum valuit VII tu- 
ron., pro uno freno et pro quibusdam aliis minutis et particulariter 
collectis, XII flor. XIX sol. pruves. 


VIIL. 
(fol. 12 v°.) Est misia et expensa de receptis que incipiunt: 


87) Primo, pro una biblia glosata que in alio folio continetur, 
solvimus mercatoribus Senensibus, IT: flor. 

88) [Item] Gottifredo et Hambaldo filiis domini Johannis de Se- 
can[{o] pre una cuppa eisdem legata ponderis IIITI°" march. argenti, 
XXV flor. 

89) [Item] Jacobe nepti defuncti cardinalis pro una alia cuppa 
ejusdem ponderis eidem legata, XXV flor. 

90) Item, domine Bartholomee alteri nepti ejusdem cardinalis 
pro reparticione (1) cujusdam molendini legati eidem, XXXII flor. 

91) Item, fratribus heremitis penes quos jacet idem cardinalis, 
XVI flor. 

92) Item, magistro Johanni medico domini Benedicti pro ser- 
vicio suo, X flor. 

93) Item, magistro Roberto quondam medico ejusdem cardinalis, 
VIII flor. 

94) Item, taxatoribus rerum venditarum et vendendarum, VI flor. 

95) Item, clericis qui dixerunt officium et vigilaverunt circa cor- 
pus de nocte, XVIII turon. gross. | 

96) Item, iilis qui scripserunt inventaria, V turon. gross. 

97) Item, pro oleo lampadis Sancte Marie de Populo que ardet 
ante corpus, I flor. 


# 
(1) Corrigez reparacione. 
Maurice Pro. 


BIBLIOGRAPHIE. 


ANALECTA NOVISSIMA SPICILEGII SOLESMENSIS; altera continuatio, 
Tom. I. — De Epistolis et Registris Romanorum Pontificum dis- 
seruit Joannes Baptista Cardinalis Pitr (Paris, Roger et Cher- 
nowitz, MDCCCLXXXV). 


C'est le tome premier d'une série nouvelle d'Analecta. Son contenu ne 
correspond pas pleinement au titre, qui se justifiera évidemment par les 
volumes à venir. Celui-ci est divisé en deux parties d'égales dimensions, 
dont la première est intitulée: Étude sur les lettres des Papes; et la se- 
conde: Miscellanea Pontificia. 

Contrairement à son habitude, le cardinal Pitra a écrit en français, 
et non dans ce latin élégant auquel il nous a accoutumés; le manque de 
temps, dit-il, l’a fait recourir à sa langue familière. Ce n’est pas nous, Fran- 
çais, qui nous en plaindrons, nous regrettons seulement que cette même 
cause et d'autres encore, plus sérieuses, aîent nui, dans le détail au moins, 
à l'ordonnance du livre, en nécessitant des retouches, des compléments qui 
gènent un peu le lecteur; la correction des épreuves en particulier a été 
négligée. Mais je me hâte de le répéter, ce ne sont là que des taches dans 
le détail, qui n'enlèvent rien à la valeur du livre, et dont l’auteur lui-même 
s'est excusé: Il “ n'avait pas seulement à coordonner des éléments survenant 
à l'improviste. Il a dû subir des déplacements inattendus, passer d'un diocèse 
à un autre, avec les embarras d'une administration qui finit et qui com- 
mence, traverser de plus une crise de santé longue et des plus périlleuses, 
triompher des difficultés d'une honnête et modeste imprimerie suburbicaire, 
qui a plusieurs fois changé de personnel et de matériel. , 

La série des regestes pontificaux conservés au Vatican commence à In- 
nocent III et s'arrête à Sixte Quint; elle comprend plus de deux mille vo- 
lumes. Les regestes antérieurs à cette période, à part des fragments de ceux 
de Jean VIII et de Grégoire VII, avaient déjà disparu au XIV° siècle. Sixte V, 
en créant les quinze congrégations romaines, interrompit cette série; il y 
eut désormais quinse tribunaux, dont chacun eut sa chancellerie et ses ar- 


BIBLIOGRAPHIE 413 


chives distinctes. Une division s'impose donc dans l’étude des lettres pon- 
tificales : les lettres avant Innocent III, les lettres à partir de ce pape; c'est 
celle qu'a adoptée le cardinal Pitra. 

Les documents de la première période étant relativement peu nombreux, 
l'auteur pouvait étendre un peu son sujet ; il en a profité pour nous donner, 
parallèlement à de nombreux et précieux renseignements sur la littérature 
pontificale, sur sa valeur historique, sur les travaux dont elle a été l'objet, 
sur l'organisation de la chancellerie apostolique, une véritable histoire, abré- 
gée, mais précise, du droit canonique; c'est même là le côté le plus inté- 
ressant peut-être du volume. Tous ceux qui ont parcouru les travaux anté- 
rieurs du cardinal Pitra savent que nul mieux que lui ne connait l'histoire 
du droit canonique et regretteront qu'il se soit arrêté dans cette étude au 
décret de Gratien, faisant à peine allusion aux autres éléments du Corpus 
Juris Canonici. 

En même temps que les documents émanés de la cour apostolique, ou 
censés tels, sont examinés avec soin, leurs principales éditions sont passées 
au crible d'une érudition étendue et sûre. La première de ces éditions est 
celle de dom Coustant, dont malheureusement un volume seul & paru (en 
1721); il s'arrête à Léon le Grand. Les autres papiers du savant bénédictin 
sont aujourd'hui à la bibliothèque du Vatican, ils devaient former quinze 
volumes. Ces papiers sont d'un grand intérêt ; le cardinal Pitra, en devenant 
Bibliothécaire de la Sainte Église Romaine, s'empressa de les faire mettre 
en ordre; il nous en promet un catalogue. Mais la publication qui, par son 
sujet. devait arrêter le plus longtemps l'auteur des Analecta eat celle des 
Regesia de Jaffé. À propos de chaque pontificat il revient à elle et dresse 
une liste d'erreurs et d'omissions souvent considérable. Il proteste aussi avec 
énergie contre l'insertion de S. Hippolyte au nombre des antipapes, faite 
par les auteurs de la seconde édition sur la simple autorité de Dôllinger 
(Hippolytus und Kallistus). 

Un des plus intéressants chapitres est celui qui est consacré à Grégoire 
le Grand; on y trouve sur les rouages de l'administration pontificale, sur 
l'organisation des tribunaux et de la chancellerie des papes, une foule de 
renseignements. Le parallélisme entre l'ancien auditoire des empereurs ro- 
mains et la cour apostolique est établi par des rapprochements très-curieux. 
Ce chapitre se termine par une étude sur la formule Grégorienne et son 
développement au XII* siècle et par une liste des notaires et des défenseurs 
de Grégoire le Grand. 


414 BIBLIOGRAPHIE 


Sur le Capitularium de Benoît le Lévite, les Capitula d'Angilramne 
et les Fausses Décrétales du Pseudo-Isidore, le cardinal adopte les conclu- 
sions du docteur Hinschius relativement à la parenté de ces trois compi- 
lations canoniques, mais il est convaincu que leur lieu d'origine est Maïence, 
ou tout au moins les bords du Rhin. C'est en effet un point qui paraît hors 
de doute, même après les efforts de Hinschius pour montrer dans leur auteur 
un français du centre ou de l'ouest. 

Viennent ensuite le Liber Diurnus, les Livres Pénilentiaux, le Regeste 
de Jean VIII Longtemps le volume qui tient aux archives le premier rang 
dans la série des regestes a passé pour être coutemporain de ce pape; c'est 
le cardinal Pitra qui le premier, il y a plus de vingt ans déjà, constata que 
ce manuscrit n'est qu'une copie du XII® siècle, probablement exécutée au 
Mont-Cassin, et déposée plus tard au Vatican. 

Enfin l'auteur passe successivement en revue les collections de Réginon 
et de Burchard de Worms, le regeste de Grégoire VII, la collection An- 
selmo dicata, celles de Deusdedit, d'Anselme de Lucques, d'Yves de Char 
tres, le Polycarpe et le Décret de Gratien. Une étude sur la formule Urba- 
nienne (d'Urbain Il), analogue à celle que nous avons déja vue sur la for- 
mule Grégorienne, termine ce chapitre. 

Nous arrivons à Innocent III. Avant d'aborder la série des regestes le 
cardinal Pitra fait une histoire détaillée des archives du Vatican: il raconte 
les dangers qu'elles ont courus, les dommages qu'elles ont soufferts dans 
les pillages de Rome et d'Assise, dans leurs transports à Avignon et à Paris. 
Puis il décrit chacun des regestes du XIII° siècle, et en signale les pièces 
importantes. Cette étude pourra être complétée dans quelques années, quand 
l'École française de Rome aura terminé sa publication des regestes pon- 
tificaux du XIII* siècle; mais aujourd'hui déjà elle est fort instructive. 
L'auteur a relevé avec beaucoup de soin les notes qui se trouvent dans les 
marges ou sur les feuilles de garde des manuscrits; elles ont un intérêt 
pour l'histoire de ces manuscrits, mais elles sont souvent difficiles à inter- 
préter, surtout quand les feuilles sur lesquelles elles se trouvent ont été 
transportées par les relieurs d'un manuscrit dans un autre. C'est ainsi qu'une 
inscription qui s'applique au regeste d'Urbain IV est entrée dans celui de 
Clément IV (Reg. 32, fol. 126 v°. — Analecta, p. 263). I1 faut bien remarquer 
aussi que beaucoup de ces inscriptions marginales sont d'une écriture plus 
moderne que celle des manuscrits; le nom de magister Porch, par exem- 
ple, qu'on trouve dans le troisième volume du regeste de Nicolas IV, en 


BIBLIOGRAPHIE 415 


caractères du milieu du XIV® siècle, ne peut être le nom du vice-chancelier 
de l’église romaine, puisque Jean le Moine, qui était vice-chancelier sous 
Nicolas IV, est mort en 1313. Porch est un scribe qui a collaboré, au 
XIV® siècle, à la copie du regeste de Nicolas IV, comme Guillelmus de 
Moris (Analecta, p. 263), à la même époque, travaillait à celle du regeste 
de Clément IV. 

La seconde partie du volume, intitulée Miscellanea nontificia, est un 
recueil de documents dont la plupart étaient inédits, et dont les autres 
avaient été mal publiés. Les principaux sont des Catalogues des papes, uno 
liste très-longue, dressée par l'auteur, des bibliothécaires, chanceliers et 
vice-chanceliers de l'église romaine, une apologie du pape Vigile par les 
bénédictins Coustant, Mopinot et Durand — le rapprochement de ce long 
document, qui ne remplit pas moins de 90 pages, avec l'article publié par 
l'abbé Duchesne dans la Revue des Questions historiques, Octobre 1884, est 
des plus curieux; — enfin une liste de lettres des papes, parmi lesquelles 
soixante et une d'Innocent III, toutes d'un égal intérêt. Mais le plus im- 
portant de tous ces documents est une lettre adressée par Romanus, em- 
pereur de Byzance, au pape Jean XI. Deux grandes questions y sont traitées ; 
l'élévation de Théophylacte, fils de Romanus, au patriarchat de Constan- 
tinople, et le mariage d'un autre fils de l'empereur avec une sœur du sou- 
verain pontife. Cette union n'eut pas lieu, empêchée probablement par 
l'arrivée au pouvoir à Rome d'Albéric, qui fit enfermer «a mère, la fameuse 
Marozza, en prison, et retint captif au palais de Latran son frère Jean XI; 
mais cette pièce n'en jette par moins un jour tout nouveau sur les rela- 
tions de Rome et de Byzance. 

La publication du premier volume des Anulecla novissima est donc un 
nouveau service que l'illustre cardinal vient de rendre à la science et tout 
Je monde savant lui en sera reconnaissant 


Ernest LanGLois. 


NÉCROLOGIE 


L'année qui s'achève a été marquée pour l'École de Rome 
par une perte bien cruelle. René Grousset, nommé en quittant 
Rome maître de conférences à la Faculté des Lettres de Gre- 
noble, a dû brusquement abandonner un cours brillamment com- 
mencé pour aller chercher dans un climat moins rude un remède 
à une maladie de poitrine qui s'était subitement déclarée. En 
dépit de tous les soins qui l'ont entouré, il est mort à Hyères, 
le 13 avril dernier. Il n'avait que vingt-quatre ans. 

Il était venu à Rome en 1882, au sortir de l'École Nor- 
male où son talent précoce avait fait concevoir les plus belles 
espérances. C’était un esprit des plus heureusement doués: fin, 
délicat, éminemment littéraire, et, ce qui nous faisait surtout 
beaucoup augurer de lui, constamment en progrès. Sous une ap- 
parente froideur et une grande timidité, il cachait une nature 
ardente, pleine de foi et d'enthousiasme, passionnément éprise du 
beau sous toutes ses formes. Nul micux que lui n'était fait pour 
goûter l'Italie, pour jouir de ses musées, de son ciel, de ses 
paysages; et quand il analysait ses impressions avec l'abandon 
qu'il mettait dans une conversation intime, c’était pour son au- 
diteur un charme dont le souvenir demeure ineffaçable. 

À son arrivée à Rome, il fut quelque temps indécis entre 
les différents sujets qui s’offraient à lui, mais ses préférences le 
portèrent bientôt vers l'antiquité chrétienne, et il étudia, sous 
la direction de maîtres comme M. Le Blant et M. de Rossi, l’his- 
toire de la sculpture chrétienne aux premiers siècles. Un cata- 


NÉCROLOGIE 417 


logue des sarcophagés chrétiens de Rome lui parut être la pré- 
paration naturelle d'un tel travail, et il entreprit de relever, tant 
à Rome que dans la campagne Romaine, tout ce qui restait de 
sarcophages chrétiens. Il y en avait un peu partout; les uns 
servaient de bassins à des fontaines, les autres ornaiïent des cours 
ou des escaliers, d’autres étaient encastrés dans les murs d'un 
palais ou d'une villa, un certain nombre disséminés dans les jar- 
dins ou encore enfouis dans les catacombes. L'enquête poursuivie 
pendant deux ans permit à notre collègue de retrouver ainsi près 
de deux cents sarcophages ou fragments de sarcophages qu'il 
décrivit soigneusement, en les classant, dans un mémoire à l'In- 
stitut. Il poursuivait én même temps ses recherches sur le déve- 
loppement de la sculpture chrétienne, et il fit précéder son ca- 
talogue d’une Étude générale sur l'histoire des sarcophages chré- 
tiens. Ce Mémoire a été imprimé, et il forme le quarante-deuxième 
fascicule de la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et 
de Rome. 

Les principaux points de cette étude, ceux en particulier qui 
touchent à la représentation des scènes pastorales et aux rap- 
ports de l’art chrétien avec l'art païen, avaient été déjà partiel- 
lement traités par lui dans deux articles, d'une forme presque 
parfaite. qui ont paru tous deux dans les Mélanges, l'un en 1883, 
Un sarcophage chrétien inédit, l'autre cette année même, Le Bon 
Pasteur et les scènes pastorales dans la sculpture funéraire des 
chrétiens. À ces deux articles il faut en joindre un troisième, 
publié en 1884, où il recherchait les origines de la tradition 
artistique qui place le bœuf et l'âne à côté de la crèche de 
Bethléem; il y parlait à ce propos de l'influence qu'ont pu 
avoir les évangiles apocryphes sur les représentations de l'art 
chrétien. 

Pourtant, les travaux d'érudition ne l’absorbaient pas tout 
entier. Par les soins de ses amis va bientôt paraître un volume 


MÉLANGES D’ARCH. ET D'HIST. V° ANNÉE. 31% 


418 NÉCROLOGIE 


de ses œuvres littéraires où figurent en première place des vers 
d'un sentiment très-personnel et d'une inspiration très-élevée, 
qui feront sans doute vivre dans le monde lettré une mémoire 


que nous chérissons tous, et une âme que nous sommes si heu- 
reux d'avoir connue. 


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TABLE DES MATIÈRES. 


PAGES 
Étude sur le Panthéon de Rome, restauration de la ee des 
thermes d’Agrippa, par M. A. V. BLAVETTE. 


Le partage oncial du fundus romain, par M. C. LÉCRIVAIN . . . 15 
Notice du manuscrit Ottobonien 2523, par M. Ernest LANGLOIS . 25 
Villes disparues. — Conca, par M. R. pe LA BLANCHÈRE. 81 
Notes sur quelques actes des martyrs, par M. Edmond LE BLANT 96 
La Sornme Acé, par M. Ernest LANGLOIS. . . 110 
Le Martyrologe iéronymien par M. Jean Bapt pe Rossr . . . 115 


Les sources du Martyrologe hiéronymien, par M. L. DucnEesnr . 120 
Le Bon Pasteur et les scènes pastorales dans la sculpture funé- 
raire des chrétiens, par M. René Grousser. . 161 
Note sur une collection d’écrits RARES er du moyen-âge d’a- 
près deux manuscrits du Vatican, par André BRRTHELOT . 181 
Débiteurs privés de sépulture, par M. A. ESmkIN. . . . . . 223 
Note sur un sarcophage chrétien récemment découvert à Rome, 
par M. Edmond LE BLANT . . 
Un doute au sujet de Trogue Pompée, p ar M. G. Lumsroso : : 218 
Additions et corrections au Gallia EAriSHian a, tirées des registres 
d'Honorius IV, par M. Maurice PROU . 
Note sur le recrutement des avocats dans la période du Bas-Empire 
par M. Charles LÉCRIVAIN . . 276 
Jacques Amyot et le Décret de Gratien, par M. Pierre DR NOLHAC 2654 
Note sur un manuscrit de la en Les de Jordanus, pee M. Paul 


FABRE . . . < . 295 
Note sur le groupe de Panéas, per M. André PÉRATÉ. . . . . 803 
Deux documents sur l’église de anne en es PRE 

M. Georges DiGARD. . ie AU NE . 818 
Les sarcophages de la Via Salaria . . +: le &°910 


Les arts à la cour des Papes. — N ouvelles recherches sur les pon- 
tificats de Martin V, d’Eugène IV, de Nicolas V, de Caliste III, 
de Pie II, et de Paul II. — Le pape Eugène 1, pas M. Eu- 


gène Mü ENTZ. . . . 821 
Caius Serenus proconsul ‘Galliae Transalpinae par M. Camille 
JULLIAN . . . 838 


Evangeliorum codexz græcus purpureus Beratinus +, par M. Pierre 
BATTIFFOL 

Note sur une fresque de Saint-Martin-des-Monts. par M. H. Douccer 377 

Inventaire des meubles du cardinal RE d'Alatri (E par M. 
Maurice PROU . . . . . 3 

Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .412 

Nécrolôpie à 5.2 à de à A4 & m8 ce & UE Er . 416 


Planches. I, Il. Plans du Panthéon. — IIT. Restitution de la coupe 
de son portique. — IV. Carte de la région de Conca. — V. Sarcophage 
chrétien de Rome. — VI. Mappemonde du XIV® siècle. — VII. Carte 
d'Italie du XIV® siècle. — VIII à XIII. Sarcophages de la Via Salaria. 
— XIV. Tombe du cardinal Stefaneschi. — XIV À. Fresque de Saint- 
Martin-des-Monts. — XV. Fragments d’une inscription de Bordeaux. — 
XVI. Fac-simile du Codex Beratinus. 


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